Chapitre 1 : La fille qui faisait trop facilement confiance
Le bruit de ses talons sur le marbre résonnait trop fort dans le hall silencieux.
Aurelia Carter serra son sac plus fort contre sa poitrine. Le bâtiment était impressionnant. En vrai, il était bien plus intimidant que sur l'annonce d'emploi. Il y avait des murs de verre et des bords en métal. Les sols semblaient trop polis pour qu'on ose marcher dessus.
Elle n'était pas censée être là tout de suite. Son premier jour n'était que lundi prochain. Mais elle avait reçu un message poli des ressources humaines. Ils lui demandaient de passer aujourd'hui pour récupérer ses documents de bienvenue.
Elle avait dit oui, bien sûr. Elle disait toujours oui. Elle avait beaucoup de mal à dire non.
C'était l'un de ses plus grands défauts. C'est du moins ce que sa sœur aînée lui répétait sans cesse.
— Tu fais confiance aux gens trop vite, Aura, l'avait-elle prévenue un jour.
— Un de ces quatre, tu vas sourire à la mauvaise personne et tu ne rentreras jamais à la maison.
Aurelia avait ri. Franchement, comment pouvait-on dire une chose pareille ?
Elle croyait en la gentillesse. Elle croyait aux deuxièmes chances. Elle pensait qu'un bon cœur se cachait sous chaque air glacial.
Et peut-être qu'elle croyait aussi aux contes de fées.
Elle scruta la pièce en arrivant au comptoir de la réception. Son chemisier rose pâle flottait un peu sous le souffle de la climatisation. La réceptionniste n'était pas là. Un petit mot était scotché sur l'écran : « Je reviens tout de suite. L'ascenseur est ouvert si on vous attend. »
Attendue ?
Elle hésita.
C'était peut-être une erreur. Elle n'avait qu'à s'asseoir et attendre...
Mais elle ne voulait pas être en retard, même pour une petite chose. Le message indiquait le dernier étage. Alors, après une respiration nerveuse, elle monta dans l'ascenseur ouvert.
Les chiffres montèrent vite. Son reflet brillait sur les parois métalliques. Elle avait de grands yeux marron et des traits doux. Ses lèvres teintées de rose semblaient toujours sourire, même quand elle était stressée.
L'ascenseur sonna. 50e étage.
Elle sortit dans un couloir beaucoup trop calme. Le sol était couvert de moquette. C'était désert. Des portes fermaient chaque côté du couloir.
— Bonjour ? appela-t-elle doucement.
Sa voix fut avalée par le silence. Aucune réponse.
Elle se mordit la lèvre en hésitant. Puis son regard s'arrêta sur la seule porte ouverte, tout au bout du couloir. Elle était juste entrouverte.
Aurelia s'avança lentement vers elle. Elle leva la main pour frapper.
Mais avant qu'elle ne puisse le faire, une voix tranchante résonna à l'intérieur.
— Dis-lui que s'il envoie encore un homme dans ma ville, je lui renverrai dans un sac mortuaire.
Son cœur s'arrêta.
La voix était grave. Masculine. Dangereuse.
Elle ne devait pas entendre ça. Elle ne devait pas être là.
Elle recula vivement, manquant de trébucher sur ses talons. Elle plaqua sa main sur sa bouche. Elle s'éloigna vite, sans un bruit, en essayant de ne pas respirer trop fort.
Elle n'entendit aucun bruit de pas. Pourtant, l'air changea soudainement de poids. Une tension s'installa. C'était comme si l'atmosphère savait que son innocence venait de frôler quelque chose de froid, de violent et d'impitoyable.
Elle courut vers l'ascenseur, le cœur battant à tout rompre.
Ce n'est qu'une fois au rez-de-chaussée qu'elle réalisa la situation. Elle avait la poitrine oppressée et les doigts tremblants. Elle venait de mettre les pieds dans quelque chose de dangereux.
Et pire encore…
Cette voix résonnait encore dans sa tête.