J’existe par moi-même

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Résumé

On dit qu’au lycée, il y a ceux qu’on voit… Et ceux qu’on oublie. Moi, je fais partie de la deuxième catégorie. Toujours derrière Léana, ma meilleure amie : la plus belle, la plus populaire, celle que tout le monde admire. Et moi ? Sa « petite ombre ». Celle qui tient son sac, qui dit oui à tout, qui disparaît quand elle entre dans une pièce. Ça ne m’a jamais dérangée. Enfin… jusqu’au jour où il est arrivé. Elior Hayes. Le nouveau. Le genre de garçon qui ferait taire un couloir entier simplement en marchant. Il aurait dû tomber amoureux de Léana — comme tous les autres. Sauf que non. C’est moi qu’il regarde. Moi qu’il cherche. Moi qu’il choisit. Et soudain, tout bascule. Léana ne supporte pas que quelqu’un me voie différemment. Sa jalousie devient toxique. Les secrets qu’elle cachait commencent à remonter. Les mensonges aussi. Entre un amour inattendu, une amitié qui se fissure et un passé qui refait surface… Je vais devoir apprendre à exister par moi-même. Et peut-être que l’ombre que j’ai toujours été… est prête à briller pour la toute première fois.

Genre :
Romance
Auteur :
YasmineLeyla
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapter 1

Le réveil sonna à 6h15, comme tous les matins.

Mais ce n’était pas le bruit qui tira Lucy du sommeil.

C’était le message.

Encore un.

L’écran éclairait la pièce encore sombre :

« T’es réveillée ? J’arrive dans 10 min. Habille-toi bien, aujourd’hui on prend des photos. – Léana »

Lucy soupira doucement avant même de glisser son doigt sur l’écran pour déverrouiller.

Il n’était pas vraiment question de demander si elle voulait prendre des photos.

Avec Léana, les choix n’existaient pas. On suivait.

Toujours.

Elle se leva lentement, comme si chaque geste risquait de déclencher une avalanche.

Elle attrapa son jean bleu clair, un pull crème simple, et attacha ses cheveux en une queue de cheval.

Pas trop sophistiqué, pas trop négligé.

Juste… neutre.

Invisible.

Quand elle entra dans la cuisine, sa mère préparait du café, encore en peignoir.

— Déjà debout ? demanda-t-elle en jetant un œil à l’heure.

— Léana passe me prendre, répondit Lucy en serrant la lanière de son sac.

— Encore ? Tu sais que tu n’es pas obligée de…

Lucy sourit, un sourire léger, presque mécanique.

— C’est bon, maman. J’ai l’habitude.

Sa mère ne répondit rien, mais ses yeux parlaient pour elle.

De l’inquiétude.

De l’impuissance.

De cette sensation qu’elle voyait sa fille disparaître un peu plus chaque jour.

Quand Léana arriva devant la maison en klaxonnant, Lucy sentit son ventre se serrer.

Toujours ce même mélange étrange :

de loyauté,

de tendresse,

de peur aussi.

La portière passager s’ouvrit, révélant Léana dans toute sa perfection : cheveux blonds impeccables, gloss brillant, mini-robe rouge malgré le froid du matin.

— Lu ! Tu mets trois ans, c’est fou, lança-t-elle sans méchanceté apparente mais avec ce petit ton pressé qu’elle utilisait toujours.

Lucy s’installa, referma la porte, attacha sa ceinture.

— Tu vas bien ? demanda-t-elle.

— Oui, oui. On doit juste absolument faire des photos avant les cours. Mes abonnés adorent mes looks du jour. Et toi, tu les prends super bien.

— D’accord.

Léana sourit, satisfaite, puis redémarra.

À l’école, tout suivait son rituel.

Léana marchait devant.

Lucy derrière.

Comme toujours.

Dans les couloirs, les gens se retournaient, complimentaient Léana, riaient avec elle, se poussaient presque pour la laisser passer.

Et Lucy ?

On la frôlait sans la voir.

On ne retenait pas son prénom.

Parfois, on lui disait « Salut… euh… toi » avant de vite reporter l’attention sur Léana.

Mais Lucy ne s’en plaignait jamais.

Elle disait même que ça l’arrangeait.

Moins de pression.

Moins de regards.

