Chapitre 1
PDV de Kael
La femme sur mes genoux pourrait tout aussi bien chevaucher un fantôme, ça me ferait le même effet. Elle essaie, elle gémit, elle bouge comme si elle croyait assurer, mais je n'y suis pas du tout.
J'ai mon téléphone en main, mes doigts s'activent. Je balance des ordres parce que deux de mes gars ont réussi à perdre toute une cargaison. Une cargaison. Putain, comment on peut paumer ça ?
Il y a toujours deux hommes en faction dans la pièce, au cas où quelqu'un serait assez malin pour forcer la sécurité du portail et entrer ici. C'est peu probable, mais je ne suis pas arrivé là en étant imprudent.
Elle pleurniche plus fort, accélère le mouvement. J'avais prévu de me la faire ce soir. J'avais même pris un truc pour tenir toute la nuit ; merde, j'étais d'humeur il y a une heure. Je me disais que je pourrais l'utiliser pour évacuer toute cette colère en attendant le combat de demain. Plus maintenant.
Ouais, je suis dur. Mais c'est de la chimie, pas de l'intérêt. J'ai la tête ailleurs, je cherche surtout comment faire des exemples avec les abrutis qui me gâchent ma soirée.
J'envoie un autre message, un avertissement cette fois :
Réglez ça dans l'heure, ou je vous loge une balle dans la tête à chacun et je trouve quelqu'un qui a un cerveau.
Qu'ils transpirent un peu.
Elle croit que je joue à un jeu. Elle s'imagine qu'en gémissant plus fort ou en bougeant comme il faut, je vais soudainement en avoir quelque chose à foutre. Elle se trompe. Ses hanches s'agitent davantage, elle tente de tirer de moi quelque chose qui n'existe pas. Tout ce que je voulais, c'était baiser pour évacuer le stress.
Mais cette merde ne marche pas.
Elle se penche, ses lèvres effleurent ma mâchoire. Son souffle est chaud contre ma peau alors qu'elle me murmure un truc censé être obscène. Je n'écoute même pas. Je suis trop occupé à surveiller les caméras de sécurité des docks. Mes doigts volent sur l'écran pour envoyer un message à mon responsable logistique. La cargaison n'est pas juste en retard, elle s'est volatilisée. Et les excuses continuent de pleuvoir. Au lieu de réparer leur connerie, ils cherchent des prétextes.
Elle accélère la cadence, un rythme humide qui lui aurait valu de rester la nuit en temps normal. Là, c'est juste un bruit de fond. Je regarde à nouveau l'écran. Un truc cloche. Le timing. L'itinéraire. La façon dont les deux chauffeurs ont disparu des radars exactement au même point de contrôle.
Elle se retire soudainement, se croyant maline, pensant que changer de tactique attirera mon attention. Ses lèvres m'enveloppent avant même que je baisse les yeux. Elle me prend profondément, appliquée et concentrée comme si elle rendait un service digne d'une récompense. Je pose une main sur sa tête, pas pour la guider, juste pour la maintenir là. C'est une question de contrôle, et d'habitude. Elle suce plus fort, elle essaie de rendre ça personnel.
Ça ne l'est pas.
Une autre alerte vibre. Je vérifie. Un de mes infiltrés au port vient de confirmer mes soupçons : quelqu'un a détourné la cargaison. Ce n'était pas un problème de communication ni de l'incompétence. C'était volontaire.
Elle gémit autour de ma queue, les yeux levés vers moi, attendant un signe que je l'ai remarquée, que j'apprécie l'effort. Je ne lui donne rien. Mon pouce plane au-dessus de l'écran pendant que je réfléchis à la suite. La vengeance demande de la réflexion. De la précision. Je vais devoir étriper quelqu'un en public pour l'exemple. Il faut que ça marque les esprits.
Elle se retire avec un soupir, essuyant la salive sur ses lèvres, la poitrine haletante comme si elle venait de grimper une putain de montagne. Elle se réinstalle sur mes genoux et recommence à se frotter, essayant de ranimer ce qu'elle pense avoir commencé.
Je ne l'arrête pas. Mais je ne la regarde pas non plus.
