Haute voltige

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Résumé

Félix est une voleuse, si ne n'est la meilleure. Un jour, elle se fait miraculeusement arrêtée par la police et rapidement associée à un illustre inconnu pour une série de méfaits. Instinctivement, la jeune femme soupçonne un coup monté et décide de s'associer à David, son pseudo co-équipier, pour découvrir qui se cache derrière la chasse à l'homme dont ils sont tous les deux victimes.

Genre :
Action/Romance
Auteur :
Abgs.auteur
Statut :
Terminé
Chapitres :
19
Rating
4.0 2 avis
Classification par âge :
18+

La nuit tous les chats sont gris

Dans la moiteur de cette fin de nuit d'été caniculaire, Djalil déambule dans les couloirs de l'immeuble où il assure la sécurité. 

Cet emploi estival, obtenu grâce à son cousin, lui permet de pouvoir profiter pleinement de ses journées avec ses copains. La tâche n'est pas très difficile, il ne se passe jamais rien ici. 

Toutes les deux heures, il recommence son petit manège, passant de bureaux en bureaux et vérifiant que les portes et fenêtres sont bien fermées. Et elles le sont à chaque fois ! En même temps, qui viendrait cambrioler un bureau d'avocats ?

Le jeune homme s'attarde quelques instants à regarder la vue qui s'étend devant lui. Depuis la tour, située quartier de la défense, la capitale lui semble si grande et pourtant si petite à la fois. Il se surprend à rêver de voyage. 

Il n'a jamais vraiment eu l'opportunité de sortir de Paris et sa banlieue. Ce n'est pourtant pas l'envie qui lui manque. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a supplié son cousin de le faire entrer dans son entreprise, pour pouvoir mettre des sous de côté et s'offrir un joli voyage. C'est ce qui le motive à venir travailler chaque jour. 

Il ne déteste pas ce qu'il fait, mais il n'a pas envie de rester ici toute sa vie. Alors il s'applique, pour avoir de bonnes références et pouvoir un jour quitter Paris et sa banlieue. Il termine tranquillement sa ronde lorsque, attendant à se heurter à une énième porte fermée, l'une d'entre elles se dérobe sous sa poigne. Mais comment cela est-il possible ?  Elle était pourtant fermée lors de sa précédente ronde. Le jeune homme attrape sa lampe torche et pousse doucement le morceau de bois pour observer l'intérieur.

Tout y est calme. Rien n'a l'air de manquer ou ne semble dérangé. Il ne semble y avoir personne. Pourtant, à peine est-il entré dans la pièce qu'une ombre glisse derrière lui, sortant du bureau sans faire le moindre bruit. 

Tandis que Djalil fouille le moindre recoin, une jeune femme, tout de noir vêtue, se faufile tel un chat dans les couloirs, évitant allégrement les quelques caméras qui peuvent s'y trouver. À pattes de velours, elle est invisible et inaudible. Une prouesse dans la discrétion. Et avec la même furtivité qu'elle est entrée, la voleuse sort de l'immeuble, emportant avec elle, son précieux butin.

Elle profite des derniers instants de la nuit noire pour filer discrètement vers le lieu de rendez-vous avec son commanditaire. Sa voiture, qu'elle avait garée à une proximité convenable pour ne pas sembler suspecte, l'emmène jusqu'au centre de la capitale. 

Cette fois encore, elle stationne son véhicule à un endroit stratégique, juste assez loin pour qu'on croit qu'elle se déplace à pied. Elle dégage sa tête de la capuche qui l'enserre et avance tranquillement vers l'entrée du parking où doit l'attendre son contact. 

Les rues sont encore bien vides et calmes. Elle aime ce moment où les gens de la nuit vont se coucher et le commun des mortels se lève pour attaquer sa journée de travail. Elle ne peut s'empêcher de fredonner doucement "Il est 5 heures, Paris s'éveille...".

Elle s'engage lentement dans la rampe d'accès en cherchant du regard si elle aperçoit l'homme. Seuls les néons clignotants perturbent le silence de l'endroit. Quand des crissements de pneus la font virevolter. Ce n'est pas une voiture, mais plusieurs qui l'encerclent en quelques secondes. Des hommes armés et en uniforme en sortent. L’un d’entre eux, en civil, se distingue du lot et assène assez fortement : 

— Police ! Les mains derrière la tête ! 

