Le secret de Vinhalel

Tous droits réservés ©

Résumé

Certaine que les sorciers de Vinhalel lui cache la vérité sur ce qui lui est arrivée trois ans plus tôt, Mikaëla décide de les provoquer. Accompagné de Jonas, un loup avec qui elle s'est lié d'amitié, elle se bat pour retrouver la mémoire. Sera-t-elle prête pour affronter sa destinée ?

Genre :
Fantasy/Romance
Auteur :
Vanessa
Statut :
En cours
Chapitres :
8
Rating
3.0 1 avis
Classification par âge :
16+

Chapitre 1.1 - Mikaëla

Attablée, comme à mon habitude, à la terrasse de mon café favori « Le péché mignon » en plein de cœur de Paris, je laisse mon regard planer sur la rue piétonne et pousse un soupir à fendre l’âme. Une journée comme tant d’autres se profile douloureusement à l’horizon. Je n’ai pas su garder ma langue dans ma poche, et autant le dire tout de suite : je suis blasée. Évidemment, mon répondant n’a pas plus à mon supérieur hiérarchique qui m’a gentiment foutu à la porte. Je lève ma tasse encore fumante à mes lèvres et hume l’odeur qui s’en dégage avec bonheur. Je prends une lampée de ce breuvage auquel je voue un culte démesuré. Mes papilles gustatives frétillent avant même que le goût sucré légèrement amer du cacao glisse dans ma bouche. Telle une droguée en quête de sa dose quotidienne, je sais d’avance que je ne pourrais jamais me passer de cette saveur exquise. Je ne dirais pas que j’irais jusqu’à tuer pour un chocolat chaud, mais presque.

— Mikaëla, qu’as-tu encore fait ? souffle mon ami en s’affalant sur la chaise en face de moi.

Aleksander est ce qui se rapproche le plus d’un ami pour moi voire d’un meilleur ami. On se connait depuis le 18 octobre 2021, date à laquelle il m’a découverte blessée et amnésique dans un champ de blé au milieu de nulle part. Son oncle, médecin urgentiste à la Pitié-Salpêtrière, m’a porté les premiers secours. Quatre ans plus tard, je ne me souviens toujours pas de ce qu’il m’est arrivée ce jour-là. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’une société secrète dont je fais partie œuvre pour le bien-être des humains. Seulement les Expérists sont sous la juridiction des sorciers de Vinhalel. Plus connu sous le nom de la Triade. Cette organisation contrôle les lois du monde obscure sans que cela ne pose de problème à personne. Cela m’a toujours paru invraisemblable à vrai dire. Comment des surnaturels tels que les vampires et les loup-garous peuvent-ils accepter de respecter les règles qui leur sont imposées ? J’ai bien tenté d’en savoir davantage auprès d’Aleksander, mais il n’a jamais su combler mes interrogations. Pour lui, ce système de hiérarchie est une machine bien huilée qui fonctionne bien malgré quelques lacunes qu’il reconnait. Je le fixe avec insistance, surprise qu’un homme tel que lui se laisse commander.

— Toujours la même chose, soupiré-je en remettant une de mes nombreuses mèches rebelles derrière mon oreille.

Aleksander me scrute un instant et finit par chercher un serveur du regard.

— Il faudra bien que tu te plies un jour au règlement, soupire-t-il en faisant signe à un jeune homme portant un plateau noir.

À ces mots, je me crispe sur ma chaise et me mords l’intérieur des joues pour me retenir d’exploser. Cela fait des années maintenant que je tente de découvrir ce qu’il m’est arrivée sans y parvenir. Pour la simple et bonne raison que la Triade refuse de me recevoir malgré mes nombreuses demandes de rendez-vous. Je suis convaincue qu’avec son aide je pourrais en apprendre davantage sur mon passé. Seulement voilà, la Triade estime que cela ne me servirait à rien de savoir d’où je viens puisque dés lors où j’ai choisi d’intégrer la brigade 712 au sein des Expérists, mes souvenirs auraient été effacés. Je referme les mains sur mes cuisses et inspire pour ne pas craquer.

