Chapitre 1
Ava
Il fait chaud, beaucoup plus que ce que j'imaginais en descendant de l'avion. Le voyage depuis ma ville natale, Chicago, a été interminable. Je suis fatiguée, grincheuse et j'ai une faim de loup. Sans parler de mon cœur en miettes.
C'est ça, en miettes. Enfin, peut-être pas tant que ça, vu la rage qui m'habite. Mon fiancé, Mark, a décidé que, comme je passe le plus clair de mon temps à parcourir le globe, nous n'étions pas faits pour le mariage. Il a tout annulé. À peine douze semaines avant le grand jour. J'ai pleuré, j'ai passé les dix derniers jours à m'apitoyer sur mon sort sans que personne, pas même ma meilleure amie Zoe, n'arrive à me tirer de là. Jusqu'à ce que je décide que ça suffisait et que je prenne un aller simple pour Santa Fe, en Espagne. Si quelque chose peut me sortir de ce marasme, c'est bien ça. Enfin, je l'espère.
Mark et moi étions ensemble depuis cinq ans. Je l'ai rencontré à mes dix-huit ans dans un café du centre-ville de Chicago. J'avais été séduite par ses cheveux blonds en bataille et ses yeux bleu lagon. Je pensais sincèrement que nous avions tout pour nous. Il s'est avéré que ce que Mark voulait, c'était une femme au foyer. Pensait-il vraiment que j'allais renoncer à ma passion et à mon métier de blogueuse voyage ?
Mon estomac gargouille. Je n'ai rien mangé à bord. Impossible de toucher à la nourriture dans l'avion avec tous ces microbes qui circulent. J'ai essayé de dormir du mieux que j'ai pu, mais vous savez ce que c'est quand on est coincée comme une sardine dans une boîte. Eh oui, je n'ai pas voyagé en première classe, ni en classe affaires, ni dans aucune autre catégorie aussi pompeuse.
Je suis blogueuse voyage et mon budget ne me permet pas la première classe et le champagne. Je gagne ma vie décemment, mais je dois quand même voyager avec un budget serré. La journée a été longue et tout ce que je veux, c'est poser ma tête sur un oreiller moelleux à l'hôtel où j'ai réservé.
Mes cheveux bruns indomptables se sont échappés de leur élastique. Je les rattache en une queue-de-cheval haute, ma coiffure préférée pour dégager mon visage. La chaleur est accablante. Nous sommes mi-juin en Espagne, après tout. Je dirais qu'il fait au moins trente-sept degrés. Mon t-shirt Dixie Chicks me colle déjà à la peau et je regrette de ne pas avoir mis de soutien-gorge, car on devine clairement la forme de mes seins à travers le tissu. Je soupire. Tout le monde s'en fiche. Sauf moi. Moi, ça me dérange.
Dans la file d'attente pour le contrôle des passeports, je sors mon portable. Je le désactive du mode avion et je vois une douzaine de messages de Zoe et quelques-uns de ma mère. Elles veulent toutes savoir si j'ai atterri sans encombre et quel temps il fait. Je ne réponds pas tout de suite. Je veux passer les contrôles et sortir d'ici. Je me suis offert un seul luxe : un chauffeur privé réservé directement par l'hôtel. Un petit homme aux cheveux sombres tient une pancarte avec mon nom. Ava Gardner. Et pour répondre à votre question, oui, ma mère a un humour assez tordu. Sans compter qu'elle adore l'ancienne starlette Ava Gardner. Comme notre nom de famille est Gardner, maman a décidé de m'appeler d'après son actrice préférée. Le nombre de fois où l'on me demande « Oh, tu portes ce prénom en hommage à... ? » me rend dingue. Je jure qu'un jour, je le changerai ou que j'utiliserai mon deuxième prénom, Lavinia.
Mon chauffeur prend mon sac à dos bien lourd. Je voyage léger, je n'ai que mon fidèle sac et bien sûr, mon précieux appareil photo Canon R6. Il est en bandoulière et j'ai hâte de commencer à prendre des photos. « Bienvenue à Grenade, señorita », dit-il. Je souris.