D'abord surprise, elle analyse rapidement la situation et détecte une légère faille dans leur organisation. Elle se met à courir soudainement, prenant de court les policiers qui pensaient qu'elle obtempérerait rapidement. Prenant appui sur la portière d'un des véhicules en sautant, elle se projette contre un des poteaux du parking pour rebondir et atterrir quelques mètres plus loin dans une roulade d'une grande souplesse. 

Dans sa course, elle a assommé le policier positionné derrière la porte de la voiture. Les collègues de l'homme mettent quelques instants à réagir avant de s'élancer à sa poursuite. La femme ne met pas longtemps avant d'atteindre la porte de sortie des piétons qui mène vers la surface. Pendant qu'elle monte les escaliers quatre à quatre, elle entend les représentants de l'ordre la filer. Enfin, elle voit la porte vers l'extérieur. Se jetant de tout son poids dessus, elle l'ouvre brutalement et se retrouve face à face avec l'homme en civil du début qui pointe son arme sur elle.

 — J'ai dit, Police ! Les mains derrière la tête !! 

Elle le regarde droit dans les yeux, la mine grave. Elle n'a plus d'autre choix. Elle doit obéir. Elle se retourne et remonte ses mains vers sa nuque en maintenant son regard bien droit devant elle. Les agents de police qui la suivaient les rejoignent enfin et assistent à l'arrestation de la voleuse.

  Bien joué capitaine ! lâche un des policiers. 

L'homme attrape un des poignets de la jeune femme et le bloque dans son dos en lui passant la première pince. Il est un peu brutal. Il fait exprès de serrer la menotte, quitte à blesser la peau de sa prisonnière. Le pincement du métal sur son avant-bras lui fait retenir sa respiration quelques instants. Malgré tout, elle fait tout pour ne rien laisser paraître.

— Vous êtes en état d'arrestation pour vols aggravés avec effraction, recel et association de malfaiteurs. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit d'être accompagnée d'un avocat. Si vous n'en avez pas ou n'avez pas les moyens d'en avoir un, il vous en sera commis un d'office. 

Tout aussi violemment, le capitaine attrape le deuxième poignet et le redescend au niveau du premier pour refermer la seconde menotte.

  Maintenant, Félix, tu vas gentiment nous suivre au commissariat. 

À cet instant précis, elle sait qu'elle était attendue par cette horde de policiers. Que tout ceci n'était qu'un piège pour attraper Félix, la voleuse la plus recherchée de France.

֎

La pièce où elle attend depuis un long moment n'est pas plus grande qu'une chambre d'étudiant. Elle fait face à un bureau, assise sur une chaise les mains toujours attachées dans le dos. Le temps est long. Mille fois, elle repasse dans sa tête tout ce qu'il s'est passé cette nuit. Elle a pourtant été prudente comme à chaque fois, ne se laissant voir de personne. 

C'est sa marque de fabrique, être invisible et discrète comme un chat. Cela fait des années qu'elle exerce cette activité illégale mais très lucrative. Sa réputation n'est plus à faire et elle est très sollicitée. Félix est une sorte de prestataire de service dans l'organisation de vols divers.

Un tableau est dérobé aux yeux de tous, c'est elle. Un objet disparaît d'un coffre sans la moindre trace d'effraction, c'est encore elle. Des informations confidentielles et confinées dans un seul et unique endroit sont divulguées, c'est toujours elle. Elle, que tout le monde connaît sous le nom de Félix, mais à propos de qui personne ne possède la moindre information personnelle. 

Personne... Alors comment la police a su où la trouver ? Il est clair que le rendez-vous de ce matin était un piège. Ils avaient même prévu assez de policiers pour l'appréhender, comme s'ils savaient qu'elle avait les capacités de se faufiler et de filer entre les doigts de n'importe qui. Et pour ne pas ternir sa réputation, la jeune femme est déjà en train de réfléchir au moyen d'échapper à cette situation délicate.

La porte du bureau s'ouvre rapidement et le capitaine qui l'a arrêtée vient prendre place face à elle, derrière le bureau. Il ouvre un dossier et compare la photo qu'il tient entre les mains et la jeune femme devant lui. La douceur de son visage est cassée par le regard sévère qu'elle lui lance derrière une mèche brune qui tombe devant ses yeux.