— Je voudrais un café gourmand, s’il vous plait, déclare Aleksander au serveur.

Lorsque ce dernier s’empresse de récupérer sa commande et pénètre dans l’établissement, je reporte mon attention sur Aleksander. Il a l’air soucieux et épuisé. Des cernes violacés entourent ses yeux et détonne avec son visage diaphane. Il aimerait que je rentre dans le rang, j’aimerais moi aussi me conforter dans ce rôle qui m’oppresse de jour en jour. Malheureusement, c’est plus fort que moi. J’exècre l’autorité sous toutes ses formes et il le sait. Il a appris à me connaître depuis ces années.

— Alek, tu ne me changeras pas. Tu le sais ?

J’insiste sur les derniers mots pour qu’il imprime dans son esprit que je n’y peux rien. Il doit faire avec. Ils doivent tous faire avec ! Je suis consciente que mon attitude ne plaît pas à mes supérieurs. Aleksander roule des yeux avant de se frotter le visage. Il a vraiment l’air au bout du rouleau, et mon cœur se serre à l’idée que je sois la cause de ses tourments.

— Cela fait des années maintenant…

— Quatre, le coupé-je en prenant une gorgée de mon chocolat.

— Cela fait quatre ans, reprend Aleksander en me fusillant du regard, que tu as découvert l’existence du monde obscur. Je sais que tu as eu énormément de mal à l’accepter, bien qu’il est évident à présent que tu es née pour le servir.

Je me renfrogne et croise mes bras sur ma poitrine. J’ai entendu ce discours un nombre incalculable de fois, je connais la chanson. Dire que j’ai été surprise d’apprendre que je vivais avec des œillères depuis vingt-quatre ans est un euphémisme. Je suis devenue hystérique et seule la présence d’Aleksander a pu me calmer. Je secoue la tête et reviens à la réalité en plissant les yeux.

— Tu es une Experist. Plutôt, tu l’accepteras et plutôt je pourrai continuer à t’entraîner. Sinon…

Je me redresse sur ma chaise, Aleksander ne proclame jamais de menaces, et s’il y est contraint aujourd’hui, c’est que j’ai enfin attiré l’attention de la Triade. Puisqu’elle refusait de me recevoir, je me suis mise à éplucher tous les rapports de missions auxquels j’avais accès avec l’espoir fou d’y trouver des incohérences qui les pousseraient à enfin m’écouter. J’étais à des lieux de me douter que ce que j’allais découvrir aller provoquer une vague de consternation au sein du monde obscure. J’en suis encore surprise.

Parfait.

Je tends l’oreille afin d’écouter ce qu’Aleksander a à me dire, mais il semble chercher des mots qu’il ne trouve pas. A-t-il peur de ce que je pourrai répondre si ceux qu’il utilisait ne me plaisait pas ? Je ne peux pas lui jeter la pierre, à l’évidence, je n’ai aucun secret pour lui. Malgré tout, son hésitation suscite mon intérêt.

— Sinon quoi ? terminé-je à sa place, un sourire narquois plaqué sur les lèvres.

Aleksander me dévisage. Le serveur nous interrompt en déposant sur notre table un expresso, deux mignardises et un mini chocolat chaud avec de la chantilly. Je m’empare du breuvage qui me rends accro avant même qu’Aleksander ne me l’offre. Si j’adore le cacao, lui le déteste autant que je hais l’autorité. L’attention d’Alek reste focalisée sur mon visage, rendant notre tête-à-tête des plus tendus.

— Sinon je serais obligé d’en référer aux sorciers Vinhalel, capitule-t-il dans un murmure.

Génial ! C’est exactement ce que je veux. Enfin.