« Gracias. » Il dépose mon sac dans le coffre et m'ouvre la portière arrière. Dès qu'il allume le moteur, je sens l'air frais de la clim envahir l'habitacle. C'est comme une caresse rafraîchissante sur mes bras nus, et je me sens tout de suite un peu mieux.
Pendant le trajet, j'admire la variété des arbres qui bordent la route, les petites fincas rustiques et les terres qui semblent s'étendre à perte de vue. Je ne suis jamais venue dans cette partie de l'Espagne et j'ai hâte de commencer à explorer. J'ai choisi Santa Fe parce que Zoe y est allée en vacances avec sa famille l'an dernier. Elle m'a dit combien c'était beau et, pendant ma dépression post-rupture, c'est elle qui m'a conseillé de venir ici. Je crois que ça va me plaire.
Nous arrivons à l'hôtel en trente minutes. Je sors de la voiture pour me dégourdir les jambes. Même si je rêve de dormir, j'ai aussi envie de flâner dans cette ville magnifique. L'hôtel est superbe. C'est une Masia (une ancienne bâtisse rustique espagnole) en pierre avec des volets peints d'un joyeux bleu catalan. La grande entrée en arche est décorée de roses violettes qui courent le long de la structure. C'est encore plus beau que sur les photos d'Internet, au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer.
Mon chauffeur récupère mon sac et m'accompagne à l'intérieur. C'est impressionnant. Je penche la tête en arrière pour contempler le plafond haut perché. Un grand lustre ouvragé diffuse une lueur orangée apaisante. On dirait du soleil à l'intérieur. J'aperçois l'accueil en bois d'olivier sur ma gauche et je m'avance sur le grand sol en dalles de pierre.
Un couple de Japonais me précède. Ils sont jeunes et visiblement très amoureux, ils s'échangent des baisers furtifs. Ça me donne des haut-le-cœur et mon cœur se serre en pensant un instant à Mark. Putain. Pourquoi je n'arrive pas à passer à autre chose ? Ça prendra du temps. Je le sais bien, mais je suis une jeune femme très impatiente.
La réceptionniste, une belle femme brune aux yeux exotiques et aux lèvres rouge vif, les accueille. Le couple finit par se détacher et se met à glousser. Ça me fait sourire et ça me réchauffe le cœur. Ce n'est pas parce que je n'ai plus quelqu'un dans ma vie que je ne peux pas me réjouir pour les autres.
Je regarde autour de moi en attendant. Et c'est là que je le vois. C'est sans doute l'homme le plus magnifique et le plus captivant que j'aie jamais vu. Il se passe quelque chose d'étrange en moi, une chaleur monte de mon ventre jusqu'à ma gorge. Oh mon Dieu, je fais de la tachycardie ou quoi ? Je veux détourner le regard. Impossible. Il est grand, je dirais facilement un mètre quatre-vingt-cinq, avec des cheveux sombres en bataille, ébouriffés sur le dessus et rasés sur les côtés, et sans doute à l'arrière aussi. Ses yeux sont noisette et dorés. Ils me rappellent le pelage d'un tigre. J'ai la bouche sèche. Je regarde ailleurs, espérant qu'il n'a pas remarqué que je le dévorais des yeux. OK, je n'y peux rien. Il faut que je regarde encore. Je ne le reverrai peut-être jamais et je sais que je suis encore en pleine rupture, mais bon... Je ne peux pas résister. Ce n'est pas seulement son visage, c'est son corps. Il porte un débardeur blanc, sa peau est dorée et il a les tatouages noirs les plus sexy sur les bras. Oh. Mon. Dieu. Je suis au paradis du fantasme masculin. Sérieusement. Je vais fondre.
Il lève les yeux, sentant visiblement que quelqu'un l'observe. Le couple s'éloigne de la réception en me bousculant doucement au passage. Ils s'excusent. Je souris. Ce n'est rien. Je m'avance vers le comptoir pour mon enregistrement. Je dois lutter pour ne pas jeter un autre coup d'œil. Mon cœur bat la chamade. Vraiment, à toute vitesse. Il faut qu'il se calme, sinon il va sortir de ma poitrine.