Alors voilà le fameux Félix. Tu n'es pas du tout comme je l'avais imaginé. Et dire qu'on pensait que tu étais un homme à la base... 

Concentrée sur le visage du policier, Félix le laisse assurer seul la discussion. Elle sait très bien que son rôle est justement de la faire parler.

Bon, on va peut-être commencer par les présentations. Je suis le capitaine Richard et je suis en charge de ton dossier. Est-ce que tu sais pourquoi tu es là ? 

Elle a bien entendu les chefs d'accusations qu'il lui a cités plus tôt et elle peut difficilement les réfuter. Cependant, la question qu'elle se pose c'est pour lequel de ces méfaits est-elle accusée ?

Vol, recel et association de malfaiteurs. Joli combo ! Et la liste de tes délits est longue comme le bras. J'avoue que je suis très étonné. T'es qu'une gamine et tu nous la joues haute voltige. Ça promet pour l'avenir. T'es dans la merde, Félix ! 

Intérieurement, elle pouffe à la remarque du gradé. Une gamine... Avec sa trentaine bien avancée, elle a la chance de ne pas faire son âge. Son physique agile et athlétique lui permet de paraître plus jeune et de pouvoir en jouer parfois. Il est vrai que la grande brune pratique ce "métier" depuis quelques années maintenant, une reconversion professionnelle originale après un passage enrichissant et constructif sur les bancs de l'armée. Mais au fait, s'il dit ça, c'est qu'il ne sait pas exactement son âge... Ils l'ont arrêtée, mais elle parie qu'ils ne savent pas grand-chose d'elle.

Et d'ailleurs, Félix ? C'est ton vrai nom ? Car c'est assez original à porter, surtout pour une femme. Même un peu ridicule. Non ? 

Erwan Richard sait être patient quand il le faut. Mais devant cette femme qui ne lui répond pas, il commence à devenir nerveux. Il essaye de faire parler une personne avec un dossier quasiment vide. Il joue le bluff. Son intervention a été ordonnée par une commission rogatoire délivrée par un juge en pleine nuit. 

Les détails sur la raison de cette interpellation ne lui ont pas été communiqués. Bien au contraire, il lui a bien été stipulé qu'il ne fallait pas poser de question. Ce qui n'est pas dans ses habitudes. Consciencieux et attaché au respect des règles, cet officier de 42 ans a gravi les échelons à force de travail et d'engagement. Il n'aime donc pas être pris pour un pion et balancé sur une affaire des plus mystérieuses comme celle-là.

Bon écoute Félix, j'ai bien compris que tu ne voulais pas me parler. Mais si tu veux t'en sortir, va bien falloir que tu m'expliques des choses. J'ai besoin que tu m'aides un peu. Pour ton bien. 

La brune lève les yeux au ciel. Voilà qu'il se met à faire le gentil flic.

  Je te saoule ? 

Il commence enfin à être perspicace, se dit la jeune femme. Elle repose sur lui un regard dédaigneux.

Pas de soucis ! J'aurais espéré que les choses se passent bien et tranquillement. Mais tu veux te la jouer coriace ? Pas de problème. Tu vas aller faire un petit tour en cellule histoire de réfléchir un petit peu. 

Il contourne son bureau pour lever la prisonnière et la mener vers une des cellules du commissariat. Tel un pantin, il la balade dans les couloirs. Arrivée devant les geôles, il détache les poignets de la jeune femme qu'elle se frotte presque immédiatement. Il la bouscule à l'intérieur de la pièce et referme la porte brutalement.

  Fais-moi signe quand tu seras prête à parler. 

Félix le regarde s'éloigner et souffle un bon coup. Elle observe chaque recoin de la cellule. Elle est dans une belle merde. Pour la première fois, elle est un peu inquiète. Elle qui avait réussi toutes ces années à échapper aux autorités, à toujours rester une personne de l'ombre, cachant sa véritable identité au monde entier... 

Elle se retrouve aujourd'hui dans une impasse, nom de circonstance pour une pièce aux barreaux et fermée à double tour. Mais qu'est ce qui a pu clocher ? Elle s'assoit sur le banc, d'abord prenant appui de ses coudes sur ses jambes écartées, puis se redressant et reposant sa tête contre le mur. Elle respire profondément, elle doit garder son calme et réfléchir à un moyen de sortir de là.  

