Chapitre 1
Lorenzo
« Elle. est. où ? » Alec hurle en s'acharnant à coups de poing sur le visage d'un associé de Tommy.
Le but est normalement d'obtenir des informations par tous les moyens nécessaires. Mais à ce stade, c'est surtout un moyen pour lui de passer ses nerfs. Est-ce que je lui en veux ? Non. Sauf que ça ne nous aide pas du tout à retrouver Alissandra, et c'est la même chose avec les trois derniers types qu'il a traînés ici.
On y est depuis des heures. Alec fait durer le plaisir autant qu'il peut, et le gars sous lui n'est plus qu'un tas de peau et d'os. Il n'en tirera rien de valable. À en juger par les bruits de gargouillis qui sortent de sa gorge, le type n'en a plus pour longtemps.
Je me doutais déjà qu'Alec avait complètement perdu les pédales. Le voir interroger ce type n'a fait que confirmer mes soupçons. Dieu seul sait où est Freddie. Je crois qu'il est parti après vingt minutes lors du premier interrogatoire, il n'avait plus l'estomac assez accroché.
C'est toujours pareil, Freddie ne peut jamais regarder ça trop longtemps et finit par jeter l'éponge. De mon côté, j'ai vu Alec faire ça tellement de fois que ça ne me fait plus ni chaud ni froid. Même si je dois avouer que là, ça devient un peu extrême.
N'importe qui comprendrait que le gars ne sait rien. Il lui a percé des trous dans plusieurs membres, lui a arraché des dents et lui a bousillé les deux rotules sans qu'il ne lâche le moindre indice sur l'endroit où se trouve Alissandra. Pour Alec, ça ne semble pas suffire.
Mais non, il ne s'est pas arrêté là. Je crois qu'il en serait incapable, même s'il essayait.
Une fois évident que le type n'avait rien à dire, Alec a commencé à utiliser ses poings pour le battre à mort, littéralement. Il est impossible de le sortir de cette rage psychotique depuis qu'on est entrés dans cette planque en Ohio. Je ne pense pas que ça se calmera avant qu'on retrouve Alissandra.
Où qu'elle puisse être, putain.
Il nous a fallu des heures pour atteindre la planque où elle se trouvait. On avait déjà envoyé des hommes plus proches sur place pour vérifier. On savait qu'elle n'y était plus, mais malgré l'avertissement, rien n'aurait pu nous préparer à ce qu'on a découvert.
Brad et Zak ont été les premières preuves qu'Antonio est un monstre d'un autre genre. Tous les deux étaient morts, ce à quoi on s'attendait, mais leurs têtes avaient été tranchées. Antonio les avait apparemment emportées avec lui, pour Dieu sait quelle raison tordue.
La chambre où Alissandra a dû loger était le pire. C'est ce qui a fait basculer Alec.
La pièce était totalement saccagée. Le grand miroir près de la porte avait été brisé, et il y avait du sang sur les éclats de verre qui jonchaient le sol. Une traînée de sang partait du miroir jusqu'au lit, qui lui-même était trempé de sang.
Posé sur le sang, il y avait un mot écrit à la main.
Merci de m'avoir livré ma précieuse Ali. J'avais peur de ne jamais la retrouver, mais maintenant que je l'ai, je l'emmène avec moi et je m'assurerai de ne plus jamais la perdre.
Antonio
L'enfoiré se jouait de nous, ça ne faisait aucun doute. Je n'osais pas imaginer ce qu'il lui avait fait, ou ce qu'il pouvait encore lui faire. Je devais me concentrer uniquement sur un plan pour la ramener à la maison. Là où elle serait en sécurité.
Mais deux semaines avaient passé et nous n'avions pas trouvé la moindre info sur l'endroit où ils pouvaient être. À ce stade, on ne savait même pas s'ils étaient encore dans le pays. Ni même si Alissandra était toujours en vie.
Je ne pouvais pas non plus me permettre de penser qu'elle était morte. Si je faisais ça, ce serait comme l'abandonner, et je ne ferais jamais ça.
Alors, jusqu'à ce qu'on la retrouve, Alec est libre de continuer son carnage. On gérera les conséquences plus tard.
J'ai continué à regarder Alec fracasser la tête du gars sur le béton jusqu'à ce que je ne puisse plus supporter de voir de la cervelle s'éparpiller partout. « Alec, il est mort, mec », j'ai dit en essayant de l'écarter. Au début, il n'écoutait rien, il ne remarquait même pas ma présence. Il a fallu que je le secoue plusieurs fois pour qu'il revienne enfin à la réalité. Quand il a lâché le type et s'est tourné vers moi, le regard vide dans ses yeux faisait peur.
« Amenez le suivant », a-t-il grogné en se levant et en donnant un coup de pied au cadavre.
J'ai fait signe à Todd de l'ignorer. « Ça suffit pour aujourd'hui », j'ai dit pour essayer de le calmer, mais il avait soif de sang et en voulait encore.
« J'ai dit : amenez le suivant ! » a-t-il hurlé, faisant tressaillir Todd. C'était rare pour un homme qui gardait d'habitude un grand sang-froid.
Juste au moment où je pensais qu'Alec allait s'en prendre à moi, mon téléphone a vibré. Je savais que c'était important. Tout le monde savait qu'il ne fallait pas me contacter maintenant, sauf s'ils avaient une piste pour Alissandra. J'ai décroché et, avant même que je puisse parler, la voix pressée de Peter a retenti : « J'ai Tommy ». J'en ai eu des frissons. On cherchait cet enfoiré depuis le début. Si quelqu'un savait où étaient Antonio et Alissandra, c'était bien lui.
