Chapitre 1 : Le début des illusions
Ma mère et moi, nous avions quitté la maison un matin gris, les valises à peine bouclées, avec l’impression de laisser une partie de nous derrière. Mon père et mes deux grands frères étaient restés là-bas, dans cette maison qui avait été le théâtre de mes souvenirs d’enfance.
Je me rappelais encore des rires dans le salon, des soirées où mon père racontait des histoires que j’écoutais les yeux brillants. Et maintenant, il ne restait plus que le silence, ce vide pesant qui semblait s’étirer dans notre nouvelle vie.
Mais ce n’était pas seulement l’absence de mon père et de mes frères qui me troublait. À quinze ans, je ressentais un besoin profond, presque viscéral, de quelque chose que je ne pouvais pas nommer. Un besoin d’être vue, aimée, comprise.
C’était souvent le soir, après avoir couché ma petite sœur, que ces pensées prenaient toute la place. Je m’allongeais dans mon lit, fixant le plafond, et j’imaginais.
Dans mon esprit, il y avait un garçon. Il n’avait pas de visage précis, mais je savais qui il était. Il était fort, protecteur, et surtout, il m’aimait d’un amour inconditionnel. Avec lui, je me sentais en sécurité, comme si rien ne pouvait m’atteindre.
Je rêvais qu’il m’apparaisse, un jour, par surprise. Peut-être à l’école, ou lors d’une promenade au village. Il serait différent des garçons que je connaissais. Plus mûr, plus attentionné. Il saurait tout de moi sans que j’aie besoin de parler. Il devinerait mes peurs, mes doutes, et il les effacerait d’un simple regard.
Dans mes rêves, il m’appelait par un surnom tendre, un mot rien qu’à nous. Il me prenait la main et m’emmenait loin de tout ça. Loin de cette maison où le silence régnait, loin de mes responsabilités, loin de cette douleur que je portais en silence.
Avec lui, je me voyais déjà construire une vie. Une maison lumineuse, des enfants qui jouaient dans le jardin, des journées simples et heureuses. Ce garçon représentait tout ce que je voulais : l’amour, la stabilité, et une échappatoire à la réalité.
Mais parfois, ces rêves me laissaient un goût amer. Peut-être que ce garçon n’existait pas. Peut-être que, comme ma mère, j’étais destinée à découvrir que l’amour était une illusion, une promesse brisée avant même d’avoir commencé.
Je repensais à mon père et à ma mère. À leur séparation. À ces disputes qu’ils croyaient cacher mais que nous entendions à travers les murs. L’amour les avait détruits, alors pourquoi croyais-je encore à ce rêve ?
Et pourtant, je refusais d’abandonner cette idée. Peut-être parce que c’était tout ce qui me restait. Dans mon monde bouleversé, ce garçon imaginaire était ma bouée, mon espoir.
J’étais loin de me douter que, dans quelques mois, mes rêves d’amour prendraient vie, d’une manière à la fois fascinante et destructrice.