Chapitre 1
Première partie
DE LA PASSION A L’AMOUR VÉRITABLE
Après le discours prononcé en mémoire du défunt, c’était le moment de se régaler. Après avoir pris trois morceaux de poulets frites et deux œufs qu’on a faits bouillir, Cabrel, jeune homme à l’approche de la trentaine, prit la direction de la Prado qui lui servait d’escorte à l’aller tout en dégustant gracieusement ces mets. Une fois près de ladite voiture, voiture qui se trouvait à environ deux cent mètres du lieu du deuil en raison de l’état piteux de la route, il ouvra la portière et s’assit sur le siège chauffeur, le visage contigu à la route.
Cabrel est une personne qui se caractérise surtout par une curiosité poignante, par un sens de l’exploration et de sélection d’idées fécondes particulièrement développées, mais aussi par une démarche intellectuelle singulière. Il utilise une démarche mentale appelée “processus de variation aveugle et de rétention sélective”. Il est ce type de personne qui n’hésite pas, lorsqu’il a une idée créative, à reprendre sa démarche à un stade antérieur, après s’être engagé dans une voie sans issue, pour finalement découvrir une voie royale. En ce qui concerne son cerveau, les informations circulant dans ses neurones sont en moyenne, à 2,02 mètres par seconde; donc supérieur de 0,02 à celui de tout individu normal. Ce qui fait que son quotient intellectuel soit de 175. Ce dernier se manifeste d’une part au travers d’une combinaison harmonieusement parfaite entre son cerveau gauche qui est le cerveau de la logique et de l’analyse [celui qui est le plus mis en œuvre à l’école] induisant un traitement linéaire de l’information; et d’autre part par son cerveau droit qui est celui de l’intuition, de la créativité et du traitement global des informations. Vous l’aurez compris ! C’est un génie! Un génie qui n’hésite pas souvent à devenir normal quand une situation compliquée se présente. Un génie qui se conforme à la réalité perçue en la stabilisant dans son cerveau. Un Dicaprio en mode remasterisé.
Peu de gens empruntait cette route. Ils préféraient prendre un raccourci pour assister au deuil du défunt. Ce défunt était âgé de quarante-deux ans à sa mort, notable de la chefferie. Bien qu’ayant ce titre, il vivait à Yaoundé, dans la capitale. Alex Mbogni était le Professeur de grammaire normative de Cabrel. Professeur dont le moment de gloire était toujours et toujours l’enseignement. Sa tragique mort surprit tout le monde. Grattage sur le goudron, cris de douleurs, carrosserie en mouvement brusque et percussion d’un poteau électrique, destruction fatale de carrosserie: tout en feu. C’était justement une Prado noir qui fit un accident mortel à l’Occident du rond-point de la poste centrale, tuant sur le champ son conducteur. Personne n’a compris cet accident, ni son origine. L’homme de la quarantaine roulait normalement, puis soudain accident. Cabrel avait lui-même assisté au tragique incident alors qu’il se rendait en faculté. C’était au-dessus du naturelle. Et comme les camerounais sont des pragmaticiens pratiques, les hypothèses de sens surgirent de part et d’autres. La principale était la conséquence de la vente de son âme au Diable. Son corps sans vie a été ramené au village pour l’enterrement, c’est pourquoi Cabrel se trouvait là à ce moment.
Au même instant qu’il eut fini sa dernière tranche de poulet, il vit en levant la tête quelque chose de phénoménal. Quelque chose d’extraordinaire, ce qu’il a toujours redouté et qu’il n’osait jamais affronter. Quelque chose qui lui a rappelé le mâle qu’il était. Quelque chose qui a réveillé ce normal instinct animal qui sommeille chez les Bamilékés. Ce mâle que son oncle a failli arracher en lui défonçant le derrière à ses douze ans. Cette chose étrange a été frappée par sa prestance, son élégance et sa posture mature. Cette chose, ou plutôt cette personne avant d’avancer à petit pas, avait passée près de quinze minutes débout, l’admirant dévorer avec appétit son petit met. Cabrel n’eut même pas le temps d’avaler sa dernière gorgée d’eau qu’elle était déjà près de lui, toute séduite.
