Le Trio aux Mille Vies

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Résumé

Au cœur d'Arcanterra, un monde éthéré où le temps se dérobe aux contraintes humaines et où des pouvoirs surnaturels sont monnaie courante, émerge l'entité nommée l'Architecte. Né de l'essence même de cette dimension, l'Architecte abrite un désir insatiable de transcender les limites de sa propre réalité. Cette aspiration le pousse à concevoir une expérience audacieuse : fusionner les caractéristiques exceptionnelles de son monde avec celui des humains, créant ainsi un équilibre inédit, potentiellement harmonieux. Pour donner substance à sa vision, l'Architecte conçoit le Prisme de la Convergence, un artefact destiné à agir comme un catalyseur, capable de déclencher une fissure dimensionnelle entre les deux mondes. Entouré de disciples loyaux et dévoués, dotés de pouvoirs surnaturels, ils prennent le nom de "Convergents". Ensemble, ils partagent l'ambition ardente de l'Architecte : fusionner les dimensions. Chacun des Convergents apporte son lot de compétences et de pouvoirs uniques à l'objectif collectif. Opérant dans l'ombre, ils tissent des intrigues pour façonner les circonstances propices à la fusion des mondes. Leurs talents ingénieux créent la fissure temporelle qui, sans crier gare, engloutit notre fratrie qui se trouvait au mauvais endroit et au mauvais moment, les projetant dans le monde des humains à travers des distorsions habilement conçues.

Genre :
Fantasy/Romance
Auteur :
Darelf
Statut :
En cours
Chapitres :
5
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
16+

Les Noces

Une réunion secrète

Arcanterra, Luminarion, le vingt-sixième jour de Solstrale en l’an 4011

L’Architecte, majestueux, se dresse solennellement à l’une des extrémités de la table, sa silhouette imposante émergeant des ombres mouvantes de la salle d’assemblée. Sa longue cape d’un bleu profond flotte doucement dans l’atmosphère, ajoutant à l’énigme qui l’enveloppe. Son visage, marqué par les éons, arbore une barbe argentée et des yeux étincelants, porteurs d’une sagesse antique et d’une détermination inébranlable. Les murs derrière lui, ornés de fresques, semblent s’animer légèrement à la lueur vacillante des chandelles. Les images vivantes racontent les légendes d’Arcanterra, capturant les moments qui ont forgé l’histoire de ce peuple.

Les disciples de l’Architecte, les Convergents, occupent leurs sièges autour d’une table de bois sombre finement sculptée, les motifs complexes, créés à la main, vibrent en harmonie avec les pulsations énergétiques de la pièce. Chacun des habitants d’Arcanterra, y compris les Convergents, arbore un tatouage élaboré serpentant le long de sa colonne vertébrale, une marque unique, symbole de naissance et d’appartenance. C’est un reflet qui coule dans les veines de chaque âme en ce monde.

À sa droite siège Elara, une Convergente aux cheveux argentés, tombant comme une cascade sur ses épaules, encadrant un visage à la beauté aussi ensorcelante qu’énigmatique. Ses yeux d’ambre renvoient une intelligence aiguisée, et sa maîtrise de l’art des illusions en fait une espionne exceptionnelle, capable de se fondre dans n’importe quel environnement. À sa gauche, réside Draven, un homme aux cheveux noirs, d’une présence silencieuse qui en fait le maître de l’art de l’infiltration. Son tatouage, plus sombre et complexe, semble absorber la lueur ambiante, engendrant un contraste saisissant avec celui d’Elara. Sa posture, droite et attentive, traduit une vigilance constante, prêt à agir au moindre signe de danger.

L’Architecte lève la main, et un hologramme s’élève de la table, projetant un faisceau de lumière qui crée une représentation éthérée du Prisme de la Convergence au-dessus de leurs têtes. Les reflets chatoyants de cette projection créent un kaléidoscope de couleurs et de motifs changeants. Le halo de puissance qui émane du Prisme remplit la salle, éclairant les regards des Convergents d’une lueur surnaturelle.

Des murmures de conversation emplissent la pièce, le doux crépitement des chandelles joue en harmonie avec les mots de l’Architecte. Les fresques sur les murs, elles-mêmes témoins des épopées passées, semblent s’animer encore plus intensément, leurs couleurs absorbant vie à mesure que le discours progresse.

