Chapitre 1
Épisode 1 : Le fruit défendu du jardinier
« — Comment peux-tu être aussi imprudente, Juliette ? Est-ce que tu réalises seulement ce qui aurait pu t'arriver hier soir ? » La voix perçante de ma mère me transperce le crâne comme un coup de poignard.
Je grimace en tenant ma tête endolorie entre mes mains. Je m'enfonce dans l'un des fauteuils moelleux du salon. Les restes du whisky d'hier soir me barbouillent encore l'estomac et me donnent envie de vomir. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est d'un nouveau sermon de mes parents envahissants.
« — Tu aurais pu te tuer en conduisant dans cet état ! Honnêtement, Juliette, à quoi pensais-tu ? » ajoute mon père. Ses traits d'habitude impassibles sont déformés par une rare colère.
Je suis rentrée ivre au volant et mes parents l'ont découvert. Voilà pourquoi j'ai droit à cette séance de remontrances.
J'ouvre la bouche pour répondre, mais les mots restent bloqués dans ma gorge sèche. Qu'est-ce que je peux dire ? Que j'essaie d'anesthésier cette solitude qui me ronge, même au milieu des soirées mondaines où je dois briller ? Que l'ambiance froide et étouffante de la haute société m'asphyxie ? Je cherche désespérément le moindre moment d'abandon pour m'évader. C'est l'imprudence qui me donne l'impression d'être vivante et libre.
Non, ils ne comprendraient pas. Ils ne comprennent jamais.
« — Je suis désolée, d'accord ? » je murmure. Ma voix trahit une fatigue bien plus profonde qu'un simple épuisement physique. « — Ça ne se reproduira plus. »
Mes parents échangent un regard sceptique. Ils ne croient pas une seconde à mes promesses. Mais depuis longtemps, je maîtrise l'art de faire la sourde oreille à leurs reproches. Pendant qu'ils continuent de m'insulter, je laisse mon regard s'échapper vers les jardins impeccables derrière les baies vitrées.
Si seulement je pouvais m'enfuir là-bas. Loin du jugement de mes parents et de cette prison dorée qu'ils appellent une maison. Pour l'instant, je n'ai pas d'autre choix que de subir leur tirade. Mon cœur bat au rythme de la culpabilité qui me ronge.
Mes parents échangent un regard dubitatif. Ils ne sont pas convaincus par mes excuses à moitié sincères. « — Un "désolée" ne suffit pas, Juliette, » dit mon père d'un ton sévère. « — Ça dure depuis bien trop longtemps. »
« — Nous t'avons donné chance après chance, et pourtant tu continues à faire n'importe quoi, » ajoute ma mère en fronçant les sourcils. « — Si on entend parler du moindre nouvel incident, on te retire ta voiture et ta carte de crédit. C’est clair ? »
Je contracte la mâchoire pour ne pas exploser de frustration. Comme si perdre mon indépendance allait me faire changer d'avis. Ils ne pigent rien. C’est cette vie étouffante qu’ils ont créée pour moi qui me pousse à agir ainsi.
« — Oui, j'ai compris, » je grommelle. Mes doigts s'enfoncent dans les accoudoirs alors que je me force à paraître repentie. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est de les provoquer encore plus.
« — Bien. On a fini. » Le ton de mon père ne laisse aucune place à la discussion. Il se lève et sort de la pièce, suivi de près par ma mère.
Mais avant d'atteindre la porte, il se retourne brusquement. Son visage est rouge de colère et de déception. « — Sais-tu combien j'ai dû payer aux paparazzis qui t'ont filmée en train de boire et de faire la fête comme une sauvage avec tes amis ? Imagine l'image de la famille si ces photos avaient fuité sur internet ! »
Je m'enfonce dans mon fauteuil, les joues brûlantes de honte. Bien sûr que je le sais. L'idée même d'un tel scandale me donne la nausée. Pourtant, ça ne m'empêchera pas de recommencer. Oh que non, j'ai bien l'intention de remettre ça.
