Chapitre 1 - Le point de vue d'Angel.
« Sors de ma tente, Hotch », dis-je en regardant à l'intérieur, là où il est allongé dans mon sac de couchage.
« Allez. Je me pèle de froid. On peut se réchauffer l'un l'autre. »
Je lève les yeux au ciel. « Tu as ta propre tente. Maintenant dégage. Je suis fatiguée. »
« Mais... »
Je sors un couteau de ma botte et je le pointe vers lui. « Je te jure devant Dieu que je te taillade. » Il pouffe, sort de mon sac de couchage et lève les mains en signe de reddition.
« D'accord, d'accord. T'es vraiment pas marrante. » Il sourit avant de partir, ce qui me fait lever les yeux au ciel une fois de plus. Hotch est en fait mon meilleur ami. Je suis presque sûre qu'il en pince pour moi, mais il n'est pas question que je couche avec lui. Je ne veux pas mettre notre amitié en péril. En plus, il n'est tout simplement pas mon genre.
Je rampe dans ma tente et je ferme la fermeture éclair. Ensuite, j'enlève mes bottes et je me glisse dans mon sac de couchage avant de le fermer. Peu de temps après, j'entends du bruit à l'extérieur, alors je saisis rapidement mon couteau pour le pointer vers l'ouverture.
« Qui est là ? » je demande. « C'est juste moi », répond mon amie, Jasmine. » Je soupire parce que je suis tellement épuisée. Cette journée a été rude, et je veux juste dormir.
Je sors de mon sac de couchage et j'ouvre la tente. « Qu'est-ce qu'il y a ? » Jasmine est juste devant, en train de tortiller ses doigts. « Je me demandais juste si... Tu aurais à manger ? Je n'ai rien avalé depuis hier. »
Je soupire à nouveau, prends la dernière boîte de conserve qu'il me reste et la lui tends. Son visage s'illumine, et elle attrape la boîte en me regardant avec gratitude. « Merci infiniment. Je te promets de t'en ramener une autre dès que je peux. »
Je lui offre un sourire fatigué et réponds : « C'est bon, Jasmine. Va manger quelque chose. » Elle me rend mon sourire. « Je vais le faire. Encore merci. »
Je la regarde se diriger vers l'un des vieux fûts d'huile où brûle un petit feu, là où un gars ouvre la conserve pour elle et la pose sur une grille au-dessus des flammes. Puis je referme ma tente, je rampe de nouveau dans mon sac de couchage et je m'installe confortablement.
Je vis sous un pont avec une cinquantaine d'autres personnes. Ça dépend de la saison. Beaucoup s'en vont pendant l'été, mais ils reviennent généralement quand arrive l'hiver. Moi, par contre, je reste ici. J'aime bien cet endroit et je connais tout le monde. Je me sens en sécurité. Enfin, autant qu'on peut l'être dans ma situation.
J'ai vingt-six ans maintenant, mais je me suis retrouvée à la rue à vingt et un ans. J'ai perdu mon boulot et je n'ai pas pu en retrouver un autre, alors j'ai dû quitter mon appartement pour vivre dans la rue et, crois-moi, personne n'embauche un SDF. Enfin, personne ne m'embauche, moi.
Ça fait un bail que j'ai arrêté de chercher du travail et je me suis habituée à la vie dans la rue. Oui, je peux être dangereuse, mais je me débrouille.
Enfin, d'habitude, je me débrouille. J'habitais dans un vieux van, mais deux autres sans-abris me l'ont volé sous la menace d'armes. Je n'allais sûrement pas m'accrocher à ce van au risque de perdre la vie, alors j'ai récupéré une tente dans un refuge et je me suis installée sous le pont.
Tu pourrais te dire que je n'ai qu'à aller dans un centre d'hébergement, mais ils sont tous complets. Ils proposent quand même une douche gratuite et un endroit pour faire nos lessives, donc c'est déjà ça. Ils nous proposent aussi un vieux téléphone, mais je n'ai personne à appeler, alors pourquoi en prendre un ?
Quand je me suis retrouvée à la rue, mes parents n'ont plus voulu entendre parler de moi et mes amis se sont éloignés petit à petit. J'imagine qu'ils avaient honte de moi, mais maintenant j'ai de nouveaux amis qui, honnêtement, sont bien meilleurs que les anciens. La plupart d'entre nous font ce qu'ils peuvent pour s'entraider et partager ce qu'ils ont. C'est pour ça que j'ai donné ma dernière boîte à Jasmine. Je sais qu'elle me rendra la pareille ou m'aidera d'une autre façon un moment ou un autre.
Je soupire. Ça veut dire que je vais devoir mendier de l'argent ou à manger demain. C'est pas marrant, mais c'est nécessaire parce que le camion de distribution alimentaire ne passera pas avant un bon moment. Je pourrais aussi faire les poches, mais seulement si j'y suis acculée.
Le camion de nourriture passe une fois par mois avec à manger et de l'eau. C'est surtout des conserves parce qu'on n'a pas vraiment de frigo ici. On a aussi un médecin qui passe une fois par semaine. C'est un homme âgé très gentil qui vient sur son temps libre pour nous aider quand il peut.