Son propos résonne d’une assurance sereine, porté par une voix qui laisse supposer être le fruit de siècles de méditation et de connaissance.

— Mes vénérables Convergents, nous devons maintenant initier notre plan audacieux. Les mondes d’Arcanterra et des humains convergent inéluctablement, laissant entre eux une porte entre les dimensions, prête à s’ouvrir. Notre rôle revêt une importance cruciale dans cette transition, une charge que nous assumons avec la responsabilité et la détermination qui ont toujours été notre empreinte.

Les disciples écoutent avec une attention extrême, leurs regards captivés par le Prisme qui scintille au-dessus d’eux, plongés dans la fusion de la science et de la magie.

— Grâce à cet artefact ancestral et puissant, nous allons créer une brèche, une fusion entre les dimensions. Les énergies des mondes se mêleront, et nous, en tant que gardiens de la Convergence, guiderons les destins vers une nouvelle ère. Une ère où les merveilles d’Arcanterra se répandront dans la civilisation humaine, où la magie et la réalité cohabiteront en harmonie. Nous concevrons une symphonie transcendantale des mondes, une Convergence inarrêtable.

La conviction de l’Architecte se propage dans la salle, une vague d’émotions partagées entre les Convergents. Ils ressentent la grandeur de la tâche qui les attend, ainsi que l’opportunité de sculpter l’avenir des deux mondes. Cependant, Elara, d’une voix empreinte d’inquiétude dissimulée derrière son calme apparent, lève la main.

— Architecte, notre intention est noble, mais les humains sont imprévisibles. Comment pouvons-nous garantir que cette fusion sera pacifique ? Peut-elle réellement conduire à la paix que nous aspirons ?


“Entre mon âme, mon corps et ma tête,

C’est toujours cette dernière qui prend les décisions,

Cette première qui me rend qui je suis,

Ce corps, quant à lui, n’est qu’éphémère,

Mais lequel connaît vraiment le doux goût de la liberté.”


Rome, 26 juin 2015

Assise sur un tabouret devant le miroir de ma chambre, j’observe ma sœur Cassiope manier avec assurance les épingles et le peigne pour façonner mes cheveux. Ses gestes habiles créent des torsades et des boucles, m’inspirant confiance et certitude quant à la perfection de ma coiffure pour cette journée exceptionnelle. Au loin, portées par une brise légère, les notes enchanteresses du grand compositeur italien Einaudi s’élèvent depuis le jardin, dansant jusqu’à ma fenêtre pour captiver mon âme mélomane. L’essence intemporelle de cet art musical me fascine, le hissant parmi les réalisations les plus sublimes façonnées par l’humanité. Dans cette vie, j’exerce l’enseignement du violon aux élèves du conservatoire de Rome, suivant ainsi les traces de Julia Gentile, la femme dont l’identité m’a été involontairement conférée il y a trois années de cela.

Les boucles de ses cheveux encadrent délicatement son visage angélique, et ses yeux d’un bleu perçant, âgée de 34 ans, brillent intensément alors qu’elle façonne chaque note de son violon avec une grâce innée et une virtuosité stupéfiante. Ses doigts agiles glissent avec une précision exquise sur les cordes, révélant une maîtrise forgée par une passion ardente pour la musique. Son allure élégante et son magnétisme charismatique ensorcellent tous ceux qu’elle croise, tout comme l’homme du nom de Matteo Costa, fièrement affiché sur sa coiffeuse, prédestiné à devenir son époux, mais également le mien en ce jour solennel.


La Demande en Mariage

Ces pensées esquissent un sourire délicat sur mes lèvres tandis que je me remémore la demande en mariage, un instant inoubliable gravé indélébilement dans les méandres de mon esprit. C’était au printemps précédent, une soirée ensorcelante où nous avions opté pour dîner dans un restaurant pittoresque niché dans une ruelle pavée, non loin du majestueux Colisée de Rome. Assis à une table dans une petite cour, nous étions enveloppés de murs de pierre drapés de lierre. Des guirlandes de lumières tamisées se tendaient au-dessus de nos têtes, créant une ambiance marquer de romance et du charme typiquement italien.