« — Tu as 19 ans maintenant, Juliette. 19 ans ! » poursuit mon père en haussant le ton. « — On t'a laissée être une enfant aussi longtemps que tu le voulais, mais il est temps de grandir. Tu dois faire honneur à notre nom et nous succéder. Tu devrais prendre des cours de théâtre et décrocher des rôles au lieu de picoler toute la nuit. Qu'est-ce qui cloche chez toi ? On ne t'a pas élevée comme ça ! Pourquoi ne peux-tu pas ressembler à ta sœur, Madeline ? Elle vient de finir le tournage d'un blockbuster la semaine dernière et elle nous rend fiers. »
Mes parents sont des acteurs célèbres et leurs vitrines débordent de trophées. Je sais qu'ils ont une pression énorme pour passer le flambeau. Ils veulent que le nom de famille reste au sommet à Hollywood. Mais l'idée de suivre leurs traces me remplit d'effroi plutôt que d'excitation.
Je déteste qu'on me compare à ma sœur. Si elle est si parfaite, pourquoi ne peut-elle pas être la seule à porter l'héritage familial ? Pourquoi essayer de me forcer alors qu'elle s'en sort déjà très bien toute seule ?
Avant que je ne puisse répondre, l'employé passe la tête par la porte. « — Pardonnez-moi, Monsieur, mais le jardinier est là pour discuter du poste. »
Mon père me lance un regard noir, les lèvres serrées. « — On reprendra cette discussion plus tard. En attendant, je te suggère de te débarbouiller et de réfléchir à tes priorités. »
Sur ces mots, il sort de la pièce. Je reste seule à bouillir entre culpabilité, frustration et mal de crâne. J'en ai assez de leurs jugements. Je me lève péniblement du fauteuil. « — Si vous m'excusez, je vais m'allonger. J'ai une migraine affreuse, » je murmure. Je n'attends pas la réponse de ma mère et je file vers la cuisine pour trouver l'armoire à pharmacie.
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Je passe la journée à dormir pour faire passer la gueule de bois. La douleur dans ma tête s'estompe peu à peu alors que je sombre dans un sommeil agité. Quand j'ouvre enfin les yeux, le soleil est déjà haut. C'est le lendemain. En grognant, je me redresse, les muscles endoloris.
J'ai besoin de sortir de cette maison étouffante. Je me dirige vers la salle de bain. Le carrelage est frais sous mes pieds nus. J'allume la douche et laisse la vapeur envahir la pièce. Je retire mes vêtements froissés de la veille. L'eau chaude me fait un bien fou. Elle coule sur mon corps et efface les restes de ma nuit de débauche. Je me lave les cheveux énergiquement pour faire disparaître toute odeur d'alcool.
Une fois propre, je sors et m'enveloppe dans une serviette épaisse. Je me brosse les dents. Le goût mentholé finit de me réveiller. Ensuite, je m'étale une tonne de lait parfumé sur tout le corps. Cette odeur florale que je connais si bien m'apaise.
De retour dans ma chambre, je commence à me préparer. Je me coiffe avec soin pour que mes boucles encadrent parfaitement mon visage. D'un geste expert, je me maquille : eye-liner, mascara, une touche de blush. Je veux être impeccable, tirée à quatre épingles.
Pour finir, je m'asperge de mon parfum préféré. Son arôme envoûtant se mélange à mon lait corporel. Satisfaite du résultat, je vais vers mon immense dressing à sacs. Je parcours les rangées de sacs de créateurs. Je choisis une pochette en cuir noir avec des détails dorés. Elle ira parfaitement avec ma mini-jupe noire, mon crop top et mes hauts talons. Je prends mon sac et me regarde une dernière fois dans la glace avec un sourire malicieux. C’est l'heure d'aller s'amuser avec les copines. Toute la journée et toute la nuit.
J'aime traîner avec elles. Être avec mes amies, c'est comme être seule dans ma chambre : c'est une oasis qui me protège du regard froid de la haute société.
Mais ce matin, alors que je marche vers le garage, mes yeux sont soudain attirés par quelque chose de bien trop sexy pour être ignoré.
