Chapitre 1
L’insupportable sonnerie de mon réveil se fait entendre à tout bout de champ et me sort de mes pensées. Il faut dire que le studio que je loue n’est pas bien grand et ressemble plus à un petit cocon qu’à un appartement. Les murs sont peint dans un bordeaux foncé et le sol est recouvert d’un parquet qui semble avoir vécu toutes les guerres du monde tellement il est abimé.
Mon portable affiche 6h30. Cela fait maintenant 1h30 que je suis levée mais je suis encore en short de foot et en t-shirt, assise au bord de ma fenêtre à me demander pourquoi je devrai aller au travail en sachant que j’y croiserai une vague humaine aussi agréable qu’une montagne de singes. Et encore, je me demande si cela n’est pas dénigrant pour ces primates. Mais je me trouve parmi eux, au milieu de cette montagne d’idiots, moi, Noa, une jeune fille de taille normale et au regard fatigué. J’ai les cheveux courts et bouclés, de couleur châtain. Mes yeux sont quant à eux verts et ils vous donneraient le vertige tellement ils semblent vidés d’espoir, de sentiment et de vie.
Pour aller au café où je travaille, je n’ai pas besoin d’une tenue très recherché. De toute manière, un superbe tablier noir usé finira sur mes hanches et un t-shirt noir floqué au nom du café viendra remplacer mon haut. J’enfile donc un jean bleu foncé et un sweat gris délavé légèrement trop grand. Un rapide coup d’œil dans le miroir me renvoie l’image d’un visage fin au teint pâle marqué par la fatigue qui me révulse et me fait aussitôt tourner la tête. J’accroche ma banane autour de moi et y suspend mon casque audio.
Dehors, j’entends le bruit des voitures qui commence doucement à se lever et qui se mêle à celui des ouvriers occupés à décharger les camions pour remplir les réserves des magasins des alentours. Après quelques pas à écouter la ville se réveiller, je me décide d’ancrer mon casque sur mon crâne et de lancer aléatoirement ma musique.
Je serpente entre les quelques personnes encore mal réveillées qui vont travailler. Je descends l’avenue principale sans vraiment voir le monde. Les arbres qui bordent la route me paraissent inexistants et les vitrines des magasins semblent vide tellement mon esprit est occupé par mes pensées et mes pas rythmés par ma musique.
J’arrive enfin sur la place de la mairie, je ralentis le rythme et m’attarde sur le monde qui m’entoure tout en me dirigeant vers le café. Les arbres ont l’air de s’être réveiller en même temps que la ville maintenant que les rayons du soleil éclairent les feuilles. La plus part d’entre eux commencent à fleurir et étendent leurs branches pleines de feuilles au-dessus des gens. Les voitures ont pris possession de la route et font se former un nuage grisâtre au-dessus de nos têtes. Quelques Klaxons d’éternel pressés montent dans la fumée des pots d’échappement.
Je regarde les gens dans leur voiture. Ils semblent tous écouter la même radio car ils affichent tous cette même expression sur leur visage. Un mélange de déprime, d’insatisfaction et d’ennui sûrement dû à des annonces d’informations toujours plus déprimantes les unes que les autres.
Après 20 minutes de marches, j’aperçois la devanture du petit café où je travaille sur le trottoir d’en face. Sa façade en vieille brique rouge muni d’une petite porte noir et d’une grande baie vitrée me fait sourire. Louis, le patron, n’a toujours pas sauté le pas pour enlever les décorations de noël mais a tout de même décider de réinstaller les petites tables sur le trottoir.
A travers la baie vitrée, j’aperçois quelques habitués en train de faire la queue et Maya, ma collègue, déjà derrière le comptoir à s’occuper des commandes.
Je saute du trottoir et coupe la route en passant entre les voiture qui sont à l’arrêt en attendant que le feu passe au vert. Je contourne un camion de livraison et me glisse entre deux voitures garés afin d’atteindre le trottoir.
Avant d’entré Chez Louis, oui en therme d’originalité de nom on repassera, je coupe ma musique, suspend mon casque à ma banane et me recoiffe rapidement. En poussant la porte, l’odeur chaude et réconfortante de la brioche et des cookies me fait saliver. Le sourire communicatif de Maya m’atteint lorsqu’elle me salut et je me sens alors prête à commencer la journée.
- Noa avant de baver sur mes brioches, va te changer et sers les clients. Tu passes après eux je te rappelle !
