Sirahnayu : Mémoires d'une Ressuscitée

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Résumé

Suivez Sirahnayu, une Harut'yun, créature à la croisée des chemins entre l'humain et la machine, qui se réveille avec les souvenirs d'un passé qu'elle doit réapprendre à comprendre. Ce récit captivant vous plongera dans un univers futuriste où les souvenirs cryptés se mêlent à une réalité augmentée, posant des questions sur l'identité, la mémoire et ce qui fait de nous des êtres conscients. Chaque page révèle des couches de mystères à mesure que Sirahnayu navigue à travers des défis personnels et des intrigues politiques, guidée par une technologie aussi puissante qu’énigmatique. Sous la tutelle d’Anahsiti, la Mère-Machine, Sirahnayu doit décrypter les secrets de sa propre existence tout en combattant pour ceux qu'elle a appris à aimer et à protéger. Face à des menaces croissantes et des vérités troublantes sur sa création, elle se trouve à la frontière où se rencontrent les destins humain et divin, questionnant la nature même du pouvoir et de la liberté.

Genre :
Scifi/Romance
Auteur :
Phie
Statut :
Terminé
Chapitres :
38
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Acte I 001

« La vérité se révèle dans le miroir de l’Autre, et dans ce miroir, nous découvrons notre propre lumière. Ainsi parle le triptyque du cœur, de l’esprit et de l’infini. »

De la Trinité

Saint Draxiomel Vitharique de la Troisième Confluence

(Environ -1500 AA)

De chair et de fer, elle inspire et expire ce premier souffle d’air, envahissant ses poumons, mécaniques et organiques.

« Te voilà éveillée. » lui dit une voix féminine.

Elle ouvre les yeux, la lumière tamisée de la pièce brouillant sa vue initialement. Une silhouette se dessine à sa gauche, une présence à la fois rassurante et imposante.

Cette femme qui se tient là, à la fois étrangère et familière, lui parle d’une voix qui porte en elle une douceur insoupçonnée mêlée d’autorité :

« Tu peux parler. »

« Je… je… je parle. » dit-elle en s’étonnant elle-même de sa propre voix.

« L’éveil doit te sembler étrange, n’est-ce pas ? Comme si tu parlais pour la première fois, mais avec des mots déjà connus. »

« Je... c’est ma voix ? Pourquoi me semble-t-elle à la fois si familière et si étrangère ? »

« Tu es une Harut’yun. Une résurrection en corps-machine. » affirme-t-elle d’une voix douce mais ferme.

Elle commença à regarder ses mains aux doigts qui lui semblaient si longs et fins, mais elle n’était pas capable de savoir pourquoi elle pensait ça.

« Tu es un composé de ta mémoire défunte et de notre neuromorphie. Tu risques de subir de nombreuses cryptomnésies au cours des prochains jours, ces phénomènes qui consistent en la croyance en la découverte nouvelle d’une information en réalité stockée dans ton inconscient cryptogénique. »

Et au moment où la femme lui expliqua tout cela, elle était en train de réaliser de nouvelles idées qui venaient illuminer son cerveau comme une immense révélation de tout un tas d’inédites informations. Elle commença alors à s’adresser à la femme :

« Ainsi je vous parle dans une langue qui m’est familière tout autant qu’elle m’est inconnue. Je ne saurais encore la nommer et pourtant me voici en train de la parler… »

« Exactement, ceci est une des cryptomnésies les plus primordiales des Harut’yun qui arrivent au stade du langage, tu es déjà bien agile dans ta nouvelle navigation cognitive, je te félicite. » dit la femme d’un air sérieux mais d’un brin enthousiaste qu’elle n’arrive pas à lui dissimuler.

La Harut’yun, après une pause marquée, reprend la parole :

« Désormais, je me dois de vous poser une question, selon mes informations, c’est bien là une convention inévitable : Qui êtes-vous ? » interroge Sirahnayu avec une pointe de formalité.

« Mon nom est Anahsiti. Je suis la Nuy’turah, la Mère-Machine, celle qui élève et forme les Harut’yun, » répond-elle calmement, sa voix empreinte d’autorité maternelle.

« Très bien, et maintenant : Qui suis-je ? » demande Sirahnayu, son ton montant en intensité par curiosité.

« Ton nom est Sirahnayu. Tu es sa neuvième Harut’yun, » déclare Anahsiti, son regard ne vacillant pas.

« Voulez-vous dire que je suis la neuvième réplique de Sirahnayu ? » s’enquiert Sirahnayu, un frémissement d’incertitude dans sa voix.

« C’est exact, » confirme Anahsiti, son expression neutre.

« Qu’est-il arrivé aux précédentes ? » demande Sirahnayu, une lueur d’inquiétude perçant dans ses yeux.

« La mort, arrivée par différents ports, » explique Anahsiti, son ton devenant légèrement grave.

