L'As de Songes

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Résumé

"Tu n'es pas Hexe. Où est ma fille, bordel ?" Hexe a toujours été une personne difficile. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, il n'y a toujours eu qu'elle, ses frères et de temps à autre ses grands-parents. Ses proches n'ont jamais réellement compris sa haine pour son père, sa rancœur envers les dieux ou ses multiples disparitions. Mais depuis ce malheureux soir d'été, tout ce qui semble compter pour elle est de retrouver ce foutu meurtrier. Le peu d'équilibre qu'Hexe ait parvenue à trouver est sur le point de flancher, de s'écrouler sous l'assourdissant bruit de graviers. Vivant à cheval entre le passé et le présent, va-t-elle réussir à passer outre ses traumatismes ? Son histoire l'empêchera t-elle d'avancer et de percer le putain de mystère qui plane autour de cette autre fille ?

Statut :
En cours
Chapitres :
9
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Le Dancing

D’aussi loin que les rouages de ma mémoire puissent remonter, des flashs me remémorent que ma situation n’a pas toujours été la même. Pourtant, il semble que je sois dans la merde jusqu’au cou.Bercée par le bruit des bottes militaires martelant le sol, mes doigts se crispent autour du métal froid d’une clés rouillée, attendant le rendez-vous fatidique qui pourrait bien annoncer ma fin.

L’air qui s’engouffre dans mes poumons sent la poussière et l’odeur des corps en putréfaction, il n’y a pas d’aération. Un savoureux mélange, donc. Mais je profite de chaque bouffée, elles pourraient être mes dernières. Est-ce qu’il fait encore jour ? Je suis enfermée dans ce sous-sol depuis des heures, j’ai perdu le compte depuis bien longtemps. Il n’y a aucune fenêtre, dans cette usine de la mort. Seulement des néons agressifs. Aucune horloge. Aucun moyen de quantifier le temps qui passe.

Je dois être partie avant la nuit du 26 juin si je ne veux pas qu’ils se doutent de quelque chose. Est-ce que nous sommes toujours le 24 ? j’ai dormi. Peut-être que nous sommes le matin du 25 ? Il n’y a pas foule dans les couloirs, ça pourrait s’expliquer. Est-ce que je serai encore vivante d’ici jeudi ? Va savoir, ces questions vont me rendre folle.

Les visages de ceux que je croise dans cet entrepôt se fondent derrière l’uniforme imposé. Des lunettes d’aviateurs teintés cachent les yeux des soldats, un masquenoir recouvre le bas de leur tête, nous n’avons aucun moyen de nous reconnaître si nous venons à nous croiser dans la rue ou n’importe où ailleurs qu’ici. Je ne sais jamais si ceux qui tombent au combat sont des gens que je côtoie. Je ne sais jamais si je suis responsable. Révéler notre identité est passible de mise à mort par nos dirigeants. Des murmures accueillent mon passage au seins des tunnels gris monotone.

Les autres ne savent pas qui je suis mais ils connaissent mon matricule, le numéro maudit. Le « 212 », voilà ce qu’ils voient, cousu en grand sur la gauche de ma poitrine, au-dessus de mon cœur. Cette règle est vraiment débile... Connaître mes compagnons n’entacherait jamais la loyauté que j’ai pour la Pyria, ça ne nous abaisserait juste pas à de simple numéros. Si j’avais eu le choix, je ne me serais pas engagée. Pourtant, il n’y a plus de retour en arrière possible. Ici, la seule démission acceptée est la mort. Et il se pourrait que ça ne m’arrive plus vite que prévue. Bientôt, je rejoindrai peut-être la pile de corps dans la morgue. Quand je vois mon grand-frère, il m’arrive d’être prise de regret...

Mais c’est ça ou la destruction. Ça ou l’anéantissement de notre peuple. Ça ou la fin de nos idéaux. Ça ou... Je ne préfère même pas y penser. Mon frère comprendrait. Je me suis engagée parce que je refusais que notre royaume tombe dans les mains d’incompétents. Parce que je méritais mieux.

Parce qu’elle n’est rien d’autre qu’une putain d’hypocrite vindicative. Je n’aime pas les pleureuse. Cette garce, je la veux morte, le cou écraser par ces ignobles bottes qu’on me force à porter. Je serais l’origine de sa chute. Je creuserais sa tombe. Je veux être son pire cauchemar. Je veux être celle qui nous sauvera de cette femme.

