CHAPITRE 1 : RÉCUPÉRATION
DAX
Si vous cherchez la parfaite histoire d'amour, passez votre chemin. La vie, ce n'est pas des fleurs et des chocolats qu'on vous livre sur le pas de la porte après une dispute. C'est mon histoire, et si vous êtes en quête de perfection... prenez de l'essence, arrosez bien les pages et craquez une allumette. Ce n'est absolument pas pour vous, putain. Mais si vous choisissez de rester, je serai ravi de vous raconter ma version.
Le monde est indéniablement foutu. Je ne crois pas qu'on puisse un jour revenir à ce qu'on appelle, Dieu sait pourquoi, la normale. Vous avez déjà eu cette sensation d'engourdissement ? Je ne parle pas de celle après s'être injecté de l'héroïne, ou d'avoir descendu une bouteille de whisky piquée dans le bar de ses parents. Non.
Je parle d'être anesthésié. Ne plus rien ressentir pour personne, pas même pour soi-même. Et ce n'est pas un engourdissement passager, c'est permanent. Après l'été que je viens de passer, je m'en fous royalement si quelqu'un me pointe un flingue sur la tempe. Ça mettrait juste fin à mes souffrances. À ce stade, j'en ai plus rien à foutre de ce que les gens pensent, je suis déjà mort à l'intérieur.
3 mois plus tôt...
La voilà qui revient, toujours vers la même heure, à 12h30. Elle débarque chez ce vieux connard. Elle déboule dans l'allée en gravier comme si elle était la seule habitante du quartier. Aucun respect pour les autres, elle fait hurler du Slipknot dans sa vieille Honda Civic toute défoncée.
Je ne vois jamais le vieux sortir de chez lui. Sauf quand elle est là. C'est quoi ce bordel ? Une sorte de Uber Hunny de malheur ? Ils n'ont probablement pas de boulot, ni l'un ni l'autre. Le vieux ne fout rien chez lui. C'est gênant d'avoir des voisins pareils. C'était tout ce que je pouvais me payer, du moins dans ce coin-là de la ville.
J'ai l'impression de vivre à côté d'une casse. Des clés à molette, des perceuses, des compresseurs, des échelles, même un putain de frigo qui traîne dans le jardin. Il n'a pas besoin de tondre. Tant mieux, de toute façon, il n'en serait pas capable. L'herbe doit faire au moins trente centimètres de haut, mais il y a tellement de bordel étalé partout qu'on ne peut rien couper. Ironie du sort, il y a deux tondeuses et un coupe-bordure qui pourrissent au milieu de ce dépotoir.
Les chaises sur leur véranda sont dans un état lamentable. Elles auraient sacrément besoin d'un coup de soudure. Des canettes de bière écrasées et des mégots jonchent le terrain, jetés n'importe comment. Je n'ose même pas imaginer l'intérieur de leur baraque.
Je suis certain que je gerberais rien qu'à la vue de l'endroit, sans parler de la puanteur qui doit y régner. Je ne comprends pas les gens aussi mous. Toute ma vie, j'ai dû bosser pour ce que j'ai. Ça me dégoûte de voir des gens prendre pour acquis ce qui leur est tombé du ciel. Des petites connes paresseuses.
Les autres voisins viennent toujours me raconter des salades sur leur attitude « je-m'en-foutiste ». Ils me disent qu'ils ont porté plainte plusieurs fois et que la justice n'a jamais rien fait. Bien que j'aie mes idées là-dessus, je préfère garder ma gueule fermée.
Merde. Elle sort à peine de sa bagnole, si c'est bien la sienne. Après qu'elle ait ouvert la portière, une longue jambe, soyeuse, couleur lait d'amande, se pose sur le sol. Elle porte un short ? On en voit beaucoup trop, et quelque chose se contracte en moi. Mon instinct prend le dessus : je veux juste la protéger du pervers qu'elle s'apprête à aller voir.
