Chapter 1
L’air était lourd ce matin-là, moite, presque poisseux. Ellie courait à perdre haleine dans le hall de l’aéroport, traînant derrière elle sa petite valise rose bonbon à roulettes qui faisait un bruit infernal sur le carrelage. Les cheveux en bataille, un sac en bandoulière mal fermé dont dépassait un vieux livre écorné. Elle jetait des coups d’œil désespérés aux écrans d’affichage. Vol 312 pour Kinshasa-USA— Embarquement en cours.
— Merde, merde, merde…
Elle s’élança à nouveau, esquivant valises, enfants, groupes bruyants. Une semaine chez ses parents, c’était à la fois reposant et insupportable. Entre la chaleur, les repas trop gras et les remarques subtiles sur le fait qu’elle n’ait “toujours pas trouvé un homme bien”, Ellie avait hâte de retrouver son studio minuscule, sa plante à moitié morte et sa routine.
Elle tourna à droite… et percuta de plein fouet quelque chose…Non, quelqu’un.
Le choc fut brutal, et elle tomba de tout son poids, sa valise roulant plus loin dans un bruit sourd.
— Aïe… bordel…
— Sérieusement ?
La voix grave, glaciale, presque méprisante la fit relever la tête. L’homme devant elle était d’une beauté saisissante. Grand, costume sur mesure impeccable, lunettes de soleil noires malgré l’intérieur, et une mâchoire dessinée à la perfection. Il ne tendit même pas la main pour l’aider.
— Vous devriez peut-être regarder où vous mettez les pieds au lieu de foncer comme une furie.
— Et vous, vous pourriez éviter de vous planter au milieu du passage comme une statue grecque arrogante, non ?
Il haussa un sourcil, lentement, comme si elle venait de proférer une insulte qui méritait la peine capitale. Ellie se releva en époussetant son jean, sans détourner le regard. Elle avait l’habitude des types prétentieux surtout en ville ou en soirée, mais celui-là les battait tous.
— Vous savez qui je suis ? demanda-t-il, un rictus presque moqueur sur les lèvres.
— Un connard ? proposa-t-elle, sans même réfléchir.
Son regard se durcit. Elle, elle passa à côté de lui sans un mot de plus, récupéra sa valise et reprit sa course.
Jacob la regarda s’éloigner, un froncement presque intrigué entre les sourcils. Une femme qui ne le reconnaissait pas. Mieux, une femme qui le traitait comme n’importe qui. Il ne savait pas si c’était désagréable ou… rafraîchissant.
De son côté, Ellie arriva tout juste à temps pour embarquer. Épuisée, elle s’écroula sur son siège et sortit son téléphone pour envoyer un message à sa meilleure amie.
Ellie : Léa. Je crois que je viens de bousculer le roi des connards à l’aéroport. Tu devineras jamais…
Ce qu’elle ignorait encore, c’est que ce « roi des connards » s’appelait Jacob Karl, 32 ans, PDG de l’une des plus grosses entreprises du monde, et accessoirement l’homme le plus riche de la planète. J’exagère? Et surtout, qu’il prenait le même vol qu’elle, assis quelque part, en première classe évidemment.
Jacob, lui, réfléchissait encore à cette fille au sac moche et au culot admirable.
Le lundi matin, après une bonne douche et un café brûlant, Ellie remit ses cheveux en place devant le miroir. Elle portait une chemise blanche repassée avec soin et une jupe noire classique. Elle avait un entretien important dans une boîte puissante. L’occasion de décrocher enfin un job plus stable que ses missions précaires.
Arrivée à l’étage du grand immeuble vitré, elle s’installa dans la salle d’attente, relut son CV, inspira profondément.
— Mademoiselle Eléonore N’landu? lança une assistante.
— Oui ?
— Le PDG va vous recevoir directement. Il tient à rencontrer lui-même les finalistes.
Le cœur d’Ellie fit un bond dans sa poitrine. Elle suivit l’assistante dans un grand couloir luxueux, jusqu’à une double porte.
— Vous pouvez entrer.
Elle inspira, ouvrit…
Et figea.
Derrière le bureau immense, en costume noir et chemise blanche ouverte sur un col parfait, Jacob Karl releva les yeux de son ordinateur et croisa les siens.
Un silence.
Un long silence.
Il esquissa ce qui ressemblait à un sourire ou plutôt un sourire ironique.
— Ah. La furie de l’aéroport. Comme on se retrouve.
Ellie sentit le rouge lui monter aux joues.
— …C’est une blague. Dit elle dans un soufflement.
— Pas du tout. Asseyez-vous, mademoiselle N’landu. L’entretien va commencer.
Une heure plus tard, elle sortit de là pétrifiée.
Elle courut retrouver Benette, sa meilleure amie, dans leur café habituel. Celle-ci l’attendait déjà, une brioche à moitié entamée à la main.
— Alors ? T’as cartonné ? Raconte ! demanda Benette, les yeux brillants.
Ellie s’écroula sur la chaise en face.
— Je suis foutue.
— Quoi ? Pourquoi ?
— Benette. Le mec que j’ai insulté à l’aéroport. Le mec froid, classe, relou, ultra prétentieux…
— …Ouais ?
— C’est mon futur patron. Le PDG. Le mec le plus blindé du monde. Jacob Karl…
Benette manqua de s’étouffer avec sa brioche.
— NO WAY.
Ellie se cacha le visage dans les mains.
— Je vais mourir.
Benette éclata de rire.
— Non, tu vas vivre une sacrée histoire.
Et elle avait bien raison.
Ce n’était que le début.
Alors vos avis 🥹