Llemagus Sagremar
La nuit est profonde lorsque je repense à tout ça. Je peux distinguer les arbres m’entourant bouger et grincer au gré du vent, mais aussi les quelques petits animaux vagabonder sur la terre meuble dû aux pluies récentes. Je ne peux bouger que quelque peu. Je tends l’un de mes bras pour essayer de récupérer mon bâton mais il est bien trop loin de moi pour pouvoir l’attraper. Je me sens partir, engourdi de toute part, je discerne de moins en moins la luminosité de la lune pleine en ce début de nuit. Si seulement j’avais pu réagir plus vite, plus tôt, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. C’était pourtant une belle journée ensoleillée pour la période automnale. Je m’étais rendu dans la forêt de Renwö afin de cueillir quelques lycoperdons - champignon très utile dans la confection de cataplasmes. Ce souvenir me semble, d’ailleurs, fort comique en pareille situation et je dois dire que je fus l’easideh le plus chanceux car je savais où en trouver précisément.
Sur un talus naturel, entouré de plusieurs grands et vieux conifères, se trouvait une ancienne bâtisse - sûrement une bergerie - dissimulée au beau milieu de nul part. Je l’avais découverte il y a quelques mois lors de mes balades régulières sur les terres d’Êlchark et j’avais entrevu son potentiel dans l’hébergement de plusieurs sortes de champignons. C’était donc mon sanctuaire dont je gardais farouchement le secret. En arrivant sur place, quelle ne fut pas ma joie en voyant de petites boules blanches partout sur le sol. J’en eu un frisson de joie - pensais-je car la journée était chaude pour cette période et il n’était pas possible que ce soit un courant d’air frais qui me saisisse ou, peut-être, voulais-je m’en convaincre. Bref tout ceci me semble bien limpide maintenant au vu de mon état.
Le vent frais, soudain et glacial. Le croassement d’un corbeau. Le craquement des branches et leurs ombres dansant tout autour de moi. Le hurlement lointain d’un loup. Tant de signaux dont je ne me souciais guère. Empoignant mon couteau, je m’agenouillais et commençais à récupérer ce précieux ingrédient. Encore jeune, ferme et d’un blanc parfait, ces petits champignons me donnèrent faim. Je les imaginais déjà en omelette, avec un petit peu de persil, de cerfeuil et de sel grossier. Tout ceci me fit saliver et je continuais à rêvasser de divers mets, d’un grand banquet, avec de la perdrix, un bon coq au vin, des petites pommes de terre baignant dans de la graisse à n’en plus pouvoir, quelques petits légumes venant accompagner toutes ces victuailles, sans oublier quelques morceaux de pain pour me permettre de saucer tous les assaisonnements à ma disposition. Ma gourmandise me perdra un jour, me dis-je, avant de sursauter et sortir de ma torpeur lorsque mon estomac cria famine. Un grognement comme on en fait rarement. D’ailleurs, ai-je déjà entendu mon ventre faire ce bruit ? Je ne crois pas, mais je suis seul ici, ça ne peut venir que de lui, quoi d’autre sinon ? Mon inattention et ma naïveté m’empêchèrent de voir cette ombre diffuse s’étaler de plus en plus à côté de la mienne. Elle grandissait et s’élargissait, portant avec elle un froid morbide venant activer d’anciens réflexes primitifs qui firent soulever le fin duvet invisible tapissant ma nuque. C’est lorsque j’entendis ce sifflement, fin et strident, que je compris que tout ceci allait mal se finir. Je me raidis d’un coup, tentant de me retourner doucement pour confirmer mes pensées maintenant claires, mais je n’en eu pas le temps.