Un homme baraqué s'occupe des massifs de fleurs avec assurance. Ses mains bronzées travaillent la terre avec adresse. Je m'arrête, fascinée par sa prestance physique. Sa peau dorée par le soleil brille de sueur. Ses muscles tendent le tissu usé de sa chemise.
Je reste figée sur place, totalement captivée par la force qui dégage de lui.
Il est grand et imposant. Sa peau halée luit légèrement. Sa carrure musclée moule son vêtement, révélant un torse et des bras bien dessinés. Je ne peux pas m'empêcher de le dévorer des yeux, admirant sa virilité brute.
« — Excusez-moi, » lance l'inconnu d'une voix grave et profonde. « — Je ne pensais pas croiser quelqu'un ici ce matin. »
Ses yeux perçants croisent les miens. Je sens des papillons dans le ventre. Soudain intimidée, je me reprends. Je ne veux pas montrer à quel point je suis attirée par lui.
« — Je... je vais chercher ma voiture, » je bafouille en me mordillant la lèvre inférieure. Cet inconnu me fascine complètement. Il est tellement beau, tellement tentant. Pendant un instant, je m'égare en imaginant ce que ça ferait de l'avoir pour moi.
Sa façon de se tenir, sa grâce naturelle... j'ai presque envie de le toucher, de faire courir mes mains sur son corps. Il a tout ce qui me fait craquer : il est fort, sûr de lui et terriblement attirant. À cet instant, je ne pense qu'à une chose : je le veux. Je veux sentir ses mains sur moi.
L'homme m'adresse un sourire désarmant. « — Eh bien, je vous ai interrompue. Je m'en excuse. Je suis David Thorne, le nouveau jardinier. Ravi de vous rencontrer, Mademoiselle... ? »
« — Montgomery, » je réponds en lui tendant la main avec assurance. « — Juliette Montgomery. »
Mon regard s'attarde sur lui. Je note chaque détail. Sa chemise qui tire sur ses larges épaules, la sueur sur sa peau... c'est dur de ne pas caresser ses muscles. Il dégage un magnétisme incroyable, un côté sauvage qui me donne envie de goûter ses lèvres et de sentir ses mains calleuses sur ma peau. Je me mords la lèvre en soutenant son regard intense. Le désir monte en moi. J'ai envie d'effacer la distance entre nous et de céder à cette tentation interdite. Cet homme a réveillé une faim que je dois assouvir, peu importent les conséquences. Mais je sais qu'il ne faut pas se jeter sur quelqu'un qu'on vient de rencontrer.
Mais bon, ça n'empêche pas de l'inviter dans ma chambre après une petite discussion, non ?
Pourtant, dès que je prononce mon nom de famille, son attitude change. Son expression devient plus réservée. La chaleur dans ses yeux s'éteint un peu quand il comprend que je suis la fille de son patron.
« — Montgomery, » répète-t-il avec méfiance. « — Je vois. Enchanté, Mademoiselle Montgomery. »
Ce changement brusque me déçoit un peu. La promesse d'une intimité interdite est freinée par nos positions sociales. Mais je ne vais pas me laisser décourager. Cet homme a un charme irrésistible. Je compte bien briser cette barrière professionnelle. Ce n'est pas moi qui l'ai engagé, après tout.
Même si j'aimerais bien qu'il soit à mon service.
Est-ce qu'il osera, vu que je suis la fille de ses employeurs ? Peu importe. Plus c'est interdit, plus c'est bon.
Mon père n'a pas besoin de le savoir, je me dis en retenant un petit rire. Je viens de le rencontrer, mais je m'en fiche. Je le veux déjà. Et je ne suis pas du genre patiente. Quand je veux quelque chose, je fonce.
Avec un sourire provocant, je penche la tête et je le détaille sans aucune gêne. « — Tout le plaisir est pour moi, Monsieur Thorne, » je murmure d'une voix suave. « — J'espère que nous aurons l'occasion de faire plus ample connaissance. »
Quand nos doigts se frôlent, je reçois une véritable décharge électrique. À cet instant précis, j'en suis certaine : cet homme, ce fruit défendu, finira bientôt dans mon lit.