Chapitre 1
Nandini :
Quand les gens disent que la vie est une vraie merde, je ne les croyais jamais.
Mais putain,ils avaient raison.
Laissez-moi vous raconter comment tout a commencรฉ.
Je m'appelle Nandini Roy. Nรฉe ร Hyderabad. Je vis aux รtats-Unis. Ma vie รฉtait en pilote automatique : prรฉvisible, paisible, banale. Jusqu'ร ce que ma famille dรฉcide qu'il รฉtait temps que je me marie.
Me voilร donc ร Delhi. Je viens d'atterrir, quelques jours avant mon mariage. รa ressemble ร une histoire d'amour indienne classique, pas vrai ? Sauf que celle-ci vient avec un rebondissement digne d'un cauchemar.
Je marchais dans une rue bondรฉe de Delhi avec mon futur mari, Karthik Reddy. C'est le genre de gars qu'on prรฉsente ร ses parents : fiable, gentil, ingรฉnieur informatique, il a dรฉjร une voiture et n'a jamais manquรฉ un paiement de loyer. C'est tout ce qu'on peut attendre d'un homme de la classe moyenne bien รฉtabli.
Mais... il n'y avait aucune รฉtincelle. Vous voyez ce que je veux dire ? Pas de papillons dans le ventre. Pas de regards complices. Pas de feu. Je l'ai dit ร ma famille. Ils m'ont rรฉpondu : ยซ La magie peut opรฉrer ร tout moment. ยป Et comme une bonne fille, j'ai hochรฉ la tรชte avec un sourire.
Nous รฉtions en train de finir nos derniers achats de mariage, en riant du nombre absurde de bracelets que ma mรจre insistait pour que je porte, quand c'est arrivรฉ.
Un SUV noir a pilรฉ ร quelques centimรจtres de nous. Les pneus ont crissรฉ. Les gens ont criรฉ. Pendant une seconde, j'ai cru ร un accident de la route.
Puis tout est devenunoir.
Des mains. Des mains froides. Des mains brutales. On m'a attrapรฉe. On m'a arrachรฉe ร Karthik. Il a criรฉ mon nom, mais quelqu'un l'a frappรฉ et il s'est effondrรฉ violemment. Je me suis battue โ Dieu, comme je me suis battue โ mais ils รฉtaient plus forts. On m'a poussรฉe dans le vรฉhicule. Un chiffon a รฉtรฉ plaquรฉ sur mon visage.
Tรฉnรจbres. Silence. Nรฉant.
Je ne sais pas combien de temps je suis restรฉe inconsciente.
ร mon rรฉveil, j'avais l'impression que ma tรชte allait exploser. L'air รฉtait humide, viciรฉ et froid. Une ampoule nue vacillait au-dessus de moi. J'รฉtais sur un sol en bรฉton, dans ce qui ressemblait ร un sous-sol. Pas de fenรชtres. Pas de tรฉlรฉphone. Pas de sac. Juste la peur, qui s'infiltrait comme un brouillard sous la porte.
Puis je les ai entendus : des cris. Des voix d'hommes, graves et violentes, venant de la piรจce d'ร cรดtรฉ.
Je me suis traรฎnรฉe jusqu'au mur. ร travers une fente dans la porte, je les ai vus โ au moins trente hommes, qui hurlaient, jetaient des objets, se bousculaient. C'รฉtait le chaos... comme une mutinerie.
Le cลur battant ร tout rompre dans ma poitrine, j'ai tournรฉ la poignรฉe, lentement, silencieusement. Il fallait que je m'enfuie. Je ne savais pas oรน, mais il fallait que j'essaie.
Je me suis glissรฉe dehors. Un pas. Deux.
Puis...
Vlan !
Une main a agrippรฉ mes cheveux. J'ai รฉtรฉ projetรฉe contre le mur, le souffle coupรฉ.
ยซ Oรน crois-tu aller, petit oiseau ? ยป a grognรฉ une voix ร mon oreille.
Son haleine รฉtait chaude et fรฉtide. Ses doigts se sont refermรฉs sur ma gorge.
Je ne pouvais plus respirer. Ni crier.
Mais soudain...
Il n'รฉtait plus lร .
Arrachรฉ loin de moi par quelqu'un que je n'avais mรชme pas vu venir.
J'ai haletรฉ avant de m'effondrer โ droit dans les bras d'un autre homme.
ยซ Tout va bien ยป, a-t-il dit, d'une voix calme mais pressante. ยซ Tu es en sรฉcuritรฉ maintenant. ยป
En sรฉcuritรฉ ? En sรฉcuritรฉ par rapport ร quoi ?
La porte a volรฉ en รฉclats.
Flashs. Journalistes. Camรฉras. Cris.
C'รฉtait comme entrer dans un asile de fous.
ยซ C'est quoi ce bordel ? ยป ai-je murmurรฉ.
Mes jambes ont lรขchรฉ.
Je crois que je vais vomir.









