Ombreuse

Tous droits réservés ©

Résumé

Wallis, 18 ans est une jeune Iremienne, se préparant à recevoir son Composant. Elle reçoit les Ombres, Composant interdit. C'est la Maudite de sa Formation. Elle va devoir se faire une place dans sa nouvelle Caste et apprivoiser ses pouvoirs de plus en plus puissants. Eryndor vit à Uranie, la ville Noire, c'est un Ombreux de naissance, et comme tous les Originels de sa Caste, il a effectué sa Transformation deux ans plus tôt. Il sort donc de son Instruction, et se retrouve à être le Supérieur de la Maudite de cette année, devenue Aurora suite à sa Transformation. Ils se détestent plus chaque jour, tissant un lien complexe et bancal, mais seront bien obligés de s'allier lorsque le passé de la jeune Apprentie planera comme une promesse de mort au-dessus des populations d'Irem et d'Uranie.

Genre :
Romance
Auteur :
une_etoile_rebelle
Statut :
En cours
Chapitres :
9
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

- Tout ira bien, ne t’en fait pas ...

Avara serra sa fille entre ses bras, et les étoffes de leurs robes se frottèrent, la soie noire contre le velours bordeaux.

- Et si je suis la Maudite ? souffla-t-elle.

La belle femme lui prit le menton entre ses doigts fins et la força à croiser son regard.

- Je suis certaine que ça n’arrivera pas. Tu seras puissante, et tu seras heureuse. Répète-le.

- Je serai puissante et heureuse.

- Bien. Maintenant, crois-y.

Elle offrit un sourire rassurant à sa fille, qui s’efforça de lui rendre. Ses inquiétudes ne la lâchèrent pas, grandissant à chaque seconde. Sa mère ne pouvait pas comprendre, elle était à mille lieues de ses soucis. Wallis était née dans la famille la plus noble d’Irem, personne ne se faisait donc de soucis pour elle, ni pour Éloa, sa sœur. Les Rossi seraient forcément gâtées, recevant un pouvoir puissant ainsi une stabilité sociale et économique. Mais ce n’étaient pas des pestes, à rabaisser les autres membres de leur Formation, non, elles multipliaient au contraire les actions de soutien et d’aide à différentes causes. Certaines de leurs manifestations avaient d’ailleurs abîmé leur image auprès de la Caste de Désignance, mais avaient au contraire prouvé qu’elles n’étaient en rien supérieures quand à leur classe sociale.

Les parents de Wallis étaient tous deux des Désignés, des personnes ayant reçu leur Composant avec plus de puissance que la normale. Les Désignés n’étaient pas courants dans les Castes, il y en avait en moyenne un ou deux dans chaque domaine par an. Cette catégorie de personnes avait donc automatiquement accès à un salaire et un cadre de vie luxueux, dans le quartier le plus réputé d’Irem. Le plus souvent, les Désignés transmettaient leur particularité à leurs enfants, et il était sûr à plus de quatre-vingt-dix pourcents que les filles Rossi le seraient elles aussi.

Avara Rossi, âgée de seulement trente-huit ans, avait reçu le Composant le plus prestigieux : l’Espace. Elle pouvait ainsi manipuler l’atmosphère elle-même, toujours pour des raisons bénéfiques au peuple d’Irem, conformément à leur Clause, établissant les règles de la Caste Spacieuse.

Teoman Rossi, Désigné tout comme sa femme, avait quand à lui fêté ses quarante ans quelques semaines avant la cérémonie de la Distribution, aussi appelée Répartition, et s’était vu acquérir le second Composant le plus glorifiant, le Composant d’Argent : le Temps. Il pouvait alors manipuler les secondes et les heures pour abréger des souffrances, ou permettre un dernier baiser, toujours en respectant sa Clause, la plus strictes parmi celles de toutes les Castes confondues. Le Temps était un Composant dangereux, et le manipuler exposait à des risques énormes.

Ce jour-là, le solstice d’hiver, leur fille aînée, Wallis, allait elle aussi recevoir son Composant et rejoindre sa Caste pendant une année entière le temps de maîtriser ses dons, avant de rentrer chez elle pour construire sa propre vie, et se réacclimater à une vie de société. Vêtu d’un costume trois pièces noir, Teoman sourit à sa fille dans le but de la rassurer. Il passa une main dans ses cheveux auburn et bouclés, sa seconde main caressant sa joue au teint métisse.

- Tout se passera bien, je te le promets. Même si le Composant que tu recevras n’était pas celui que tu attendais, souviens-toi qu’il t’a été attribué avant ta naissance. Vous êtes liés. Il te rendra puissante, et fera de toi une belle personne.

- Et si c’est le contraire ? Papa, je n’ai jamais eu aussi peur …

- Eh … Ça ne sert absolument à rien d’avoir peur. Ton Composant est présent pour t’élever au plus haut de tes capacités, pour t’entraîner vers ton apogée. Il te guidera toute ta vie, et rien ne sert de le rejeter. Vous êtes indicibles l’un de l’autre. D’accord ?

Wallis hocha doucement la tête, avec calme et élégance. Si une grande partie de la foule les observaient, aucun n’avait pu deviner le sujet de la conversation. Elle aurait très bien pu porter sur la cérémonie, ou sur la pluie et le beau temps. Le murmure constant la foule se tarit doucement lorsqu’un homme monta sur l’estrade. Le Fondateur, Cuthbald Sealse, était un homme assez âgé, la soixantaine, portant une calvitie au milieu de ses cheveux blancs longs d’environ trois centimètres tout au plus.