Une heure plus tard, Peter traînait le corps inerte de Tommy à travers l'entrepôt. Il l'a emmené dans la pièce qu'Alec utilisait pour ses séances de torture et l'a ligoté. On s'y est tous rendus, mais j'ai arrêté Alec avant qu'il n'entre.
« Non, toi, tu restes dehors. » Il a voulu protester, mais je l'ai fait taire. « Alec, tu n'as plus aucun contrôle là. On a besoin de réponses. S'il dit un mot de travers, tu vas lui briser la nuque et tout faire foirer. »
« Ça m'embête de le dire, mais L a raison », a ajouté Freddie.
« Une fois que vous aurez vos réponses, il est à moi », a grogné Alec avant de s'asseoir sur une chaise à l'extérieur. On devait retrouver Alissandra pour lui, plus que pour n'importe quoi d'autre. Sinon, je pense qu'il ne s'en remettrait jamais.
Tommy était toujours évanoui, alors j'ai décidé de le réveiller avec un seau d'eau glacée. Ses yeux se sont ouverts brusquement et il a cherché son souffle en regardant partout. Quand son regard s'est posé sur moi, il a semblé comprendre exactement ce qui se passait. « Tommy, mon vieux, on te cherchait », a ricané Freddie avec méchanceté.
« Allez vous faire foutre », a-t-il craché. J'ai envoyé mon poing dans sa figure.
« Écoute Tommy, tu sais qu'on va te tuer. Alors soit tu me dis ce que je veux savoir et j'abrège tes souffrances, soit j'envoie Alec ici. Et tu sais très bien de quoi il est capable. » J'essayais de raisonner avec lui, même si je n'en avais pas vraiment envie.
Ses yeux se sont agrandis. On aurait dit que la simple menace d'Alec suffisait à le faire parler, mais il pensait clairement pouvoir faire le malin d'abord. « Je ne sais pas où ils sont, mais je sais qu'il est en train de se taper sa petite chatte comme si demain n'existait pas. » Le poing de Freddie allait s'abattre sur lui, mais le type s'est mis à rire. À ce moment-là, j'ai décidé d'envoyer Alec.
« Mauvaise réponse. Alec ! » J'avais à peine prononcé son nom qu'il a défoncé la porte avec un regard furieux. Il n'avait qu'une idée en tête : infliger le plus de douleur possible. « Je t'avais prévenu », j'ai dit à Tommy en haussant les épaules.
Il a jeté un œil à Alec et s'est pissé dessus. L'enfoiré s'est vraiment pissé dessus. « Non, non, c'est bon ! » a-t-il supplié en s'agitant sur sa chaise, paniqué. « Ils sont toujours aux États-Unis ! Il ne la ramènera pas en Italie tant qu'elle ne sera pas soumise ! » Il hurlait presque ces mots alors qu'Alec n'avait pas encore bougé.
Je me suis penché en avant. « Qu'est-ce que tu veux dire par soumise ? »
Il a regardé Alec, puis moi, sans répondre. J'ai fait un signe de tête à Alec pour lui dire qu'il pouvait commencer à s'amuser.
Il a saisi les pinces sur la table et a commencé à arracher les ongles de Tommy. Il a fallu attendre le troisième doigt pour qu'il recommence enfin à parler. « Il la torture, mec. Et il ne s'arrêtera pas tant qu'elle n'acceptera pas de partir avec lui. » J'ai eu le ventre noué en pensant que ce qu'Alec faisait là était peut-être ce qu'elle subissait aussi.
Une fois que j'ai commencé à y penser, je ne pouvais plus m'arrêter. Il tenait Alissandra depuis deux semaines. La douleur qu'il avait pu lui infliger pendant ce temps était terrifiante. « Et si elle n'accepte pas de partir avec lui ? » a demandé Freddie, qui semblait penser à la même chose que moi.
Tommy s'est mis à rire à l'idée qu'Alissandra puisse résister. « Elle finira par accepter, il va s'en assurer. Son plan n'est pas de la tuer, il veut la garder. Ce malade est obsédé par elle. » Il s'est arrêté et a secoué la tête. « Vous avez vu l'état de cette chambre ? Et pourtant, il était content de la voir. »
« Tu l'as regardé lui faire du mal ? » Dès que ces mots sont sortis de la bouche d'Alec, j'ai su que c'était fini. Tommy était mort. Alec s'est jeté sur lui.
« Fred ! » j'ai crié. Avant qu'Alec ne puisse s'approcher davantage, Freddie l'a attrapé pour tenter de le contenir de toutes ses forces.
Je me suis approché du visage de Tommy pour une dernière tentative. « Tu sais où elle est ? » Il m'a lancé un regard vide. « Si tu me dis où elle est, je te loge une balle dans la tête maintenant. Sinon, Freddie le lâche. » J'ai tourné la tête vers Alec qui haletait, avec presque de l'écume aux lèvres. Même moi, il me faisait un peu peur en cet instant.
« Je ne sais pas où elle est, je le jure ! » a pleuré Tommy. Sur ce, j'ai fait un signe de tête et Freddie a relâché Alec. Nous avons tous les deux quitté la pièce, le laissant faire ce qu'il avait à faire. Mais avant même que la porte ne soit fermée, les hurlements de Tommy ont déchiré l'entrepôt.