L’espace d’un instant, les yeux de mon ami changent de couleur. D’un noir ébène, ses pupilles s’illuminent d’un rouge sang, signe que son gêne alpha couve sous sa peau. Instinctivement, je tourne la tête pour m’assurer que personne ne remarque ses iris flamboyants. Heureusement, à cette heure de la matinée, nous sommes seuls sur la terrasse, les habitués du café ont tous, probablement, rejoints leur lieu de travail.

— Qu’est-ce qu’il te prend ?

— Tu ne te rends pas compte de ce que tu me fais vivre ! éructe-t-il d’une voix que je ne lui reconnais pas.

Tous mes sens se mettent en alerte. Les oreilles d’Aleksander s’allongent, des poils émergent sur les pointes et sur ses joues, tandis que des crocs s’extirpent de sa mâchoire. Je m’affole.

— Aleksander ! Contrôle-toi, il y a des humains ici !

Mais mon ami semble désorienté, sa transformation poursuit son cours alors que j’observe des passants au loin se rapprocher dangereusement. Je me lève, saisis son bras et le force à me suivre dans la ruelle qui jouxte le café. On s’enfonce dans l’allée tandis que son corps se courbe dans une position physiquement impossible pour un homme et que des craquements se font entendre. Je frémis en fermant les yeux. Si je me suis habituée à ses gémissements quand il se métamorphose, je ne me ferais jamais aux sons que produisent ses os. Quand Aleksander grogne, mon regard s’ancre dans le sien.

« — Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

Depuis que l’on se connait, on s’est découvert ce lien télépathique inexplicable. Aleksander est un loup garou, un Alpha, et pour une raison inconnue, nous arrivons à communiquer par le biais de nos esprits sans qu’aucun de nos semblables ne soit au courant de cette aptitude.

« — Tu me pousses à bout ! Voilà ce qu’il m’arrive ! Tu es une tête de mule, incapable d’écouter quand il le faut ! »

Aleksander m’accule contre la paroi rugueuse du mur et place ses larges pattes velues de part et d’autre de mes épaules pour m’obliger à l’écouter. Sait-il qu’il n’a pas besoin d’agir de la sorte pour que je lui cède ? Même si sa carrure me parait menaçante, je n’éprouve aucune peur. C’est même tout l’inverse, je le trouve magnifique et suis autant subjuguée par la brume rouge qui s’échappe en volute de son pelage sombre et bleuté que par la majestuosité létale qui se dégage de son regard turquoise. Regard qui vire écarlate lorsqu’il se laisse envahir par son pouvoir d’alpha.

Le loup me sonde et semble attendre une réponse que je refuse de lui donner. Il penche la tête et grogne. Sa poitrine vibre sous son pelage et me fait frissonner. Malheureusement pour moi, sous sa forme lupine, Aleksander obtient toujours la vérité sur les mensonges que je distille ici et là sans que je puisse l’empêcher. J’abaisse ma garde et libère mon flot de mes pensées dans notre lien. Il trésaille, ne s’attendant pas à ce que j’abdique aussi vite. Je lui relate alors toutes mes découvertes.

« — Tu es certaine de ce que tu avances ?

— Absolument. Il y a de nombreuses incohérences entre l’application des peines et ce qu’il en est réellement. Au départ, j’ai pensé à des erreurs, mais plus, je creusais et plus je découvrais l’ampleur de la situation. Mais ce n’est pas tout, j’ai surpris une conversation où mon prénom était mentionné.

— Qu’as-tu entendu ?

— J’ai juste eu la confirmation que mes recherches dérangées.

Aleksander soupire, et même s’il est sous forme animale, je parviens à déceler les expressions de son visage. Je suis fascinée par cette capacité étonnante que j’ai à le comprendre alors que je ne suis pas une louve.

— Si ce que tu dis est vrai, la prudence est de mise. Tu ne peux pas foncer tête baissée comme tu as coutume de le faire ! »

Je n’ai pas le temps de lui répondre que soudain, des hurlements déchirent le calme de notre échange.



Chapitre suivant