Prologue
April
On m’a souvent dit que le passé finit toujours par nous rattraper. Que peu importe combien on essaie de l’enterrer, il refait surface. Il arrive que ce soit bénéfique, révélateur, tout comme parfois, il revient tel un boomerang : en plein dans votre figure et avec fracas.
Je n’ai jamais connu cet homme, mais il semble que lui me connaissait depuis longtemps. Depuis toujours en fait. Il s’est immiscé dans ma vie, comme une ombre, un fantôme du passé qui a attendu que je sois prête. Que je sois enfin en mesure de comprendre l’étendue de ce bouleversement, les tenants et aboutissants. Mais je n’étais pas prête.
« Tu n’as aucune idée de ce que tu représentes. » avait-il dit ce jour-là d’une voix rauque et lourde d’un poids que je ne mesurais pas encore. Cet homme m’avait surpris à la sortie des cours et m’avait embarquée de force dans sa voiture pour me révéler tout ce que je pouvais comprendre pour l’instant. J’avais ri, par réflexe, par défi, comme je sais si bien le faire. Cacher mes émotions était devenu monnaie courante, dans ce cas-ci, une nécessité. C’était plus facile que de croire qu’il disait la vérité.
Finalement, j’ai compris. Tout ce qu’il m’a caché. Tout ce qu’il m’a laissé. Tout ce qu’il a sacrifié. Mais, je ne comprendrai jamais pourquoi il a choisi de me détourner de ma destinée. Pourquoi il m’a laissée marcher en apesanteur, face au vide, sur ce fil fragile entre l’ombre et la lumière. Entre la vie et la mort. Peut-être qu’il n’avait pas le choix. Peut-être que dans son monde, l’amour est interdit et le silence, une forme de protection.
Ou bien, il savait que je finirai par découvrir la vérité par moi-même. Et bien sûr, que cette vérité allait tout détruire. A commencer par moi.