« Mes mains, mes bras, mes jambes… J’ai l’air d’avoir été bâtie pour ce que l’on prénomme le combat, n’est-ce pas ? » observe Sirahnayu en examinant ses membres avec une pointe de fascination.

« Ton corps est exercé, et devra continuer à être exercé, pour effectuer des missions, au nom du Seigneur-Dieu Astvasts, » informe Anahsiti, marquant chaque mot avec sérieux.

Dès que Sirahnayu entend ce nom, une immense vague de souvenirs la frappe d’un coup, ils sont trop nombreux, immenses, intenses, pour qu’elle puisse les articuler. Elle finit par tomber à genoux, submergée par le poids titanesque de ses révélations.

« Astvasts… L’homme devenu Dieu… Depuis combien de temps je le sers ? » murmure-t-elle, son visage tourné vers le sol.

« Au moins depuis son règne divin qui a débuté il y a 901 ans, » répond Anahsiti, sa voix portant une trace de respect ancestral.

« Comment un humain peut-il devenir divin ? » demande Sirahnayu, levant les yeux, cherchant des réponses.

« Tout comme les autres dieux à travers l’histoire sont devenus divins, » explique Anahsiti, encourageant une compréhension plus profonde.

« Vous voulez dire, par la croyance des êtres humains ? » s’interroge Sirahnayu, une étincelle de réalisation dans son regard.

« Tu comprends bien, » dit Anahsiti, esquissant un sourire de fierté sur son visage à l’entente de cette réponse, satisfaite de la perspicacité de Sirahnayu.

« Mais alors, il n’est divin que grâce aux humains ? Est-ce vraiment Dieu ? » Sirahnayu pose la question, une trace de scepticisme dans sa voix, son esprit tourmenté par cette révélation.

Le sourire de Anahsiti ne put s’empêcher de s’agrandir, elle commence alors à dire tandis que son visage s’illumine :

« Réfléchis bien, y a-t-il déjà eu un dessein humain aussi proche du divin ? Nul n’a jamais vu un Dieu aussi tangible, les dieux d’autrefois ne comptaient que sur la foi, Astvasts incarne dans sa chair la foi. Il est la Chair Incarnée, l’Humain Divin. »

« Je commence à comprendre maintenant. Ma mémoire ne peut s’empêcher de penser à la mort comme le chemin de fin de toutes les pensées. Dites-moi, comment Astvasts, à la fois divin et humain, échappe à la mort ? »

« La réponse est dans ta question, Sirahnayu. »

Sirahnayu sent pourtant en elle une énigme persistante et irrésolue… Était-elle insoluble ? Elle décide de ne pas poursuivre sur cette voie pour le moment, vu l’immensité des mémoires d’antan qu’elle a encore à rassembler en elle-même.

Anahsiti perçoit le trouble de Sirahnayu et lui dit alors doucement, pour la rassurer :

« Un proverbe Pengakeraa dit que les eaux les plus limpides sont celles où les poissons sont les proies les plus faciles. »

« Le trouble peut nous protéger… » murmure Sirahnayu, son regard se perdant dans le lointain, une lueur de compréhension naissant dans ses yeux.

« Et il en va ainsi souvent du sacré, » ajoute Anahsiti, un sourire énigmatique effleurant ses lèvres.

« Je commence à mieux comprendre… » dit Sirahnayu, hochant légèrement la tête, l’expression encore incertaine mais ouverte à l’apprentissage.

« Désormais, je vais te mener à l’Omnithèque, la plus grande base de données de savoir matériel de l’univers humainement connu. Je te prie de me suivre, » annonce Anahsiti en se tournant vers un passage obscur, son geste invitant Sirahnayu à la suivre.

« Très bien, je vous suis, » répond Sirahnayu avec une nouvelle résolution dans la voix, ses pas se faisant plus décidés.

« Oh, tu sais, Sirahnayu, tu peux me tutoyer, nous nous connaissons bien plus que tu ne le penses… » lance Anahsiti avec un clin d’œil complice, suggérant une profondeur de relation que Sirahnayu commence seulement à entrevoir.

Alors qu’Anahsiti marche devant elle, Sirahnayu reste un moment en retrait, le silence lui pesant soudain comme une couverture lourde et chaude.

Elle se trouve assaillie par un maelström d’émotions et de pensées confuses et contradictoires, sa conscience s’efforçant de s’accrocher à chaque nouvelle information comme un naufragé à sa planche de salut.

Elle ne peut pas s’empêcher de se sentir submergée, mais aussi étrangement préparée.

« Pourquoi ce monde me semble-t-il à la fois si étranger et si familier ? » se demande-t-elle.

Elle réalise alors que sa rapidité d’adaptation n’est pas uniquement le fruit de la technologie qui l’avait créée, mais peut-être aussi d’une volonté profonde, enfouie dans le labyrinthe de sa mémoire cryptée.