Elle est là. Trempée. Chaude. Elle mendie une attention que je ne donnerai pas ce soir.
Laisse-la faire. J'ai des problèmes plus importants que son besoin de se sentir désirée. Elle continue jusqu'à gémir et jouir, puis elle se blottit contre moi comme si elle pensait avoir gagné le droit de rester là. Elle s'étale sur mes genoux, ses lèvres frôlant mon cou comme si elle marquait son territoire. Mon téléphone vibre à nouveau. Cette fois, c'est le directeur du port qui répond enfin après m'avoir esquivé toute la soirée.
J'ouvre le message. Des excuses vagues. Il gagne encore du temps.
« J'attends toujours le manifeste. C'est peut-être une erreur administrative. »
Erreur administrative, mon cul.
Mes doigts s'activent pour taper une réponse courte :
Essaie encore. Tu as quinze minutes pour le trouver, ou je commence à couper des doigts.
Elle se rapproche encore, me murmurant des mots doux et pervers à l'oreille. Elle me dit à quel point elle sera gentille avec moi ce soir. Qu'elle va m'aider à me détendre. Je n'écoute pas ses mots exacts, je saisis juste le ton, l'intention. C'est pathétique, vraiment.
Je lâche un rire bref et sans joie, les yeux fixés sur l'écran. « Tu crois que ça m'importe ? »
Elle se fige une seconde, sans doute confuse, peut-être même blessée. Je m'en fous trop pour lever les yeux. C'est un corps, rien de plus. Une chaleur temporaire. Un bruit jetable. Si elle est encore là, c'est seulement parce que je n'ai pas pris la peine de la foutre dehors.
Les femmes ne durent pas dans mon monde. Jamais. Elles veulent qu'on ait besoin d'elles, qu'on se souvienne d'elles. Elles veulent appartenir à quelqu'un, mais il n'y a pas de place pour ça ici. Leur seule utilité se trouve entre leurs jambes, et en ce moment, même ça ne vaut rien. Je n'ai pas envie de faire semblant de m'intéresser à la tendresse ou au plaisir.
Mon téléphone vibre encore, enfin quelque chose d'utile. Un de mes hommes de main est entré dans le bureau du port et a trouvé des dossiers falsifiés. Un itinéraire fantôme a été glissé dans le système hier matin. Ce n'est ni un accident, ni une erreur. Quelqu'un joue sur le long terme.
Ça réduit la liste des suspects.
Elle bouge encore sur mes genoux pour attirer mon attention, marmonnant qu'elle veut me faire plaisir. Je baisse enfin les yeux vers elle, juste assez pour lui offrir un sourire carnassier, sans aucune chaleur.
« Tu n'es même pas utile là tout de suite », dis-je d'une voix calme, comme si je partageais un secret. « Tu peux gémir, supplier, faire tes petits numéros, tu n'es pas le genre de problème que je cherche à résoudre ce soir. »
Sa bouche s'entrouvre, puis se referme. Elle ne sait pas quoi répondre. Bien. Peut-être qu'elle commence à comprendre.
Je détourne le regard avant qu'elle s'imagine que je m'intéresse à elle. Je me reconcentre sur l'écran. Un de mes gars vient de m'envoyer un nom : un petit employé du port qui a validé l'itinéraire fantôme.
Parfait.
Maintenant, je sais par où commencer.
Pourtant, pour une raison obscure, elle reste. Même après ce que je lui ai dit, ces mots secs, clairs et définitifs, elle reste là. Toujours nue sur mes genoux, comme si le contact de sa peau pouvait changer quoi que ce soit. Ses bras s'enroulent à nouveau autour de moi, désespérément, elle s'accroche comme une bête blessée qui cherche une pitié inexistante ici.
Pourquoi les femmes ont-elles besoin d'être aussi collantes ? Est-ce que mes mots n'ont pas percuté son cerveau ou quoi ? N'importe qui avec deux neurones serait descendu, se serait habillé et serait parti.
Merde, une femme avec du caractère m'aurait même giflé... Ça aurait pu provoquer une réaction chez moi. Bien sûr, ça aurait fini par moi la tuant, mais c'est quand même une réaction, non ?
