Promets moi de ne jamais me libérer de toi.

Résumé

Hanna a tout juste seize ans. Elle emménage dans une nouvelle ville et intègre un nouveau lycée. C’est une adolescente qui vit pleinement les expériences de son âge. Partagée entre les démons de sa jeune existence et l’envie de profiter de toutes les opportunités qui s’offrent à elle, elle est lancée dans le parcours initiatique menant à la vie d’adulte. - La chronique d’une jeune fille qui embrasse les dernières années de son enfance. ! Déclencheurs : contenu mature, tabac, alcool, drogue, violence, troubles psychiatriques, suicide, harcèlement, maladie.

Genre :
Romance/Drama
Auteur :
SerenaaBlack_
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Introduction.



Nous sommes le vendredi 17 décembre 2010, veille des vacances de Noël. Aujourd’hui, je suis dispensée de cours dans mon lycée. Mon ancien lycée. Aujourd’hui je change de vie.

Il est 10h23, je suis dans le train à destination d’Amoris où ma tante a décidé d’emménager après le décès de mon grand-père un peu plus tôt cet automne. Elle termine actuellement les travaux dans un immeuble du centre-ville dont nous avons hérité. Il était à l’abandon depuis quelques années déjà, mon papy adoré n’avait plus la force de gérer l’aspect locatif d’un local commercial et de deux appartements. Le décès précoce de ma grand-mère, qui l’aidait au quotidien, puis son placement en EHPAD à cause de sa maladie neurodégénérative l’ont forcé à laisser ses investissements immobiliers de côté.

Je ne connais rien de cette ville. Je sais que c’est une ville côtière de province, attractive pour les touristes atlandais et étrangers. Ville étudiante, dynamique, où la fête et la détente sont reines. Agata me l’a vendue comme telle. Je savais juste que c’est le genre de ville appréciée par les carnois comme nous, mais plus aisés ; ils y ont tous une résidence secondaire.

Je vis à Carnes, la capitale, depuis mes trois ans. On peut dire que je ne connais pas grand-chose d’autre dans notre pays, à part Balogne, où je suis née. Ce matin a été un déchirement. J’étais hébergée chez Laëtitia, mon amie la plus proche, le temps que ma tante Agata gère les papiers chez le notaire, les travaux, mais aussi la mise en place de son shop. C’est une chance pour elle de pouvoir ouvrir son propre salon de tatouage, c’est son rêve et je suis enthousiaste de déménager pour elle. Mais quitter ma ville, mes habitudes, mon appartement, mon lycée, tous mes amis … J’ai beaucoup pleuré ce matin, sur le quai de la gare dans les bras de Laëti, ma petite valise avec le reste de mes affaires à mes pieds. On s’est promis de garder contact et de tenter de se voir le plus souvent possible. On a dû s’envoyer cinquante SMS depuis mon départ. Elle me manque déjà.

Je tente d’apaiser mon stress en écoutant de la musique sur mon iPod. C’est l’album Perdu d’Avance d’Orelsan. Je l’écoute en boucle depuis sa sortie, entrecoupé par le reste de mes playlists qui passent de Michel Berger à Rammstein. Eclectique. Je regarde par la fenêtre, laissant mes yeux courir sur le paysage qui défile à toute vitesse. Le dernier couplet de No Life se termine alors que le train arrive à destination. Amoris, MA destination.

Je descends sur le quai, le cœur battant. Je commence à angoisser. L’anxiété est mêlée à l’excitation, je pense à ma nouvelle vie, mon nouveau lycée. Pfff. Tout recommencer en cours d’année, seule, je ne sais pas si j’en ai la force.


-HANNAAAAAA ! Je suis làààà, coucouuuuu !


C’est Agata qui court vers moi en agitant ses bras. Le temps qu’elle arrive vers moi, je glisse mes lunettes de soleil sur le bout de mon nez. Le ciel est si clair ici, je ne suis pas habituée à tant de lumière naturelle.