J’arrive enfin par trouver la salle où je suis attendue. Tant mieux. J’aurais tué quelqu’un si j’avais encore eu à entendre ces messes basses. Nos supérieurs ne punissent pas les meurtres. Qu’est-ce que j’en aurait eu à foutre ? Rien. Est-ce que j’aurais eu des regrets ? Définitivement pas.

Quand j’entre dans la pièce, l’air conditionner m’apporte un léger réconfort inestimable. Je commençais à étouffer. La puanteur est moins forte ici. Ma clés retrouve sa place dans ma poche pendant que je scrute ceux assis autour de la table de réunion, certains abordent fièrement une bandedoré sur le col leur polo noir ébène ; des sergents. Le plus haut grade se tient à ma gauche, trois bandes bleus me décrivent qu’il s’agit d’un lieutenant-colonel. Merde. Cette histoire va mal finir.

-Deux-cent-douze, on vous attendait. La voix rauque du sergent quatorze au bout de la table me fait frissonner. Asseyez-vous.

Je tire ma chaise dans un grincement désagréable. Mon corps doit trahir ma panique, être convoqué n’est pas une mince affaire. Ça s’annonce mal pour moi. Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Cette réunion ne peut pas avoir de lien avec la centrale, ce problème a déjà été réglé. Est-ce que je vais m’en sortir ? Dieux, faites que oui. Je refuse de mourir avant l’autre pétasse. Je refuse de la laisser gagner.

En face de moi, un toussotement ramène mon attention à mon procès. Mon regard se pose sur le soldat et... Oh, bordel. Deux bandes rouges, un commandant. C’est le grade le plus élevé après les majors. Je ne l’avais pas vu. Cette fois, c’est certain. Ma condamnation est proche. Jamais il ne se serait déplacé pour des broutilles.

-Soldat deux-cent-douze, je suis le commandant trois-cent-trente-trois. Sa voix calme est aussi douce qu’un chuchotement. Je vous ai convoqué pour une raison importante.

Mais je n’écoute plus. Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique, mes poumons n’arrivent plus à laisser entrer l’air nauséabonde. Je ne pensais pas à ça quand un messager est venu me chercher. Cette entrevue tourne au cauchemar. Même avec ses yeux dissimulés, même avec ce masque, même avec cette capuche je ne peux que reconnaître ce ton effrayé. Je le connais que trop bien. Qu’est-ce qu’il fait là ? Quel est son but ? Envers qui est-il loyal ? Qui veut-il voir sombrer ? Faites-moi sortir, putain !



L’atmosphère ici est lourde. Elle l’a toujours été. Si j’aime les bars, ce n’est clairement pas le cas pour le Dancing. Malgré son nom, rares sont les gens qui viennent ici pour s’y amuser. Les habitués sont souvent des personnes cherchant à oublier ce qu’ils sont, seul, à moitié bourré dans un coin, espérant que le jeune serveur leur accorde un autre verre ou priant pour que leurs souffrances s’arrêtent bientôt.

La décoration digne des années 90, les murs sombres à la peinture écaillée et le mobilier abîmé ne font rien pour aider le patron. S’il se décidait à passer autre chose que du Jazz, les clients se précipiteraient peut-être un peu plus. Je n’arrive qu’à plaindre le barman, à côtoyer des dépressifs tous les soirs, il doit avoir envie de se foutre une balle, lui aussi. Je l’entends parfois soupirer, quand la musique se calme et que les clients râlent moins fort.

Autant dire que ma grimace était justifiée quand j’ai reçu son message, me demandant de le rejoindre dans ce trou à alcoolique. Je n’ai pas cherché à lui imposer un autre lieu de rendez-vous, je sais pertinemment que c’est peine perdue de négocier avec lui. Alors je me suis contentée de venir en trouvant la motivation pour écouter ce qu’il avait à me dire.

Elle n’est pas venue.

J’avais imaginé des choses bien plus intéressantes pour mon samedi soir. Il y avait ce film au cinéma, l’affiche me fait de l’œil depuis plusieurs semaines. Une fille que je connais, Sophie Willer, organise une soirée ce soir. J’ai aussi pas mal d’affaires à régler. J’aurai aussi pu organiser un entrainement. En bref, tout paraît plus captivant que la pathétique scène qui se déroule devant mes yeux.

