MAD

Tous droits réservés ©

Résumé

Maddalena, perdue dans les néons d'un club de nuit, se consume dans ses addictions et sa quête de fuite. Mais tout change lorsqu'elle rencontre Ezio, un chef de la mafia aussi charismatique qu'impitoyable. Leur attirance dévorante la plonge dans un monde de pouvoir, de mensonges et de violence. Entre passion et destruction, Maddalena se retrouve à un carrefour où l'amour pourrait la sauver... ou la détruire à jamais.

Genre :
Other
Auteur :
Sisa_aly
Statut :
En cours
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

1. Respire Mad

Encore une soirée dans ce foutu club, le genre de soirée où tout semble figé dans le même cycle infernal. Je devrais vraiment songer à faire autre chose de ma vie, mais en vérité, est ce que j'ai encore une vie en dehors de ce club ?


Mes pensées dérivent à chaque mouvement, à chaque battement sourd de la musique.


Danser devant des mecs qui ne veulent qu'une chose : te baiser. Leurs regard lourds et insistants, ces mains moites qui se tendent parfois trop près... ce n'est pas vraiment l'idéal. À chaque geste je sens leur désir, animal et brut, comme un poids sur ma poitrine. Je respire difficilement sous ces projecteurs rouges et aveuglants. Pourquoi est-ce que je reste encore ici ?


Comment j'en suis arrivée là déjà ? Ah oui, c'est vrai... Un rire nerveux monte en moi, incontrôlable. Un rire chargé de toutes ces fois où j'aurais pu dire "non". Le rire s'étire, se déforme, et finit par exploser en fou rire. Je ris de ma propre faiblesse, de mes rêves d'adolescentes égarée dans cette mascarade. Je suis tellement pathétique ! Je me marre parce que pleurer ne servirait à rien. Ici, personne ne pleure.


— MADDALENA ! Ramène ton cul, c'est l'heure.


C'est Daniel, le gérant du club Vibrazione, et son ton toujours aussi abrasif. Je l'entend même à travers la porte de la loge. Comment vous dire poliment que c'est un gros enfoiré pervers ? Il se croit tout permis sous prétexte qu'on lui doit une certaine reconnaissance pour nous avoir sortis de la merde. À l'écouter, il nous à "offert" un emploi, nous à "sauvées". Mais moi, je n'ai jamais eu l'impression d'être sauvée.


Au contraire, tout ce qu'il a fait, c'est nous enfoncer un peu plus dans l'obscurité. Chaque jour passé ici, je sens que je m'efface, que je disparais, avalée par ce trou noir.


Je lâche mon pinceau à maquillage, soupire en me regardant dans le miroir. Ce visage, est-ce vraiment le miens ? Je recoiffe légèrement mes cheveux, tentant de camoufler la fatigue derrière un masque de perfection. Mes doigts tremblent légèrement alors que je retire mon peignoir en satin noir. La douceur du tissu contre ma peau est l'une des rares sensations agréables de cette vie. Mais cette douceur est éphémère, comme tout le reste ici.


Direction l'enfer. Mais avant ça, mon petit rituel. J'avale un comprimé rond, comme tous les soirs. Je ne me souviens même plus du nom de cette pilule, tout ce que je sais, c'est qu'elle m'aidera à supporter un peu mieux ce désastre. Elle m'offre l'illusion : ni fatigue, ni faim, juste l'euphorie. Une euphorie factice qui me donne l'impression d'avoir encore le contrôle.


Mes pas me dirigent machinalement vers l'accès au public. Les lumières tamisées, d'un rouge profond, créent une atmosphère pesante, comme si le club baignait dans une éternelle brume de désirs inassouvis. Ces lumières se reflètent sur les visages des habitués, des hommes figés dans leurs habitudes malsaines.


Toujours des hommes mariés, venus fuir leurs femmes et leurs misérables problèmes d'hommes d'affaires. Ces gros porcs me dégoûtent. Ils ont tout pour être heureux, alors qu'est-ce qu'ils font là ? Ne seraient-ils pas mieux aux côtés de leurs femmes, à border leurs enfants chéris ? Peut-être qu'eux aussi fuient quelque chose, une autre sorte de prison. Mais ce soir, je n'ai pas le cœur à chercher des excuses à leur médiocrités.


— Ce soir tu montes, Mad.


La voix de Daniel me ramène brutalement à la réalité. Il se tient là, son ombre massive se découpant sous les néons.


— Et Livia ? Pourquoi ce n'est pas elle ?


— J'ai décider que ce serait toi, et souris un peu ! Ton petit cul me doit encore un max de fric.


Sa main glisse sur ma fesse, et une vague de dégoût m'envahit directement. Chaque contact avec cet homme est une agression silencieuse, un rappel constant de mon impuissance ici. Mais plus je lui lance un regard noir, plus il jubile. Il aime ça, ce jeu de pouvoir. Sombre merde.