Les Fondateurs étaient les dirigeants d’Irem, un Conseil de huit personnes, composé en cette période de six homme et de deux femmes. Cuthbald se plaça devant le micro, qu’il empoigna de sa main maigre. Le silence se fit total.

- Chers Iremmiens, chères Iremmiennes. Aujourd’hui est un jour assez spécial, et symbolique. Une nouvelle Formation a passé le cap de la dix-huitième année. Elle a travaillé de façon soudée, toujours dans le respect des lois d’Irem. En récompense de ce respect et de cette implication pour notre ville, ils vont aujourd’hui recevoir un à un leur Composant. Celui-ci leur permettra d’accomplir de plus grandes choses pour Irem, et de se trouver une place en tant qu’adulte dans notre communauté.

« Une fois ce Composant distribué, il ne peut pas être changé. L’individu sera donc obligé de rejoindre une des Castes, dans laquelle il suivra pendant un an un Apprentissage. Durant ce laps de temps, ils pourront apprendre à manier leur Composant, et à travailler avec leurs semblables. Pendant cette année d’immersion à la vie des adultes Iremmiens, les Apprentis ne pourront voir les membres de leur famille n’appartenant pas à la même Caste sous aucun prétexte, hormis un décès imminent ou d’autres cas de figure qui seront alors discuté entre les membres du Conseil, sera soumis à un vote qui ne changera que si le Conseil ne le décide.

« Notre jeune Formation a bien grandi et s’est impliquée dans la vie sociétale, certes, mais il y a aussi eu des erreurs de commises. Comme un trou dans un mur.

Son regard se posa sur Steeden MckResen.

- Une chute d’arbre.

Il dériva vers Allyson Debert. Cuthbald continuait de lister les grosses erreurs des différents individus de la Formation 285. Cela faisait presque trois siècles que la ville d’Irem voyait ses jeunes recevoir des Composants. Trois siècles que cet équilibre persistait, plus fort que toute autre volonté.

Le regard de Wallis passa la foule en revue. Des mères serraient les mains de leurs enfants, certains parents retenaient leurs larmes, d’autres encore se montraient impassible, une main sur l’épaule de leur progéniture.

- Nous allons donc pouvoir procéder à la Répartition, et continuer d’honorer nos Composants lors de cette deux-cent-quarante-cinquième Cérémonie de la Distribution. Les appels se feront par dates de naissance.

Le silence enveloppant la foule se fit plus tendu encore, tant et si bien que Wallis le sentait presque pulser contre ses doigts. Un premier nom résonna.

- Kelly Aaysen.

Une femme assez âgée retint la jeune femme par le poignet, puis l’enlaça de toutes ses forces en lui murmurant quelques mots à l’oreille. Puis Kelly se dégagea doucement et s’avança vers le Fondateur. Celui-ci lui offrit un grand sourire et lui saisit les deux mains. Elle était assez jolie, aux cheveux blonds bouclés, et aux yeux noisettes. Therebald Deveadson, un autre Fondateur, fit boire une liqueur à Kelly et lui plaça une couronne rouge sang sur la tête.

Ses cheveux se soulevèrent, puis son corps entier ensuite. Cuthbald la retenait fermement. Il la lâcha lorsqu’elle fut prise dans un tourbillon de nuages bleus, et de l’eau jaillit de ses paumes à plat vers le ciel. Puis elle retomba à genoux sur le sol, et Cuthbald annonça de sa voix traînante :

- Aqueuse.

La mère de Kelly pleurait. Étant elle-même une Venteuse, elle devrait attendre un an avant de revoir sa fille unique. Un an dans une maison vide, parce que son mari était décédé quelques semaines plus tôt. Kelly pleurait, ses paumes aussi. Deux Désignés Aqueux la soutinrent et l’emmenèrent, passant à côté de sa mère et laissant discrètement leurs mains se serrer avec brièveté.

- Dennys Drakest.

Un jeune homme à la carrure forte, à la mâchoire carrée et aux cheveux noirs s’avança. Le même rituel fut répété, et cette fois, une lumière se répandit dans tout son corps, puis il s’enflamma avant de s’éteindre et de s’écrouler sur le sol. Dennys était un Désigné Incendiaire.

- Incendiaire.

Les noms et les Composants défilèrent, et les natifs du mois d’octobre furent appelés.

- Wallis Rossi.

Sa mère la serra contre sa poitrine en lui caressant les cheveux et son père lui embrassa le front en lui frottant tendrement le dos. Puis la jeune fille s’avança au travers de la foule fendue en deux pour la laisser passer. Elle grimpa les marches de l’estrade, et salua Cuthbald avec un sourire bienveillant. Se postant dos à la foule, elle offrit ses mains au Fondateur et inspira un grand coup. Elle but le liquide au goût de métal d’un trait, et sursauta en sentant la puissance contenue dans la couronne.

Une chaleur irradia dans son corps entier, et elle soupira de soulagement en comprenant qu’elle était Désignée. Ses parents seraient fiers, leur honneur serait sauf. Puis elle écarquilla les yeux d’horreur en sentant son Composant se déverser en elle, et cette peur fut reflétée dans les yeux de Cuthbald lorsqu’il la lâcha et qu’un tourbillon noir l’enveloppa.

Tout devint flou.

Les Ombres couraient en elle, et elle ne put que leur répondre, les laissant explorer le monde autour d’elles, la foule, elle-même. Mais d’un seul coup tout s’arrêta, procurant une vive douleur dans l’estomac de Wallis, et elle tomba lourdement sur l’estrade de bois, sa robe s’étalant autour d’elle. C’était l’affolement. Et un mot signa la fin de tout, la fin du déni qu’elle espérait.

- Maudite.