La traque d'Ilsa

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Résumé

Ilsa Grace avait tout pour elle : un mariage stable, une meute aimante et un mari en qui elle pouvait avoir confiance. Jusqu'au jour où elle rentre à la maison et découvre ce clébard de malheur en train de la tromper avec sa meilleure amie. Se sentant trahie, elle décide de s'éloigner le plus possible en commençant une nouvelle vie dans la Grosse Pomme. Cependant, chaque loup sait qu'on ne peut jamais vraiment s'éloigner de son âme sœur. Il observe, toujours à l'affût, prêt à bondir.

Statut :
Terminé
Chapitres :
27
Rating
5.0 9 avis
Classification par âge :
18+

Prologue : Logan est une vraie merde

« Espèce de connard ! » je hurle, en jetant le premier objet venu sur la tête la plus ignoble que j’aie jamais connue et détestée.

Celle de mon mari.

Le vase en céramique bleue qu’il m’avait offert pour notre troisième anniversaire de mariage siffle près de son oreille et va s’écraser contre le mur en béton boursouflé derrière lui. Évidemment que j’ai jeté un vase. Toute cette situation est un cliché vivant.

Imaginez un peu le tableau : la femme naïve (et accessoirement loup-garou) rentre à la maison et trouve le loup de son mari en train de se taper l’une de leurs amies proches. Ledit mari fait alors semblant d’être totalement surpris et se met à courir après sa femme en prétendant que « ce n’est vraiment pas ce que tu crois, bébé ».

Sauf que si. Et il l’a baisée. Peu importe qu’ils aient été sous leur forme de loup. Peu importe que, quand on est dans ladite « forme de loup », on ne soit techniquement plus soi-même. Peu importe que toute cette histoire me dégoûte un peu, parce que beurk, des chiens qui font ça, quoi.

J’ai vu ce que j’ai vu, et malheureusement, je ne pourrai jamais effacer ça de ma mémoire.

« Bébé, tu dois m’écouter ! » Le lâche stupide évite de justesse de se prendre son propre portable dans la trachée, et nous regardons tous les deux l’appareil rebondir sur ses articulations avant de finir sur la moquette.

« Rien à foutre, Logan, espèce de grosse merde ! Je ne serai pas satisfaite tant que je n’aurai pas fracassé chaque objet de cette pièce sur ton crâne épais. » Pour prouver mes dires, je saisis l’un de nos iPads (j’espère sincèrement que c’est le sien, mais ces trucs se ressemblent tous) et je le fracasse sur son épaule.

Logan blêmit et se raidit tandis que des éclats de verre lui entament la peau. Son corps musclé se contorsionne d’une manière tout à fait sensuelle qui me rappelle ses spasmes orgasmiques au lit.

Il récupère vite et m’arrache l’appareil des mains en me tirant avec lui. Je couine et je me tortille, mon dos plaqué contre son torse large et nu, en faisant tout mon possible pour me libérer.

« Lâche-moi, espèce d’abruti ! »

« Non. Pas tant que tu ne te seras pas calmée. » Il parvient à me coincer dans une sorte de prise de tête et je lui lance des regards noirs, mes yeux bleus plantés dans ses flaques de marron liquide.

Mes hormones de débile sont momentanément distraites.

Si mignon…

Non ! Ils sont couleur crotte. Et boue. Si la boue avait de longs cils immenses et des boucles brunes épaisses. Pfff, abruti stupide et séduisant ! Il m’énerve tellement, je pourrais juste…

Je baisse la tête et mords aussi fort que possible dans son poignet. L’enculé ne sourcille même pas.

« Va falloir que tu fasses mieux que ça, Ilsa. On a pratiquement grandi ensemble. Tu me mords, moi et tous les autres villageois, depuis que tu as trois ans. Je suis sûr qu’ils ont commencé à utiliser tes marques de dents comme un tampon de résidence. »

Je manque d’étouffer un rire, mais je ne lui ferai pas ce plaisir.

« Je te hais. » J’espère que mes mots ont le goût du venin.

« Ouais, ça se voit. Mais tu sais ce qu’on dit sur la haine et l’amour ? »

« Va te faire foutre. »

« C’est bien ça. » Il glousse en levant la main pour me tapoter la tête avant de me repousser doucement. « Maintenant, on peut discuter ? S’il te plaît ? »

Mes yeux dérivent immédiatement vers l’entrée, où j’ai déjà aligné trois valises remplies de ce qu’il reste de ma garde-robe. J’aimerais dire que j’avais prévu le coup, mais pour couronner le tout, Mère Nature a encore fait des siennes : nous étions justement censés partir en petit week-end en amoureux aujourd’hui.