Je ne soupire même pas. Je ne gâche pas mon souffle pour ça.
« Axel », j'appelle d'une voix tranchante mais calme.
L'un de mes hommes près du mur s'anime, bougeant déjà avant que j'aie fini de prononcer son nom. Loyal et efficace. Il n'a pas besoin qu'on lui répète les ordres. C'est ce qu'il me faut en ce moment, pas cette femme dont je ne me rappelle même plus le nom.
« Sors-la d'ici. »
La femme se raidit. Elle me regarde comme si je bluffais. Comme si elle attendait que je m'adoucisse. Elle ne comprend vraiment pas le peu de place qu'il y a pour elle dans ce monde, ou en moi. Elles sont toutes pareilles.
Je suis un combattant, alors elles supposent que je vais les baiser toute la nuit et prendre le contrôle. D'habitude, c'est ce que je fais. Mais ce n'est pas pour elles, c'est là qu'elles se plantent. Je le fais pour moi, parce que j'aime voir les femmes là où est leur place : sous moi.
Axel ne dit pas un mot. Il ne dit pas qu'il va le faire, il traverse simplement la pièce et l'attrape par le bras. Il la soulève comme si elle ne pesait rien. Elle a un hoquet de surprise, ses jambes s'agitent dans le vide pendant qu'il l'embarque, complètement à poil. Elle essaie encore de se retourner vers moi comme s'il y avait un truc inachevé entre nous.
Il n'y a rien du tout. Si elle m'avait écouté, elle serait habillée. Maintenant, elle va se retrouver à poil dans la rue, parce qu'Axel n'a pas pris ses fringues et que je ne vais pas lui courir après pour les lui rendre.
Elle crie mon nom, doucement, presque en suppliant. Comme si j'avais un cœur qui allait s'émouvoir. Ça me fait rire. Si son cri quand elle jouit ne me fait rien, ses pleurs de faible et de pathétique ne vont certainement pas me faire réagir.
Je ne la regarde pas.
Assis là, je laisse Axel la traîner vers la porte. Il a une main sur son bras et de l'autre, il sort son téléphone pour dire aux gars du portail de s'apprêter à sortir les poubelles. Elle pleurniche maintenant, demandant ce qu'elle a fait de mal, pourquoi je fais ça, ce qui s'est passé. Comme si elle avait jamais compté. Pourquoi ne comprennent-elles pas que c'est juste du sexe ? Ce n'est pas pour elles, c'est pour moi. Je me fous qu'elles y prennent du plaisir ou pas. Ce n'est jamais mon but.
Mon but, c'est d'utiliser leur corps entre deux combats.
La porte se ferme, et enfin, la pièce redevient silencieuse. Je reboutonne mon pantalon et je l'efface instantanément de mon esprit.
Enfin seul, sans une femme qui chiale sur mes genoux comme si elle avait besoin de moi. Je m'adosse et laisse le calme s'installer. Puis je relis le nom qu'on vient de me donner : Rodriguez. C'est un docker. Pour l'instant, il n'a qu'une accréditation de niveau moyen. C'est un moins que rien avec juste assez d'accès pour me niquer. C'est la pire erreur à faire. Il va le regretter. Ce sera lent et douloureux, il va regretter d'être né.
Pourquoi est-ce que ce sont toujours les plus petits qui tentent le coup ? Ça, je ne comprendrai jamais.
Je tapote l'écran pour ouvrir son dossier personnel. Vit seul. Pas de famille dans le coin. A reçu un dépôt d'espèces il y a trois jours qui ne colle pas avec son salaire. Amateur.
Je me fais une note mentale : lui couper les pouces en premier. La douleur est plus instructive que la panique.
J'ouvre une autre discussion, avec Levi cette fois, mon exécuteur le plus discret et le plus féroce.
Trouve-le. Ramène-le vivant. Je veux la vérité, lentement.
Mon pouls n'accélère pas. Mon visage ne bouge pas. Je n'y prends aucun plaisir. Aucune rage. C'est juste la routine.
Quelqu'un a cru pouvoir me voler et s'en tirer comme ça.
Ils vont apprendre à quel point ils se sont trompés, un os brisé après l'autre.
Kael