Les vinyles anciens crépitaient sur un tourne-disque en bois, posé avec grâce sur une étagère, diffusant un mélange nostalgique de chansons classiques et de ballades jazz. Les serveurs, vêtus de tabliers noirs élégants, évoluaient avec une discrétion raffinée, ajoutant une touche d’élégance à l’ensemble. L’ambiance tamisée de l’endroit nous permettait de savourer pleinement notre intimité. Alors que nous nous régalions de mets délicieusement préparés, Matteo sortit de sa poche un écrin de joaillier. Mon cœur s’emballa, et dans ce moment précieux, les mots s’avérèrent superflus. Les regards et les sourires suffirent à exprimer l’ampleur de nos sentiments. Les émotions authentiques de Julia, la véritable propriétaire de ce corps, s’embrasèrent en moi, renforçant le lien profond et indéfectible qui nous unissait. Des larmes de joie embuèrent mes yeux, et sans hésitation, j’acceptai de lui appartenir, car tel était le destin de deux âmes vouées à s’aimer.

Les Souvenirs s’écoulent comme une brise douce, caressant mon esprit et ravivant avec une précision troublante la chaleur réconfortante de ses mains dans les miennes. Le temps semblait se figer, offrant l’illusion d’une éternité de bonheur à saisir. Pourtant, derrière cette toile idyllique de notre amour, se cachait une ombre sombre, une réalité complexe et implacable. Ma vie était tourmentée, prisonnière d’un cycle perpétuel d’emprunt de corps à travers les époques. Je savais que tout pouvait s’évanouir en un instant, pareil à une flamme vacillante balayée par le vent. Ainsi, je me détachais intérieurement de toute émotion, préservant mon cœur d’une souffrance inéluctable.


Transition inéluctable

Rome, 26 juin 2012

Je me souviens de ce matin-là, où la transition inéluctable se produisit. Une décharge électrique me parcourut, une sensation familière au fil des années. Mon âme semblait se détacher de l’enveloppe charnelle qui la contenait. Mes pouvoirs se décuplèrent et mon esprit fut emporté dans un tourbillon d’images, tel un voyage éblouissant à travers le temps. En quelques secondes, mes yeux s’étaient ouverts, mais cette fois-ci par ceux de Julia Gentile. À nouveau prisonnière d’un corps qui m’appartenait malgré moi. Cette réalité était devenue ma vérité temporaire, mais aussi ma fatalité éternelle.

Aveuglée par la lumière éclatante du néon suspendu au plafond, je me retrouvai assise sur une chaise, tenant un archet et un violon entre mes mains. La conscience de mon rôle de professeur de musique revenait en moi, laissant Anna, l’adolescente de quinze ans avec qui j’avais partagé ces deux dernières années, reprendre possession de son corps et de sa vie.

La salle de classe était spacieuse, ses hauts plafonds amplifiant les sons des instruments. La lumière naturelle inondait la pièce à travers de grandes fenêtres donnant sur la cour de l’école. Des pupitres en bois étaient soigneusement disposés en rangées, et une large table d’enseignant trônait à l’avant de la classe, accueillant partitions de musique et divers instruments. Vêtue d’une élégante robe noire se fondant parfaitement dans l’atmosphère artistique de la salle, le violon reposait sur mes genoux, attendant d’être joué.

Le balancement du métronome remplissait la pièce de sa pulsation apaisante, rythmant mes pensées alors que je me tenais près la fenêtre, observant la pluie ruisselant le long des carreaux. Devant moi des élèves, curieux et surpris par mon silence. Ils me fixaient avec des expressions d’étonnement, se demandant ce qu’il se passait. Certains chuchotaient entre eux, cherchant des réponses. J’essayai de retrouver mon calme intérieur et de me ressaisir face à cette situation nouvelle.

— Excusez-moi, dis-je d’une voix douce et tremblante. J’ai été distraite.

Les élèves semblaient accepter mon explication, et une certaine normalité recouvra place dans la salle de classe. Je décidai alors de reprendre la leçon, comme si de rien n’était, m’imprégnant du savoir-faire de cette jeune femme que je réincarnais.


Rencontre avec Matteo

Une sonnerie retentit dans tout l’établissement, annonçant la fin de la séance. Un soupir de soulagement m’échappa, m’offrant un bref répit. Les élèves quittèrent la classe, me laissant seule avec mes pensées agitées. Je devais m’éclipser rapidement, mais avant même que je puisse me lever de ma chaise, un jeune homme fit irruption dans la salle, m’interrompant dans mon élan. C’était Matteo, que je voyais pour la toute première fois. Un sourire radieux éclairait son visage alors qu’il s’approchait de moi d’un pas nonchalant.