Ce qui aurait dû être une escapade romantique s’est transformé en un sacré tas de merde. Quoi qu’il en soit, je mentirais si je disais que je ne suis pas légèrement soulagée de ne pas avoir à rester ici pour écouter Logan essayer de s’en sortir avec ses mensonges pendant que je fourre toutes mes affaires dans ces valises hideuses couleur vomi que son père nous a offertes.

« N’y pense même pas », prévient-il, et mes pieds s’activent aussitôt. Je sprinte aussi vite que je peux vers les poignées des valises, je les agrippe de toutes mes forces et je fonce vers la porte.

Le bruit de ses pas légers me donne envie de cavaler, et j’accélère brusquement la cadence.

Encore trois mètres et j’atteins la voiture.

Juste au moment où je vais attraper la poignée, un bras musclé me bloque le passage. La boule de nerfs dans mon estomac me donne envie de hurler. Alors, je le fais. Très fort, pour que les voisins entendent. S’il reste un soupçon de sympathie dans ce bas monde, la Déesse Lune ou quel que soit son nom permettra que cette porte s’ouvre pour que je puisse me casser d’ici.

« Ilsa ? Tout va bien là-bas ? »

Les yeux de Logan s’écarquillent, et je vois ses boucles chocolat rebondir alors qu’il cherche où se cacher.

Bingo ! C’est notre voisine fouineuse, Mrs Thompson.

Son mari l’a quittée pour son âme sœur il y a cinq ans, et depuis, elle est l’ennemie jurée de tout mâle doté d’un pénis. Un large sourire étire mes lèvres et je lance un regard méprisant à mon mari avant de me tourner vers ma sauveuse.

Je lui souris gentiment.

« En fait, Mrs Thompson, ça pourrait aller mieux. Voyez-vous, Logan ici présent vient de me tromper avec l’une de mes meilleures amies, et j’aimerais vraiment le quitter pour qu’il puisse mourir seul et pourrir en enfer pour l’éternité. Mais le bougre, il refuse de me lâcher ! »

Heureusement que ma louve intérieure dort à poings fermés. Si Scarlet apprenait tout ça, je ne l’entendrais jamais se taire.

Pfff, j’entends déjà sa voix casse-pieds me faire la morale.

« Mais Ilsa, c’est ton âme sœur. Vous êtes le destin l’un de l’autre. Blabla, blabla, blabla. »

N’importe quoi.

Je manque de faire une petite danse de la joie en voyant Mrs Thompson se diriger vers nous, et je ricane en voyant Logan s’écarter pour se mettre dans mon ombre. Il essaie sérieusement de se cacher là ?

« Hého, Mrs Thompson ! Vous êtes particulièrement rayonnante ce matin. Vous avez fait quelque chose à vos cheveux ? »

Je dévisage rapidement la vieille dame et conclus que oui, elle a bien fait quelque chose à ses cheveux. Elle les a teints en blond. Mais je doute que ça rapporte des points à mon futur ex-mari.

« Ne me fais pas ton "hého", espèce de menteur à l’haleine de chien ! Je n’arrive pas à croire que tu aies pu faire une chose aussi atroce à notre chère et douce Ilsa ! »

Ses longs bras sortent de nulle part et commencent à lui flanquer des claques au visage, alors je déguerpis au plus vite.

Un concert de « Aïe, aïe, aïe ! Lâche-moi, vieille harpie ! » résonne derrière moi tandis que je me glisse près de ma vieille Bessie, une Ford Mustang Shelby GT500 de 1968.

Elle continue de l’insulter et de le menacer pendant que je sors mes clés de ma poche et déverrouille la porte. Après avoir soigneusement rangé mes valises à l’arrière, je me glisse prestement sur le siège conducteur et je démarre, juste à temps pour entendre la fin du sermon de Mrs Thompson à mon mari.

« …attends seulement qu’Alpha Jordan apprenne ça. Il sera tellement déçu. Il t’a élevé comme son propre fils, pour l’amour de Dieu ! Tu n’as pas honte ? Tu étais censé être l’un des bons ! »

Je gratifie la folle dingue d’un sourire carnassier et je lui fais un petit signe de la main avant de quitter l’allée pour rejoindre la rue. Quel que soit le sort que le destin réserve à Logan, c’est l’affaire de la meute dans notre village. Ils sauront quoi faire de lui.

Le sourire que j’affiche persiste dans mon rétroviseur, devenant de plus en plus petit à mesure que l’aiguille du compteur grimpe. Ce n’est que lorsque notre petite maison pittoresque de Moonlight Corner disparaît au loin que je prends une profonde inspiration et que je laisse échapper un sanglot.