À Contre-Cœur : Harrington, Malgré Moi - Tome 1

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Résumé

Rowan Harrington a été façonné pour perpétuer l’empire familial, sous l'œil exigeant d’un père prêt à tout pour la renommée des Harrington. Derrière le luxe apparent, Rowan évolue dans un monde oppressant, où chaque faux pas est impardonnable. Puis vient Alden Ashford — brut, libre, imprévisible. Marqué par un passé chaotique, il incarne la liberté que Rowan a dû sacrifier. Mais Alden ne s'introduit pas dans sa vie par hasard : des intentions cachées et des secrets lourds de conséquences se dissimulent derrière ses sourires provocateurs. Leur attirance est immédiate, magnétique, mais elle les entraîne dans une danse dangereuse, où les sentiments deviennent un jeu risqué. Entre confrontations et moments de tendresse volée, Rowan et Alden devront décider jusqu’où ils sont prêts à aller. Cet amour fragile survivra-t-il aux secrets et aux loyautés qui les séparent ?

Genre :
Romance/Erotica
Auteur :
dbjessica
Statut :
Terminé
Chapitres :
30
Rating
5.0 9 avis
Classification par âge :
18+

⚣ L'Image d'un Harrington ⚣

Rowan

Je passe une main sur mon visage, la brûlure douce-amère du whisky se mêle à une lassitude bien ancrée. Depuis quand mon meilleur pote s’amuse-t-il à explorer le même terrain de jeu que moi ? Ce n’est pas tant la surprise, c’est... autre chose. Quelque chose qui m’irrite et m’intrigue tout autant. Je secoue la tête, mes yeux rivés sur ce verre de whisky qui tangue, comme si je pouvais y trouver une réponse.

— Alden, je souffle, tentant d’avancer d’un pas ferme, mais chaque geste se heurte à une lutte invisible, un échec annoncé.

La réalité tangue, mon esprit aussi. Et soudain, me voilà appuyé contre le torse d’un type aussi éméché que moi. On rit, pour une raison qui nous échappe tous les deux, parce qu’après tout, l’alcool ne laisse que des questions sans réponses et des éclats de rire idiots.

Je cherche Alden à travers le flou qui m’enveloppe, et je l’aperçois... dans les bras d’un gars ? D’une fille ? Ça pourrait être un mannequin, un arbre, ou même un foutu mirage, tant ma vision vacille. J’essaye de lever une main pour compter mes doigts, mais le whisky joue encore de mes perceptions. Je plisse les yeux, recalcule. Dix doigts ? Non, vingt. Ou trente ? Je ris, plié en deux sous la fatigue et l’alcool, la scène bascule dans l’irréel, comme si mon cerveau tentait d’analyser l’impossible.

— T’as sacrément forcé, lance Alden, sa voix traînante, teintée d’amusement, résonne quelque part dans le chaos de mon crâne.

J’essaie de répondre, mais les mots se bousculent, entre le besoin de rire et ce foutu sentiment d’incompréhension qui me brouille le crâne.

Je me suis surpassé ce soir, c’est sûr. Un véritable record personnel, et pas de la meilleure des manières. Combien de bouteilles ont déjà trouvé le chemin jusqu’à mes lèvres ? Combien de joints se sont envolés en fumée ? Mais ce n’est pas ça qui m’inquiète soudain... Où est ma came ?

Merde.

Je plonge mes mains dans mes poches, en quête de quelque chose qui n’y est plus. Bordel, j’étais pourtant sûr que mes poches débordaient encore il y a une minute.

Une main me tire de mes pensées. Je lève les yeux et croise celui d’Alden.Putain, ce regard. Solide. Sûr. Il passe mon bras sur ses épaules. Il me soutient, comme un pilier d’acier dans le chaos.

— Ça va aller, murmure-t-il, ses mots flottent entre nous.

C’est con, mais ça me calme.

— Je te tiens, d’accord ?

J’acquiesce, mais ce simple geste dérègle tout, bouleverse mon équilibre comme si le sol disparaissait sous mes pieds. Mon corps tangue dangereusement.

J’essaie de me concentrer, de trouver un repère dans ce monde flou, mais rien n’y fait. On est où, là ? À la maison ? Non, trop de bruit. Un bar ? Possible. Peut-être même que j’ai perdu plus que le fil de la soirée.

Mes paupières papillonnent une seconde, la lumière m’agresse et tout tangue. Puis le noir. Un instant, une éternité. Quand j’ouvre à nouveau les yeux, c’est mon lit qui m’accueille. Familier. Étrangement rassurant. Je ne sais pas comment Alden a réussi son coup. Sauf qu’un détail cloche. Alden est là, penché au-dessus de moi.