Non. Pas un short. Pire encore. Elle porte une putain de robe. La robe d'été la plus sexy que j'aie jamais vue sur une fille. Elle lui va comme un gant. Très courte, elle s'arrête quelques centimètres au-dessus du genou. Si elle se penchait, j'aurais une vue imprenable sur son cul. Putain. La simple idée me fait bander. Je suis obligé d'ajuster mon jean. Calme-toi, petit.
Un motif floral sur fond bleu marine, avec des petites fleurs blanches et indigo qui envahissent l'espace. La robe met son décolleté bien en valeur. Comme pour essayer de se couvrir, elle porte un espèce de pull troué. On dirait du crochet. J'en sais rien, putain. Quel est l'intérêt de porter ça ? Je vois très bien ce qu'elle essaie de cacher. Des talons blancs allongent encore sa silhouette.
Chaque pas est hésitant. Pas comme si elle était chez elle, plutôt comme si elle en avait peur. Elle se dirige vers la porte, tripotant ses clés, les yeux rivés au sol. Elle n'est pas sûre d'elle, c'est évident. Je ne sais pas pourquoi, pourtant. C'est la fille la plus bonne que j'aie vue depuis que j'ai emménagé ici.
Avec l'U-Haul garé devant, ça attend d'être déchargé. Je ne connais personne ici. À part un pote avec qui j'ai bossé il y a longtemps, sur des chantiers en déplacement. Il m'avait dit un jour que Caledonia était un coin sympa. Maintenant, on travaille à nouveau ensemble. Dans l'installation de satellites, ça paie bien. Ça ira pour le moment.
J'ai fait en sorte de m'installer là où il n'y a aucune trace de ma famille. Au diable, ces trous du cul ne m'ont jamais aidé, ce n'est pas maintenant que ça va commencer. Ça ne me dérange pas plus que ça, je suis mieux tout seul.
Merde. Elle m'a surpris en train de la fixer. Trop occupé à rêvasser tout en scrutant son corps. J'ai dû lui faire peur, elle s'est arrêtée net et a jeté deux regards dans ma direction. Dieu qu'elle est magnifique.
Ses cheveux blond platine virevoltent dans la légère brise. J'imagine ses mains agrippées à quelque chose pendant que je la prends par derrière. Mon entrejambe adore cette idée. Il adore tellement qu'il se réveille à nouveau.
Merde. Putain. Merde ! Elle vient par ici. Elle traverse la haute herbe et manque de trébucher quand ses talons s'enfoncent dans la terre. Je m'adosse contre le duplex et je l'observe. Elle est tout près maintenant. Des yeux saisissants.
Je n'arrive même pas à définir leur couleur. Je n'ai jamais rien vu de tel, comme si elle cherchait à s'échapper d'ici. Une petite chose parfaite avec des jambes interminables. Elle arrive devant le muret en pierre qui nous sépare mal, et reste là, sur son terrain.
« Salut, je suis Macey. » En se présentant, sa voix est aussi douce que je l'avais imaginé. Elle tend la main pour une poignée de main. Au lieu de la prendre, je la dévore du regard, observant ses lèvres qui tremblent. Quand elle réalise que je ne compte pas la toucher, elle laisse retomber sa main. « J'ai vu que tu étais... euh, installé ici. Tu es le nouveau voisin ? Tu as besoin d'aide pour emménager ? »
Sa voix angélique semble terrifiée. Comme si j'allais la bouffer. Ne t'inquiète pas, ma jolie, je garde ça pour plus tard. Je parcours son corps du regard. Ses tétons pointés captent mon attention. Elle a dû remarquer parce qu'elle se couvre avec son pull troué. Je plonge dans ses yeux presque incolores et m'éclaircis la gorge.
« Ouais, j'emménage aujourd'hui. Je peux me débrouiller seul. » Aucune émotion. Pas question que je retombe dans ces conneries de relations sentimentales. Elle ne doit pas se faire d'idées. Au mieux, je me la ferai une fois ou deux. De toute façon, ça ne changerait probablement rien pour elle. Elle a l'air du genre à coucher avec tout le monde.
