Chapitre 1 : Ruelles sombres (1)
La nuit était lourde, presque étouffante.
Une de ces nuits d'été où l'air colle à la peau et où la ville semble retenir son souffle.
Elle sortait tard du travail.
Encore une fermeture à la supérette, encore des clients pressés, des rayons vides, des lumières blafardes. Ses épaules étaient douloureuses, ses jambes fatiguées, et tout ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle et s'effondrer.
Mais ce soir-là, ses pas prirent un détour.
Elle ne savait pas pourquoi.
Elle prit à gauche au lieu de tout droit. Une ruelle qu'elle connaissait à peine.
Étroite, presque vide, un lampadaire clignotant, des poubelles, de la pluie restée en flaques.
Et lui.
Il était là.
Assis contre un mur de briques humides, la tête baissée, les cheveux trempés.
Sa chemise ouverte, déchirée.
Du sang. Beaucoup.
Sur son torse, ses bras tatoués, son pantalon.
Elle s'arrêta net.
Un frisson remonta le long de sa nuque.
Il respirait, difficilement. Mais il était vivant.
Et quand il leva enfin les yeux vers elle - elle vit ses iris vert sombre.
Profonds. Calmes. Inexplicablement beaux.
Elle aurait dû reculer.
Appeler quelqu'un.
Fuir, peut-être.
Mais quelque chose en elle se tendit.
Comme si elle le connaissait. Comme si c'était écrit.
Il murmura, presque inaudible :
- T'approche pas... c'est dangereux.
Elle n'avait pas bougé.
Son souffle s'était suspendu dans sa gorge.
Ses yeux restaient accrochés aux siens, hypnotiques, vert sombre... mais vivants.
Et soudain, ils brillèrent.
Une lueur étrange, comme une flamme derrière une vitre brisée.
Puis, sans un bruit, une fumée noire commença à s'élever autour de lui.
Lentement.
Épaisse. Froide.
Elle sentit son cœur s'emballer. L'air était devenu lourd, presque électrique.
- Qu'est-ce que... souffla-t-elle, incapable de finir.
Quand elle osa faire un pas vers lui, il n'y était plus.
Plus de sang.
Plus de corps.
Plus de regard.
La ruelle était vide.
Comme s'il n'avait jamais été là.
Elle recula, tremblante. Son souffle court. Son cœur affolé.
Est-ce que son esprit lui jouait des tours ?
Avait-elle inventé cette scène, fatiguée par le travail, vidée par la solitude ?
Mais elle le savait. Non. Elle l'avait vu.
Et ses yeux...
Elle ne pourrait jamais les oublier.
Elle court.
Ses jambes ne s'arrêtent pas, même si chaque pas claque douloureusement sur le bitume.
Elle court, comme si la nuit allait la rattraper. Comme si quelque chose la poursuivait - ou vivait en elle.
Sa tête lui hurle :
Fuis. Ne te retourne pas. Ferme les yeux. Rentre chez toi. Au plus vite.
Ce n'est pas réel... Ce n'est pas réel...
Mais ses mains tremblent.
Et son cœur ne comprend pas ce que ses pensées refusent de croire.
Quand elle atteint enfin le porche de son immeuble, ses doigts peinent à trouver ses clés.
Elle entre, claque la porte, s'adosse contre le mur.
Silence.
Seulement sa respiration, haletante, désordonnée.
Elle glisse au sol, genoux contre la poitrine, comme une enfant qui se cache du cauchemar.
Mais ce n'était pas un rêve.
Elle sent encore l'odeur du sang.
Elle voit encore la brume noire.
Et ces yeux. Ces yeux verts. Qui brillaient comme des réponses interdites.
Ses mains cherchent l'air.
Elle tremble. Sa poitrine se serre. Un sifflement monte dans sa gorge.
Elle connaît cette sensation. Trop bien.
La crise.
Elle ferme les yeux, tente de respirer, lentement... mais l'angoisse dévore tout.
Et c'est là que ça frappe.
Un éclair.
Pas dans le ciel - dans sa mémoire.
Une pièce baignée de lumière douce. Des murs blancs, un lit d'enfant, des jouets.
Et elle. Toute petite. Assise, les genoux contre elle.
Et puis... lui.
