La promesse au bord de la rivière

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Résumé

Et si une promesse d’enfance pouvait survivre aux années, à la douleur, à la mort même ? Élise, rousse et différente, apprend dès l’enfance la cruauté des regards. Antonin, doux et fidèle, devient son refuge. Ensemble, ils se lient d’un serment au bord d’une rivière : celui de rester unis, quoi qu’il arrive. Mais la vie les sépare… avant de les réunir des années plus tard, au prix de nombreuses épreuves. Alors qu’ils reconstruisent leur bonheur, le passé ressurgit avec violence. Un drame inattendu brise leur monde. Reste alors à Antonin la promesse de survivre. Mais survivre… est-ce encore vivre quand le cœur s’éteint ? Une histoire d’amour profonde, pleine de tendresse, de poésie, et de chagrin — un récit sur les liens indestructibles et les promesses qui défient le temps.

Genre :
Drama
Auteur :
Antonin
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 — Le vœu au bord de la rivière

Chaque jour, Élise avançait dans les couloirs de l’école comme on traverse un champ d’orties : en silence, les épaules basses, le cœur serré. Les regards des autres enfants, acérés comme des lames, glissaient sur elle sans jamais la rater. Certains chuchotaient, d’autres riaient. Elle ne répondait pas. À quoi bon ? On ne choisit pas d’avoir des cheveux couleur carotte ni des yeux verts éclatants comme l’herbe fraîche au printemps. Et pourtant, pour beaucoup, c’était suffisant pour la juger.


Mais dans cette foule de visages hostiles, il y en avait un qui ne fuyait jamais. Celui d’Antonin.


Lui ne riait pas.

Lui ne pointait pas du doigt.

Lui restait.


Ce jour-là, après une matinée plus dure que toutes les autres, Élise avait quitté la cour sans prévenir. Ses pas l’avaient menée loin, vers une clairière oubliée que seuls quelques rares enfants connaissaient. Derrière les hautes herbes, une rivière paisible serpentait en silence. Elle s’assit au bord de l’eau, serra ses genoux contre elle, et tenta d’étouffer les larmes qui montaient.


Antonin l’avait suivie sans un mot. Il s’assit doucement à côté d’elle, laissant le silence parler à sa place.


— Qui s’est encore moqué de toi ? demanda-t-il d’une voix douce, les yeux posés sur l’eau.


Élise secoua la tête, le regard perdu.


— C’est pas juste… murmura-t-elle. Je suis née comme ça. Je peux rien y faire. Je les comprends pas…


Il ne répondit pas tout de suite. Il la regarda, cette petite fille frêle à la chevelure flamboyante, et sentit un élan profond de tendresse.


— Moi, je t’aimerai toujours, peu importe ton apparence, dit-il simplement.


Elle tourna les yeux vers lui. Il souriait.


Puis, sans prévenir, Antonin se leva, s’éloigna de quelques pas… et se mit à danser. Une danse maladroite, grotesque même : des pirouettes ridicules, des pas hésitants, un tournis exagéré. Il finit par trébucher volontairement et roula dans l’herbe, les bras en croix.


Élise éclata de rire. Un vrai rire. Celui qui libère. Celui qui guérit un peu.


— Merci, souffla-t-elle entre deux éclats. Merci d’être là. Merci de ne jamais te moquer.


— T’es ma meilleure amie, répondit Antonin en se relevant, l’air fier. Et je veux que tu sois heureuse. Toujours.


Le silence revint, doux et réconfortant. Le courant de la rivière murmurait doucement. Élise se rapprocha de lui et, après un moment, murmura timidement :


— Dis… Tu crois qu’on peut faire un vœu ? Un vœu qui reste vrai, même quand on grandit ? Même quand tout devient compliqué ?


— Pourquoi pas ? répondit-il avec sérieux.


Elle ferma les yeux, serra ses petites mains contre sa poitrine, et souffla d’une voix chargée d’émotion :


— Je veux qu’on reste toujours amis. Même si on change. Même si on est séparés… Même si tout devient flou… Je veux qu’on reste ensemble.


Antonin hocha la tête.


— Promis. Moi aussi, Élise. On restera ensemble.


Alors, Élise sortit un petit objet de sa poche. Un collier fin, discret, orné d’un pendentif en forme de goutte d’eau.


— Je l’ai fait faire, dit-elle doucement. Il n’y en a qu’un. Comme ça… même si tu changes, même si je te reconnais plus… je saurai que c’est toi. Parce que toi seul l’auras.


Antonin le prit avec précaution, les yeux humides.


— Merci, Élise… Je le garderai toujours. Je te le promets.


Et là, au bord de cette rivière oubliée, entre deux battements d’enfance, une promesse invisible se grava dans l’air. Une promesse douce et forte comme un serment d’âme, portée par le vent, les rires et l’amitié.