Des émotions contradictoires se bousculaient en moi. Je me retrouvais assise sur le siège, incarnant Julia, tandis que mon double astral se séparait de moi afin d’observer la scène en retrait. Cette projection de moi-même se tenait debout à ses côtés, telle une spectatrice invisible.

Il s’adressa à moi avec une voix enjouée : « Alors, Mademoiselle Gentile ! Prête pour cette soirée cinéma ? » En replaçant délicatement une mèche rebelle derrière mon oreille, il me prit par surprise, et une vague d’intimidation s’empara de moi face à cette proximité soudaine. Instinctivement, je reculai légèrement, mon violon en faisant les frais, déstabilisé par cet échange inattendu et je me demandais : « Quel était son rôle dans ma nouvelle vie ? ».

Avant même que je puisse utiliser mes capacités télépathiques pour comprendre, sans le moindre avertissement, il m’arracha un baiser. Stupéfaite, folle de rage, je tentai d’ouvrir la bouche pour protester, mais mes lèvres scellées aux siennes me réduisirent au silence. La fureur grondait en moi, mes poings se serraient, et je me sentais piégée, mon double tournoyant autour de lui comme une bête en cage.

— Comment osait-il ?

Mon esprit fusionna avec celui de Julia dans un tourbillon d’énergies me plongeant dans un état de choc et de confusion. J’étais désormais connecté à elle, observant le monde à travers ses yeux, ressentant ses émotions et ses pensées comme si elles étaient miennes. Une connexion puissante s’était établie entre nous, me révélant des fragments de sa vie, de ses expériences, de ses désirs les plus profonds.

Dans cette intimité émotionnelle, je réalisai que Matteo était bien plus qu’un simple homme. Il était son pilier, son confident, et le lien entre eux était profondément enraciné dans le tissu de leur existence. Une histoire d’amour complexe se dévoila, faite de hauts et de bas, de rires et de larmes. Mes propres émotions s’entremêlaient avec les siennes, créant une symphonie douloureusement belle.

Tout en moi s’éveillait à la vie à travers Julia. Chaque pensée, chaque sensation résonnait en harmonie. Je pouvais sentir son cœur battre plus rapidement à la vue de Matteo, entendre sa respiration s’accélérer lorsque leurs regards se croisaient. Les souvenirs de leurs moments partagés dans ma conscience, faisant naître en moi une compréhension profonde de cet amour inconditionnel.

Il avait été son soutien lorsqu’elle doutait d’elle-même, sa lumière dans les circonstances sombres, et sa muse pour sa musique. Le lien entre eux était si fort que les mots paraissaient superflus. Chaque étreinte, chaque regard complice portait en lui un langage secret, une communication silencieuse qui transcendait les limites du temps et de l’espace. J’étais à la fois moi-même, l’observatrice distante, et Julia, l’amoureuse passionnée. Les barrières entre nos identités semblaient s’estomper, et pour un bref instant, nous n’étions plus qu’une seule et même personne.


Rome, 26 juin 2015

— J’ai fini ! s’exclama Cassiope à travers le miroir, me tirant de ma rêverie.

— Daeiis, tu es magnifique ! Est-ce que ça te plaît ?

Un léger sourire suggéré résonne dans sa voix, car tout comme moi, ma sœur incarne Eridan, une jeune romaine célibataire et nos pouvoirs surnaturels nous relient par la pensée. Elle fait mine de rien et glisse une rose blanche dans mon chignon. Elle et moi échangeons des regards complices à travers le miroir. Ses gestes attentionnés, expriment parfaitement l’amour et le dévouement qu’elle me porte.

Cassiope me laisse seule face au reflet de Julia, quittant la pièce un instant. Cependant, quelques minutes plus tard, elle réapparaît, portant dans ses mains ma robe de mariée. Avec une tendre maternité, elle la tient comme on chérit un nouveau-né, veillant à ne pas froisser le tissu d’une blancheur pure, légère et virevoltante, telle une brise printanière prête à être enfilée. Mon cœur bat avec un mélange d’excitation à mesure que l’heure de la cérémonie approche rapidement. Je quitte le corps de Julia, laissant son enveloppe prendre possession de sa robe. Pendant ce laps de temps, mon double astral se tient adossé au rebord de la fenêtre de ma chambre, offrant une vue sur le jardin où se déroulera mon mariage, me permettant ainsi d’admirer la décoration.