Pas comme certains pourraient l’imaginer. Ni même comme mon esprit embrumé pourrait le fantasmer dans un recoin plus trouble de mes pensées. Non. Il déboutonne ma chemise, méthodiquement, comme si c’était une foutue mission humanitaire.

Et pourtant… ce simple geste suffit.

Une chaleur sournoise s’insinue en moi, se faufile sous ma peau, glisse plus bas avant même que je puisse la contenir.

Putain. Son geste me fout en vrac plus que tout le reste. Mon corps réagit avant même que mon cerveau ait le temps de dire stop.

Je déglutis, essaie de me reprendre. C’est rien, merde. Juste l’alcool qui me joue des tours.

Mais la tension me serre le ventre, me colle à la peau. Je devrais détourner le regard. Dire un truc. N’importe quoi. Mais je reste figé. Parce que, merde… une partie de moi veut savoir jusqu’où ça peut déraper.

Puis la réalité me frappe d’un coup. En pleine gueule. Et ouais… ça pue. Horriblement.

Un coup d’œil suffit pour constater le désastre : ma chemise préférée est un champ de ruines, souillée par ce qui, à en juger par l’odeur, était mon dernier repas.

Merde. La déchéance dans toute sa splendeur.

Alden, lui, ne dit rien. Pas un mot. Il se contente de m’ôter cette chemise imbibée de honte, comme si me rendre un semblant de dignité faisait partie de ses obligations.

Il devrait être furieux. Écœuré. Mais non. Il reste là, impassible, à ramasser les morceaux de ma débauche, comme si tout ça n’avait aucune importance. Et c’est peut-être ça, le pire.

Alors, je me redresse avec toute la dignité qu’il me reste, déterminé à ne pas moisir dans mon propre lit, surtout pas en dégageant cette odeur de gerbe.

Mes pieds touchent le sol dans un effort hasardeux pour me lever, mais une main ferme se pose sur mon bras. Alden, toujours là pour maintenir un semblant de stabilité dans le chaos.

— Qu’est-ce que tu fous ? demande-t-il, sa voix oscillant entre lassitude et exaspération.

— Une douche… J’ai besoin d’une douche… je grogne, en m’élançant d’un pas bancal vers la salle de bain.

— Pas question, t’es bien trop ivre pour ça, Rowan.

— Rien à foutre, je lâche en haussant les épaules, jetant un regard autour, comme si Winston allait se matérialiser juste pour me sauver la mise.

Ce type connaît mes habitudes mieux que moi-même.

— Winston ! je gueule, espérant qu’il apparaisse comme toujours, silencieux et redoutablement efficace, prêt à me sortir de ce merdier.

Mais rien. Juste le silence.

— Tu l’as renvoyé chez lui, balance Alden en me maintenant fermement, me guidant, pas à pas, vers la salle de bain.

— Impossible. Winston, c’est mon ombre.

— Peut-être, mais ce soir, on dirait bien que t’es coincé avec moi, mon pote, lâche-t-il, son regard rivé au mien, solide, inébranlable.

Je ricane, un mélange bancal de moquerie et de désespoir.

— Oh, c’est ça ? Tu vas me dire que t’es prêt à me savonner le dos, maintenant ?

Alden bronche pas. Pas un foutu muscle. Son regard accroché au mien, tranquille, sûr de lui. Comme si rien de tout ça n’avait de quoi le secouer.

— S’il le faut, ouais, répond-il, sans la moindre hésitation.

Je le fixe, incapable de détourner les yeux. Une chaleur me traverse, brutale, dévastatrice. L’alcool brouille tout, efface les limites, me fait croire que j’ai le droit. Le droit d’aimer ce que je vois. D’aimer, juste un instant, la peau de cet homme.

Mon souffle se bloque un instant alors que mon esprit dérape sans prévenir.

Je me vois déjà céder, glisser vers lui, vers sa peau, sa bouche. Le plaquer contre le carrelage froid, sentir la brûlure du contraste. M’y perdre. Ce serait bon. Trop bon. Comme une décharge, un foutu électrochoc.

Mon corps réagit avant moi. Il réclame, exige.

Je ravale un frisson, serre les poings. Merde. C’est brut. Trop intense. Un désir qui cogne, qui ronge, qui brûle de l’intérieur.

Mon jean devient une prison trop serrée, chaque pulsation un rappel cruel de ce que mon corps veut, de ce qu’il hurle en silence. Putain, ça tape fort, trop fort, au point que bouger devient une torture.

Je devrais détourner le regard, penser à autre chose, n’importe quoi. Mais Alden est là, immobile, son regard toujours planté dans le mien, et ça n’aide en rien. Au contraire. Je serre la mâchoire, inspire profondément.