__ Bonjour Monsieur ! Eh oooo ! Y’a quelqu’un ?
Cabrel crut qu’il rêvassait. Il était complètement déconnecté de la réalité. Son sentiment était à la fois euphorique et catégorique, délicieux et pragmatique, euphorique et fatidique. A tel point qu’il bavardait seul dans son cœur, un bavardage caramélisé. Après l’avoir tapoté à mainte reprises, il sursauta et répondit :
__ Bonjour jolie demoiselle !
__ Euh… comment allez-vous ?
__ Très bien et vous ?
__ Et bein, je suis au top de ma forme ! Comment vous appelez-vous ?
__ Cabrel et vous ?
__ Annette de la Rose
Cette jeune fille était d’origine française, c’était sa première fois de mettre son pied dans ce village. De toute façon, elle ne l’aurait jamais fait si n’eut été ce deuil. De couleurentièrement blanche, elle était ce style d’occident qui se fichait complètement de ce qu’est le racisme. Au contraire, elle avait toujours aimé les renois, les hommes de couleur noir. En gros c’était une négrophile. Adolescente de 19 ans et toujours souriante, elle était ce style de femme huppé pour qui le mot « mariage » n’existait pas dans son jargon, ni même dans sa conception des choses.C’était la fille de l’ambassadeur. La conversation suivit son cours :
__ Joli prénom
__ Merci, vous ne m’invitez pas à entrer ?
__ Oh désolé, après vous !
Ils n’eurent plus besoin d’approfondir en connaissance mutuelle, surtout que le contexte ne le permettait pas. Seuls les prénoms suffisaient. Inconsciemment et par acte manqué, la main de Cabrel parcouru d’un balaie de la main les entrejambes de Annette pendant qu’il l’aidait à entrer dans la voiture. Simultanément, elle commençaà mouiller, puis l’excitation s’en suivi selon l’équation suivante : « Quand X bronche, Y réagit, et ça devient un brassage sexuel automatique ».
__ Viens t’assoir prêt de moi s’il te plait ! (prolongea Annette d’une voix séduisante)
Linguiste de renom, Cabrel comprit tout de suite la raison pour laquelle elle est du passée du vouvoiement au tutoiement en une fraction de minute. Surtout que son petit gémissement de plaisir quand sa main s’eut retrouvé de manière inopinée dans sa jupe ne lui passa pas inaperçu. Il laissa donc le siège chauffeur et vint la retrouver aux sièges passagers, puis il ferma les portières. Compte tenu du fait que les vitres étaient complètement fumées, on ne pouvait pas se douter de la présence ou de l’absence de quelqu’un dans ce véhicule climatisé. Une fois assis, il l’observa tendrement pendant deux minutes, craignant de faire le premier pas. Assis avec le buste penché vers l’arrière, position permettant d’observer la situation sans forcément agir, il était tétanisé par sa splendeur.
Elle de son côté ne pouvait plus attendre. Elle n’était pas comme ce genre d’Africaines ou de Camerounaises qui, bien que désirant du plaisir à l’extrême, s’efforçasse à le camoufler et,faisant semblant de ne rien vouloir, attendent que l’homme fisse le premier pas. Annette ne voulut rien savoir, ni rien comprendre. Elle se fichait complètement que Cabrel la prisse pour une fille facile. Tout ce qu’elle avait en tête était le fait que c’étaitl’occasion rêvée pour elle de pouvoir réaliser son désir le plus profond : celui de coucher avec un homme noir, et cerise sur le gâteau, un joli homme noir. Elle lui donna donc une bise centrale, puis, se redressa de nouveau comme si de rien n’était. C’était donc au héros de continuer et de finir le travail. Cabrel n’attendait que ce minuscule déclic pour se débarrasser de son caleçon. Mais puisqu’il se voulait romantique, il se jeta suavement sur elle et la viola délicatement les lèvres. Les aspirants dans le gouffre de ses passions et la voyant brulée de désir, toute mouillée, il éjecta très rapidement son slip. Nous connaissons tous la suite dans ce cas : plaisir, plaisir, et encore plaisir jusqu’à l’éjaculation (pour ce qui concerne l’homme), et l’atteinte de l’orgasme (pour ce qui est de la femme).
Une fois l’action terminée, Annette sortit de la voiture en question, ne dit pas mot, puis alla retrouver ses pairs. Par derrière, le génie lui se glorifiait de son forfait. Il était très émoustillé. Réfléchissant à haute voix, il s’exclama en disant : « Waouh !! Qu’est-ce qu’elle est bonne! ». Plongé dans l’euphorie, il démarra sa voiture et prît le chemin du retour.