-Alors pétasse, tu as fait bon voyage ? Allez zou, on file à l’appart. Il faut absolument que je te montre les merveilles que j’ai fait de la ruine de papy. En plus, je suis passée chez le traiteur asiatique, j’ai pris tout ce que tu préférais. Aaaaah tu m’as manqué ma nièce. Et pas qu’à moi, y’en a une autre qui trépigne dans la voiture.


J’ai chaleureusement serré ma tante dans les bras. Soulagée de voir un visage connu et rassurant. Je lui ai rapidement raconté mes dernières semaines chez Laëti tout en marchant vers la voiture. Je ne m’étale pas sur tout ce que je peux ressentir comme émotions ambiguës en ce moment. J’aime Agata comme ma propre mère, mais je suis de nature plutôt réservée. Elle le sait, elle me connaît. Elle doit se douter que mon cerveau est un vrai capharnaüm en ce moment, mais elle respecte mon intimité en ne me posant pas de questions.


-Oh mon bébééééé ! Ma fiiiille. Qu’est-ce que tu as pu me manquer ma Léna ! Oui, maman est là, elle ne te laissera plus jamais, c’est promis. – Je me suis jetée, les larmes aux yeux, sur ma chienne, une malinoise de deux ans, qui jappait dans le coffre de la voiture. Elle a l’air aussi heureuse que moi de me retrouver.

-Bah dis donc, j’en serais presque vexée. T’es plus heureuse de retrouver Léna que ta vieille tante qui trime pour toi ! – Agata a rétorqué sa remarque en roulant des yeux, amusée.

-Agataaaa, Léna c’est mon bébé, ce n’est pas comparable. Et puis, non, t’es pas vieille, t’es juste aigrie avant l’âge, c’est tout.


Je lui ai souri en lui lançant un clin d’œil qu’elle m’a tout de suite rendu. Elle a démarré la voiture, la radio avec le volume au maximum sur Nostalgie, une cigarette au bout des lèvres. Elle ne changera jamais. Agata m’a tendu son paquet de cigarettes, dans lequel je me suis servie avant de l’allumer. Ça me fait du bien, j’ai presque l’impression d’être chez moi. On dit que la maison se trouve là où sont ceux que l’on aime, tant qu’Agata et Léna sont avec moi, je crois que je peux être sereine et me sentir chez moi.

Malgré le froid, je suis accoudée à la fenêtre ouverte de la voiture en tirant tranquillement sur ma cigarette. Cheveux au vent et lunettes de soleil vissées sur mon nez. Je remarque des passants nous dévisager. Entre ma dégaine de touriste et Freed from Desire résonnant dans l’habitacle, je ne suis pas étonnée qu’ils soient surpris. Agata en profite pour faire un détour et me montrer Amoris. C’est … charmant. Non, c’est vraiment joli, typique balnéaire, il y a du monde dans les rues, c’est très animé pour un mois de décembre. Après, l’approche des fêtes doit aussi jouer dans l’effervescence actuelle. Il y a toutes les enseignes de magasins que j’aime, des dizaines de restaurants et de bars. Certes, ça n’aura rien à voir avec la vie que j’avais à la capitale, mais j’ai un bon pressentiment, je sais que je vais m’y plaire.

Après trois bons quarts d’heure de visite, nous arrivons devant chez nous. Le numéro 60 de la rue du Temple à Amoris. Je descends de la voiture avec ma valise et Léna pour observer le petit immeuble pendant qu’Agata rentre la voiture dans notre garage. L’architecture est très jolie, plutôt bourgeoise, comme il se doit dans un centre-ville digne de ce nom. Il est composé de deux étages sous lesquels trône une enseigne flambant neuve sur laquelle on peut lire « Agatatouage ». Sérieusement ? Je crois que mon étonnement se lit sur mon visage car ma tante fronce ses sourcils en me donnant un coup de coude dans les côtes. Je sais que cette femme est un personnage particulier, mais c’est juste moche là, j’imaginais une enseigne avec plus de personnalité. « Agatatouage », quelle honte. Alors que je rumine dans ma barbe, Agata m’arrache la valise des mains en me grognant de monter parce qu’elle meurt faim.