Dans la pièce accolée, Félix entend un homme chanter, très faux. Les policiers aux alentours s'agacent. À ses côtés une femme, semblant éméchée, n'arrête pas de hurler qu'elle doit sortir. Le contexte n'est pas des plus calmes pour arriver à mettre de l'ordre dans ses idées. D'autant plus lorsque Félix est sortie de sa torpeur par un bruit de clés. Un gardien de la paix fait entrer un homme dans la même cellule qu'elle.

Ben tu vois, t'es pas tout seul ! balance le policier à l'homme apparemment perdu. 

Les agents lui ont enlevé ses lacets et sa ceinture, l'obligeant à tenir son pantalon d'une main pour l'empêcher de glisser. Vu sa dégaine, ce n'est clairement pas une personne habituée aux commissariats. Ses cheveux et sa barbe en bataille laissent penser qu'il vient d'être cueilli au saut du lit. Sans doute une perquisition matinale. 

Félix le détaille rapidement, pensant que c'est un paumé dont elle va devoir s'accommoder. Agrippant les barreaux de la cellule, l'homme interpelle l'agent qui vient de le faire entrer et qui s'en va tranquillement.

Hey ! Attendez ! Vous n'allez pas me laisser ici quand même !

— T'as qu'à parler avec ta copine ! 

Il se tourne doucement vers Félix qui le regarde sévèrement en croisant les bras.

Vous êtes sûr que je ne peux pas être avec quelqu'un de moins... flippant ?

Mais le policier n'a rien entendu.

Okay... 

L'homme n'est pas rassuré et l'animosité de Félix à son égard ne l'aide absolument pas.

Salut ! dit-il à la jeune femme en la saluant de la main. Ça va ? 

Ayant lâché son pantalon pour faire signe, le vêtement se met à glisser sur les chevilles de l'homme, le laissant en caleçon au milieu de la cellule. Rapidement, il remonte son jean. Aucun son ne sort de la bouche de Félix, mais elle lève les yeux au ciel et se met à penser que c'est un boulet.

Désolé ! Évidemment que non ! On est tous les deux coincés ici.... Et en plus vous ne parlez pas. J'ai trop de veine dis donc ! Mais qu'est-ce que je fous ici ? Non, mais c'est vrai ? Je n’ai rien demandé moi ! Je dormais tranquillement quand ils ont débarqué et qu'ils ont fouillé tout mon appart. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour que ça m'arrive ? En plus, y'avait rien d'intéressant chez moi. Le mec a dit qu'ils avaient trouvé plein de trucs, mais je me demande bien quoi. Et vous, vous êtes là pour quoi ? Ils vous ont aussi arrêté chez vous ? C'est impressionnant non ? J'en avais déjà vu, à la télé, des perquisitions mais en vrai ! C'est horrible !

— La ferme ! lui lance Félix, agacée.

— D'accord ! Pardon. Quand je suis nerveux j'ai besoin de parler pour me calmer. 

Il vient s'asseoir à côté d'elle et lui tend la main.

Je m'appelle David.

— Je n'en ai rien à foutre !

— Et bien… Ça a le mérite d'être clair ! 

Le capitaine Richard se positionne devant les barreaux et interpelle la voleuse.

Alors Félix ? T'es contente d'avoir retrouvé ton ami ?

— Félix ? répète David.

— Je ne le connais pas ! lui répond-t-elle sèchement

— À d'autres ! On a trouvé tellement de choses sur toi chez lui que c'est à se demander si vous n'êtes pas associés. 

Elle se lève et vient prendre position juste devant le capitaine.

Je travaille seule !

— Ce n'est pas ce qu'on nous a dit.

— Qui ? Qui vous a parlé de moi ? Et qu'est-ce qu'on vous a dit ?

— Maintenant ça t'intéresse de parler ? Réponds d'abord à mes questions et je répondrai aux tiennes. 

Le jeu du policier agace la brune qui retourne s'asseoir sur le banc, redevenant muette.

Je te l'ai dit Félix. Je veux t'aider. Il ne tient qu'à toi maintenant de jouer le jeu.

— Moi ! interrompt David. Je veux bien si ça m'aide à sortir d'ici.

