Prologue
Retranscription exacte. 10h08 du matin.
Depuis l’immense verrière, il contemple l’avancée rapide des travaux, imperturbable, mains croisées dans son dos. Sous nos yeux s'étendent les prémisses de Cimaterra. La Cité, tout particulièrement, et son foisonnement incongru au milieu du brouillard de cendres qui s'étend jusqu'à l'horizon bouché.
Gellis reste statique durant toute la durée de l’échange.
— Nous avons un problème, Dazil.
— Oui, Maître ?
— Ils veulent vivre. Ils veulent vivre et cela nous met tous en péril.
— Oui, Maître.
— Il faut changer cela, Dazil.
— En effet, Maître.
— Il nous faut détourner leur attention. Il faut qu’ils veuillent autre chose que vivre. Il faut qu’ils veuillent le néant !
— C’est une excellente idée, Maître.
— Mais personne ne voudrait du néant ! Non, si nous voulons réussir, il faudra donner au néant les plus belles couleurs de la vie...
— C’est-à-dire, Maître ?
— L’amour et la lumière.
— Mais comment, Maître ?
— Voyons, tu ne saisis pas ? La mort, Dazil ! La mort est la solution. Le passage vers le néant. Ils voudront d’abord l’éviter, mais petit à petit, tu verras, ils finiront par la désirer. Et sais-tu comment on peut changer le désir d’un homme ?
— Non, Maître.
— Par la peur.
— Mais la peur de quoi, Maître ? C’est parce qu’ils ont eu peur de la mort que nous sommes dans cette situation !
— C’est inexact, Dazil. Ils ont eu peur de ne plus vivre. Mais si la mort devient pour eux l’amour et la lumière, alors elle deviendra désirable, et il n’y aura plus en elle ce qui pourtant reste dans la vie. Ce qui justement leur fera peur.
— Et c’est, Maître ?
— La souffrance, Dazil.
Silence.
— Les hommes voudront mourir.
Extrait du Journal de Dazil Gray, An - 12 avant notre ère, Entretiens avec les Fondateurs
Archives secrètes de la Cité