-TADAAA ! Bienvenue à la maison pétasse ! Je te ferai faire le tour du propriétaire après manger, ok. Parce que là j’ai trop faim ! Tu dois être affamée aussi mon bijou.


Elle s’est empressée de mettre les différentes barquettes du traiteur asiatique au four. Comme d’habitude elle m’appelle par de charmants sobriquets, mais ça ne me dérange pas. Elle me fait rire. Elle est bloquée dans les années quatre-vingt-dix. Que ce soit son style vestimentaire ou cette manie de vivre avec une clope au bec. D’ailleurs, je suis étonnée par la décoration de la pièce de vie. C’est trop moderne pour elle qui ne doit pas savoir qu’on a changé de président et qu’on ne paie plus en francs atlandais. La cuisine aménagée s’ouvre sur un grand salon et une salle à manger, tous les meubles et électroménagers sont de dernière mode. On va pouvoir se faire de belles soirées film devant cet écran, avec un plateau repas ou du fast-food, comme on en a l’habitude. C’est très joli et chaleureux. Par contre, je remarque qu’il y a toujours autant de plantes vertes qui me donnent l’impression de vivre cachée et protégée dans la jungle. Mais il reste hors de question que je m’en occupe. Je dois avoir une malédiction avec les plantes. Agata a beau être déphasée et surprenante, elle reste une magicienne à la main verte.

Perdue dans mes pensées, je n’avais pas remarqué que le repas était prêt. J’ai été sortie de mes rêveries par un rouleau d’essuie-tout lancé en plein dans ma tête. Je me suis installée au bout de l’îlot qui fait office de bar et nous avons commencé à manger.


-Par contre Agata, j’aurais bien aimé poser mes affaires dans ma chambre histoire de voir à quoi elle ressemble. Puis je n’aurais pas dit non à une petite douche.

-Ne t’en fais pas. Je vais te faire faire le tour. Puis, c’est parce que j’ai une surprise pour toi ! Je sais que tu vas adorer. Et je ne veux pas louper la tête que tu vas faire ! – Elle a rougi et éclaté de rire avant de reprendre goulument un nem.

-Tu me fais peur, je ne sais jamais à quoi m’attendre avec toi. – J’ai marqué une pause pour croquer dans mon rouleau de printemps. – En tout cas, je te donne l’autorisation de commander chez ce traiteur tous les jours de notre vie, c’est délicieux !


Nous avons ri ensemble de bon cœur. Nous sommes heureuses de nous retrouver. Malgré nos différences de caractères et nos désaccords pouvant créer de grosses disputes, nous sommes une famille et c’est tout ce qui compte. Notre amour est indestructible.

Après avoir mangé, rangé la cuisine et parlé de tout et de rien, Agata m’a pris le poignet pour la fameuse visite de notre nouvel appartement. Elle m’a expliqué que le premier étage était notre lieu commun avec la cuisine, le salon, la salle à manger et un WC séparé. Elle m’a ensuite présenté sa chambre, remplie d’objets ethniques, ésotériques, et autres curiosités. Là, je reconnais la « Agata touch », ses dessins remplissent les murs. Elle possède une salle de bain et un dressing, comme une suite parentale. Une chambre d’amis complète l’étage. C’est tellement plus grand que notre appartement de Carnes, mais très cocooning malgré tout. Par contre, je n’ai vu aucun escalier menant au deuxième. Est-ce que je dois m’inquiéter ?


-Bon prête pour le clou du spectacle, Hanna ?


