Chapitre 1
Avertissement et contenu :
Cette histoire est une œuvre de fiction. Tous les personnages, événements et situations sont fictifs. Toute ressemblance avec des personnes réelles ou des faits existants serait purement fortuite.
Ce récit contient des scènes de sexe explicites, une intensité émotionnelle et psychologique, ainsi que des thèmes destinés à un public averti.
Conseillé aux lecteurs de 18 ans et plus.
Tout allait bien.
Franchement, tout roulait. Je passais du bon temps. J’avais mon meilleur pote, on sortait, on jouait aux jeux vidéo pendant des heures et on parlait de filles. Il savait tout de moi. Et je savais tout de lui. On était ensemble tous les jours, sans exception.
Alors ouais. Tout allait bien.
Jusqu’à maintenant.
« Je veux te dire un truc », me dit Alex. On est tous les deux affalés sur le canapé, un peu éméchés. On rentre tout juste de soirée. Il y a un carton de pizza vide sur la table devant nous. Une émission débile passe à la télé en fond sonore.
La vérité, c’est qu’il est bizarre aujourd'hui. Un peu distant. Comme si quelque chose lui pesait sur le cœur. Plus d’une fois, je l’ai surpris en train de me fixer, mais il avait clairement l’esprit ailleurs. Je me dis donc qu’il a un truc sérieux à m'annoncer.
« Ben vas-y, je t’écoute. »
Il ne répond pas tout de suite. Assis à côté de moi, la tête posée sur le dossier du canapé, il fixe le plafond.
Pourquoi il ne dit rien ?
« Tu vas parler, oui ? » je demande à nouveau en lui donnant un petit coup de genou. Je commence à stresser. Qu'est-ce qui peut bien être si dur à dire ?
Il tourne lentement la tête. Ses yeux plongent dans les miens. C'est sombre. Et étrange. J’attends.
Il déglutit péniblement.
« J’ai envie de t’embrasser », lâche-t-il.
Sa voix est stable. Calme.
Je me fige. La pièce se met à tourner. Je ne sais pas si c’est l’alcool ou le choc.
Je ne réagis pas tout de suite. Je reste planté là comme si quelqu’un avait mis la scène sur pause. J’ai la bouche grande ouverte. Mes yeux sont rivés sur lui.
Puis j’éclate de rire.
Oh, sérieux ! J’ai vraiment cru qu’il allait me sortir un truc super important.
J’essuie mes larmes du revers de la main.
« Je suis sérieux », dit-il. Son ton n'a pas changé. Il ne plaisante pas du tout. Son visage est totalement illisible. Pas l’ombre d’un sourire.
Le rire s'étouffe dans ma gorge.
Il lève doucement la main et cale ses doigts sous mon menton. Ses yeux descendent sur mes lèvres.
C'est quoi ce délire ?
Je ne sais pas comment réagir ni quoi dire. Ma bouche s’ouvre et se ferme sans qu'aucun son ne sorte. Putain, qu’est-ce qu’il fabrique ? Est-ce qu’il m’a... confondu avec une de ses ex ou quoi ?
« J’ai pas dit que j’allais le faire. Détends-toi », dit-il. Sa voix est basse, rauque. Presque un murmure.
« De toute façon, ça ne change rien... » Il marque une pause.
« Tu auras tout oublié demain matin. »
Puis il retire sa main, mais son regard reste ancré dans le mien.
Il me faut quelques secondes pour que mon corps réagisse, puis je bondis du canapé.
« Waouh, ok, on ne boit plus ensemble, Alex. Tu ne tiens vraiment pas l'alcool. »
Il laisse échapper un petit rire, croise les mains derrière la tête et me regarde comme si la situation l'amusait beaucoup.
« Moi ? » sourit-il. Un sourire en coin, ou c’est peut-être juste ma vision qui déconne, je n’en sais rien. « C’est toi qui n'arrives même pas à rester debout. »
Je lève les yeux au ciel. Ou j’essaie, vu que la pièce tangue pas mal. Je regarde l’heure sur mon téléphone. Il est tard.
« Je rentre chez moi », je dis en faisant un pas vers la porte.
« Va te faire un café ou prends une douche, j’en sais rien. »
Mon Dieu, pourquoi la porte est-elle si loin ?
Je l'entends encore rire derrière moi.
J'attrape la poignée et j'ouvre.
« Bonne nuit. »
Puis je sors et je me glisse dans mon appartement, juste à côté.
Et c'était le début de la fin du « tout allait bien ».
Parce que je n'ai pas oublié. Ni le lendemain, ni le jour d'après. En fait, ça tourne en boucle dans ma tête. Mais je n'en parle jamais avec Alex. Je suis persuadé que c'était juste l'alcool qui parlait ce soir-là . N'empêche, entendre un truc pareil de la part de mon meilleur pote, ça m'a complètement chamboulé.
Alex et moi, on a pratiquement grandi ensemble. Nos appartements étaient l'un à côté de l'autre. Nos parents étaient amis. On a été à l'école ensemble, on a joué ensemble. On était inséparables depuis qu'on était gamins. Il n'y avait aucune chance que ça soit autre chose qu'une amitié solide.
Alors, je dois juste me sortir ça de la tête. Je dois arrêter de faire l'idiot quand on est seuls. Comme si je ne le connaissais pas. Comme si on ne s'était pas côtoyés toute notre vie. C’était la tise, ce soir-là . C'est tout.
En plus, je suis hétéro. Et lui, il est...
enfin.