Regarder un homme d’une cinquantaine d’années, les cheveux grisonnant en bataille, la barbe mal rasée, les vêtements mal repassés, accompagné plusieurs verres errant sur la table mal lavée n’est pas ma définition du weekend idéal. Si je ne le connaissais pas, je l’aurais probablement pris pour n’importe quel habitué de ce trou à rat. Le chagrin aura définitivement raison de lui.

Les garçons, assis à mes côtés avaient sûrement aussi d’autres plans pour la soirée. Mais je craignais de me retrouver seule avec lui. J’ai bien vu sa déception lorsque je suis arrivée accompagnée. Ce nétait pas ce qu’il espérait et les dieux savent comme il aime tout contrôler. Et bien ce soir, il devra se contenter de subir, comme moi je subis cet endroit. Je vois bien dans ses yeux fatigués qu’il est loin d’avoir la capacité de décider quoi que ce soit. Leur couleur, d’un habituel doré hypnotique, semble avoir perdu de son éclat, caché derrière ses Ray-Ban grises.

-Tu pourrais m’écouter.

L’homme en face de moi grimace. J’ai dû l’énerver, je devais sembler trop dans la Lune ou quelque chose du genre. Je fronce les sourcils, les néons du bar se reflètent contre le miroir derrière mon interlocuteur, m’agressent les yeux.

-Je n’en vois pas l’intérêt.

Il soupire, prend son verre sans pour autant le boire, le laissant gravité dans sa main droite sans réelle conviction. Peut-être que son corps n’accepte plus d’avaler quoi que ce soit, ça m’arrangerait fortement en connaissant le pourcentage d’alcoolique présent dans ma famille. J’aimerai pouvoir échapper à la gueule de boit de l’un dentre eux aujourd’hui. Je me reconcentre finalement sur lui, essayant de cacher mon dégout face à ce qu’il est devenu. L’homme fini par détourner la tête, lorsque la musique se calme un peu. Pendant un instant, je vois son masque se dérober.

La tristesse inonde ses yeux, imbibe son visage et chaque parti de son être. Le temps d’une seconde, jai cru qu’il allait exploser. Ou plutôt sombrer, se laisser couler dans le désespoir, le laisser l’abattre une bonne fois, pour toutes les fois où la vie a été trop injuste avec lui. J’ai eu limpression de rêver ce moment, d’avoir en face de moi l’une des illusions d’Heve, ceux à mes côtés ne semblaient n’avoir rien vu. Finalement, il a repris un air neutre et je me suis risquée à continuer :

-Nous avons déjà eu cette discussion la semaine dernière, Chester, je m’explique. Et la semaine d’avant aussi. Nous fonçons dans un mur.

-Tu ne comprends pas... Murmure-t-il.

Un homme passe à côté de notre table, chancelant, il bouscule mon interlocuteur. Chester lui lance un regard noir, au-dessus des lunettes de soleil qu’il ne quitte jamais, laissant apparaître la faible lueur or que ses iris sont capables de produire en ce moment. Le mortel prend peur et s’éloigne aussitôt, se cognant contre une autre table au passage.

S’il y a bien une chose que j’apprécie chez les dieux ce sont bien leurs capacités à se foutre de tout ce qu’ils considèrent comme insignifiant dans leurs environnements, y compris de leur principale création : l’Homme. Je me retiens de rire et quand nous sommes de nouveau seul, je reprends :

-Je comprends que c’est important. Ça l’est pour moi aussi.

J’attrape le récipient devant moi. Au moins, Chester a eu l’amabilité de nous inviter. Ce qui est assez rare pour ce drôle de personnage. À ma gauche, Jarrel s’enfonce dans sa chaise, la faisant grincer. Lui aussi, ne voit pas l’intérêt de notre présence. Il commence à jouer avec les manches de son sweat, ses mèches de jais retombant devant ses iris bleuté.