Un garçon, debout devant elle. Flou.
Elle ne voit pas son visage. Comme si son souvenir refusait de le dessiner.
Mais elle se souvient de sa voix.
- C'est pour bientôt...
Trois mots.
Et son cœur explose de panique.
Elle rouvre les yeux en hurlant sans bruit.
Sa gorge bloque. Sa respiration est saccadée, hachée.
Elle cherche sa pompe. Dans son sac. Où est son sac ?
Ses doigts tremblent, glissent, cherchent à l'aveugle.
Enfin. Elle l'attrape. Inspire. Fort. Encore. Une fois.
Elle reste là. Assise. La tête contre le mur.
Trempée de sueur.
Brisée.
Elle n'a jamais raconté ce souvenir à personne.
Elle pensait même l'avoir inventé.
Mais pourquoi est-il revenu maintenant ?
Et pourquoi... ces mots...
Pourquoi ça lui a rappelé ces yeux verts ?
Mon corps traîne péniblement jusqu'au lit.
Je laisse mes vêtements au sol, comme si mes muscles ne m'appartenaient plus.
Ma tête heurte l'oreiller.
Et je m'endors. Instantanément.
Mais ce n'est pas le repos.
C'est une chute.
Dès que mes paupières se ferment, l'odeur revient.
Forte. Métallique. Insistante.
Le sang.
Je le sens sur ma peau.
Je le sens dans l'air.
Je le sens dans ma gorge.
Mon rêve est flou.
Je suis dans une pièce sans murs. Le sol est froid. Il y a du rouge partout.
Et lui.
Il est là. Debout. Torse nu. Les bras le long du corps.
Ses tatouages brillent comme s'ils étaient vivants.
Mais ce ne sont plus des dessins. Ce sont des mots.
Des phrases en arabe. Des symboles asiatiques. Des dates. Des noms.
Et tout ça... saigne.
Il me regarde.
Ses yeux ne sont plus seulement verts.
Ils sont profonds comme un puits. Comme un cri silencieux.
Et il me dit, sans bouger les lèvres :
- Tu es déjà dedans, Ayla
Je recule.
Mais je ne peux pas fuir.
Car mes pieds sont enchaînés au sol.
Et la pièce devient plus sombre. Plus étroite.
Alors je hurle.
Mais aucun son ne sort.
Elle hurle.
Un cri profond, brutal, arraché à l'âme.
Un cri venu des tréfonds.
Et soudain, le monde se brise : le rêve s'efface brutalement.
DRIIIIING.
Un bruit strident, réel celui-là.
La sonnette. Encore. Et encore.
Ayla ouvre les yeux.
Elle est allongée de travers sur son lit, le drap trempé de sueur. Sa peau brûle. Son cœur bat comme un tambour de guerre.
Elle n'arrive même pas à parler.
Tout son corps dégouline - de peur, d'angoisse... ou peut-être d'autre chose.
Elle se traîne hors du lit. Ses jambes fléchissent à moitié. Elle titube jusqu'à la porte.
La sonnette retentit encore.
Quand elle ouvre enfin, deux voisins la regardent, figés.
- Mon Dieu... vous... vous allez bien ? demande la vieille dame du troisième, la voix tremblante.
- On a entendu un cri. Et maintenant vous êtes... trempée !
Ayla jette un œil à son t-shirt collé à sa peau, à ses bras brillants de sueur.
Elle ne dit rien d'abord. Elle se contente de respirer. Fort. Lentement.
- Je... désolée. J'ai juste fait un cauchemar. Un peu violent...
Mais son regard est ailleurs.
Le cauchemar est peut-être fini.
Mais son corps, lui, vit encore dedans.
La vieille dame insiste doucement :
- Vous êtes sûre que personne n'est entré chez vous ?
Ayla fronce les sourcils.
- Pourquoi vous dites ça ?
Le jeune voisin, resté en retrait, pointe du doigt la porte entrouverte de sa chambre.
- Parce qu'on a cru voir... de la fumée noire s'échapper...
Ayla se retourne lentement.
Et son cœur se glace.
VENEZ SUR WATTPAD jai deja publier plusieurs chapitre la bah
C le meme titre et shad__03 mon nom d'utilisateur 👌