Une sensation très désagréable me saisit la poitrine, étant à la fois froide comme la neige et brûlante comme le feu, que j’en eu le souffle coupé l’espace d’un instant. Ma vision se troubla, et le monde autour de moi semblait basculer de façon anarchique. Les muscles de ma nuque abandonnèrent leur fonction, et ma tête s’affaissa, faisant cogner mon menton sur ma poitrine. C’est à ce moment-là que j’aperçus l’objet de ma souffrance. Une pointe, brillante comme un cristal au soleil sortait de mon thorax d’au moins un demi-pan. Mais aucune trace de sang ne la tachait, ni ne coulait sur mon corps. Cette blessure est bien plus profonde, bien plus mystique pour les plus incrédules d’entre nous. Elle ne blesse pas mon corps mais mon âme. Vais-je mourir ici, sans trace de lutte, sans blessure ? Personne ne pourra savoir le mal qui m’a frappé et ceci je ne le permettrais pas. Car en tant que Dynur de l’Ordre, mon devoir est de protéger, au moins en avertissant autrui, de ce qui se cache ici. Prenant mon courage à deux mains, dans une impulsion vaillante, je relevais la tête et me retournais pour affronter de face celui qui transperçait mon âme. Ce cauchemar, haut d’environ une toise, et ayant le physique d’un homme mûr - sortant de son tombeau après quelques années de sommeil d’ailleurs - dénué d’enveloppe charnelle et flottant en l’air telle la brume se tenait devant moi, arme à la main. Un sourire macabre apparaissait sur son visage, me glaçant jusqu’à la moelle. Encore à genoux, n’arrivant pas à me lever je fis basculer mon bâton entre mes doigts et tentais de frapper la créature, en vain. Immatériel, je ne pu le toucher, et l’élan que je mis dans cet acte me fit basculer en avant, m’étalant sur le sol boueux de ton mon être. Mes forces m’abandonnèrent. Je ne pu me relever, essayant pourtant de toute mon âme, mon âme meurtrie… Les larmes montèrent, comment ai-je pu être aussi aveugle… Dans ce dernier moment tragique de ma vie, alors que je ressassais le passé tout en sentant mon feu intérieur s’éteindre, un petit furet sortit la tête de derrière un érable et me regarda de ses petits yeux noirs. Il devait être le dernier être vivant autour de moi depuis l’apparition de ce wraith. Un si petit être, courageux de venir en pareil endroit, ou insouciant. Quelle est vraiment la différence. Dans mon désespoir, je me mis à l’implorer de m’aider, de me sauver de cette abomination, impalpable, presque invisible mais tellement présente ne serait-ce que par le froid qu’elle imposait autour d’elle… Ce petit animal, apeuré, prit les jambes à son cou, et c’est ce que j’aurais sûrement fait à sa place. Comment lutter contre quelque chose qui n’est rien?...
Sombrant à petit feu, je repensais à ma vie d’antan, lorsque je vivais encore dans la forêt de Renwö. Je m’y sentais bien, protégé, et en très bonnes compagnies. Mais ma destinée était ailleurs, et ma vie prit un tournant lorsque, jeune de mes 60 ans, je rejoignis l’Ordre des Dynurs. Il m’était normalement impossible d’accéder à l’Ordre, car les règles y sont strictes. Pour y entrer, il faut soit avoir eu, à la naissance, un destin ténébreux lors du Prodos Kincentos puis être choisi ou bien le rejoindre à son neuvième anniversaire. J’avais eu une naissance placée sous la bonne étoile et à l’âge de mes neuf ans j’avais choisi de rester auprès de ma famille, dans la forêt, afin de suivre les traces de mon oncle, Eltaor Helegwyn, alchimiste depuis plus de 300 ans, reconnu dans la forêt de Renwö mais aussi dans le Royaume de Masohan et des Terres Bhatayâ.
J’eu la chance d’être enseigné par, feu, ce grand homme et, grâce à lui, je pus entrer chez les Tauron ho i Isil lorsque j’eu 40 ans. J’officiais pour le compte direct de, feu, notre Seigneur, Aiduin Thesandoral, en tant que Ih Yaalle, guérisseur seigneurial. Ma route était toute tracée pour mes prochains siècles mais le destin m’avait dirigé dans une direction que je ne m’avais jamais imaginée…
Alors en train de collecter des plantes dans ma forêt natale, à la frontière du Domaine Kidlâdak, j’entendis un cri, plutôt lugubre. Ce genre de cris qui vous fait froid dans le dos. Celui qui vous pousse, soit à vous enfuir, soit à aller y jeter un œil. J’optais pour la seconde option. A cet âge, je voulais tout savoir, tout connaître, tout voir, tout entendre. Je ne cacherais pas, en disant, qu’il en est toujours de même aujourd’hui, du haut de mes 300 années.