Je me frotte les mains et les pieds pour me réchauffer et je finis par m'endormir, en rêvant d'un gros steak bien juteux.
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Je suis assise dans mon coin de parc avec mon carton et ma vieille casquette de baseball, à mendier de l'argent auprès des gens qui passent. La plupart font la grimace comme si je sentais mauvais, mais heureusement, certains me donnent une petite pièce.
Il n'y a même pas encore assez pour que je puisse m'acheter à manger, alors autant rester ici le reste de la journée pour voir si la chance me sourit.
Juste à ce moment-là, j'entends une foule importante en liesse de l'autre côté de la rue, alors je tends le cou pour voir ce qui se passe. Je n'arrive pas à voir un foutu truc, par contre.
Ma curiosité l'emporte, alors je sors l'argent de ma casquette, je le mets dans ma poche et je range la casquette dans mon sac à dos avant de me lever et de me diriger vers la foule. Une fois sur place, je me mets sur la pointe des pieds. Un homme bien habillé est debout sur une petite estrade et parle dans un micro, expliquant qu'ils ouvrent un nouveau centre pour les jeunes.
Je sors l'argent de ma poche et je compte. Ça ne suffit toujours pas pour acheter à manger, ce qui me fait soupirer. Je crois que je vais devoir faire les poches aujourd'hui, et cette foule est parfaite pour ça, même si je n'aime pas faire ce genre de truc.
Malgré tout, je me faufile dans la foule, mais personne ici n'a l'air d'avoir beaucoup d'argent. Soudain, j'ai une idée. Je regarde le gars sur l'estrade et je plisse légèrement les yeux. Si j'arrive à m'approcher assez près de lui, j'aurais peut-être une chance de rafler un peu de fric.
J'attends qu'il ait fini de parler et je surveille dans quelle direction il va. Par chance, il se fraye un chemin dans la foule en serrant des mains par-ci par-là, alors quand l'occasion se présente, je le bouscule et je lui pique habilement son portefeuille dans la poche.
« Pardon », dis-je avant de m'éloigner comme si de rien n'était. Au bout d'un moment, je regarde par-dessus mon épaule pour voir s'il se doute de quelque chose, mais heureusement, il ne s'est rendu compte de rien. Alors, une fois le coin de la rue passé, je cours me réfugier dans une ruelle. J'ouvre le portefeuille, je cherche les billets et, en les voyant, j'écarquille les yeux. Jésus, ce mec en a un paquet.
Je compte : il y a plus de trois cents dollars dedans. Avec ça, on peut acheter des conserves pour mes amis pendant un moment. Je regarde autour de moi, je range rapidement une partie de l'argent dans ma poche et le reste dans ma botte. Ensuite, je retourne dans la rue vers un café qui vend un sandwich que j'ai toujours voulu goûter.
Une fois à l'intérieur, je vais au comptoir et je dis : « Hey, j'ai trouvé ce portefeuille juste dehors. » Je le donne au jeune gars derrière le comptoir avec un sourire. Il me sourit en retour et dit : « OK. Je vais voir si je peux contacter le propriétaire. »
« Merci. Maintenant, je voudrais un sandwich BLT. » Il sourit à nouveau. « Ça arrive. » Quelques instants plus tard, il revient avec, et je le paie avec l'argent que je viens de voler. Je me sens coupable, mais au moins, j'ai donné le portefeuille du type bien habillé à quelqu'un qui pourra le contacter et lui rendre.
Dès que je suis dehors, j'arrache l'emballage, je croque à pleines dents dans le sandwich et je gémis. Putain, qu'est-ce que c'est bon, et mon estomac est bien d'accord avec moi.
Je retourne au parc et je m'assois sur un banc pour manger. C'est à ce moment-là que Hotch s'assoit à côté de moi. « Hey, Angel. »
« Salut, Hotch. T'as mangé aujourd'hui ? »
Il fait non de la tête, alors je coupe le reste du sandwich en deux et je lui donne l'autre moitié. Il hausse les sourcils, mais il le prend rapidement et l'engloutit. « Putain. T'as fait fort aujourd'hui. Ce sandwich est vraiment bon. »
« Pas vrai ? »
Il avale la dernière bouchée et se lèche les doigts. « Ouais. T'as récupéré combien aujourd'hui ? » Je hausse les épaules. « Il y avait un gros bonnet juste en face. Je lui ai piqué son portefeuille et il y avait trois cents dollars dedans. » Ses yeux s'écarquillent. « Sérieux ? »
« Mm hm. Donc, il faut qu'on aille faire des provisions. »
Il hoche vivement la tête et dit : « Grave. Je vais rassembler les autres pour qu'on puisse tout porter. » Je prends la dernière bouchée de mon sandwich et je tapote mon ventre. « Ça marche. On se retrouve à l'épicerie dans, genre, deux heures ? »
« Ça marche. » Il se lève du banc et me fait signe au revoir.
Pendant les deux heures suivantes, je regarde tous les gens passer. Je me demande ce qu'ils mangent au petit-déjeuner et au dîner. À quoi ressemble leur maison. S'ils ont une famille.