Faut que je me ressaisisse. Maintenant.

Et comme pour couper court à mes envies, il me propulse sous l’eau glaciale de la douche. Le premier jet me frappe comme une lame de givre, m’éclate en pleine gueule, électrise chaque nerf de mon corps. Le choc est brutal, un électrochoc qui m’arrache un râle et, contre toute attente, dissipe un peu le brouillard dans ma tête. Je frissonne sous l’assaut, les vêtements plaqués contre ma peau, lourds, inutiles, ridicules.

Je m’acharne sur ce foutu bouton de jean. Mes doigts tremblent, refusent d’obéir. Mon corps tangue, incapable de tenir droit, et la frustration me monte à la tête.

Puis, je le sens.

Deux mains.

Solides. Chaudes.

Sur les miennes.

Un éclair me traverse, brutal, foudroyant. Chaque foutu nerf de mon corps se tend à l’extrême. Mon souffle se bloque, mes muscles se figent. Et mon jean… putain, mon jean devient un enfer.

Mon sexe est dur, trop dur, et maintenant, il est là, si proche, si foutrement près que ça en devient obscène. C’est la première fois que quelqu’un est aussi près de moi, que des mains autres que les miennes s’approchent autant. Et bordel, je ressens tout.

Chaque foutue pulsation.

Chaque foutue vibration.

La chaleur me carbonise, la tension est insoutenable. Il suffirait d’un rien. Juste un mouvement, un foutu frôlement de plus et…

Merde.

Je serre les dents, ravale un gémissement, lutte contre la vague de plaisir qui monte en flèche, prête à exploser sans prévenir. La honte me brûle presque autant que l’envie.

Alden.

Bien sûr. Alden, mon sauveur du soir. Ou celui qui va me faire perdre le dernier semblant de contrôle qu’il me reste.

Il fait glisser le bouton, tranquille, comme si c’était rien. Comme si ce geste ne me retournait pas complètement la tête. Et là, la réalité me cogne : j’ai besoin d’aide pour enlever un putain de jean. Sérieusement ? J’en suis là ? L’image me percute de plein fouet, tellement absurde que j’en lâche un rire. Un truc rauque, nerveux, pas loin du désespoir. Parce que merde… qu’est-ce que je fous ?

Lui, il reste calme, concentré, comme si tout ça était normal. Moi, je me noie dans la honte, dans la chaleur, dans ce foutu mélange qui me bouffe de l’intérieur.

Ouais, un putain de sauveur ultra canon. Je peux bien l’admettre, au moins dans ma tête.

— Depuis le temps que je te connais, je commence enfin à piger à quoi tu me sers, je balance, ma voix traînante, alourdie par l’ivresse, la fatigue… et autre chose que je préfère ne pas nommer.

Mon jean glisse le long de mes jambes, et franchement, à ce stade, je m’en fous.

— Une heure, mon gars. Ça fait à peine une heure qu’on se connaît, ricane-t-il, un sourire en coin, taquin, amusé. Mais si t’as déjà trouvé mon utilité, alors vas-y, éclaire-moi.

Oh oui, je pourrais l’éclairer. De bien des façons. Lui montrer exactement à quoi il pourrait me servir, comment il pourrait s’y prendre, où ses mains pourraient aller, ce que sa bouche pourrait faire.

Putain.

Je serre la mâchoire, ravale l’idée avant qu’elle ne prenne trop de place. Ce n’est pas le moment. Ni l’endroit. Ni même une foutue bonne idée.

Mais bordel, c’est là, planté dans mon crâne, impossible à déloger. Cette sensation persiste, s’accroche, comme une brûlure sous ma peau, comme si quelque chose refusait de s’effacer. Et pourtant, ça ne fait qu’une heure. C’est ce qu’il a dit, non ? Une putain d’heure.

Alors pourquoi j’ai l’impression que c’est bien plus ?

Dans ma tête, tout part en vrille. Le temps veut plus rien dire. Tout est tordu, flou, étiré par l’alcool. Le monde autour s’efface, et y a plus que lui. Alden. Comme s’il avait toujours été là. Comme s’il avait toujours ramassé mes merdes, recollé les morceaux derrière moi. C’est con, ça rime à rien. Et pourtant… c’est là. Brutal. Réel. Viscéral.

Je pose une main hésitante sur son épaule quand il s’agenouille, soulève mes jambes une à une, m’aide à virer ce foutu jean qui pèse sur moi comme une entrave. Et là, un vertige.