Des éléments naturels se mêlent harmonieusement, créant une ambiance sobre et raffinée. De simples guirlandes de feuilles vertes sont suspendues aux branchages des arbres, donnant une note de fraîcheur et de simplicité à l’allée centrale. Les bouquets choisis avec délicatesse sont principalement blancs, telles que des lys et des roses, apportant une grâce intemporelle.

Une arche discrète, agrémentée de branches de bois naturel, se dresse avec finesse au bout de l’allée, créant un point focal subtil. Les fleurs sont utilisées avec parcimonie pour ajouter des touches colorées, sans jamais dominer sur l’ensemble.

Des rubans en lin de couleur neutre sont artistiquement noués autour des dossiers des bancs des invités. Ces tissus ajoutent de la délicatesse et de la sophistication sans être ostentatoires. Des lanternes en verre transparent sont placées stratégiquement le long de l’allée, diffusant une lumière tamisée et créant une atmosphère douce et romantique lorsque la soirée approchera. J’ai choisi avec minutie l’ensemble de la décoration, veillant à ce qu’elle reflète l’image et le style de la violoniste que j’incarne.

Les parents de Julia, entourés de ceux de Matteo, bavardent gaiement avec le Pasteur Giacomo, qui va officier la cérémonie imminente. Les rires enjoués des enfants qui jouent dans le jardin se mêlent parfaitement aux conversations animées, et aux douces mélodies du piano flottent dans l’air, ajoutant une touche de poésie. C’est un moment de célébration et de partage, où les liens d’amitié et familiaux se renforcent dans l’esprit de l’union des futurs époux.

Les humains, dans leur diversité, croient en différentes religions et systèmes de croyances. Malgré ces convictions distinctes, ils coexistent dans le vaste panorama de l’humanité. Mon mariage avec Matteo est une cérémonie symbolique qui rassemblera nos familles et nos amis, unissant nos vœux d’amour et d’engagement. Cette idée provoque un doux rictus sur mes lèvres, car en réalité, rien de tout cela n’est fondamentalement réel. Les concepts du paradis, de l’enfer et des autres notions divines sont des constructions légendaires façonnées par l’humain au fil des siècles.

Après un court instant, un timide coup frappe à la porte, interrompant mes profondes réflexions. Mon halter ego, drapé dans la robe de mariée, se lève pour accueillir Gaius, mon frère, venu aux nouvelles. Dans cette existence, il prend l’apparence d’une femme nommée Carla, que je présente aux autres comme une amie, préservant ainsi notre véritable identité secrète. Nous formons une fratrie de trois, Gaius, Cassiope et moi, Daeiis, et nous sommes en proie à un cycle éternel de changements et de renaissances, dissimulés parmi les simples mortels. Cette situation, bien loin d’être une bénédiction, est davantage perçue comme une malédiction pesant sur nous.

— Tu es resplendissante, ma chère sœur ! Murmure-t-il d’une voix émue alors que je regagne le corps de Julia. Avec douceur, il me remet mon bouquet de tulipes blanches, pendant que Cassiope ajuste soigneusement mon voile.


Doutes et Réflexions

Pendant que Gaius et moi partageons un moment de communication télépathique, une pensée intrusive s’insinue dans mon esprit en ébullition. L’amour et le mariage, des concepts humains qui semblent à la fois fascinants et déroutants dans ma conscience. S’unir à quelqu’un, s’engager à communier sa vie, ses rêves et ses espoirs... Ces notions ont-elles une signification pour nous, êtres liés par une existence tourmentée et fragmentée ?

Je fixe Gaius du regard, nos yeux se rencontrent dans une profonde connexion. Avons-nous la capacité d’éprouver cet attachement humain si puissant, cet amour qui transcende les époques et les vies ? Et si oui, est-ce une bénédiction ou une malédiction ? J’imagine Matteo, son sourire chaleureux et pétillant, et je me demande si je suis prête à sacrifier ma propre réalité, mon essence même, pour ce sentiment.