La quarantaine passée, des cheveux en pagayes poivre et sel qui retombent légèrement sur deux billes marrons entourées de rides, la tête de Louis apparait dans l’embrasure de la porte reliant la salle à sa petite cuisine. Malgré une voix grave et ferme, son sourire atteignant le coin de ses yeux me permet d’aller au bout de mon action et de croquer à pleine dent dans la part de brioche que j’ai piqué sur le comptoir en allant vers la cuisine.
Je file au vestiaire en finissant ma part de brioche et en passant discrètement entre les quelques clients présent dans le café. La plus part sont des habitués qui s’arrêtent chaque matin pour prendre une bonne dose de café mais surtout pour craquer sur l’une des douceurs sucrées de Louis. Il faut dire qu’il ni a rien de mieux pour commencer la journée que de se goinfrer par une pâtisserie de Louis. C’est comme manger une petite par de bonheur qui va vous motiver pour le reste de la journée.
Après plusieurs heures passés derrière le comptoir, Maya et moi nous posons à l’une des petites tables rondes installés contre la baie vitrée. Un thé en main, je profite du soleil qui nous réchauffe pour souffler et profiter du calme ambiant.
- Et tu vas me dire que ça ne te manque pas ? me demande Maya de sa voix douce. Que tu n’as jamais croisé personne qui suscite de l’intérêt ?
⁃ Aussi incroyable que cela puisse être, non Maya, je lui réponds en prenant une gorgée de thé les yeux toujours fermés. Et ne vient pas me parler de ton cousin bûcheron ou de je ne sais quel autre homme de ton entourage.
Son rire me fait ouvrir les yeux et le regard que je lui jette ne suffit pas à l’arrêter. Parce qu’elle sait très bien comment à fini le dernier rendez-vous qu’elle a voulu m’organiser.
Son cousin m’a emmené à un concours de bucheron dont il n’a jamais pu participer car il n’a pas réussi à démarrer sa tronçonneuse. Le gag aurait pu s’arrêter la mais non. Cela à continuer avec un plat, selon lui, trop chaud qui lui à fait tourner de l’oeil quelques instant. Et enfin, il n’a pas pu me ramener car il avait bien trop bu. Ce soir là, c’est Maya, aussi hilare qu’aujourd’hui qui était venu me chercher afin de me ramener bien au chaud chez moi. Depuis, elle sait que les rendez-vous organiser, par elle d’autant plus, ne sont pas à me proposer.
Je continue de la fixer pendant qu’elle se moque ouvertement de moi. En y repensant, cela me fait tout de même sourire derrière ma tasse de thé. Mais dans ces moments là, je sais comment l’embêter moi aussi.
⁃ En attendant, ce n’est pas moi qui manque de tourner de l’oeil comme mon cousin dès que je bois un café trop chaud.
⁃ Alors ça, c’était bas ! Me répond maya après avoir manquer de recracher tout son café dans sa tasse.
⁃ Chacun ses galères, chaude ou non.
Nous explosons toutes les deux de rires et finissons tranquillement nos boissons.
Maya est doucement devenue une amie au fil du temps passé ensemble à travailler au café. Avec ses longs cheveux roux bouclés et ses yeux verts cernés de tâche de rousseur, ce petit bout de femme est une vraie pile électrique qui apporte joie et bonne humeur à quiconque entre chez Louis. Il faut dire qu’avec une moyenne de 4 tasses à café avant midi, l’énergie n’est pas prêt de lui manquer.
Il est presque seize heure lorsque je finis de remplir le comptoir avec les pâtisseries que Louis a préparé durant l’après midi. A cette heure-ci, le café est assez calme et le restera jusqu’à sa fermeture mais nous avons toujours des gourmands qui viennent chercher du réconfort après une journée éprouvante ou une tasse d’énergie avant une séance de sport.
Maya est rentrée après notre pause afin d’enchainer avec ses cours du soir. Pour ma part, j’ai arrêté les études il y a presque un an, lorsque j’ai trouvé ce travail chez Louis. Et cela me convient parfaitement de rester jusqu’à la fermeture. Il arrive que Louis propose des scènes ouvertes ou des clubs de lectures certains soirs afin d’augmenter le chiffre d’affaire du café. Et il faut dire que cela marche plutôt bien et permet d’amener de nouveau client, même si Louis n’a pas besoin de ça pour aller bien.