Chapitre 1 : Un rendez-vous, enfin presque
Mercury Sinclair classa le dossier de la dernière affaire bouclée par Private Affairs Investigations.
Encore un travail bien fait et un client satisfait. Elle s'était occupée de celui-là pro bono, mais avec un plaisir particulier. En traquant un promoteur immobilier véreux qui fuyait ses pensions alimentaires, elle avait aidé une mère célibataire aux abois.
Son associé, Max Remington, était un ancien tireur d'élite de l'armée. Malgré son air dur à cuire, il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir aider tout ce qui souffrait sur cette terre. Mercury devait souvent lui rappeler que toutes les affaires ne pouvaient pas être gratuites. Sinon, ils ne feraient jamais de bénéfices. Mais pour le cas Burns, elle était d'accord avec lui. Cette pauvre femme avait besoin d'aide et Private Affairs devait intervenir gracieusement.
Ils n'avaient pas seulement retrouvé ce connard. Ils avaient aussi mis Amanda Burns en contact avec une association d'aide juridique. Ces derniers allaient s'assurer qu'elle touche les arriérés de pension de son ordure d'ex. Ils iraient jusqu'à la saisie sur salaire s'il ne payait pas.
Alors que Mercury éteignait son ordinateur, elle entendit des pas se diriger vers son bureau. Elle regarda l'heure et fit un calcul rapide.
Elle allait sûrement être en retard pour son... enfin, « rendez-vous » était le terme poli. Mais si Mercury était honnête avec elle-même, c’était plutôt un plan cul amélioré.
Vu qu'elle n'avait pas eu de vie sexuelle depuis presque deux ans, elle devrait normalement être plus enthousiaste pour cette soirée.
Tu sais très bien pourquoi tu ne l'es pas, murmura une petite voix intérieure. Tu sais que tu devrais annuler. Tu sais que tu ne veux personne d'autre que...
Arrête ça tout de suite.
Mercury fit taire mentalement cette voix agaçante. Elle n'allait pas annuler. Elle en avait marre de se donner des orgasmes toute seule. Ce qu'elle désirait était juste là, sous ses yeux, mais totalement interdit.
Vouloir baiser son meilleur ami et associé était une idée catastrophique. Surtout quand cet ami était la personne la plus importante de sa vie. C'est lui qui s'occupait d'elle quand elle était malade. C'est lui qui l'emmenait dans sa famille pour les fêtes pour qu'elle ne soit pas seule. Il la soutenait à chaque instant depuis leur rencontre.
Alors tant pis si, ces derniers temps, passer du temps avec lui revenait à admirer un délicieux éclair au chocolat derrière une vitrine. Il était là, si proche et si tentant. Elle en avait tellement envie que ça lui en donnait mal au ventre. Mais elle savait pertinemment qu'elle ne pouvait pas y toucher. Alors elle se contentait de le fixer et, parfois, de poser le bout des doigts sur la vitre.
Le plus frustrant, c'est qu'elle comprenait pourquoi cette limite fixée il y a trois ans était vitale. Elle comprenait pourquoi ils faisaient tous les deux attention à ne pas la franchir. Rem était son partenaire et il était devenu son meilleur ami.
Mercury ne gâcherait jamais cela pour une histoire de sexe. Mais son corps, lui, ne voulait plus mentir.
Elle voulait Max Remington. Dieu, ce qu'elle le voulait. Dernièrement, seule sa capacité incroyable à compartimenter ses émotions l'empêchait de se frotter contre lui dès qu'il s'approchait trop.
Merci papa, merci maman pour votre éducation froide et distante.
Mais la compartimentation avait ses limites. Il était temps de sortir et de s'occuper de ses affaires.
Elle ne pouvait peut-être pas avoir l'éclair, mais elle pouvait bien s'offrir un petit biscuit.
Les bruits de pas arrivèrent enfin dans son bureau, ramenant Mercury à la réalité.
« Ms. Mercury... »
Elle leva la main pour couper la parole à cette jeune voix trop zélée. « Nigel, s'il te plaît. On en a déjà parlé. C'est un nom ridicule et je ne l'utilise pas. Sinclair, ça ira très bien. »
Nigel, avec ses lunettes, hocha la tête d'un air grave. « Ms. Sinclair, il y a un homme au bout du fil qui insiste pour passer aujourd'hui. »
Misty Puentes entra derrière Nigel. Son ventre de femme enceinte apparut dans la pièce avec trois bonnes secondes d'avance. Elle était la réceptionniste, la gestionnaire et celle qui gérait tout le remue-ménage chez Private Affairs. C’était elle qui faisait tourner la boutique.