Alden est penché, concentré, son visage dangereusement proche. Trop proche. Sa bouche, si près de mon sexe tendu sous le tissu humide, et putain, est-ce qu’il l’a remarqué ? Est-ce qu’il a capté à quel point je suis dur, à quel point mon corps hurle d’un besoin que je ne devrais même pas ressentir ?

Mon souffle se bloque, ma gorge s’assèche.

Mais il ne dit rien. Pas un mot, pas un regard de trop. Juste ce calme inébranlable, insoutenable, qui me broie de l’intérieur. J’aimerais m’accrocher à quelque chose, résister, mais c’est impossible. J’ai juste envie de lâcher prise, de me perdre en lui.

Maintenant réduit à mon caleçon, je me redresse, mon dos collé contre la paroi glaciale de la douche. Le choc du froid me fait aspirer une bouffée d’air, un frisson traverse mon échine. Mais ce n’est pas ça qui me fait trembler.

Alden est toujours là, si proche, accroupi devant moi, son souffle effleure ma peau. Son visage est à quelques centimètres du mien quand il se redresse à son tour, réduisant à néant ce foutu espace entre nous.

L’air devient plus dense, plus chargé. Mes doigts s’accrochent à son bras, réflexe incontrôlé, instinctif.

— Une heure, dis-tu ? je murmure, mon nez frôlant le sien, le souffle suspendu, comme si toute cette foutue tension n’attendait que cet instant pour exploser.

— Soixante minutes, pour être exact, répond-il, son ton léger, mais ses yeux… eux, ils racontent une tout autre histoire.

Et là, cette distance insupportable entre nous s’évanouit.

Alden se redresse complètement, et sans même un instant d’hésitation, il me rejoint sous la douche. L’eau ruisselle sur lui, sur ses vêtements qui se collent à sa peau, soulignant chaque ligne de son corps.

Son assurance est déconcertante, comme si rien de tout ça ne le troublait, comme si ce moment n’était qu’une suite logique, une évidence qu’il avait déjà acceptée bien avant moi.

Mon cœur cogne. Putain, il est là, avec moi, dans cet espace réduit, où tout est trop intense, trop brut. Je pourrais le toucher, sentir chaque foutu centimètre de lui contre moi si je le voulais.

Et je le veux.

Alors cette fois, je n’hésite pas.

Mes lèvres se posent sur les siennes, et c’est comme une décharge, un feu qui brûle entre nous. Merde, c’est tellement bon d’abandonner les chaînes que le nom des Harrington m’a toujours imposées.

D’oublier, juste un instant, que le monde entier scrute mes moindres gestes, guettant la moindre faille. L’héritier des Harrington n’a pas le droit à l’erreur. Leur nom règne sur les empires financiers, leur réputation alimente les tabloïds.

Là, sous cette douche, dans cet instant hors du temps, je laisse tomber ce foutu masque. Je redeviens juste… moi.

Un type ivre, en quête d’échappatoire. Je savoure enfin ce goût de liberté, ce goût unique que seul Alden semble pouvoir offrir.

Puis il s’écarte, met de la distance entre nos corps, entre ses lèvres et les miennes, brisant l’instant. Le froid revient, brutal et irritant, comme un rappel de la réalité.

— Je crois qu’on ne devrait pas faire ça, dit-il, sa voix posée, mais avec cette infime hésitation qui me pique les nerfs. T’es ivre, t’as du fric, du pouvoir, tout ce que je n’ai pas. Et moi… je suis sobre. Fauché. Et pas certain que ce soit une bonne idée.

Je ricane, un rire sec, amer.

— Alors, tu sais qui je suis, hein ?

Ce n’est pas une vraie question. Parce que la réponse, je la connais déjà. Tout le monde sait qui je suis.

Rowan Harrington.

Un putain de nom qui pèse une tonne. L’héritier que le monde observe, analyse, dissèque. Chaque mouvement, chaque choix, chaque foutu faux pas, tout est scruté, disséqué, étalé sous les projecteurs. Et ça me bouffe. Ce poids. Cette foutue couronne invisible qui me comprime le crâne, m’étouffe, m’empêche de respirer tout simplement. D’exister comme je le souhaite, le désire, l’entends.

Je ne suis pas censé être ici. Avec lui. Pas censé vouloir ça. Lui. Son corps, sa chaleur, ce calme qui me rend dingue. Ses mains, ses lèvres, chaque foutu détail qui fait de lui un homme. Et c’est bien ça, le problème.

Dans mon monde, deux hommes ensemble, c’est impensable. Inacceptable. Un scandale. On attend de moi que je suive les règles, que je marche droit, que je perpétue l’héritage Harrington avec une femme bien sous tous rapports, un sourire figé et un avenir tout tracé.