C’est un signe dennuis chez lui. Et ça, Chester le sait aussi. L’homme rumine dans son coin, comme un enfant auquel on viendrait de dire non pour une glace, avant de bondir de sa chaise. Jarrel sursaute, à le voir on aurait pu croire qu’il venait de revenir à lui après plusieurs minutes sans oxygènes. Le blond à mes côtés lève soudainement les yeux, voyant la situation empirer, il se reconcentre sur je-ne-sais-quoi.

-Tu devrais prendre tout ça au sérieux ! Il s’énerve. Ce ne sont pas seulement les dieux qui risquent gros. Mais toi aussi. Avec tout ce que tu as fait, tu ne vas pas risquer de tout perdre maintenant.

D’un geste brusque, il bouscule la table. Les verres tremblent, celui d’Alden laisse échapper un peu de son contenue, un récipient vide roule jusqu’à se retrouver sur le sol. Le fracas à au moins le mérite de captiver l’attention des zombis présent ici. Après un coup d’oeil vers le bar où mes yeux rencontrent le regard foudroyant du serveur, les débris commencent à vibrer, se raccrochant les uns aux autres, reviennent se poser sur le meuble dans la même forme qu’il y a quelques secondes.

Je dévisage Chester, il se s’assoit l’aire de rien. Près de lentrée, l’employé semble sêtre calmer. Si ce n’est pas moi qui vient de réparer ce foutu verre, c’est forcément lui. Ravi de ne pas devoir nettoyer le désastre, le barman repose un balai. Pour une fois que l’homme répare ses conneries, dommage que ce soit lorsque les immortels ont reçu l’ordre de rester discret.

-Ça, tu n’en sais rien. Je murmure, après un long silence

-Oh si je le sais, mon enfant. Je te connais mieux que personne.

Je me retiens de répliquer qu’il ne devrait pas être si sûr de lui en ce qui me concerne. Il me fixe, encore, ne prenant pas en compte la présence de mes accompagnateurs. Il a décidé de les ignorer et il le fait très bien. A regarder la scène, on pourrait presque croire qu’ils sont de parfaits inconnus. Difficile de simaginer qu’il y a deux mois, nous étions chez lui à profiter d’un repas en famille.

J’étais loin de m’imaginer que ça aller être le dernier que nous ferions tous ensemble. Mais Chester a raison et ça, il sait. Il ne va certainement pas se gêner pour l’utiliser. À ma droite, Alden se décide à goûter le contenu de son verre. Il toussote quand le liquide franchit ses lèvres. Il ne boit pas d’alcool mais n’a pas eu le choix de sa boisson.

Encore une autre spécificité de Chester : s’il paie, il choisit. Alors ça a été whiskey pour tout le monde, point final. Que nous soyons encore mineurs, il s’en moque. “À votre âge, j’avais déjà commencé à boire depuis longtemps.” disait-il quand je me fatiguais encore à aborder le sujet.

Un frisson me parcourt le corps lorsque la porte de l’établissement grince subitement, laissant entrer l’air frais de la nuit. Au bar, le serveur ne prend même pas la peine de lever les yeux vers l’arrivant. Encore un défaut à rajouter à la liste déjà bien longue de ce bar. Pas besoin de regarder, je sais déjà qui nous rejoint. L’odeur de tabac et d’essence qui lui colle à la peau est trop facilement reconnaissable.

-Tu ne m’avais pas dit qu’il viendrait. Je reproche lorsque Janis, chancelant, prend place à côté de son frère.

-Toi non plus. Chester répond, un sourire narquois collé au visage.

-’Scusez mon retard, je fumais. Ricane Janis.

-À ce que je vois, tu es déjà bien entamé. Je le regarde de haut en bas, son allure débraillée me donne envie de le gifler.

-J’ai à peine bu trois bières ! Janis me souris.

Dieux, j’ai envie d’arracher ce rictus. Je fixe le nouveau venu, clairement dégouté lorsqu’il attrape le verre de Jarrel pour en boire le contenu. Ce n’est pas comme si le jeune homme avait eu l’intention de le consommer, mais quand même. Que des alcooliques, je vous disais.

Janis ne le remercie même pas, se contentant d’écouter Chester râler. J’ai encore du mal à croire qu’ils soient de la même fratrie, ces deux-là. Si Chester est -à l’habituel du moins- toujours bien vêtue et prends soins de coiffer à la perfection ses cheveux poivre et sel, c’est tout l’inverse de Janis. Sa touffe grasse n’est en rien similaire à celle dorée qu’il avait sur les vieilles photos que grand-maman aimait ressortir. Son sweat délavé et son jogging déchiré montrent toute l’importance qu’il donne à sa personne.