Il était plus de 17 heures, l'agence était donc fermée. Mais il n'était pas rare qu'ils reçoivent des clients potentiels après les heures de bureau.
« Je suis sur le départ », répondit-elle, avant de se tourner vers Misty. « Où est Rem ? »
« Il avait rendez-vous avec un témoin pour l'affaire Caldwell. C'était noté pour 16 heures, donc il devrait être de retour bientôt. Mais il n'est pas encore là. »
« Dis à ce client qu'il peut repasser lundi dès la première heure », lança Mercury à Nigel.
Nigel lança un regard inquiet à Misty. « Il a vraiment insisté. »
Misty hocha la tête. « Je sais. Ils font toujours ça. » Son ton était rassurant. « Fais comme on a répété, Nigel. Prends ses coordonnées et le maximum d'infos sur ce qu'il veut, s'il accepte d'en dire plus par téléphone. »
Nigel acquiesça avant de s'éclipser rapidement.
« Est-ce qu'il va tenir le coup ? » demanda Mercury, curieuse.
Misty essayait de trouver quelqu'un de compétent pour tenir la caserne pendant son congé maternité. Elle espérait peut-être garder cette personne comme assistant à son retour pour l'aider. Pour l'instant, elle en était au quatrième stagiaire et aucun n'avait été à la hauteur de ses exigences.
« Il a du potentiel. » Misty haussa les épaules. « Il est très intelligent et plein de bonne volonté. Mais tu l'intimides à mort. »
Mercury soupira, sans s'en offenser. Elle savait qu'elle pouvait être dure, exigeante et parfois un peu trop directe.
« Ce n'est pas ton genre de refuser du travail », fit remarquer Misty en lui jetant un regard pensif.
« Je m'en vais. »
« Il est à peine 17 h 30. »
« Oui, la journée est finie », répliqua Mercury. « Toi et Nigel devriez aussi rentrer chez vous. »
Misty n'était pas dupe. « Tu as un rencard, n'est-ce pas ? »
Mercury grimaça presque en entendant le mot. « Plus ou moins. »
« Est-ce que Rem est au courant ? »
Mercury leva un sourcil sarcastique. « Pardon ? Je ne savais pas que je devais tenir Maxwell Remington au courant de mon emploi du temps social. »
Le sarcasme ne fit aucun effet sur Misty. « Vous êtes incroyables tous les deux. Vous allez continuer à vous tourner autour indéfiniment, c'est ça ? »
Seule Misty, présente depuis quasiment le début, pouvait se permettre ce genre de réflexion. Mercury lui jeta un regard froid. « Rem et moi ne sommes que des amis. »
« Mais bien sûr. » En secouant la tête, Misty sortit de sa poche un petit carnet et un crayon. « C'est quoi le nom de ce gars et sa date de naissance ? »
« Pas besoin de vérifier ses antécédents. Je le connais. »
Misty leva un sourcil à son tour. « Tu le connais comment ? Assez pour savoir qu'il n'est pas recherché pour tentative de meurtre ailleurs ? »
Mercury poussa un gémissement. « Vous n'allez jamais me lâcher avec ça, hein ? »
Son dernier vrai rendez-vous, plus d'un an auparavant, s'était terminé brutalement par une descente de police dans le restaurant. Il s'était avéré que son charmant cavalier faisait l'objet de plusieurs mandats d'arrêt, dont un pour tentative de meurtre.
Le lendemain, Mercury avait supprimé son application de rencontre. Remington, lui, avait exigé de vérifier le passé de tous ses futurs prétendants. Misty et Amelia Jones, leur portraitiste judiciaire, avaient totalement approuvé l'idée.
« Je file, Misty. Bonne soirée. »
« Rem va péter un câble si... »
« Péter un câble à propos de quoi ? »
Quand on parle du loup, on en voit la queue.
Max Remington entra dans le bureau. Avec son costume sur mesure et sa cravate originale, il était d'une beauté insolente. Pour ne rien gâcher à son charme fou, il tenait une boîte de chez Magnolia Bakery. Mercury, avec son penchant pour les sucreries, repéra tout de suite la pâtisserie qui lui était destinée.
Mercury lança un regard d'avertissement à Misty, mais celle-ci n'en tint aucun compte. « Sinclair a un rendez-vous, mais elle refuse de me donner son nom ou sa date de naissance. »
Merde.
Le regard gris acier de Remington se durcit instantanément.
« Quoi ? »