Grimpant un arbre de quatre perches de haut, j’eu une vision d’ensemble du paysage. Dans la direction du cri se trouvait une volute de fumée noire. En me focalisant sur cette direction, le bruit de tambour et de cris menaçant atteignirent mes oreilles. Une sensation malfaisante m’habita soudainement. Rassemblant mon courage, je sautais de branche en branche pour rejoindre l’emplacement au plus vite tout en restant invisible des peuples du bas. L’odeur de brûlé arriva à mes narines, les cris devinrent plus perceptibles et les tambours assourdissants. A quelques toises de là - grâce à la vue perçante dont nous jouissons, les aesidehs - j’eus une vision distincte de la situation. Je n’étais plus dans la forêt de Renwö mais dans le Domaine Kidlâdak. Les Dadkaåbës - peuples vivant dans ces contrées, à l’allure d’humains mais de plus petite taille, ayant des dents pointues, des ongles coupants et se déplaçant telle des hyènes - semblaient s’amuser avec une proie toute fraîche. Un pauvre homme, vêtu tel un mendiant, tentait de s’échapper de cette foule, de cette horde, qui le contraignait à rester au centre et à se défendre contre différents assaillants. Ces derniers sortaient et entraient dans le cercle de façon chaotique. Rapides, sournois, ils ne laissaient aucune chance à cet homme de se battre dignement. Recevant coup de poings, coup de pied, que ce soit par les assaillants de devant que ceux de derrière, l’homme tomba à genoux, las… Certains se mirent à le mordre tandis que d’autres continuaient de le pousser comme pour le forcer à se relever… À bout, l’homme s’effondra au sol, face contre terre. À ce moment-là, un Dadkaåbë, plus grand et d’ossature plus épaisse, entra dans le cercle et hurla avant de ricaner. Tous les autres membres de son peuple reculèrent et les tambours cessèrent, par respect ou par peur, difficile à dire… Ce grand et gros Dadkaåbë se baissa vers l’homme à terre et le renifla pendant un long moment… Puis délicatement, il le retourna sur le dos, posa une de ses mains sur sa gorge et tendis l’autre bras en l’air, ouvrant les mains suffisamment pour y distinguer les longues griffes qui dépassaient de ses doigts. L’homme n’avait plus que quelques secondes à vivre mais ceci n’était pas de mon ressort. Nous, les aesidehs, nous mêlons de ce qui nous regarde. Le sort des Nüns, des Humains, des Ondins et des Dadkaåbës est entre leurs mains.
Malgré tout, un détail m’intrigua. Un pendentif, avec le signe de l’infini en son centre, pendait autour du cou de l’homme Je ne pouvais dire pourquoi, ni ce qu’il représentait mais je me sentais troublé avant de me sentir honteux de laisser ce qui se passait sous mes yeux arriver…
Avant que la main du Dadkaåbë n’atteigne le cœur de l’homme, je sifflais le Coirëa var anqualë afin de laisser à la horde le choix de leur destin… La vie ou la mort par l’agonie. J’avais encore l’avantage de la forêt et ces derniers ne pouvaient savoir si j’étais seul ou bien entouré de mes compagnons d’arme onóros et onórës mahtar. Du moins… je l’espérais. Immédiatement le gros Dadkaåbë cessa son mouvement et regarda la forêt. Tous ces congénères firent de même et, ensemble, de façon synchronisée, se mirent à hurler et ricaner en brandissant leurs armes. Ces ignorant préférèrent se battre et me voilà dans une situation bien déplaisante.
Les secondes passèrent avant que le gros Dadkaåbë ne lève l’homme d’un seul bras et commence à lui tordre le cou d’une façon si brutale que le pauvre bougre n’en survivra pas. C’est alors, que par surprise, j’entendis une flèche siffler à mon oreille droite. Je la vis me dépasser, comme au ralenti, avant de continuer sa course folle vers cette horde. Elle finit par se ficher dans l’œil gauche du gros Dadkaåbë, qui se raidit d’un coup, avant de lâcher l’homme et de s’effondrer au sol… La surprise se fit sentir dans la horde par un mouvement discret mais frénétique de tous ses membres. Les hurlements et ricanements cessèrent également. Plusieurs flèches se mirent à siffler de toutes parts autour de moi avant de se ficher au pied de la horde encore hébétée. Cette fois-ci, la surprise cessa dans la horde et fut remplacée par la panique. Les Dadkaåbës hurlèrent en fuyant dans tous les sens, de façon encore plus chaotique que tout à l’heure… En quelques secondes, la zone, sableuse et désertique, était vide de tout âme hormis celle de l’homme ayant évité de justesse le trépas. L’une de mes onórës vint se placer à côté de moi, sur la branche, avant de me jeter un coup d’œil jugeant.
“Tu es trop distrait, Bliafyndar ! Ceci viendra te coûter la vie un jour, crois moi !” - me dit-elle d’un ton sec.