Pourtant, il est presque plus imbu de lui que son frère cadet. J’essaie de redonner un tant soit peu d’intérêt à ce qu’il se passe en face de moi. Chester ne dit rien de nouveau. En tout cas, rien que je ne connais pas déjà. Janis sort un paquet de cacahouète de sa poche et commence à les dévorer sans en proposer à personne.

De toute façon, j’aurais refusé. Son hygiène de vie me fait trop peur pour oser manger quelque chose qui a été en contact avec lui. Je n’aime pas ce type, Janis, je ne l’ai jamais senti. Tout ce qu’il sait faire c’est boire comme un trou et foutre la merde.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Un message non lu de Spencer. Géniale, pour une fois qu’il tombe à pic celui-là. Je décide de prendre cette occasion pour m’éloigner au plus vite de cet homme dégoûtant ou je crois bien que son odeur aura raison de moi et vide mon verre d’une traite. Tant pis pour Chester, je le verrai une prochaine fois.

-Maintenant que tu n’es plus seul, on va pouvoir y aller. Nous reparlerons de tout quand j’aurais du nouveau. Je me lève.

-Hexe, s’il te plaît. Chester me regarde, l’air suppliant, il soupire.

Pour la deuxième fois de la soirée, il laisse tomber cet air « je men foutiste » et je ne peux m’empêcher de me demander depuis combien de temps il n’a pas dormi. Il a beau être immortel, il a quand même des besoins et, au vu de son état, ce qu’il fait n’est clairement pas saint. J’espère que Janis ne l’a pas convaincu de venir noyer son chagrin dans les putes et l’alcool avec lui. Si je découvre que c’est le cas, je jure à qui veut bien l’entendre quon retrouvera ce Janis étouffé dans un de ses paquets de cacahuètes bon marché.

-Je te promets de découvrir ce qu’il lui est arrivé. Et... Peu importe la personne qui a osé s’en prendre à elle, il le paiera de sa vie.

Je le vois se détendre légèrement. Son frère pose une main compatissante sur son épaule et je plains Chester pour ça. Sérieux, depuis combien de temps ce type ne s’est pas lavé les mains ? Je crois que je n’ai même pas envie de connaître la réponse. L’image que les mortels se font des dieux, tous beaux, grands, forts, bien entretenues Et bien elle est fausse. Rare sont ceux qui rentre dans cette idéologie commune. Et Janis en est l’exemple même.

Mon intention se repose sur le plus jeune des deux, je compatis sincèrement pour lui. Je sais à quel point il doit se sentir seul, maintenant. Il ne m’a pas demandé de venir pour me parler, simplement pour briser la solitude. Mais l’homme en face a beaucoup trop de fierté pour se l’avouer.

Trouver des excuses pour se voir, quitte à balancer encore et encore les mêmes conneries sans aborder le vrai problème, ça a toujours été comme ça dans ma famille. Il ferait quand même mieux de faire attention à lui, ce soir.

Jarrel s’étire et se lève à son tour. Alden laisse ce qui reste de sa consommation à Janis et attrape sa veste, toujours silencieux. Ils ont compris dès le départ qu’il n’était pas préférable pour eux d’intervenir. Il fallait simplement une présence.

-Merci pour les verres. Je souris aux deux hommes.

Nous quittons la table, j’attrape un récipient avant de le mettre à l’abris dans mon sac et, en passant devant le comptoir, je me retourne vers eux.

-Chester ?

Il relève la tête, se demandant ce que je peux bien avoir de plus à lui dire.

-À bientôt, papy.

L’homme me sourit, ravi que j’ose le désigner comme ça. Il faut dire que je ne connais pas mon grand-père depuis longtemps. Seulement deux ans. Enfin, je le connais depuis bien plus d’années, je ne savais simplement pas la place quil occupait dans ma famille. Je n’ose pas vraiment l’appeler comme ça. Pour commencer, qui voudrait de lui comme grand-père ?