Disons qu'Alex change de copines comme de chemises. C'est le genre de mec qui fait se retourner tout le monde sur son passage :
plus grand que moi, brun, un corps d'athlète et ces cheveux noirs en bataille qui sont toujours parfaits sans qu'il ait rien à faire.
Pendant ce temps, moi, il me faut une heure devant la glace juste pour ne pas avoir l'air de m'ĂŞtre battu avec un ours.
Lui, au contraire, attire les gens sans lever le petit doigt. Il est magnétique.
Comme maintenant, par exemple.
Je vous jure, je suis allé aux toilettes cinq minutes. Cinq. Et quand je reviens, il y a déjà une grande brune collée à lui. Comment il fait son compte ?
Je m'assois à côté d'eux au bar, mais je doute qu'ils aient remarqué mon retour. Je scrolle sur mon téléphone. Je grignote quelques chips dans le bol devant moi, mais j'ai la tête ailleurs.
Mon regard dévie vers lui. Sa main est posée négligemment sur la taille de la fille. Elle est pratiquement pendue à son cou. Elle a une main sur son torse et lui sourit comme dans une pub pour parfum.
Je lève les yeux et je croise le regard d'Alex.
Il me fixe. Intensément. Sans ciller. Je me fige. Je veux détourner le regard mais je n'y arrive pas. Je suis coincé. Il y a quelque chose de sombre dans ses yeux.
Il se penche et lui murmure un truc Ă l'oreille, sans jamais me quitter des yeux.
Elle relève la tête, fronce les sourcils, attrape son sac sur le bar et s'en va comme une princesse offensée.
Alex s'approche et s'assoit à côté de moi, les bras croisés sur le comptoir.
« Pourquoi elle est partie comme ça ? » je demande, curieux.
Il hausse les épaules, indifférent. « Elle ne me branchait pas. »
Je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule vers la brune qui rit maintenant très fort avec ses copines. Elle est canon, franchement, je ne comprends pas. Je me tourne vers lui.
« Pourquoi pas ? C'est tout à fait ton genre, pourtant. »
« Non, pas du tout », répond-il sèchement.
Ah bon ? Depuis le temps, toutes les filles avec qui il est sorti lui ressemblaient. J'aurais juré que c'était son type. Est-ce que je connais si mal mon meilleur ami ?
« Ok, alors c’est quoi ton genre, au juste ? » je demande en levant un sourcil.
Il me fait un sourire en coin et se rapproche. Doucement. Son haleine est chaude contre mon oreille.
« Toi », murmure-t-il.
Et d'un coup, j'arrĂŞte de respirer.
Oh mon Dieu ! Pas encore.
Je me recule et je le regarde. Son expression est presque provocante.
« Oh, ça suffit, pas encore ça. Dès que tu as un coup dans le nez... »
« Je ne suis pas bourré », dit-il en montrant son verre à moitié plein.
« La dernière fois tu... »
Oh non. Je n'aurais pas dĂ» en parler. Je plaque ma main sur ma bouche.
Il hausse un sourcil. « La dernière fois, j'ai quoi ? »
J'avale ma salive avec difficulté.
« La... la dernière fois... tu as dit... » ma voix s'éteint. J'ai le visage en feu.
« Oui ? » dit-il doucement, pour m'encourager.
« Tu as dit que tu voulais m'embrasser. » Je lâche tout d'un trait.
Un sourire satisfait apparaît sur ses lèvres.
« Tu t'en souviens. »
Je sens le sang me monter aux oreilles. Je lui jette un regard en biais.
« Bien sûr que je m'en souviens, abruti. C'est juste... je ne m'attendais pas à ce que tu sortes des conneries pareilles, et j'ai— »
« Et ça t'a fait quoi ? » coupe-t-il.
Je le dévisage, scotché.
Qu'est-ce qu'il veut que je dise ? Qu'est-ce qu'il attend de moi ?
Il reste assis lĂ , Ă m'observer. Il attend.
« Dis-moi, Niko... ça t’a fait quel effet ? »
Il insiste.
« Tu étais saoul. Tu ne savais pas ce que tu disais. »
« Je n'étais pas si bourré que ça. Je savais exactement ce que je disais. »
Il se penche encore un peu plus vers moi. Il pose une main sur mon épaule. Son doigt frôle doucement la base de mon cou, et j'en frissonne.
« Alors ? » dit-il. « Qu'est-ce que tu en penses ? »
Sa voix est basse. Éraillée.
Je ne comprends plus rien Ă ce qui se passe.
C'est le bordel dans ma tĂŞte. Rien n'est logique.
Je n'arrive pas à réfléchir correctement. C'est peut-être pour ça que je hausse les épaules.
« Je... je ne sais pas », je bafouille.
Quand je le regarde, il a l'air presque surpris.
« Donc, tu me laisserais faire ? » demande-t-il.
J'ai les mains moites. La bouche sèche.
Je suis tellement perdu.
C'est sans doute pour ça que je hoche la tête. Juste une fois.
Sa façon de me regarder me noue l'estomac.
« Viens chez moi », dit-il.
Sa voix est plus épaisse maintenant, chargée de quelque chose que je n'arrive pas à nommer.
Je ne sais manifestement plus ce que je fais.
Mais je hoche encore la tĂŞte. Et je le suis, en silence, hors du bar.
Qu'est-ce que je suis en train de foutre ?
Je ne peux même pas mettre ça sur le compte de la boisson.
Je suis parfaitement sobre.
Et à partir de cet instant, plus rien n'allait « bien ».