Le doute et l’incertitude tourbillonnent en moi, se mêlant aux tourments de mon âme. Si je me laisse emporter par cet amour, si je cède à l’appel de cette union, que se passerait-il lorsque le voile du temps se déchirera à nouveau et que j’entrerai dans une existence différente, séparée de tout ce que j’aurais construit avec Matteo ?

Est-ce une perspective terrifiante ou une opportunité de vivre quelque chose de profondément humain, même au milieu de notre condition exceptionnelle ?

Je laisse échapper un soupir de résignation. Les réponses à ces questions sont tout sauf simples, pourtant, au plus profond de moi, je sais que l’amour, aussi complexe et fragile soit-il, mérite d’être exploré, même au cœur de notre existence énigmatique. Alors que Gaius esquisse un sourire empreint de compassion, je me prépare mentalement à m’engager non seulement envers Matteo, mais aussi dans cette aventure nouvelle et incertaine : celle de l’amour humain transcendant les barrières du temps. Sur mes talons hauts, je pivote maladroitement devant eux, les laissant contempler la femme que je suis devenue dans cette réalité. Tout cela me semble surréel, voire irréel.

— Le futur marié s’impatiente, Daeiis ! me lance-t-il excité, tapant des mains m’incitant à me dépêcher.

— Ces chaussures sont serrées et ce talon est beaucoup trop haut ! Je me plains, l’air anxieuse. Est-ce un signe de peur dissimulée derrière cette excuse ?

— Ce n’est pas le moment ! s’exclame Cassiope, interrompant ma confusion. Je t’avais dit de les porter plus souvent ! je désigne du regard une paire de ballerines blanches posées près du lit. Elle lève les yeux au ciel et attrape mon bras me traînant hors de la chambre.

— Je suis déjà grande ! je lamente, boudeuse. Enfin, Julia l’est ! Je me corrige avec ironie. Elles auraient été parfaites sous cette longue robe. Une vague d’émotions m’envahit. J’éprouve le besoin de me recueillir quelques instants, seule.

— Allez-y ! je leur ordonne. Je vous rejoins en bas dans deux petites minutes.

Ils acquiescent, puis descendent les escaliers. Pendant ce temps, je regagne ma chambre, sans me rendre compte que c’est la dernière fois que je les vois revêtir les enveloppes charnelles de Carla et Eridan. Une fois la porte refermée derrière moi, je m’appuie contre celle-ci, captivée par le scintillement du diamant à mon doigt, et me répète à voix basse :

— Madame… Madame Julia Gentile Costa !Je m’apprête à lier ma vie à l’homme avec qui j’ai partagé ces trois dernières années.


Réalisation de l’Enchevêtrement Temporel

La réalité me rattrape cruellement au moment où je vais rejoindre Matteo. Un étrange frisson parcourt mon corps, provoquant des fourmillements le long de ma colonne vertébrale, telle une caresse macabre. Avec désarroi et frayeur, je comprends que l’instant tant redouté se reproduit, réveillant les cicatrices de cette maudite fatalité. Déposant mes souliers de mariée et mon bouquet de fleurs sur le lit.

Des spasmes nerveux m’envahissent, agitant mon être et entravant ma respiration, tandis que mon cœur s’emballe, tachycardie, sous ma poitrine opulente et charnue. Une boule d’angoisse se forme dans ma gorge, resserrant son étreinte cruelle, m’empêchant de déglutir normalement. Chaque inspiration et expiration devient une bataille, un combat acharné pour maintenir mon corps droit, évitant l’effondrement avant l’instant fatidique où je quitterai définitivement l’enveloppe charnelle de Julia.

Cachée derrière les lourds rideaux de velours bleu, le souffle saccadé, mes yeux voilés ne peuvent retenir les larmes qui inondent mes joues pâles, trahissant ma détresse intérieure. Mon regard se pose avec tendresse sur Matteo, plus magnifique que jamais, vêtu d’un smoking noir taillé sur mesure, se tenant droit et altier, entouré de ses parents qui irradient de fierté. La douceur sereine de son visage semble incarner la perfection, à laquelle je n’ai jusqu’à présent prêté aucune attention.

À cet instant, mêlant acceptation et douleur indicible, je réalise que ce mariage ne serait pas le mien, que je ne pourrais jamais être celle qu’il attend. Le murmure de la mélodie s’élève encore, vibrant dans l’air tel un écho douloureux, tandis que mon âme se débat, se déchirant entre la réalité m’enveloppant et l’existence que j’ai vécue en tant que Julia Gentile.

