Abracadabranleur

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Résumé

✹Je possĂšde le don de la magie, mais la discrĂ©tion et moi, ça fait deux. Alors, quand Julien, mon voisin beau, sexy et musclĂ©, qui n'a jamais rĂ©ussi Ă  me dire un simple bonjour, vient me voir dans ma boutique pour me demander de l'aide, tout se complique... Ah, j'ai oubliĂ© de vous dire que je m'appelle MĂ©lina, et que "gaffeuse" est mon deuxiĂšme prĂ©nom. J'excelle dans l'art de faire des bĂȘtises.✹

Statut :
Terminé
Chapitres :
21
Rating
5.0 5 avis
Classification par Ăąge :
16+

Un murmure et c'est le chaos

🚹Avis important: Ce rĂ©cit comporte des scĂšnes susceptibles de heurter la sensibilitĂ© des jeunes lecteurs, incluant des passages Ă  caractĂšre romantique explicite, une tension Ă©motionnelle, ainsi que des Ă©lĂ©ments surnaturels. Il s'adresse Ă  un public adolescent averti (16+) ou Ă  un public adulte. ⚠




Je quitte mon appartement Ă  l'aube, un thermos de thĂ© chaud dans une main, mes clĂ©s dans l'autre. Ma boutique est Ă  une quinzaine de minutes de marche, juste assez pour me rĂ©veiller en douceur. Elle m'a Ă©tĂ© transmise par ma mĂšre, comme sa magie. Et malgrĂ© les temps modernes, mes produits plaisent : je m'en sors plutĂŽt bien. Je fabrique des lotions, des savons, et des thĂ©s aux plantes. Tout est naturel... Ou presque. J'y glisse toujours un soupçon de magie. AprĂšs tout, je suis sorciĂšre de mĂšre en fille depuis des gĂ©nĂ©rations. C'est notre secret le mieux gardĂ©. MĂȘme mon pĂšre n'a jamais su. Et vu l'intensitĂ© de ma magie bien plus forte que celle de ma mĂšre, c'est probablement mieux ainsi.

Quand j'arrive enfin devant la vitrine, une petite fierté me serre la poitrine. J'ai tout disposé avec soin : mes meilleurs produits sont en évidence, alignés dans de jolis flacons aux couleurs vives, presque hypnotiques. J'ai aussi ajouté quelques bouquets que j'ai pris chez Stella, ma meilleure amie est aussi une sorciÚre. Sa boutique de fleurs est à deux pas, et c'est ma maniÚre de l'encourager. Elle a un vrai don avec les fleurs. Elle fait parler les pivoines mieux que moi les potions. Je pousse la porte, une douce odeur de lavande et de bois flotte dans l'air. Sans perdre de temps, je file à l'arriÚre-boutique. Tout y est parfaitement ordonné : les plantes séchées pendent au mur, les bocaux étiquetés sont empilés par teinte, et mon vieux comptoir de bois m'attend, entouré de mes outils préférés.

J'enfile mon tablier, relĂšve mes cheveux blonds en un chignon haut et me mets au travail. Romarin, chĂšvrefeuille, lavande... Je les pile, les chauffe, les assemble, et enfin, j'insuffle un peu de moi. Un murmure, une intention, et un mot Ă  voix basse : abracadabra. Une lueur dorĂ©e pulse au fond des fioles. C'est prĂȘt. À peine ai-je rangĂ© mon mortier que la clochette d'entrĂ©e retentit. Je retire mon tablier et souris. La journĂ©e commence.

- Bonjour, LorĂšne, comment allez-vous aujourd'hui ?

- Oui, je vais bien, et toi, ma belle ?

- Je vais bien aussi, merci.

- Je prendrai comme d'habitude, ma chĂšre.

Je lui tends son sac, dĂ©jĂ  prĂȘt, pendant qu'elle sort sa carte pour payer. Je retourne derriĂšre mon comptoir aprĂšs avoir saluĂ© LorĂšne, dĂ©jĂ  repartie avec son thĂ© « Relaxation Intense ». Elle le boit surtout pour survivre Ă  son mari. Je range quelques flacons quand un pot de crĂšme hydratante me saut... LittĂ©ralement dans les bras, on dirait qu'il veut m'attaquer.

- Pas encore merde, pas maintenant...

Je le rattrape de justesse. Voilà ce qui arrive quand je murmure mes incantations en pensant à autre chose en l'occurrence, à Julien, mon voisin. C'est sa faute s'il passe sa vie torse nu sur son balcon. Moi, je ne demande rien, je veux juste que ma crÚme reste sur l'étagÚre. Je repose le flacon rebelle, qui vibre légÚrement comme s'il protestait. Parfait. On dirait que j'ai créé une crÚme collante d'attirance au lieu de celle à la camomille. Je soupire, relÚve mes manches, et me prépare à désenvoûter l'étagÚre... Quand la porte s'ouvre à nouveau.