Elle reste plantée là, gênée, les pieds joints. Je sors une cigarette. Je la coince entre mes lèvres avec un air suffisant. J'allume la mèche d'une mort lente. Je la vois me regarder fumer. Elle me scrute comme si j'avais fait un truc mal. « Tu en veux une ? » Je fais mine d'être poli. Elle secoue la tête tout de suite. Tant mieux. Je ne comptais pas lui en donner une, de toute façon. Le partage ne fait pas partie de mes priorités.
« Non merci. Bon, si tu n'as pas besoin d'aide, je m'en vais. » Elle tourne les talons et retourne vers la maison du vieux. Depuis que j'ai repéré le coin, je la vois souvent. Elle reste parfois, mais elle repart généralement tard le soir. Quel pervers, putain. La fille ne fait même pas vingt ans. Ce vieux dégueulasse ne devrait pas être autorisé à l'approcher. L'envie de l'éloigner de lui me démange. Je la regarde s'éloigner lentement, elle n'a même pas attendu ma réponse. Elle doit vouloir fuir la tension.
« Hé ! » Je vais regretter ça. « En fin de compte, une main de plus, ça ne serait pas de refus. » Elle se retourne et m'offre un sourire sans montrer les dents. Je vais devoir bosser plus dur pour qu'elle le fasse, celui-là. Elle revient, et je termine ma cigarette. Je recrache la fumée avant qu'elle ne franchisse le muret. J'écrase le mégot dans un pot de fleurs juste à côté.
À côté du mur, elle le regarde, en train de réfléchir à comment l'escalader. Je lui tends la main. Elle la regarde, hésite, puis finit par prendre ma main dans la sienne. Ses mains sont si délicates, toutes petites.
Je la tire pour qu'on soit à niveau. « Merci », murmure-t-elle en fixant le sol. Pourquoi elle fait ça, putain ? Ça m'énerve. Est-ce que je suis vraiment si moche qu'elle ne peut même pas me regarder dans les yeux ?
Direction l'U-Haul. Comme elle est en robe, je lui laisserai porter les cartons. Je ne veux pas qu'elle essaie de soulever un canapé lourd avec ses talons. Tous les cartons sont soigneusement empilés à côté du matelas et du sommier. La commode, le meuble télé et le canapé sont de l'autre côté. Dieu merci, cet endroit a un lave-linge et un sèche-linge. Cette gamine n'aurait jamais pu soulever ça.
« Vas-y, prends les cartons pendant que j'ouvre la porte d'entrée », j'ordonne. Elle hoche la tête et je me dirige vers la porte, les clés à la main. Arrivé à la moustiquaire, je l'ouvre pour passer, j'insère la clé dans la serrure.
Dès que j'ouvre, ça sent le citron et la peinture fraîche. Une odeur de propre. Sans doute parce que j'ai passé mon temps à récurer cette baraque comme un malade il y a quelques jours. C'est dire à quel point je suis motivé, alors que je déteste faire le ménage. Les murs sont fraîchement peints en gris foncé, avec des bordures blanches pour attirer l'œil.
Mademoiselle « petite fleur » entre avec une pile de trois cartons. Merde, je l'ai sous-estimée. Elle ne rigole pas. J'aime les femmes déterminées. Elle scanne la pièce, cherchant probablement où poser ça. « Tu peux les mettre contre ce mur », j'indique avec un doigt.
Obéissante, elle s'exécute. Je sens une bouffée de parfum planer dans l'air. Des fleurs douces et du chèvrefeuille, avec une pointe de menthe, sans doute son dentifrice. Ses talons claquent sur le parquet sombre, créant un bruit nécessaire pour me distraire de sa beauté vibrante.
Une fois tous les cartons rentrés, elle s'assoit sur la marche à l'extérieur. Les jambes croisées, la main sous le menton, je vois qu'elle est crevée. « Tu peux y aller maintenant », je bredouille avant de rentrer dans le duplex. Je n'ai pas vraiment besoin d'elle. Pas besoin de compagnie, ni de son aide. Elle ne fera que me gêner. Je préfère déballer mes cartons tout seul.