Les notes cristallines de la marche nuptiale me saisissent, résonnant depuis la fenêtre entrouverte. Mes espoirs, fragiles et éphémères, se brisent, écrasés par les mélodies funestes, pesantes et oppressantes, telles un fardeau insoutenable sur mes épaules frêles. Les invités se regroupent vers l’allée, impatients de découvrir la mariée. Mais alors que tous les regards sont tournés vers l’entrée, l’esprit de Gaius est ailleurs. Inquiet, il fixe le tatouage serpentant le long de la colonne vertébrale de Cassiope, qui semble se dissoudre dans sa peau, telle une illusion au réveil. Mon frère se sent désorienté, comme si la réalité lui échappe entre les doigts. Dans un élan instinctif, il saisit avec poigne son bras, l’obligeant à se tourner vers lui. Cette action brise le contact avec la cérémonie en cours. Les notes s’éteignent doucement dans un murmure d’incompréhension et de surprise.


Gaius & Cassiope : Ne reste que le vide, le silence.

— Qu’est-ce qui se passe, Cassiope ? murmure-t-il d’une voix empreinte de panique.

— Je n’en sais rien… Elle s’interrompt, le regard effaré, puis devient pensive. Je crois que c’est… terminé.

— Terminé ? répète-t-il, abasourdi. Les échos de ses paroles se répandent dans sa conscience, tels des vagues se brisant contre le rivage de son esprit.

— La connexion, Gaius. Elle est partie… Il ne reste que le vide, le silence.

Une peur primitive s’insinue en lui, menaçante, tandis que les fragments de réalité s’effritent autour de lui. Le bruit des pas des invités s’estompe, les visages deviennent flous, et tout ce qui subsiste, c’est le regard inquiet de Cassiope. Une question poignante, déchirante, mais nécessaire, s’échappe de ses lèvres tremblantes.

— Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?

Une tension insoutenable flotte dans l’air, amplifiée par les regards perplexes des invités qui observent avec curiosité la scène inhabituelle se déroulant près de l’allée. Une vague d’émotion submerge Cassiope, des souvenirs jaillissent dans son esprit comme des éclairs éblouissants. Des moments partagés, des liens tissés, des émotions vécues... tout cela s’efface devant ses yeux, laissant place au vide, à l’absence.

Elle réalise que l’enchevêtrement temporel qui a façonné leur existence multiple leur a conféré une complexité qui ne peut être dévoilée qu’à travers le prisme de la vie humaine. Elle voit les éclats de leurs multiples incarnations se dissoudre, s’évanouir dans les ténèbres de l’oubli. Ce qui les lie, cette fraternité tissée à travers le temps, n’est plus que le reflet d’un souvenir, d’un rêve éphémère.

Dans son cœur, une mélancolie profonde s’épanouit, mais elle refuse de s’y abandonner. L’espoir l’habite toujours, même si les voies de leur existence sont plus sinueuses et mystérieuses qu’elle ne l’avait imaginé.

— Cela signifie que nous devons chercher des réponses, Gaius. Trouver le moyen de préserver ce que nous sommes, malgré les limites du temps. Nous avons peut-être perdu une partie de nous, mais nous avons encore le pouvoir de nous battre pour notre existence, pour notre lien.

La détermination refait surface dans les yeux de Gaius, chassant l’incertitude qui menaçait de l’engloutir. Il se redresse, serre le poing avec fermeté, prêt à affronter l’inconnu, à plonger dans les profondeurs du mystère qui les entoure.

— Tu as raison, Cassiope. Nous avons peut-être perdu une partie de nous, mais nous ne pouvons pas nous laisser vaincre par cette perte. Nous avons vécu d’innombrables vies, et chacune a laissé une empreinte sur notre âme. Nous devons trouver un moyen de reconstruire ce lien, même si cela signifie repartir de zéro, encore et encore.

Un sourire de résolution se dessine sur les lèvres de Cassiope, une lueur d’espoir dans son regard.

— Nous n’avons pas le pouvoir de façonner notre propre destinée, Gaius. Mais nous ne sommes pas simplement les jouets du temps, des êtres dépourvus de volonté et de détermination. Quoi qu’il advienne, nous resterons unis, à travers les âges, à travers les vies.