Évidemment, je suis jalouse. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour avoir de la nourriture à volonté, un bon lit où dormir et ma propre douche. Mais je ne peux rien y faire, alors je chasse ces pensées et je me dirige vers l'épicerie où les autres m'attendent déjà.
On entre et on prend des chariots parce qu'on va acheter une tonne de conserves.
Puis l'une des filles appelle un gars qu'elle connaît et qui a une voiture, pour lui demander de nous aider à ramener toute la bouffe sous le pont.
Je décide de m'acheter un déodorant. Ça fait des semaines que je n'en ai pas eu. Tout ce qui ne rentre pas dans la voiture, on le fourre dans nos sacs à dos et on entame le long chemin vers la maison.
Quand on arrive, tout le monde se rassemble autour de nous avec de grands sourires, et on partage la nourriture entre nous.
Ce soir-là, c'est la fête. Tout le monde, sauf moi, fait chauffer une boîte au-dessus du feu et commence à manger. En les regardant tous, je souris. Ça fait du bien de voir que tout le monde a quelque chose dans l'estomac ce soir.
Hotch s'approche et s'assoit sur le carton plat sur lequel je suis installée. « On a assez à bouffer pour la semaine prochaine, Angel. Tout ça grâce à toi. » Je hausse les épaules en disant : « J'ai juste eu de la chance de ne pas me faire choper. Ça aurait pu mal finir. » Il hoche lentement la tête. « Ouais, mais je suis content que ce ne soit pas le cas. Ça craindrait grave que tu finisses en taule. »
En soupirant, je dis : « C'est l'une des raisons pour lesquelles je déteste faire les poches. Le risque est trop grand. » Il me donne un coup d'épaule. « Parfois, on n'a pas le choix. » Je soupire encore. « Je sais. »
On reste assis un moment à regarder les autres. Comme Hotch et moi avons eu un demi-sandwich aujourd'hui, on a le ventre plein. Enfin, peut-être pas plein à craquer, mais on n'est pas si affamés que ça, alors on observe juste les autres.
Puis Hotch me regarde avec un sourire en coin. « Il fait froid ce soir. » Je hausse un sourcil. « Et alors ? »
« Alors, peut-être qu'on devrait se réchauffer l'un l'autre cette nuit. »
Je lève les yeux au ciel. « Pas encore ça. Tu sais bien que ça n'arrivera jamais. » Il me redonne un coup d'épaule. « On ne peut pas reprocher à un mec d'essayer. »
Jasmine arrive avec un carton plat dans une main et une sorte de conserve de viande dans l'autre. Elle pose le carton au sol et s'assoit avant de demander : « C'était qui ta cible aujourd'hui ? » Je hausse les épaules. « Un type bien habillé qui tenait un discours sur le nouveau centre pour les jeunes. »
« Cool. Beau boulot. Maintenant, on est sûrs d'avoir à manger pour un moment. »
« Ouais. Et on a de quoi en acheter plus. On ne pouvait pas tout porter aujourd'hui, mais le camion repasse la semaine prochaine, donc on est tranquilles pour l'instant. »
Elle sourit jusqu'aux oreilles. « C'est génial. Comme ça, on n'aura pas à se coucher le ventre vide. » Je souris un peu. « Non, on n'aura pas. Comment vous vous en êtes sortis hier, vous deux ? » je demande. « Pas trop mal », dit Hotch. « J'ai récupéré environ cinquante balles. »
Jasmine baisse les yeux. « Moi, j'en ai eu que cinq. » Je lui offre un doux sourire. « C'est mieux que rien. Si tu veux, on peut échanger nos places au parc demain pour voir si ça aide ? »
Elle lève la tête pour me regarder. « Ouais ? »
« Évidemment. »
Elle me donne un petit sourire reconnaissant. « Merci, Angel. » Je lui rends un sourire tout doux. « Pas de souci. »
On reste tous dans un silence confortable à observer nos amis jusqu'à ce qu'il fasse plus froid, et les gens commencent à rentrer dans leurs tentes, en se préparant pour la tempête de neige qui arrive ce soir.
Hotch me regarde d'un air sérieux en demandant : « T'es sûre qu'on ne devrait pas dormir ensemble ce soir ? On peut tous les trois dormir dans ma tente. Je dormirai de l'autre côté de Jasmine. » Elle sourit et hoche la tête.
Ce n'est pas un problème pour Jasmine, car Hotch et elle sont comme frère et sœur, et je pense en fait que partager une tente ce soir est une bonne idée parce qu'il commence à faire vraiment froid. Tant que je n'ai pas à dormir seule avec Hotch.
« OK. Laissez-moi récupérer mon sac de couchage », je dis. On se lève tous, on prend nos affaires et on se retrouve devant la tente de Hotch.
Il n'y a aucune chance qu'on puisse s'entasser à trois dans ma tente parce qu'elle ne peut contenir qu'une seule personne, mais la sienne en accueille deux, et si on se serre vraiment, ça devrait être jouable.
On se rassemble tous devant sa tente, on rampe à l'intérieur et on s'installe aussi confortablement que possible dans nos sacs de couchage.