Sa présence est un supplice pour chaque personne vivant sur cette terre qui souhaite rester stable mentalement. Et je sais qu’il se servirait de ça pour essayer d’instaurer une quelconque forme d’autorité entre nous si ça arrivait trop souvent. Je n’ai pas envie que ça arrive, après tout, il ne faut pas oublier qui il est. Sans plus de cérémonie, je repars comme je suis arrivée.

Je rejoins les garçons dehors, quittant l’ambiance froide et l’horrible musique pour arriver dans le froid de la nuit qui me fait grimacer. Malgré le fait qu’on soit presque en été, la journée a été pluvieuse et le temps est à la fraîcheur. Instinctivement, je rabats ma capuche, essayant de trouver un peu de chaleur, cachant ainsi une partie de mon visage et la couleur atypique de mes cheveux.

J’entends Jarrel pester de ne pas avoir pris de veste. Bien fait, la prochaine fois il y pensera. Ce n’est pas parce qu’on est en été que le temps s’y prête. Il ne faut pas oublier que les divinités aiment n’en faire quà leurs têtes. Alden se moque de lui, bien content d’être emmitouflé dans son manteau. Ces deux-là sont comme chiens et chats mais s’adorent secrètement.

-Pourquoi tu as pris l’un des verres ?

A rester silencieux toute la soirée, j’avais presque oublié qu’Alden avait une voix. Ou du moins, qu’il savait s’en servir. Je me contente de lui sourire et les laisse changer de sujet de leur propre initiative. Ils ont compris que je ne répondrai pas, ces gars ne me connaissent que trop bien.

-Pizza, ça tente quelqu’un ? Alden sort son portefeuille. C’est à moi d’inviter.

-C’est pas mon genre de refuser une pizza, surtout quand je n’ai pas à payer. Je lui fais un clin d’œil. Mais le gérant vient de nous envoyer un message.

Alden jure en grec ancien.

-Qu’est-ce qu’il veut ? Jarrel s’entoure de ses bras pour faire barrage au froid.

Je fixe la notification du message : « Où est ce que vous êtes encore passé bordel ?! », suivi d’une dizaine d’appels et d’un autre texte « Vous avez intérêt à être là dans les 5 minutes ! » qui sont daté d’une heure environ.

Mettre mon téléphone en sourdine n’était peut-être pas une bonne idée. Je montre l’écran aux garçons, Alden continue de cracher tous les noms d’oiseaux de son vocabulaire mais Jarrel se contente de froncer les sourcils.

-On oublie la pizza, chuchote ce dernier. Avec un peu de chance, les autres nous ont laissé de quoi manger.

Je souris devant cet espoir irréaliste. Nous savons tous qu’il ne restera rien.

-C’est pas grave, Alden se montrer généreux la prochaine fois. Quelque chose me dit que nous n’en avons pas encore fini avec le cas « Chester ».

-Rentrons à la maison, capitule Jarrel. Spencer doit nous attendre

La maison. Cet endroit n’a pas toujours été le même pour moi. Avant, je vivais ailleurs. Avant, jamais je n’aurais pensé vivre au Mythic’s. J’y suis bien, mais j’étais mieux avant.

Le Mythic’s est un établissement que Spencer, le dirigeant, à racheter. Ancien hôpital, le jeune homme a marchandé des mois durant avec les différents dieux pour acquérir ce bâtiment et le retaper. Il voulait créer un endroit sûr où les demi-dieux des différentes mythologies pourraient y habiter et vivre ensemble.

Les dieux de l’Olympe ont cédé les premiers et ont financé l’achat et les travaux. Je me demande si ils l’ont fait parce qu’ils savent être la principale cause de ce problème. Ça avait fait une belle polémique à l’époque. Les mortelles ne comprenaient pourquoi l’argent des impôts servait à aider les batards que les dieux engendraient.

Aujourd’hui, le Mythic’s connait un franc succès. Et l’ambiance y est détendu. Après tout, il regroupe tous les gosses paumés et abandonné des dieux. Nous sommes des enfants dépourvus de familles mais nous en avons trouvé une, au Mythic’s.

Je me tourne vers mes frères de cœur. Ces garçons représentent tellement pour moi. Ils sont l’unique famille qu’il me reste. Ce qu’ils ont fait, je ne l’oublierai jamais.

-Oui, rentrons au Mythic’s. Je reprends.


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To be continued...

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