Chapter 1— Le début insouciant
Je me souviens encore du jour où tout a commencé.
Pas comme une date qu’on note sur un calendrier. Non. Plutôt comme une odeur qui reste collée à la mémoire.
Celle du café chaud renversé sur ses doigts, de son rire gêné, et de la lumière dorée qui traversait la vitre du café.
Anna. Elle riait tout le temps, même quand rien n’était drôle. Elle avait cette façon de rendre les choses ordinaires un peu magiques, sans même s’en rendre compte.
Et moi, j’étais juste… moi. Le gars qui ne savait pas trop ce qu’il voulait, mais qui faisait semblant de tout maîtriser.
— Tu me regardes comme si j’avais une tache sur le front, m’avait-elle dit ce jour-là, en relevant la tête.
— Non, je… j’aime bien ton rire.
Elle avait levé les yeux au ciel, un sourire au coin des lèvres. "Tu dis ça à toutes les filles, Lucas."
— Non. Pas à toutes.
C’est à ce moment-là que j’ai su que j’étais foutu.
Les jours d’après, tout s’est enchaîné vite. Trop vite peut-être.
Des messages à trois heures du matin, des balades au hasard dans les rues, des silences qui disaient plus que des mots.
On parlait de tout : de nos peurs, de nos rêves, de Dieu parfois —ou du vide qu’on ressentait quand on fermait les yeux.
Je n’étais pas quelqu’un de très stable à cette époque.
Toujours à fuir les responsabilités, toujours à vouloir paraître fort.
Mais avec elle, j’avais l’impression que je pouvais être vulnérable sans honte.
Elle voyait au-delà de mes blagues et de mes maladresses. Elle voyait moi.
Je me souviens d’un soir, sur le toit d’un immeuble abandonné qu’on avait trouvé par hasard.
Le vent soufflait fort, elle avait froid, je lui avais prêté ma veste.
Elle m’a regardé, les yeux brillants, et m’a dit :
— Promets-moi que tu feras toujours attention à ce qu’on a, Lucas.
J’avais souri, sûr de moi.
— Je te le promets.
Je ne savais pas encore que les promesses, c’est fragile.
Que parfois, on fait du mal sans le vouloir.
Et que l’amour, même quand il est vrai, ne suffit pas toujours à sauver deux personnes de leurs propres démons.
Mais ce soir-là, rien n’avait d’importance.
Juste elle, son rire, le froid, et le ciel.
J’étais heureux. Et c’est souvent quand on est le plus heureux qu’on commence, sans le savoir, à tout casser.