Mais putain… ce n’est pas ce que je veux.

Je suis censé incarner les Harrington. Porter leur nom comme un trophée, être le fils prodige, l’héritier taillé sur mesure pour perpétuer leur foutu empire. Préserver l’image. Sourire aux caméras, serrer les bonnes mains, dire ce qu’il faut, faire ce qu’ils attendent. Ne jamais dévier, ne jamais faillir. Jouer le rôle à la perfection.

Parce que c’est ça, au fond. Un rôle.

Une façade bien huilée, bâtie sur des siècles de pouvoir et de contrôle. Et moi, là-dedans ? Je ne suis qu’une pièce de plus dans leur échiquier, un pion qu’ils déplacent selon leurs règles. Leurs attentes.

— Tu sais que je suis gay, dis-je, ma voix un peu rauque alors que je me laisse glisser contre la paroi froide de la douche.

Un rire amer m’échappe. Je secoue la tête, blasé.

— Mais même ça, ils me l’interdisent. Apparemment, ça donnerait une mauvaise image de la famille. Un Harrington ne peut pas être gay.

Je tourne la tête vers lui, cherchant son regard.

— Un Harrington doit se marier avec une femme bien née, choisie avec soin. Il doit jouer son rôle, produire des héritiers, perpétuer la lignée. Pas d’écart. Pas d’exception. Pas de place pour… ça.

Je désigne l’espace entre nous, ce foutu truc qui flotte dans l’air, ce que je ressens, ce que j’ai envie de faire à cet instant.

— Tu captes l’idée ?

Ma voix est plus tranchante que je ne l’aurais voulu. Comme si je lui crachais une vérité que je déteste autant que je la subis.

— Je m’en doutais, vu qu’on s’est croisés dans une boîte gay, lâche-t-il avec un sourire en coin.

Il s’assoit à côté de moi, son épaule frôle la mienne.

— Et ça ne me surprend pas, si ça peut te rassurer.

Je laisse échapper un soupir, les yeux fixés sur l’eau qui continue de ruisseler autour de nous. Le silence s’installe, pesant mais pas désagréable. Juste... chargé.

Je me pince les lèvres et m’arme de courage pour poser la question qui me hante depuis toujours.

— C’est comment... tu sais… de sortir avec un homme ?

Alden tourne légèrement la tête vers moi, surpris, puis arque un sourcil.

— Honnêtement ?

J’acquiesce, incapable de détourner les yeux. Il esquisse un sourire. Pas moqueur, pas provocateur. Quelque chose de plus doux, plus sincère, presque... vulnérable.

— Pour être franc… j’en sais pas plus que toi. Je n’ai jamais vraiment été avec un homme.

La réponse me frappe comme une bourrasque, me prend de court.

— Mais... tu es gay, non ?

Les mots m’échappent avant même que je ne les contrôle, parce que si Alden disait non, si ce foutu mot franchissait ses lèvres, je me sentirais con. Tellement con. Son regard s’égare un instant, avant qu’il ne réponde, sa voix calme mais teintée d’une étrange incertitude.

— Je sais pas, sa voix est calme, mais il y a une hésitation qui traîne dans l’air.

Alden soupire, passe une main dans ses cheveux mouillés, l’air presque frustré par ses propres mots.

— J’ai aimé des filles. J’ai eu des mecs en tête, parfois. Mais je n’ai jamais été avec un homme. Pas vraiment.

Il tourne son regard vers moi, plus intense cette fois.

— Alors si tu veux une réponse claire… je suppose que je suis bi. Mais je n’en sais pas plus que toi, au fond.

Il se tait, me fixe d’un regard qui me transperce. Il fouille, cherche à déchiffrer les fragments de moi-même que je laisse entrevoir. Comme s’il voyait à travers les couches de doute, de secrets. À travers tout ce que je cache depuis trop longtemps.

Et ce qu’il pourrait trouver me terrifie autant que ça me soulage.

Ouais, je suis gay, aussi gay que possible. Est-ce que j’ai déjà couché avec une femme ? Non. Pas une seule fois. Et pourtant, à chaque gala, à chaque foutue soirée mondaine, il y a toujours une femme accrochée à mon bras, un décor parfait pour satisfaire les apparences. C’est de la poudre aux yeux, tout ça, un jeu d’ombres et de lumières, une façade que j’entretiens sans trop y réfléchir.

Une femme différente chaque soir, assez de verres pour qu’elle oublie jusqu’à mon nom, et moi... moi je me contente de jouer mon rôle, celui qu’on attend de moi.