J’ai acquiescé timidement avant de me faire embarquer à l’extérieur de l’appartement, sur le palier. J’ai suivi Agata dans les escaliers. Elle a ouvert la porte et m’a balancé le trousseau de clefs qu’elle faisait tournoyer devant mes yeux. Je me suis stoppée à l’entrée du petit appartement, surprise par ce que je voyais. Un studio avec une petite cuisine ouverte, un petit coin salon, un bureau, plein de rangements, bibliothèques et dressing ouvert. Mon regard s’est arrêté sur un grand lit trônant devant une verrière séparant la pièce de vie et une salle d’eau incroyable. Le studio est bien plus petit que l’appartement du dessous, mais il donne sur une grande terrasse avec des poufs et aménagée pour Léna.


-T-Tata … C’est magnifique. C-C’est pour moi ? – J’essaie de contenir mes larmes de surprise.

-Si tu m’appelles encore comme ça, je le loue au plus offrant ! – Elle m’a mis un coup de poing dans l’épaule tout en disant ces mots. – Mais oui, c’est bien pour toi. Je sais que je t’ai toujours laissé beaucoup d’indépendance, peut-être trop. Donc je te fais confiance. C’est pour tes seize ans. C’est dans quelques jours, ça se fête ! – Puis elle a eu une mine un peu plus triste. – Et c’est aussi pour me faire pardonner pour tout le remue-ménage de ces derniers temps. T’as pas été ménagée dans ta vie, cocotte. Je sais que les départs de mamie et puis papy t’ont plus affectés que ce que t’as bien voulu montrer. Et pour couronner le tout, je t’embarque dans une tout autre ville pour suivre mon rêve, sans même te poser la question. J’imagine que vivre ça à ton âge ne doit pas être évident. Avec cet héritage immobilier et le pécule qui l’accompagnait j’ai voulu te faire plaisir. Une façon de te prouver que tu peux compter sur moi comme si j’étais ta mère.

-M-Merci. Mais je le savais déjà Agata.


Je me suis jetée dans ses bras, des larmes roulant sur mes joues. A la fin de notre étreinte, elle m’a offert son large sourire sincère. Elle m’a laissée à cet étage avec Léna, en me disant de m’approprier les lieux. Elle m’a aussi rappelé notre rendez-vous avec la proviseure de mon nouveau lycée à 16h. Il est 14h, ça me laisse le temps de me délasser sous la douche, me changer et commencer à ouvrir quelques cartons parmi tous ceux éparpillés dans le studio.

L’heure de l’entretien approchant, je me suis emparée de mon dossier d’inscription que j’avais soigneusement préparé et suis descendue retrouver Agata. Nous nous sommes dirigées vers le lycée à pied, il est à une toute petite dizaine de minutes. Plus nous nous approchions, plus mon estomac se serrait. Une fois arrivées, j’ai levé les yeux vers l’établissement. Lycée privé Sweet Amoris, ça a l’air guindé. Rien à voir avec les établissements privés catholiques auxquels j’ai été habituée jusqu’en troisième. Je ne pense pas qu’ici il y ait la prière tous les matins, l’église le vendredi, ni les sœurs cruelles qui nous tapaient à coups de règles sur les doigts pendant l’étude. Non, ici c’est privé parce qu’ils ont des infrastructures modernes et qu’ils poussent les jeunes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Et que le coût de la scolarité doit être indécent. Agata m‘avait un peu briefé sur le projet pédagogique de cette école.

Devant le portail se trouvent quelques élèves qui discutent en fumant. Je remarque qu’il n’y a pas d’uniforme comme j’ai pu l’imaginer, au contraire, chacun assume sa personnalité à travers ses vêtements. D’autres élèves s’échappent en vitesse du lycée en riant, probablement excités par le début des vacances. Nous sommes rentrées dans l’enceinte. Je suis bluffée. Tout est si propre et si moderne. Un grand parc prolonge la cour, je pense que ça doit être très agréable d’en profiter lors des beaux jours. Agata m’a sortie de mon observation en me tirant par le bras en direction du bâtiment administratif. Alors que j’essayais de rattraper sa cadence, j’ai trébuché et me suis cognée contre un élève.