— Oh le petit génie a des choses à raconter ? Je t'écoute, lui demande le policier.

— Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

— Parle-moi d'elle ?

— Elle ? répète-t-il en la montrant du doigt. Je ne la connais pas.

— C'est sympa votre petit jeu, mais il ne va pas durer longtemps. Croyez-moi, vous allez vite en avoir marre d'être ici.

— Non, mais je dis la vérité !

— Oui, bien sûr... Allez, à plus tard ! 

David, qui répète une nouvelle fois à destination du capitaine qu'il n'a rien à voir avec Félix, se jette sur les barreaux de la cellule.

Arrête ! Ça ne sert à rien ! lui assène la brune. Il fait exprès pour nous déstabiliser.

— Oui, ben ça fonctionne bien !

— C'est la première fois que tu te fais arrêter ?

— Oui madame ! Je ne suis pas du genre à me faire gauler tous les quatre matins. Ce qui n'a pas l'air d'être votre cas.

— Pour ton information, je n'ai jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit. Mais tu peux croire ce que tu veux. 

Félix se lève à son tour et observe avec attention les allers et retours des gardiens dans le couloir.

Pourquoi est-ce qu'il a dit qu'il y avait des choses sur moi chez toi ? interroge la jeune femme.

— Qu'est-ce que j'en sais ?

— Ça se trouvait bien chez toi, non ?

— Je ne sais même pas de quoi il parle ! Je ne vous connais pas.

— On ne se connait pas mais on est censé être associés. C'est plutôt étrange.

— Toute ma journée est étrange ! Une catastrophe ! Il n'y a qu'à moi que ça arrive ce genre de chose.

— Tu n'arrêtes jamais de te plaindre ? lui demande Félix

— Hey ! Vous allez vous calmer un petit peu là ! Depuis que je suis arrivé, vous n'avez pas arrêté d'être désagréable avec moi.

— Pauvre petit !

— Connasse ! 

En entendant la réponse de l'homme, la voleuse se rapproche de l'homme et lui tient tête sans dire un mot. Juste en enfonçant son regard noir dans le sien. D'abord sûr de lui, les yeux bleus de David se baissent rapidement, sentant bien qu'il ne fera pas le poids à côté d'elle, bien qu'il la domine de quelques centimètres. Ce n'est pas une question de force, c'est juste qu'il n'aime pas et ne sait pas se battre. Son truc à lui, ce sont les ordinateurs. Il n'a jamais été une forte tête et l'adversité lui fait baisser les armes rapidement.

Pardon ! lui dit-il doucement. 

Félix retourne aux barreaux pour continuer ses observations.

Mais vous êtes quand même super froide !

— Je n'ai aucune raison d'être chaleureuse. 

Au plus profond de lui-même, David jure à nouveau sur la voleuse, la traitant, de nouveau, connasse vraiment pas aimable pour deux ronds.

Ils t'ont dit quoi quand tu as été arrêté ? le questionne-t-elle.

— À terre ! Bouge pas ! Fils de pute !

— Mais non, crétin ! Comme chef d'accusation.

— Ah, euh... Contre façon et fraude, complicité de crimes et délits, terrorisme.

— Ah oui, quand même ! Et ils t'ont expliqué pourquoi ?

— Non pas du tout. Et vous ?

— Ils n'ont rien sur moi. Leurs accusations ne sont pas fondées.

— Ils vous ont accusé des mêmes choses que moi.

— Non !

— Okay, mais aussi ?

— J'ai été piégée !

— Piégée ?

— Ouais. Je pense que quelqu'un essaye de me faire porter le chapeau pour je ne sais quoi ?

— Porter le chapeau ?

— Rien n'est logique. Déjà cette nuit, je n'ai pas trop compris ce que je devais voler et je trouve que finalement entrer était trop facile. Ensuite, mon arrestation. C'était clairement un piège. Et enfin, toi ! Qui a des infos sur moi alors que je ne te connais pas !

— Des infos sur moi ?

— T'as fini de répéter tout ce que je dis ?

— Euh, oui pardon.

— Tout est lié, mais je ne sais pas encore comment, mais je le sens. Et ce n'est pas en restant ici que je vais comprendre.

— Ouais, enfin... Ça va être compliqué de sortir d'ici !

— Rien n’est impossible.  