Le matin, quand elles se réveillent nues dans mes draps, la conclusion est évidente pour elles. Elles pensent qu’on a franchi le cap, que j’étais l’un de ces mecs qui ne voit en elles qu’une conquête de plus. Et moi, je les laisse le croire, parce que c’est plus facile ainsi.

Mais la vérité ? Pas une seule d’entre elles n’a jamais réussi à éveiller la moindre étincelle d’envie en moi.

Alors ouais, à dix-neuf ans, je suis toujours puceau. La honte, hein ? Surtout pour un type comme moi, dont la vie semble pleine de frasques et d’excès.

Ce que je veux, au fond, c’est un homme. Un vrai mec. Quelqu’un que je pourrais regarder et désirer sans devoir jouer ce foutu rôle.

— Je peux te demander un truc ? je finis par lâcher, le cœur qui palpite dans ma poitrine.

Il acquiesce, et rien que de le voir là, calme et patient, je me sens fondre, comme si la simple intensité de son regard me faisait chavirer.

Lentement, poussé par un besoin que je ne contrôle plus, je m’agenouille devant lui, mes yeux rivés aux siens.

— Est-ce que je peux… tu sais…

Les mots se coincent. Mon souffle aussi. La peur et le désir se mélangent, cognent fort dans ma poitrine. Ma main flotte entre nous, hésite, tremble.

— Est-ce que je peux… juste toucher…

Mais la fin de ma phrase s’efface, avalée par l’angoisse, par ce doute qui m’écrase.

Et puis, sans un mot, Alden attrape ma main, la guide jusqu’à son torse. Juste là, sur la chaleur de sa peau à travers le tissu trempé.

Un simple contact. Mais putain… tout bascule.

Une vague me traverse, brutale, impossible à contenir. Quelque chose de primal, de profond, qui balaye les faux-semblants, les apparences que j’ai passé ma vie à entretenir. C’est là, sous mes doigts, sous cette peau brûlante, sous ce cœur qui cogne en écho du mien.

— Alors, ça te fait quoi ? murmure Alden, son regard ancré au mien.

Je devrais répondre. Dire quelque chose, n’importe quoi. Mais les mots restent coincés dans ma gorge. Je ne peux pas parler. Je ne veux pas parler. Parce que si je le fais, ça deviendra réel.

Ma main reste posée sur lui. Je pourrais la retirer. Ce serait logique, raisonnable. Ce serait ce que j’aurais fait avant.

Mais je ne le fais pas.

Je sens son cœur cogner sous ma paume, aussi fort que le mien. La chaleur de sa peau contre la mienne, ce contact brûlant, brut, sans filtre. Un truc électrique qui remonte le long de mon bras, qui m’éclate dans la poitrine.

Je devrais dire quelque chose. Mais à quoi bon ? Alors je serre un peu plus mes doigts sur lui. Juste un peu. Juste assez pour qu’il comprenne. Et dans son regard, je vois que c’est déjà fait.

Mes doigts bougent avant même que je n’y pense. Lentement. Hésitants d’abord. Ma main se fraie un chemin contre le tissu trempé de sa chemise, effleure la ligne de son torse. Mes yeux restent ancrés aux siens, à l’affût de la moindre réaction. Il ne recule pas. Au contraire. Sa respiration change, imperceptiblement. Plus profonde. Plus lourde. Son torse se soulève sous ma paume, son regard s’assombrit, et c’est suffisant pour me pousser à aller plus loin.

Je descends encore.

Ma main effleure son ventre, explore cette chaleur qui me fait perdre pied. Chaque centimètre est une brûlure nouvelle, un frisson qui me traverse la colonne vertébrale. Puis, sans vraiment réfléchir, sans plus lutter, mes doigts frôlent son sexe à travers son jean.

Un choc.

Un putain de vertige.

Là, sous mes doigts, il est dur. Réactif. Brûlant même à travers le tissu humide. Et putain, c’est moi qui provoque ça.

Le constat me percute. Comme un uppercut en pleine poitrine.

Mon souffle se bloque, mes muscles se crispent. Tout mon corps est en alerte. Une décharge me traverse, brutale, directe, jusqu’au bas-ventre. Chaque pulsation devient une torture.

C’est intense. Puissant. Un putain de feu qui dévore tout sur son passage.

Mais ça ne suffit pas. J’en veux plus.

Mon regard retrouve le sien, vacille une fraction de seconde. Mais Alden ne bouge pas, ne détourne pas les yeux. Il attend. Alors je franchis la dernière barrière.

Mes doigts atteignent son jean, déboutonnent un premier bouton, puis un deuxième. Mon souffle est court, mon ventre tendu, un mélange de curiosité et d’un désir brut qui me consume de l’intérieur.