Après avoir fermé les portes, elle rentre quelques secondes plus tard sans refermer derrière elle. « Hé, ferme cette putain de porte avant de faire entrer toutes les mouches ! » je m'emporte. Je déteste ces sales bestioles qui bourdonnent à tes oreilles au petit matin et t'empêchent de dormir.
Elle se tient là, l'air mortifié, comme si personne ne l'avait jamais remise à sa place auparavant. Nous nous dévisageons un instant avant qu'elle ne prenne la parole. « Quel connard », murmure-t-elle pour elle-même avant de tourner les talons et de se diriger vers la porte d'un pas lourd.
« Qu’est-ce que t’as dit, la fleur ? Parle plus fort. Si tu arrêtais de marmonner, peut-être que je pourrais entendre ce que tu... » Elle s’approche, chaque pas empreint de défi, en me lançant un regard indéchiffrable. Elle parle encore plus fort qu’avant.
« J'ai dit : quel connard ! » Les poings serrés, elle ressemble à un petit chaton prêt à sortir ses griffes. « Je prends sur mon temps pour t'aider à déménager, et je n'ai même pas droit à un merci. Je me sens tellement méprisée. Tu n’as même pas pris la peine de me serrer la main ou de me donner ton prénom, bordel ! » *Putain.*
C’est exactement pour ça que je ne me mets pas en couple. Les filles, c’est comme des aliens. Une jolie enveloppe, mais une fois qu’on gratte un peu, ce n’est que débordements d’émotions et folie hystérique qui ne demandent qu’à exploser. On croirait qu’elles viennent d’une autre planète. Je n’arrive pas à les comprendre, et je ne vais même pas essayer.
« Je n'ai pas *demandé* ton aide, princesse. Tu n’as pas besoin de connaître mon nom. Maintenant, je t’en prie, trouve la sortie. » Je l’observe, le cœur froid. C'est mieux comme ça, qu'elle me déteste. Tout le monde le fait, et je ne veux pas qu’il en soit autrement avec elle.
La bouche bée, elle doit sûrement se poser mille questions. Au lieu de discuter, elle pivote sur elle-même et claque la porte. Il ne reste rien derrière elle, hormis l’écho de ses talons et le sillage de son parfum sucré.
Après son départ, je la regarde traverser la cour pour rejoindre la maison du vieil homme. Une fois seul, je prends une bière dans le frigo et je me mets au boulot. Je déballe tout ce qu’il y a dans les cartons, puis j'installerai les meubles légers. Des trucs pas trop durs à porter tout seul, comme la table et les chaises de cuisine. Plus tard, j'appellerai Logan pour m'aider avec les trucs lourds. Pour l'instant, je vais essayer de me sortir cette fille de la tête de la meilleure façon possible, sans la toucher... *une douche*.
Macey
*Pour qui se prend ce connard ?* Je me fais la réflexion en me dirigeant d'un pas furieux vers la maison. *Je n’arrive pas à croire à quel point il a été odieux !* Je sais que je n’étais pas obligée de l'aider, et Dieu sait qu’il ne m’a rien demandé, mais je sais trop bien que faire les choses tout seul n'a rien d'amusant, surtout quand il s'agit de déménager.
Ses yeux noirs sont encore gravés dans mon esprit, avec ce regard d'une froideur mortelle. Ses cheveux noirs, lisses, s'emmêlent à mes pensées. Sa peau pâle me force à fermer les yeux pour chasser son image. Une barbe de quelques jours entoure ses lèvres roses, totalement inexpressives.
Sans parler de sa tenue, qui attire les regards sur ses biceps gonflés et couverts de tatouages. Des motifs sublimes sur sa peau, vibrants mais dangereux ; je n'ai pas pu m'empêcher de les mater. Un simple t-shirt noir à col rond moulait son torse, et son jean sombre, porté bas sur les hanches, laissait entrevoir ses boxers. C’est une créature magnifique. Quel dommage que sa personnalité ne soit pas à la hauteur.
La façon dont il a scruté ma peau... je n'ai jamais eu un homme qui me regarde comme ça. Comme s'il me désirait, sans pour autant me vouloir *moi*. Bien sûr, les gars m'ont déjà regardée avec envie, mais ce regard-là, c'était autre chose, quelque chose de primal. Comme s'il avait besoin de marquer son territoire.