Elle n’avait pas vraiment tort - et encore plus au vu de ma situation d’aujourd’hui - même si sa remarque vint me pincer l’égo. Trop concentré sur ce qu’il se passait devant moi, j’en oubliais les bruits avoisinants, malgré mon ouïe d’aesideh, jugée la plus fine de toutes les races d’Êlchark. Feignant l’ignorance la plus totale, je quittais mon arbre pour aller à la rencontre de cet homme au pendentif.
Il gisait au sol, complètement sonné de cette aventure. Du sang coulait encore de son arcade sourcilière gauche, de son nez et de ses lèvres. Il avait, également, plusieurs ecchymoses sur le visage mais aussi sur les quelques parties du corps visibles. Il était sain et sauf... mais peut-être pas pour longtemps au vu de ses blessures. Je pris le temps tout de même d’observer son pendentif, fait d’un métal rare nommé madrïal ayant une couleur similaire au bois mais une solidité inébranlable. Cet humain avait des traits de visages peu communs, à la fois marqués et lisses. Sa couleur de peau était plutôt grise et il avait l’air de mesurer une bonne toise. Il portait une bure en laine, d’un vert foncé, ne comportant pas de poche et ayant de grandes manches amples. Une ceinture en cuir épais, serrant sa bure au niveau de sa taille, comportait un porte fioles et un emplacement pour parchemin. Tout était complètement vide, peut-être dû au fait qu’il avait été rousté ces dernières minutes. Une seule de ses bottes, d’un noir usé, lui restait au pied, tandis que l’autre gisait un peu plus loin, tout proche d’un grand bâton droit avec une tête de cerf en bout.
Cessant mon analyse, je déchirais un pan de ma chemise avant de l’appliquer sur l’une de ses multiples blessures au visage. C’est à ce moment-là qu’il reprit ses esprits, doucement, ouvrant un œil et le refermant aussitôt. Il finit par lever difficilement un bras afin de saisir le mien. Je sentis sa pression, ferme, qui se relâcha rapidement, laissant son bras retomber lourdement sur le sol. Il avait besoin de soin, rapidement, ou le coma sera son prochain sommeil. L’attrapant fermement, je le soulevais et le transportais sur mon dos jusqu’à la forêt de Renwö, jusqu’à ma demeure.
Plusieurs jours passèrent où je pris soin, moi-même, de cet homme. Utilisant mes qualités d’herboriste et d’alchimiste, je pu soigner ses contusions, guérir ses plaies et en apprendre plus sur son pendentif. Selon les archives, que j’ai pu trouver à la bibliothèque principale d’Alh’vemel, celui-ci vient d’un ordre ancien, l’Ordre de la Lueur Ardente. D’après les légendes, cet ordre, regroupant d’éminents Mages, avait pour mission de protéger les Tevtas, sorte de créatures incarnant un ensemble de vertus. Depuis fort longtemps, cet ordre avait disparu, mais on pouvait retrouver son inscription sur un temple abandonné, au milieu du lac Sōltalēka, que j’avais visité autrefois lors de mes pérégrinations sur les Terres Bhatayâ. Voilà donc d’où me venait cette étrange sensation de déjà-vu.
Après quelques semaines, l’homme put enfin se remettre debout et marcher. Nous avions pris le temps, au fur et à mesure des jours qui passaient, de nous présenter et de nous connaître. Il était quelqu’un de plutôt mystérieux, discret sur lui-même. Ce ne fut que debout, prêt à prendre la route, qu’il se présenta réellement à moi... Il se nommait Tascovanus de Noviodunum, et n’était autre que le Sacerdote Dagda de l’Ordre des Dynurs. Il était, en effet, autrefois, un membre de l’Ordre de la Lueur Ardente, sans pour autant me donner plus de détail sur ce point. Puis, au terme de quelques secondes de silence, il finit par s’incliner avant de déclarer : “En tant que membre de l’Ordre des Dynurs et étant votre débiteur pour m’avoir sauvé, soigné, nourri, abreuvé et logé, je déclare l’ouverture d’Aprodecto.“. Me voyant totalement perdu avec ce qu’était cetteAprelecto, ne cachant pas sa once de mépris, il reprit. “En sommes, aesideh, tu es officiellement invité à rejoindre l’Ordre des Dynurs. Tu as la journée pour te décider. Si tu acceptes, tu deviendras ma Ramure Noueuse et je deviendrai ton instructeur. Si tu refuses, tu n’auras probablement plus d’occasion de rejoindre l’Ordre”. Cette dernière phrase vint à dessiner un sourire amical et quelque peu narquois.