Quand j’abaisse doucement la fermeture éclair, il ne dit rien. Ne fait rien. Il me laisse faire. Et putain… Il est là. Son sexe se libère sous mes yeux, dur, offert, terriblement beau. Nu. Sans un poil. Je retiens mon souffle, ma main suspendue entre nous. L’envie me noue le ventre, me tord les tripes, me dévore.

Alors je cède.

Mes doigts l’effleurent d’abord, un simple frôlement, timide mais avide. Puis j’ose, je le prends dans ma paume, le découvre, explore cette chaleur insensée, cette douceur qui me fait vaciller.

Un râle brisé lui échappe. Un son rauque, chargé de plaisir. Et merde… ça me traverse direct, comme une décharge dans le ventre.

Je relève les yeux.

Putain.

Son visage se tord sous le plaisir, sa respiration se brise, et moi... moi, je ne peux plus détourner le regard. Mon cœur cogne, mes doigts tremblent légèrement, mais je ne m’arrête pas.

Bordel. C’est addictif. Tellement enivrant que j’en oublie tout le reste.

Mon regard oscille entre son sexe et son expression, pris au piège entre ce que je ressens et ce que je lui fais ressentir.

Je le tiens entre mes doigts, et il réagit à chacun de mes mouvements. À moi. C’est... irréel. Puissant. Je ne savais pas qu’un simple contact pouvait provoquer ça.

Je serre un peu plus, explore du bout des doigts, m’imprègne de la texture, du poids, de la chaleur palpitante sous ma paume. Chaque détail attise un peu plus le brasier en moi.

Alden bascule légèrement la tête en arrière, paupières closes, abandonné à mes gestes, et putain, c’est hypnotisant. Mon souffle se bloque, ma gorge se serre.

Je me penche, prêt à le goûter, à découvrir cette saveur qui n’appartiendrait qu’à lui. Mais la réalité me percute de plein fouet. Un électrochoc, brutal, instantané. Mon cœur rate un battement, ma main tremble légèrement. Je perds pied, rattrapé par une lucidité que je ne veux pas affronter.

— Rowan ! tonne la voix de ma mère depuis le salon.

L’instant éclate, comme une putain de gifle.

— Depuis quand tu congédies Winston dans ses appartements ?

Alden sursaute, ses muscles se tendent sous mes doigts. Il se fige une seconde avant de réagir d’un geste vif. Il rabat son jean en catastrophe, rattache le bouton d’une main tremblante. Son souffle est encore erratique, son regard brièvement perdu entre moi et la porte.

Je cligne des yeux, le cœur prêt à exploser, et la fièvre du moment disparaît aussi vite qu’elle est montée. Et avant même que je puisse faire quoi que ce soit, elle est là. Debout dans l’embrasure de la salle de bain, le dos droit, l’air parfaitement à sa place, comme si entrer ici sans prévenir était la chose la plus normale du monde.

Mais à l’instant où ses yeux tombent sur Alden, accroupi à côté de moi, ses fringues trempées, son jean mal refermé… Son visage se ferme. Ses traits se durcissent. Son regard devient glacial, tranchant. Un putain de couperet. Et je sais déjà que je vais me faire écorcher vif.

— Mais… je… sors de là, tout de suite ! articule-t-elle d’une voix glaciale, chaque syllabe tranchante comme une lame.

Son regard se pose sur Alden, acéré, perçant, comme si elle tentait de le disséquer sur place.

— Et vous… qui êtes-vous ?

Alden se redresse aussitôt, son dos raide, son expression figée entre le respect et la méfiance.

— Alden, madame, répond-il, la voix posée mais légèrement tendue. Alden Ashford.

Ma mère le scrute, de la tête aux pieds, et son visage se ferme un peu plus à chaque détail qu’elle enregistre. Son regard accroche son jean usé, les trous aux genoux, le tatouage sur son poignet que je n’avais même pas remarqué avant.

Son mépris est presque palpable, une vague glaciale qui s’étire entre nous. Elle ne dit rien, mais putain, tout en elle hurle. Et moi, je le perçois dans chaque infime détail. Dans la crispation de sa mâchoire, la raideur de son dos, ce froid mordant qui s’installe entre nous sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Alden aussi l’a compris. Il n’a pas besoin qu’elle parle pour saisir ce qu’elle pense. C’est là, dans son regard tranchant, dans cette façon qu’elle a de le détailler comme s’il était une erreur qu’elle refusait d’admettre.

Il passe une main dans ses cheveux noirs, un tic nerveux qui trahit ce qu’il essaie de masquer. Il n’est pas à l’aise, et franchement, qui le serait ? Mais il ne bouge pas. Il tient bon, ancré sur place, comme s’il refusait de lui donner la moindre raison de le mépriser encore plus. Sauf que c’est peine perdue.