Cet inconnu pensait être discret, mais je l'ai vu dans le coin de l'œil. Il m'observait. À un moment donné, ça m'a mise mal à l'aise, comme c'est souvent le cas quand un homme me dévisage. Mais il y avait quelque chose de fascinant dans la façon dont il semblait me désirer. J'ai presque eu envie de me montrer davantage, juste pour qu'il pose encore les yeux sur moi.
Puis tout a changé quand je l'ai traité de connard. Son regard est devenu blessé, comme s'il savait très bien qu'il en était un. Il me transperçait, attisant ma colère, mais j'ai l'habitude qu'on hausse le ton. Ses mots continuent de résonner au fond de mon esprit : *Si tu arrêtais de marmonner.*
Je n'y peux rien si je suis timide. J'ai essayé tant de fois de sortir de ma coquille, mais je me suis dit : *pourquoi changer ?* Tout le monde dit d'être soi-même. Avec le temps, j'ai réalisé qu'on ne peut pas se prendre la tête pour des broutilles. J'ai des problèmes plus importants, et il ne gâchera pas mon humeur.
En déverrouillant la porte, les chiens gémissent. Deux silhouettes noires apparaissent. Quand ils me voient, leurs grosses pattes griffent mes jambes, laissant des égratignures sur ma peau autrefois lisse, désormais rouge et irritée. « Aïe ! Descendez, les gars ! » Obéissants, ils s'élancent dans la cour, en quête d'un ballon sonore.
Gander et Charlie se disputent le jouet. Gander, le Berger Allemand, finit par l'attraper et me l'apporte. Je saisis la balle couverte de bave et je la lance ; elle file dans les airs. Gander saute et la rattrape. « C'est bien, mon bébé ! Rapporte-la ! », je m'exclame en applaudissant. Je souris pendant que nous recommençons cinq fois. Je ne m'arrête que pour aller aux toilettes.
Les chiots sont fatigués, alors ils rentrent à l'intérieur. Dans la maison, l'odeur est insupportable. Ça pue la cigarette, la bière et le chien mouillé. La cuisine est plongée dans la pénombre et c'est un vrai dépotoir : la vaisselle s'entasse et déborde de l'évier. Des outils traînent en plein milieu, bloquant le passage vers le reste de la maison.
Des tas de cartons de nourriture s'empilent sur les comptoirs. Des factures impayées recouvrent la table. Des pots de peinture sont empilés les uns sur les autres. Il y a des touffes de poils de chien partout sur le sol. *Mon Dieu. Ça empire à chaque fois que je viens.* Je nettoie ce foutu endroit à chacune de mes visites et j'en ai ras le bol.
Il n'est pas là, il n'y a personne. Seul le cliquetis des griffes des chiens sur le sol me tient compagnie. La radio tourne doucement en fond sonore, pour tenter de calmer les bêtes.
Pas de câble, juste des vieux DVD qui tournent sur la télé. Il ne peut même pas payer sa facture d'électricité, alors le câble... Je ne regarde pas beaucoup la télé, mais lui oui. Sa vie se résume à ça : boire, fumer et vivre aux crochets des autres. Ma présence n'a aucune valeur à ses yeux.
Tout le monde dit qu'on a tous un but, une raison d'être sur Terre. Les gens ne disent ça que pour masquer la froide et dure réalité. On est ici pour une seule chose. Tout arrive pour une raison. Et cette raison, c'est juste que nos parents ont baisé, et nous voilà.
Le lycée, c'est fini pour de bon, je viens tout juste d'obtenir mon diplôme en mai. *C'est quoi mon but maintenant ?* Comme mon père, je n'ai pas de travail. Comme mes frères, je ne fais pas d'études. Quant à mes soi-disant amis, je n'en ai pas. Un petit copain ?
*Ha ! La bonne blague.* Aucun garçon ne m'a jamais touchée, à moins de compter le coup de coude pour demander les réponses à un examen. Sacrément scandaleux, si vous voulez mon avis. Sans oublier ce qui est enfoui au plus profond de moi et que je ne veux jamais voir resurgir.