- C'est ouvert ? Lance une voix grave et familiĂšre.

Je lÚve les yeux. Merde, c'est Julien. Mon voisin. Le voisin. T-shirt blanc, jean déchiré, sourire d'acteur de pub pour dentifrice. Et un pot de basilic presque mort dans les mains.

- Euh... Oui ! Enfin, non, pas encore officiellement. Mais entre, je t'en prie !

Il s'avance, un peu hésitant, pendant que j'essaie de cacher un flacon qui gesticule derriÚre moi.

- Ton basilic a l'air malade, je peux peut-ĂȘtre faire quelque chose, dis-je, en priant pour que rien n'explose.

- Je me suis dit que tu pourrais m'aider. J'ai vu que tu fais pousser des plantes sur ton balcon. Le mien est incliné vers la gauche et dégage une odeur étrange, comme... de la pourriture. Est-ce que c'est normal ?

- Pas du tout. À moins que tu ne l'aies trop arrosĂ©...

Il éclate de rire et dit "oups". Quant à moi, je craque un peu. Pas tant que ça, il est beau mais vraiment stupide.

Je saisis le pot et le dĂ©pose sur la table. Une feuille s'en dĂ©tache et descend lentement jusqu'au sol. Une autre commence Ă  virevolter autour de sa tĂȘte. J'essaie de ne pas y prĂȘter attention. Julien fait de mĂȘme. C'est ce qu'on appelle un dĂ©ni magique de proximitĂ©. Je me focalise, place mes mains au-dessus du pot, et chuchote une formule de guĂ©rison. Sauf que...

đŸ’„ PLOUF !

Un nuage de poussiÚre s'échappe du basilic et vient s'écraser en pleine figure de Julien. Il cligne des yeux.

- Est-ce que... Mon basilic vient d'exploser?

Je deviens rouge pivoine, je viens de massacrer cette pauvre plante.

- Non ! Enfin si je vais... Réparer ça. Tout de suite.

Et c'est à ce moment-là que mon tablier décide de se coincer dans le tiroir, mon chignon se défait, et un flacon glisse... Je le vois tomber au ralenti, comme dans un mauvais film d'action. Je tends la main. Trop tard.

Sploutch !

Le contenu visqueux, doré et légÚrement scintillant s'écrase en plein sur le torse de Julien. Il baisse les yeux vers son chandail, puis les relÚve vers moi.

- Tu viens de m'enduire de... Gel ? Demande-t-il, un sourcil levé.

- Ce n'est pas du gel. C'est... Une lotion d'attirance à base de rose, miel sauvage et... Euh... Phéromones...

Je ne pouvais pas lui révéler que c'était une potion destinée à susciter l'attirance amoureuse.

- Donc, je vais devenir irrésistible ?

- Non. Tu vas devenir obsĂ©dĂ© par la premiĂšre personne que tu as en tĂȘte au moment de l'impact. Mais ça ne dure qu'une heure. Ou deux. Trois, maximum.

- Et si c'était... Toi ? Demande-t-il, trÚs sérieux.

Et lĂ , son regard change. Il fronce les sourcils comme s'il essayait de comprendre ce qu'il ressentait. Je recule d'un pas. Il avance d'un pas. Je recule encore. Il avance.

- Ok, non. C'est l'effet de la crÚme. Tu ne veux pas m'embrasser. Ton cerveau est juste confus. Il est victime de séduction involontaire. Ce n'est pas réel Julien.

- J'ai trÚs envie de t'écouter me parler de plantes pendant trois heures. C'est grave ?

- C'est magique. Littéralement.

Julien passe une main dans ses cheveux, me lance un regard chaud comme un sort de sauna, et murmure :

- Hum ! Tu sens la lavande. Et... Le caramel ?

Je me cache derriÚre une étagÚre. Enfin j'essaie. Une étagÚre qui, évidemment, décide de s'effondrer sous l'effet d'un sort de tension romantique mal contenu. Des sachets de thé me tombent dessus. Un pot d'onguent m'atterrit sur l'épaule. Et un petit flacon s'ouvre, libérant une brume aphrodisiaque réservée aux couples mariés. Julien s'approche encore.

- Mélina, je crois que je suis amoureux. TrÚs, trÚs amoureux.

Je bats des cils, choquée.

- Tu es en transe hormonale contrÎlée, nuance !

Je cherche Ă  fuir. Mon pied glisse sur une boule de bain effervescente. Je m'effondre. Sur lui. Et lĂ ... Nos visages sont Ă  deux centimĂštres.

- Tu es magnifique, Mélina... Marmonne-t-il d'une voix rauque emplie de désir.