Sans plus tarder, je prend la direction des escaliers qui mènent vers l'étage. À chaque marche, l'air semble se densifier, comme si monter ici m'éloignait un peu plus de la lumière. Cet endroit privatisé pour des hommes en tout genre : politiciens, hommes fortunés, mafieux... ce ne sont pas des clients ordinaires. C'est une autre dimension du vice, où l'argent n'a plus de limite.


À peine ai-je le temps de poser le pied sur la dernière marche qu'un claquement de doigts attire mon attention. Je tourne la tête vers un groupe de quatre hommes, assis confortablement sur un canapé noir matelassé, leurs armes et verres d'alcool trônant sur la table comme des trophées.


Respire, mad.


Je prend sur moi, ce ne sont que des mafieux de pacotille, des hommes qui pensent tout contrôler par la violence et l'argent. Mais s'il y a bien une chose que je déteste, c'est qu'on me claque des doigts, comme si j'étais un chien qu'on appelle. Et que Daniel me touche le cul. Mais ça, c'est une autre histoire.


Je force un sourire. Un sourire que j'ai appris à maîtriser au fil des années. Il est hypocrite certes, mais il fait son effet. Je m'avance vers eux, mes talons claquant sur le sol, marquant chaque pas dans ce silence de velours.


Mes mains se posent délicatement sur la table, je me penche légèrement en avant pour bien capter l'attention. Un petit clin d'œil bien placé et je prend ma voix, la plus douce et la plus séduisante possible.


— Bonsoir, messieurs. Comment puis-je vous êtes agréable ?


— Quatre whiskys sans glace, répond l'un d'entre eux d'une voix rauque. Le leader probablement.


Je dois avouer que je suis surprise par sa réponse. Rarement on me demande de faire le service ici. Voilà maintenant trois ans que je travaille dans ce merdier, mais lui, c'était bien la première fois que je le voyais. Son visage d'ange qui semble cacher quelque chose de sombre. Il était d'une beauté démoniaque. Ses cheveux bruns et bouclés surplombaient son crâne, son nez arborait un piercing de chaque côté de ses narines, dilatées par une sorte de rage.


Ses yeux bleus, d'un azur glacial, ne me lâchent pas une seconde. Ils me transpercent, me scrutent, comme s'il cherchait à percer tous mes secrets d'un regard. Ses prunelles glissent sur mes tatouages, s'attardent sur mon visage, puis descendent inexorablement vers ma poitrine, révélée par mon soutien-gorge noir en dentelle. Clairement, il m'analyse. Mais pas seulement de désir. Il m'évalue.


Le regard qu'il me porte est différent. Plus dangereux. Ses yeux sont comme des fenêtres vers une âme tourmentée, et cette noirceur attire mon attention malgré moi.


Je me reprends en secouant légèrement la tête. Je dois rester concentrée. Je tape mes mains sur la table tout en me redressant afin de mettre un terme à ce contact visuel. Ce jeu devient trop intense...


Je m'éloigne de la table, mes pas devenant plus assurés à mesure que je me détache de son regard. Il est comme un piège, une toile d'araignée qui me retient et m'étouffe. Il faut que je respire. J'avance plus rapidement que d'habitude, espérant que la distance physique me redonnera un peu de contrôle sur mes émotions. Le bar du fond est mon refuge temporaire, un lieu où je peux me raccrocher à quelque chose de tangible.


Enzo est là, fidèle à son poste, un regard inquiet posé sur moi. Ses cheveux bruns tombent sur son front, légèrement en désordre, comme s'il n'avait pas dormi depuis des jours. Il est l'un des rares ici qui ne cherche pas à profiter de moi. Il est juste... là. Un îlot de normalité dans ce marécage de vice.


— Il me faut quatre whiskys sans glace pour les messieurs là-bas, s'il te plaît, dis-je, essayant de faire comme si tout était normal.


Il lève un sourcil, ses yeux cherchant les miens.


—Alors c'est toi qui es en haut ce soir, ma jolie ?


— Visiblement, oui, je réponds en haussant les épaules, essayant de faire mine que ça m'est égal. Mais la vérité, c'est que ça m'enchante guère. Travailler en bas est déjà assez pénible, mais là-haut... c'est un autre monde. Un monde où les règles sont floues, où la violence peut surgir à tout moment, dissimulée derrière des sourires courtois et des costumes sur mesure.


Enzo se met à préparer les verres rapidement, mais son visage est marqué par la préoccupation. Son silence en dit long, plus que ses mots n'auraient pu. Quand il finit de préparer les verres, il les pose délicatement sur le plateau, puis, sans me regarder, il murmure :


— Mad, fais attention à toi.