Elle se tourne vers l'homme, un sourire en commissure de bouche.

Il faut juste savoir saisir le bon moment !

— Mais vous êtes folle ?

— Je vais parfaitement bien, je te remercie ! 

Il s'approche d'elle pour chuchoter.

Mais on ne peut pas s'enfuir d'un commissariat !

— Ce n'est pas si compliqué que ça. Il suffit de savoir par où passer.

— Ah oui ? Et vous pensez pouvoir passer par les grilles d'aération ?

— Non, par là ! dit-elle en désignant une double porte battante qui se trouve au bout du long couloir. C'est par là que les fourgons déchargent les prisonniers. Il n'y a pas de sécurité particulière à part un pass.

— Et vous croyez qu'ils vont vous laisser faire ?

— On va être rapides et discrets.

— Comment ça, "on" ?

— Tu viens avec moi !

— Oh non, non, non ! Je ne vous suis pas dans ce délire.

— Tu préfères aller moisir en prison ?

— Je suis innocent, je n'ai pas peur.

— Je n'ai pas peur non plus, mais je veux savoir quel est le salopard qui veut me faire porter le chapeau. Et pourquoi ? Et comme tu as l'air d'être mêlé à tout ça, je ne sais pas pour quelle raison, et bien, tu viens avec moi !

— Il est hors de question que je vous suive !

Félix se dit que l'homme n'est clairement pas de la même trempe que qu'elle.

— Très bien ! Je te laisse porter le chapeau tout seul alors !

— Comment ça ?

— Si nous sommes accusés des mêmes choses et que je m'en vais, tu restes le seul coupable possible.

— Mais c'est dégueulasse !

— Je n’ai jamais dit que c'était honnête. C'est même très égoïste de ma part, je l'admet. Mais je vais sauver mes fesses coûte que coûte !

— Vous ne ferez rien pour dire que je ne suis pas dans le coup ?

— Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Je ne te connais même pas.

— Parce que je sais des choses !

— Ah oui ? Quel genre ?

— Je sais qui tu es, Félix !

— Vraiment ?

— Oui !

— Je t'écoute ! Qui suis-je ?

— Tu es... tu es... tu es une femme.

— Mais encore ?

— Qui... commet des méfaits... Tu es une voleuse !

— Oui, alors je l'ai plus ou moins dit tout à l'heure. Apprends-moi quelque chose que je n'ai pas déjà évoqué.

— …

— C'est bien ce que je pensais. En tout cas David, j'ai été ravie de faire ta connaissance. Tu m'excuseras, mais ma fenêtre d'action va être très brève. Donc ne t'étonne pas si je t'abandonne rapidement.

La femme reprend son tour d'observation en se tenant juste devant la porte de la cellule.

Bon okay. Je viens avec toi !

— Vraiment ?

— Mais tu promets qu'on va chercher à nous disculper tous les deux ?

— Je fais rarement des promesses.

— Même quand ça implique ta propre vie ?

— ... Okay, je te le promets !

— Très bien. Je ferai aussi tout mon possible pour t'aider. 

Félix tend son majeur vers David qui la regarde interloquée.

Tends ton doigt ! lui ordonne-t-elle. 

Le brun s'exécute et la voleuse attrape avec le sien.

— On fait une promesse avec le majeur.

— Pourquoi le majeur ?

— Parce que ça veut dire que c'est plus important que tout. 

Il comprend l'importance de ce qu'ils sont en train de se promettre. Après tout, le reste de leur vie en dépend. Soit, ils finissent en prison ou pire. Soit, ils arrivent à prouver qu'ils sont innocents et alors, ils pourront reprendre le cours de leur vie. Ce n'est pas difficile de choisir.

Promesse du majeur, lui répond-t-il en souriant. 

À son tour, Félix lui sourit. C'est la première fois qu'elle a un vrai geste de sympathie. David le remarque tout de suite car ce simple petit changement la fait paraître tout autrement. Mais ce n'est qu'une façade, car même si elle vient de lui faire une promesse, elle ne donne pas facilement sa confiance. 

Cependant, elle a besoin qu'il adhère. Elle sent qu'il est bien plus impliqué qu'il ne veut bien le dire, ou même le croire. Elle doit juste découvrir son secret.