Parce que dans ses yeux à elle, je lis déjà la sentence. Alden n’a rien à foutre ici.

— Je vais peut-être y aller, murmure-t-il, cherchant visiblement une issue.

— Excellente idée, rétorque ma mère, un sourire aussi glacial que son ton.

Alden quitte la douche. Et d’un coup, tout se vide. L’air, la chaleur, lui.

Je sors à mon tour. Mon regard reste accroché à lui. Il chope une serviette, se plante devant le miroir, passe une main dans ses cheveux mouillés. Calme. Trop calme. Comme si ma mère n’avait pas failli l’étriper sous mes yeux.

Puis Winston entre, impeccable, précis comme toujours.

— Monsieur, dit-il d’un ton affable, presque détaché, en total décalage avec la tension qui électrise encore l’air.

Il dépose une pile de vêtements propres de l’autre côté du lavabo, un automatisme dans la maison Harrington. Tout est prévu, orchestré, sans jamais dévier de la routine.

Alden esquisse un sourire en attrapant les fringues, puis les tend à Winston avec une pointe d’amusement.

— Pas besoin, Winston. C’est gentil, mais Rowan et moi n’avons pas exactement les mêmes goûts vestimentaires.

Son regard glisse vers moi, un éclat taquin au fond des yeux.

— Par contre, ta chemise… elle est d’un chic absolu, plaisante-t-il, un sourire en coin.

Je retiens un rire. Bien sûr. Famille Harrington oblige, tenue stricte et dress code inébranlable, même pour Winston. Son col parfaitement rigide, la coupe impeccable, la teinte austère, tout reflète ce qu’on attend de lui. De nous.

Mais dans ce bref échange, dans ce regard furtif qu’Alden me lance, quelque chose me percute. Sa présence ici, au milieu de tout ce merdier, change tout. Elle fait craquer les murs, casse le silence, fout un peu d’air là où j’étouffe. Avec lui, tout paraît moins lourd. Moins figé. Presque vivable.

— Je vous laisse cinq minutes, déclare ma mère, le ton glacial et intransigeant. Après, nous discuterons de ce qui s’est passé ce soir.

Je hoche la tête, sans quitter Alden des yeux, un léger sourire aux lèvres.

— Winston, reste ici avec eux et assure-toi que… tout se passe bien.

— Oui, madame, répond Winston avec son calme habituel.

Elle s’éloigne vers le salon, et je ravale un soupir. Comme si j’avais besoin qu’on me tienne la main. Qu’on me surveille. Sérieusement, qu’est-ce qu’elle croit m’empêcher de faire ? Respirer ? Vivre un peu, juste un peu, sans ses règles à la con ?

— Winston, tourne-toi, dis-je en agitant la main dans sa direction.

Winston reste planté là, droit comme un piquet, les mains jointes. Il dit rien, évidemment. Elle lui a ordonné de rester. Mais son regard trahit tout. Il déteste être là autant que moi.

— Euh… monsieur, votre mère…

— Elle n’est pas là, je le coupe aussitôt, l’impatience perçant dans ma voix. Tu voudrais qu’on te fixe pendant que tu te déshabilles, toi ?

— Je ne vous regarde pas, monsieur. Je ne fais que mon travail, répond-il, son ton neutre, inflexible.

Je serre la mâchoire, exaspéré par cette façade impeccable qu’il ne lâche jamais.

— Ouais, et moi, mon boulot, c’est de grandir sans faire de vagues. Je l’ai bien compris.

Je plante mon regard dans le sien, cherchant à fissurer cette foutue carapace.

— Je te demande juste un peu d’intimité, Winston. Rien de plus.

Winston finit par se détourner, résigné, et c’est tout ce qu’il me fallait. Sans hésiter, je me rapproche d’Alden. Son regard s’accroche au mien, brûlant, chargé d’une intensité qui me consume de l’intérieur.

Plus rien n’existe autour.

J’efface les derniers centimètres qui nous séparent, mes lèvres trouvent les siennes. Douces. Chaudes. Une vague de frissons me traverse, une libération brute, comme si je respirais enfin après des années d’apnée.

— Monsieur, je vous entends, lance Winston, sa voix neutre, toujours impassible.

Je devrais reculer, me reprendre. Mais ses mots glissent sur moi sans laisser la moindre empreinte. Je suis ailleurs. Plongé dans Alden, dans ce baiser qui me réchauffe jusque dans les tripes, dans cette sensation nouvelle et pourtant évidente.

Et pour une fois, rien d’autre ne compte.

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