-C’est malin Hanna, en même temps quelle idée de toujours te percher sur des talons ? – Elle a regardé l’élève de haut en bas. – Hm, je comprends, tu veux nous la jouer RomCom américaine avant même ta rentrée ! – Elle a étouffé un rire. – Allez, excuse-toi pétasse !

-Hm, c’est à moi de m’excuser. – Le garçon regardait ma tante avec des yeux tellement étonnés que je n’aurais pas été choquée qu’ils sortent de leurs orbites. – J’étais en train d’attendre mon ami qui doit sortir du bureau de la proviseure d’un instant à l’autre, je devais être dans la lune, comme d’habitude, et je ne vous ai pas vues. – Il m’a souri tendrement. – Excusez-moi mademoiselle.

-Ne t’inquiète pas, je ne regardais pas non plus où j’allais. Je pense qu’on a le même âge hein, tu peux me tutoyer. A plus tard !


J’ai pressé le pas en direction du bâtiment administratif. J’y aperçois le brushing blond, inspiré d’anciennes sitcoms, d’Agata. Je vois à sa tête qu’elle s’impatiente. Je me suis assise près d’elle, tout en regardant par la porte vitrée. Le garçon que je viens de croiser à vraiment l’air doux et gentil. C’est la première personne à qui je parle ici. C’est peut-être un peu enfantin, mais ça me rassurerait de voir sa tête dans ma classe à la rentrée, vu que c’est la seule que je connais. Je ne devrais pas le louper, il est grand, très grand même. Puis je n’ai jamais vu des yeux vairons auparavant, ça lui donne un charme mystérieux. Si on ajoute à ça ses cheveux décolorés et un look old school, inspiré de la mode anglaise des années vingt, c’est sûr qu’on le remarque.

La proviseure a un peu de retard. Si j’ai bien compris, elle est avec un autre élève. Agata tape de ses longs ongles manucurés en bleu sur son accoudoir. J’en profite pour jeter un œil à mon dossier d’inscription. Je n’ai rien oublié, toutes les pièces demandées sont jointes. Au moment où je remettais mes documents dans leur pochette, la porte du bureau, ornée d’une plaque au nom de Mme Ariane Shermansky, s’est ouverte. Un élève s’en est évadé en soupirant, l’air excédé. Un grand brun aux cheveux remontés en un chignon. Il porte un t-shirt de groupe que je n’ai pas pu bien voir avec un large bomber noir, un slim déchiré et des Doc Martens. J’aime bien son style. Il a rejoint « monsieur dans la lune » et ils se sont dirigés ensemble vers la sortie. La proviseure nous a fait signe d’entrer et nous nous sommes installées toutes les trois.


-Désolée pour le retard Mme Keller. Les adolescents … Certains sont plus difficiles que d’autres. Enfin. Je crois que nous nous voyons ce soir pour l’inscription de votre fille Hanna.

-Hanna n’est pas ma fille, Mme Shermansky. Je suis Agata Lewandowski, sa tante et responsable légale.

-Ah oui, veuillez m’excuser Mme Lewandowski, nous en avions parlé ensemble lors de notre entretien téléphonique et vous m’aviez expliqué la situation. Je crois que mon entretien avec Mr Vielmont m’a un peu perturbé. Très bien, avez-vous votre dossier d’inscription Mlle Keller ?

-Oui, le voici. – Je lui ai tendu la pochette et elle a examiné chaque document.

-Bien, tout est complet. Bienvenue à Sweet Amoris, Mlle Keller. Je suis certaine que vous vous épanouirez au sein de notre établissement. Le bien-être de chaque élève est notre priorité, c’est ce qui fait notre réputation. – Elle s’est mise à pianoter le clavier de son ordinateur. – Par contre, il faut juste que vous me confirmiez votre option obligatoire, et une option facultative si vous le souhaitez.

