Chapitre I — Le Chant qui Traverse la Brume
Il n’y avait pas de vent, pas de lune, pas même un murmure d’étoile. Et pourtant, dans les plis silencieux d’une nuit plus épaisse que l’encre, Felio entendit un chant. Léger, presque timide. Comme un souffle passé entre les mondes, remontant d’une mémoire enfouie.
Il ouvrit les yeux — s’il était possible pour un esprit d’ouvrir quoi que ce soit — et ressentit. Là-bas, à l’Est du Royaume d’Aunirys, quelque chose l’appelait. Une voix sans mots, mais lourde de sens. Une chanson oubliée, faite d’odeur de mousse, de craquement d’écorce et de lumière verte filtrée par mille feuillages.
Le nom lui revint comme un frisson : Nyméria.
Une forêt ancienne, plus vieille que les prières et plus vaste que les cartes. Certains disaient qu’elle bougeait. Qu’elle ne se laissait trouver que par ceux qu’elle voulait avaler. Elle apparaissait, parfois, dans les rêves des mourants. Et son cœur était gardé par un arbre unique, un géant au tronc blanc argenté, dont les racines plongeaient si loin qu’elles touchaient peut-être les rêves eux-mêmes.
Felio, le renard des âmes, n’avait jamais vu Nyméria. Mais il la connaissait comme on connaît un poème qu’on n’a jamais lu. Intimement. Instinctivement. Il ne chercha pas à comprendre. Il partit.