La jeune femme retourne à son poste d'observation. Elle a pris le temps, lorsque le capitaine l'a emmenée jusqu'à la cellule, d'observer les moindres recoins et de cartographier mentalement les endroits les plus intéressants à prendre. 

Depuis son incarcération, elle a également étudié les allers et venues des gardiens, voyant à quels types de sollicitations ils interviennent ou non. Ils sont trois, des hommes. Elle ne leur trouve pas une très bonne condition physique et se dit qu'ils seront faciles à les maîtriser. Aussi discrètement qu'elle le peut, la voleuse donne ses instructions à David. 

— Quand je te dis de courir, tu cours ! Quand je te dis de sauter, tu sautes ! Quand je te dis de dégager.

— Je dégage, j'ai compris.

— Oui, même si c'est sans moi. Dans tous les cas, tu écoutes ce que je te dis !

— Okay ! 

Félix sait exactement comment elle veut agir et cela devra être très rapide. Elle espère de tout cœur qu'elle ne va pas traîner un boulet qui ferait capoter leur évasion. En même temps, elle se dit qu'elle est folle de devoir l'entraîner avec elle dans cette aventure. Mais cet homme sait des choses. Elle doit à tout prix savoir ce que c'est. 

Au bout d'un certain temps, au moment même où Félix décide de mettre en application son plan, une nouvelle gardienne fait son apparition. Plus athlétique que les autres, elle se dit que la tâche sera plus rude. La jeune femme ouvre la porte de la cellule.

Félix ! Le capitaine veut te voir ! 

Et merde ! se dit la voleuse. L'agent de police s’arrête, devant la porte grande ouverte et se tourne brusquement vers des voix qui s'élèvent plus loin. Une autre gardienne de la paix accompagne une femme très agitée et vulgaire vers une cellule et demande de l'aide à la collègue venue chercher Felix. Elle repousse la porte d'un coup et court aider la policière en difficulté. David se précipite contre les barreaux pour regarder l'altercation. 

Félix fixe la porte de la cellule, suspicieuse. Elle a bien vu la porte se refermer mais elle ne l'a pas entendu se verrouiller. Elle n'a pas vu non plus l'agent tourner la clé dans la serrure. Serait-ce possible ? Doucement, elle s'approche de la porte. D'un doigt, elle la pousse. Le clic de la poignée mal enclenchée résonne et laisse s'entrouvrir la porte. La jeune femme est coite. Elle sursaute lorsque le bruit de clés heurtant le sol résonne. Est-ce que la policière les avait laissées sur la porte en partant ?  

C'est complètement fou ! pense la voleuse. C'est à croire qu'un miracle vient d'avoir lieu pour que tous les éléments lui tombent tout cuits dans le bec. Car non seulement elle se trouve maintenant en possession des clés de la cellule, mais un pass magnétique agrémente également le trousseau. 

Beaucoup trop facile ! 

Elle avance prudemment dans le couloir. Aucune trace des gardiennes. Elles se sont, comme, volatilisées. Les bruits de la vie du commissariat se font entendre au loin.

— Mais comment tu as fait ? demande David qui vient de découvrir la situation. 

— Justement, je n'ai rien fait...  

Félix réagit au quart de seconde. Il faut saisir cette chance ! Tant pis si c'est un piège. Si elle n'essaye pas, elle va peut-être louper sa seule opportunité.

— Viens !

Elle attrape le bras de David et l'entraîne dans le couloir, vers cette fameuse porte de sortie. Félix a le cœur qui bat à mille à l'heure. Elle a peur de croiser un policier et de devoir l'appréhender violemment. Malgré ce que l'on pourrait croire, elle n'est pas une adepte de la violence. 

Dans le corridor, elle veille à passer aux endroits les plus éloignés des caméras de vidéosurveillance. David la suit comme son ombre, dans un silence des plus total. Enfin, ils atteignent la porte. Elle utilise le fameux badge qui leur ouvre la liberté.

Toujours aussi prudemment, ils longent le mur extérieur du commissariat pour finalement arriver à rejoindre la rue. 

Félix n'en revient pas. C'était vraiment trop facile comme évasion. Jamais elle n'aurait pensé pouvoir échapper à ses geôliers sans devoir se battre un minimum. Mais là, dans un laps de temps très court, la liberté leur avait été offerte sur un plateau d'argent.Start writing here