Sa voix est si faible que j'ai presque du mal à l'entendre. Faire attention à moi ? Ce simple avertissement, si sincère, me fait frissonner. Il sait quelque chose, c'est évident. Mais quoi ? Une menace plane-t-elle vraiment sur moi ce soir ? Ou bien parle-t-il de ces clients ? Des hommes comme lui, là-haut, qui ne demandent qu'à posséder ce qu'ils voient ?


Mais ce n'est pas le moment de réfléchir à ce qu'Enzo essaye de me dire. Mon travail m'attend, et je n'ai pas le luxe de prendre peur à chaque signe inquiétant. Je saisis le plateau, j'esquisse un sourire pour le remercier, bien que mes pensées soient ailleurs.


Alors que je me retourne, je remarque quelque chose d'étrange. Le silence. Le groupe d'hommes m'observe toujours, mais c'est plus qu'un simple regard curieux ou avide. Il y a une attention soutenue, presque une tension palpable. Ils me guettent. Et leurs yeux, particulièrement ceux de cet homme aux cheveux bouclés et aux yeux bleus, ne m'ont pas quittée un instant.


Respire, Mad.


Je marche d'un pas plus sûr, essayant de maintenir une allure fluide, mais en réalité, je suis une tempête à l'intérieur. Mes pensées sont confuses, mes muscles tendus. J'essaie de me convaincre que ce n'est qu'un soir comme les autres, mais mon corps refuse de croire cette illusion. Chaque mouvement me semble plus difficile. Ma respiration se fait plus courte. Ce plateau que je porte, si léger en apparence, devient soudain incroyablement lourd. Mes doigts tremblent autour des verres.


Je ne peux pas faillir. Je suis une proie parmi des prédateurs, et la moindre faiblesse pourrait me coûter cher. Plus je m'approche de leur table, plus je sens cette pression écrasante. Chaque pas est une épreuve. Chaque instant est une lutte pour rester calme.


Leurs yeux sur moi, surtout ceux de l'homme aux yeux bleus, deviennent comme des couteaux qui pénètrent dans mon esprit, fouillent chaque recoin de mes pensées. Plus je tente de résister à cette emprise invisible, plus mes jambes se tétanisent. C'est comme si mes membres se refusaient à m'obéir, paralysés par une force que je ne comprends pas. Ma déglutition devient laborieuse. Chaque mouvement semble pesé et calculé, mais le poids de la tension qui grandit entre nous rend tout plus difficile.


Finalement, j'arrive à leur table, mon souffle court, mes muscles crispés sous la pression. Je pose délicatement le plateau sur la table, essayant de ne rien renverser malgré mes mains qui tremblantes.


— Voici vos whiskys, messieurs, dis-je d'une voix que j'espère stable, mais qui vacille légèrement sous l'intensité de leurs regards.


Celui qui m'a demandé les whiskys, l'homme aux yeux d'azur, me fixe toujours sans relâche. Ses prunelles me sondent, mais cette fois, ce n'est pas seulement mon corps qu'il analyse. Je tente de rester impassible, de garder ce masque que j'ai si bien appris à porter, mais la vérité, c'est que je suis troublée. Ce regard n'est pas seulement celui d'un client, il est chargé de quelque chose d'autre. De danger. De promesses.


Je me redresse, cherchant à fuir cette tension, mais au moment où je m'apprête à repartir, il m'interpelle, sa voix grave et froide comme la nuit :


— Reste un peu.


Je m'arrête net, figée. Ce n'est pas une invitation, c'est un ordre. Mon cœur s'accélère tandis que je tourne lentement la tête vers lui. Ce n'est pas la première fois qu'un client me demande de rester, mais là, il y a quelque chose de différent. Un frisson  parcourt ma colonne vertébrale. Je le regarde dans les yeux, tentant de comprendre ce qu'il attend de moi, mais son visage reste impénétrable. Son sourire est léger, presque imperceptible, mais je perçois la menace qui se cache derrière.


Je pourrais refuser. Je devrais refuser. Mais je sais que ce n'est pas aussi simple. Refuser, ici, ce n'est pas seulement dire "non". C'est déclencher quelque chose, un conflit que je ne suis pas sûre de pouvoir gérer. Et pourtant, chaque fibre de mon corps hurle de fuir.


Je prends une grande inspiration et, d'une voix douce mais ferme, je lui réponds :


— D'autres clients m'attendent, monsieur.


Un long silence s'installe entre nous, lourd et pesant. Ses yeux, toujours rivés sur moi, semblent calculer. Puis, enfin, il incline légèrement la tête, un sourire en coin apparaissant sur ses lèvres.


— Très bien, pour cette fois.


Ce simple répit me donne l'impression d'échapper à un piège. Je m'empresse de quitter leur table. Chaque pas loin d'eux me rend un peu de ma liberté. w