Une journée... une seule journée pour me décider... Voilà qui me paraissait chose impossible. Abandonner mon rang chez les Tauron ho i Isil, abandonner mon Seigneur Aiduin Thesandoral, abandonner mes onóros et onórës, la forêt de Renwö, Elennan... Pour rentrer dans l’Ordre le plus important d’Évangar, devenir Dynur et avoir l’opportunité d’embrasser la voie du Coi Kebtei, du Kulohei Ikva ou du Nhiark-Evi tout en pouvant jouir d’un apprentissage en des disciplines obscures pour mon peuple et moi-même. Devenir Dynur m’éloignerait de ce que j’aime et de ce que je connais. Devenir Dynur m’apporterait la chance de m’accomplir encore plus dans ce monde. Mon choix était fait. Le soir tombé, j’annonçais la nouvelle à Tascovanus de Noviodunum. Le lendemain, montant sur son cheval, il me jeta un coup d’œil furtif et déclara “Il est temps, Ramure Noueuse”.
La vie de Dynur n’est pas simple. Elle n’est pas opulente non plus. Elle nécessite discipline, courage et abnégation. Je fis voeux d’être Dynur à l’Ordre. Je me fis voeux d’être le Dynur le plus brillant de l’Ordre. C’est ainsi que je devins Llemagus Sagremar (lien). Au sein du Nemeton j’appris, durant...hum... la botani...hum...mon nez me gratte. Grr, c’est dérangeant, cela me donne envie d’éternuer. Mais... qu’est ce donc..."
Ouvrant doucement mon œil gauche, j’entrevis la tête d’un petit furet en train de me lécher le nez et le visage... Ma vue, brouillée, me permit tout de même de distinguer, en second plan, un homme, sautillant de gauche à droite, tournoyant sur lui-même et effectuant des sauts périlleux. Au fur et à mesure, ma vue devint de plus en plus nette, de plus en plus claire. Ce n’était pas un homme mais une aesideh en train de se battre contre... le wraith. Sa technique était parfaite, mêlant l’esquive et la contre attaque merveilleusement bien. Une question vient me frapper si violemment que je fus encore plus hébété. Comment arrivait-elle à toucher cette chose immatérielle ? Comment faisait-elle, là où, moi, j’échouais lamentablement ? Était-ce dû à cette fumée qui émanait de ses deux lames courbées ? Mais oui ! Je me souviens maintenant des lectures - souvent barbantes - sur les créatures oubliées du passé. Le wraith ne peut-être en contact qu’avec une substance mi-matérielle mi-immatérielle, précisément là où la fumée se trouve ! Le combat s’intensifiant, le wraith assena un coup d’estoc subtil, mais pas suffisamment pour cette aesideh, qui, avec grâce, l’esquiva en tournoyant sur elle même, assénant, en plein crâne, ses deux lames. Le wraith, dans un cri lugubre, disparu dans une brume dense, d’un gris orageux. Ce fut ensuite, en un éclair, que cet aesideh s’agenouilla vers moi.. Elle me murmura “Vahúrë lanturië sinda” (je vais prendre soin de toi). M’écroulant dans un profond sommeil, je savais que, maintenant, j’étais en sécurité.
Cette aesideh, en plus de me sauver la vie et de s’occuper de moi durant plusieurs semaines, m’apprit à parler le Fala’Orixal, la langue des animaux. Ainsi, je pus remercier grandement ce furet d’être parti quérir son aide et qui, à ma grande surprise, resta durant tout mon rétablissement autour de la cabane. Aujourd’hui, ce petit être nommé Furón, m’accompagne, me réconforte et m’apprend beaucoup sur la sociabilisation inter-espèce et... sur les farces, de manière générale. Ma ramure noueuse, quant à elle, est aujourd’hui une Dynur du Nhiark-Evi, suivant les traces de son mentor. Et, de mon côté, suite au repos éternel de Tascovanus de Noviodunum, je suis devenu Sacerdote Dagda.
Ma vie est déjà bien remplie mais bon nombre d’aventures m’attendent encore en ce monde tantôt cruel, tantôt clément. Je tâcherai d’apporter encore plus de lumière, d’enseigner Manh’Atùr aux oreilles attentives et de protéger l’Ordre des Dynurs contre l’effritement du temps.
Telle sera ma voie, tel sera mon héritage.