C’est quand il quitta le village que Annette se rendit compte d’avoir omis de lui demander son numéro téléphone et ses cordonnées de résidence. Tellement elle était traumatisée par tout ce qui venait de se produire qu’elle ne voulut pas manifester sa joie devant Cabrel. Erreur fatale, car la conséquence directe serait de n’avoir pu jamais la possibilité de se revoir, surtout que chacun ne connait l’autre que de nom et de visage.
Elle retourna dans son appartement luxueux de Yaoundé, plus précisément situé à Bastos, quartier taxé de “quartier des bôbôs”. C’est à dire un quartier consacré uniquement aux personnes financièrement stable, et/ou dont le chiffre d’affaires dépasse les dix millions. Elle vivait dans ce genre d’appartement luxueux qui avait toujours cette capacité de nous surprendre. Son allure futuriste et sa haute technologie transportaient et témoignaient de sa posture hors-normes. Cet appartement facilitait son quotidien, surtout de par son architecture qui combinait la modernité et la technologie de pointe. Ses fonctionnalités alliées au design contemporain telles que allumer et/ou éteindre la lumière juste en claquant les doigts, programmer l’ouverture des stores au levé de jour attiraient toujours Annette à profiter du bon temps chez elle.
La nuit ayant battu son plein, plus précisément à vingt-deux heures, elle ne pût pas dormir. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, c’est le visage de Cabrel qu’elle revoyait encore et encore, passant en filigrane dans son cerveau tout en excitant ses neurones. Elle qui n’avait voulu qu’une partie de plaisir avec un inconnu se retrouvait déjà en train de tomber amoureuse de ce dernier. Mais où le trouver ? Aucune idée. Elle ne connait ni sa ville de résidence, ni son quartier, ni son numéro de téléphone, ni sa profession. Elle décida donc de faire des recherches sur tous les réseaux sociaux qu’elle connaissait, question de retrouver celui qui l’a fait toucher le quinzième ciel à la perfection. Elle commença par Facebook. Après avoir ouvert son compte, elle alla dans la barre de recherche pour insérer le nom du concerné. Oups! Elle se rendit vite bien compte qu’il ne lui avait donné que son prénom : « Cabrel ». Évidemment ! Il n’est pas le seul Cabrel existant à Bastos, à Yaoundé, au Cameroun, en Afrique, dans le monde entier. La liste des personnes ayant pour prénom « Cabrel » était indéterminée. Elle s’efforça à fouiller l’élu de son cœur mais elle finit vite par s’en décourager. D’ailleurs, elle ne pouvait pas le trouver, puisque son nom sur Facebook était “le Show des Shows”, pseudonyme qu’il porte depuis sa tendre enfance. Il a passé son adolescence à Penja, dans le guetto. Et la loi du guetto c’est d’avoir un autre nom en plus de votre nom pour être à la mode. A mainte reprise, elle se demandait : « qui est bien jeune homme qui occupe mes pensées ? Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de tomber amoureuse ? Oh mon Dieu ! ». Elle parvint enfin à trouver le sommeil à deux heures du matin et s’endormit.
Dès six heures trente minutes, elle se réveilla d’une humeur maussade, le visage affaissé, très triste. Il ne lui manquait plus que cette journée pour retrouver son bien-aimé. Sinon elle ne pourra plus vivre une vie normale en France. Son billet d’avion de retour était déjà réservé car les deux semaines de congés qu’elle a prises s’achevait déjà. Il lui était impossible de prolonger son séjour au Cameroun, même son père avec sa casquette d’ambassadeur n’y pouvait rien. C’était soit le Cameroun, soit la France. Soit prolonger son séjour pour quelqu’un qu’elle n’est même pas sûre de retrouver, soit perdre son travail qui lui rapportait plus trois mil Euro chaque mois. Il fallait donc tout miser ce samedi pour retrouver son soupirant. Elle décida donc de rentrer dans ce fameux village, village Dschang, pour prendre des informations sur lui afin de le retrouver facilement. Le voyage était long et fatiguant, mais qu’est-ce que cela représente quand le cœur est en alerte ?
Étant à bon port, elle décida de se rendre au marché Baleveng afin d’interroger la foultitude de personnes qui s’y trouvait. Sa couleur de peau ne la permit pas de passer inaperçue.