Les deux âmes liées se tiennent debout, prêtes à affronter l’avenir incertain qui se profile devant elles. Qu’elles soient des humains ou des êtres éternels, leur lien transcende les barrières du temps et de la réalité. Et avec cette conviction, elles entament un nouveau chapitre de leur existence.


Frisson de Réalisation

Alors que la cérémonie se déploie devant moi, je m’évade. La voix du célébrant résonne lointaine, presque irréelle, comme si elle appartenait à un monde auquel je n’ai plus accès. Mon esprit erre dans les sombres recoins de mon passé, me ramenant à des époques que je n’ai jamais vécues consciemment, mais qui sont inexplicablement enracinées en moi. C’est alors qu’une pensée pénètre mon esprit en ébullition, une introspection sur la malédiction qui me lie à cette existence, à cette réincarnation forcée.

Je me suis souvent demandé pourquoi j’ai été condamnée à revivre ces existences, à porter le fardeau de souvenirs qui ne sont pas miens. Est-ce une punition pour des fautes commises dans une vie antérieure ? Ou bien est-ce le cruel caprice du destin, une aberration dans l’ordre naturel des choses ? Mon cœur se serre tandis que je prends conscience de l’ampleur de ma quête de liberté. Est-il possible de briser ce cycle, de rompre les chaînes qui m’attachent à cette existence fragmentée ?

Mon regard se pose sur Matteo, perdu dans son bonheur, ignorant le tumulte qui se joue en moi. La détermination grandit en moi, teintée d’une profonde tristesse pour les sacrifices que je pourrais devoir consentir pour atteindre la liberté que je désire ardemment.

Un frisson glacial parcourt l’échine de notre trio, tandis qu’une angoisse écrasante nous étreint tous les trois.

Dans le miroir de nos yeux, je peux voir la même agitation. Cassiope se love désespérément contre Gaius, cherchant refuge dans son étreinte pour apaiser ses peurs insatiables.

« Nous n’avons plus de temps ! » vocifère-t-il d’une voix ébranlée par la peur, insufflant l’urgence de la situation dans chaque mot.

« Enlace-moi fort ! » murmure-t-elle à son oreille, sa voix chargée d’une détresse palpable.

Il répond à son appel en la serrant avec une énergie désespérée.

« N’aie pas peur, Cassiope ! Je suis avec toi », lui assure-t-il, cherchant à la rassurer autant que lui-même.

Ils fusionnent leurs corps dans une étreinte protectrice, créant ainsi un seul être composé de deux âmes soudées par un amour profond.

Pendant ce temps, les enfants, habillés de tenues assorties à celles de la mariée, marchent en tête, portant de petits paniers en osier remplis de pétales de rose. Ils les répandent sur le sol pour créer un tapis de fleurs, sans saisir pleinement l’importance de l’événement, ignorant les forces invisibles qui s’agitent autour d’eux.


Conclusion Amère

Nos doubles astraux se réunissent, créant ainsi un trio indissociable. Soudain, un tourbillon de lumière éblouissante et de vent sauvage surgit devant nous. Un vortex se matérialise brusquement, nous engloutissant. Nos mains se crispent les unes sur les autres, refusant d’être séparées dans cette tempête déchaînée. Un bruit assourdissant nous entoure alors que nous sommes emportés à travers l’espace et le temps, laissant derrière nous les corps de Julia, Eridan et Carla, prêts à retrouver leurs véritables propriétaires.

Le Pasteur Giacomo, d’une solennité saisissante, dépose la Bible sur le petit autel orné de délicates fleurs blanches, leur pureté contrastant avec l’ombre qui nous enveloppe. Il invite les témoins et les invités à se lever, afin d’accueillir la future mariée, celle qui n’est pas moi, celle qui n’est plus moi. Les mots solennels du Pasteur résonnent dans le silence étouffant du jardin.

« Si quelqu’un s’oppose à cette union, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais. »

Ces paroles, en apparence simples, portent en elles l’amertume de notre destin tragique. Pourtant, je comprends que c’était une formalité dénuée de sens, un rituel dont personne ne profiterait. Tous sont heureux, inconscients de ce qui se joue en silence, dissimulé derrière les sourires et les festivités. Une fois de plus, nos vies sont chamboulées.