Je suis allée à l'église, une fois. Le pasteur dit qu'il faut prier, demander à Dieu de nous guider. Et puis, il y a ceux qui disent de ne pas remettre Dieu en question. *Enfin, au moins je lui parle, non ?* C'est mieux que de l'ignorer.
Je suis tellement perdue quant à ce que je dois faire de ma vie, c'en est écœurant. J'ai sombré dans une dépression dont j'ignorais même l'existence. Pas d'amis, pas de travail, pas de famille, pas de vie. *Pour quoi vivre ?* Chaque jour, je fais la même chose. Je me réveille contente, je rentre, je m'allonge seule dans mon lit le soir et je pleure jusqu'à m'endormir. Mes yeux laissent couler les mots que je ne peux dire à haute voix. *Pourquoi suis-je ici ? Où dois-je aller ? Pourquoi suis-je aussi seule ?*
J'ai tellement pleuré que je pourrais créer une sécheresse. Mon crâne me faisait plus mal que n'importe quel coup imaginable. Me voilà encore seule. Il y a des choses que je souhaite faire, des rêves que je veux réaliser, pour lesquels je mourrais d'envie. Mais c’est dangereux pour une jeune fille de partir à l'aventure. Parfois, je pense à vider mon compte épargne. Tout ce que j'ai accumulé en six mois, quand je travaillais comme serveuse dans un resto du coin, et juste partir. Me tirer d'ici, aller n'importe où, hors de la Caroline du Nord.
Mais ce n'est pas si simple. Tôt ou tard, je n'aurai plus d'argent. Plus de temps pour imaginer mon avenir. L'idée de mettre fin à mes jours ne m'a jamais traversé l'esprit, mais il y a eu des moments où le monde était trop sombre pour être supporté. Des démons plantaient leurs griffes dans les recoins de mon cerveau, me déchirant de l'intérieur. La nourriture refusait de passer. Je ne réclamais que le sommeil, mais il me fuyait. La mort, c'est la seule chose que je voulais, pour laquelle je priais, mais qui ne venait jamais.
Un garçon de ma classe de sixième est mort à seize ans dans un accident de voiture. J'aurais donné ma vie pour qu'il vive et que je sois oubliée. Sa vie méritait probablement d'être vécue. Il y avait des jours où j'avais hâte d'avoir 80 ans pour que le processus de la mort soit plus rapide. Les gens ne veulent pas vieillir, moi si. On dit qu'il ne faut pas souhaiter sa vie à la poubelle, mais personne ne sait qui je suis. *Quel est l'intérêt de rester quand personne ne sait même que vous êtes là ?*
*Pourquoi des enfants innocents meurent-ils ?* Je pense à toutes les horribles tragédies qui ont eu lieu. Je me demande pourquoi *moi*, je suis encore là. Je n'ai pas de but. Je flotte à travers la vie. Ces gamins auraient pu devenir médecins, sauver des vies. *Pourquoi leurs existences ont-elles été stoppées si tôt ?* Je ne comprends tout simplement pas pourquoi certains partent et d'autres restent.
Vivre avec ça pour le restant de mes jours risque de me tuer, je suis étonnée que ce ne soit pas déjà fait. Vivre dans la peur. La peur de ne jamais être aimée, acceptée, désirée. Ma plus grande peur, c'est de ne pas croire en moi. De ne jamais atteindre mes objectifs. Pas un jour ne passe sans que je pense à cette tragédie qui m'a changée à jamais.
Dax n’est pas un type facile. C’est un introverti. Je sais que la plupart des gars ne se comportent pas comme lui. En tout cas, j'espère qu'ils ne le font pas. Je voulais que le personnage de Dax sorte du lot. Son comportement est infect. Vous comprendrez pourquoi en continuant votre lecture. Macey l'a vite compris. Que cache-t-elle ? Restez dans le coin pour voir où ce voyage les mènera.
Merci d'avoir lu ce premier chapitre ! Faites-moi savoir si vous avez aimé en votant ! 😁