-O-oui, j’ai choisi LV3 russe en option. Et j’aurais aimé suivre l’option facultative en arts appliqués si possible.

-Je vérifie s’il reste de la place en arts appliqués. – Elle a remis ses lunettes qui avaient glissé sur son nez du bout de son index. – Parfait, le quota n’est pas atteint, je vous inscris. Vous êtes officiellement élève de première littéraire au lycée Sweet Amoris. Félicitations, nous sommes ravis de vous accueillir. – Elle s’est levée de son fauteuil. – Je vais pouvoir vous libérer. Avant de sortir de l’établissement, je vous prierais de rencontrer Mr Carello, le délégué en chef. Il est dans le bureau des délégués à cette heure, c’est la première porte lorsque vous entrez dans le bâtiment principal. Il vous donnera votre emploi du temps ainsi que d’autres documents. A très vite Mlle Keller. Au revoir Mme Lewandowski.


Nous avons pris congé de Mme Shermansky en sortant de son bureau. Agata s’est dirigée à vive allure vers l’extérieur du lycée. Elle avait bien trop envie de fumer pour m’accompagner voir le délégué. En entrant dans le bâtiment principal, j’ai tout de suite trouvé le bureau que je cherchais, il y avait une plaque indiquant « Bureau des délégués et du Conseil de Vie Lycéenne ». J’ai toqué à la porte et j’ai distingué une voix masculine m’invitant à entrer. J’ai passé ma tête dans l’encadré de la porte avec réserve.


-Bonsoir, je cherche le délégué principal. Est-ce qu’il est disponible ?

-Salut ! C’est moi. Je suis Nathaniel, et tu dois être Hanna. J’ai été prévenu de ton arrivée. J’étais justement en train d’imprimer ce qu’il te faut. – Il m’a lancé un sourire accueillant accompagné d’un clin d’œil. Il est plutôt joli garçon et est très avenant. Alors que je l’observais timidement, il m’a sorti de mes pensées en agitant des feuilles devant mon nez. – Et voilà tes documents. Tu as ton emploi du temps, je vois qu’on ne sera pas dans la même classe, je suis en première S. Ça n’empêche que si tu as besoin je sais me rendre disponible. Mais juste parce que c’est toi ! – Il a eu un rire gêné. - Je t’ai aussi ajouté une liste de fournitures, un plan du lycée, le règlement intérieur et ton carnet de correspondance. Je crois que tu as tout ce qu’il te faut. Bonnes vacances Hanna, au plaisir de te voir à la rentrée.

-Merci, bonnes vacances à toi aussi Nathaniel.


Nous sommes sortis ensemble de la pièce, mais il s’est dirigé vers les casiers. Nous nous sommes fait un signe de la main pour nous dire au revoir et j’ai rejoint Agata devant le portail. J’ai aussi allumé une cigarette afin de faire redescendre la pression accumulée pendant le temps passé au lycée. Nous n’avons pas beaucoup parlé pendant le trajet du retour. Je suis bloquée sur Sweet Amoris. La boule que je ressentais dans mon estomac en venant ici s’est accentuée. Je ne fais que ressasser tout ce que j’ai pu voir à l’instant. Je marche, le nez dans mon nouvel emploi du temps. Je réfléchis à ma classe, aux professeurs, aux autres élèves. Je me sens déjà si seule. L’établissement est à taille humaine et relativement peu fréquenté, je sais que les classes sont réduites pour améliorer les conditions d’apprentissage. Il y a un côté rassurant, mais si je ne me lie à personne, je serai seule jusqu’au BAC, et ça me fait vraiment peur. J’espère vraiment rencontrer des amis avec lesquels j’aurais envie de passer un an et demi. Une fois rentrée, je n’ai pas pu me retirer toutes ces idées de la tête. Je crois que je vais passer les deux prochaines à cogiter au sujet de ma rentrée.

Mais avant cette journée fatidique : VACANCES. Et installation dans mon nouveau studio !