Même si, parfois, dans le silence de sa chambre, elle se demandait si quelqu’un un jour remarquerait qu’elle existait vraiment.

Avant le premier cours, Léana l’entraîna vers le jardin du lycée.

— Là ! dit-elle en désignant un mur recouvert de feuilles rouges.

— C’est joli, admit Lucy.

— Parfait pour mon feed Insta. Allez, Lu. Tu sais faire.

Lucy prit le téléphone, régla l’angle, fit quelques pas en arrière.

— Plus à gauche, dit-elle doucement.

— Comme ça ?

— Oui.

Elle appuya sur l’écran.

Les poses s’enchaînèrent : main dans les cheveux, sourire mystérieux, regard vers l’horizon…

Lucy connaissait tout par cœur.

— Regarde, dit-elle en lui montrant les photos.

— Waaaah, tu gères, toi. Heureusement que je t’ai dans ma vie.

Lucy sourit.

Une phrase qui réchauffait, même si elle savait qu’elle n’était prononcée qu’à moitié.

En classe, Lucy s’assit à sa place habituelle : deuxième rang, côté fenêtre.

Elle aimait regarder les arbres quand elle s’ennuyait.

Ça l’aidait à se sentir… réelle.

Léana, elle, se posta tout devant, au centre, comme un soleil.

Un soleil magnifique

et brûlant.

Pendant le cours, Lucy la regarda rire discrètement avec ses amies, faire des petits gestes, échanger des papiers.

Elle, en revanche, resta silencieuse, prenant ses notes au calme.

À la pause, elle sentit quelqu’un tirer sa manche.

Mila, une fille de leur classe.

— Hé, Lucy… euh… tu pourrais dire à Léana que j’aime trop sa robe ?

— Bien sûr.

Personne ne parlait à Lucy pour parler à Lucy.

Toujours pour passer par elle, la fille de l’ombre.

À midi, les choses changèrent un peu.

Lucy aimait venir seule à la bibliothèque.

C’était le seul endroit où elle existait sans comparaison.

Elle s’installa dans un coin, ouvrit un livre, inspira profondément.

Ici, le silence n’était pas lourd.

Il était doux.

Apaisant.

Elle lisait depuis une dizaine de minutes quand elle sentit quelque chose d’étrange.

Comme une intuition.

Un frisson.

La sensation qu’un fil invisible venait d’être tiré.

Elle releva la tête.

Rien.

Juste quelques élèves éparpillés.

Mais quelque part, dans son ventre, elle savait que quelque chose allait changer.

Pas aujourd’hui.

Pas demain.

Mais bientôt.

Une nouvelle page s’ouvrirait, et elle n’était pas prête.

Pas du tout.

Quand la journée se termina, Léana la rejoignit en sautillant.

— Lu ! Tu peux venir dormir chez moi ce soir ? On doit choisir mes tenues pour la fête de vendredi. J’ai besoin de toi.

Lucy hésita.

Elle avait des devoirs.

Elle était fatiguée.

Elle voulait juste rentrer.

— Euh… je…

— Allez, s’il te plaît ! Tu sais que je peux pas le faire sans toi !

Lucy céda. Comme toujours.

— D’accord.

Léana l’embrassa sur la joue en riant, déjà excitée par sa propre soirée.

Lucy, elle, regarda le ciel qui s’assombrissait.

Les nuages prenaient une couleur violette, étrange et lourde.

Comme un avertissement.

Elle sentit encore cette sensation bizarre.

Ce frémissement dans l’air.

Comme si le monde retenait son souffle.

Elle ne savait pas encore qu’un changement approchait.

Quelque chose…

ou quelqu’un…

qui ferait exploser l’équilibre fragile de sa vie.

Mais pour l’instant, elle n’était qu’une ombre.

Une ombre qui allait devoir apprendre à exister.


Chapitre 1 — Suite : L’ombre qui s’effrite

Le trajet jusqu’à la maison de Léana se fit dans un calme étrange.

D’habitude, Léana parlait sans s’arrêter : maquillages, potins, tendances…

Mais ce soir, elle pianotait sur son téléphone, concentrée, presque nerveuse.

Lucy la regarda du coin de l’œil.

— Ça va ? demanda-t-elle doucement.

— Oui, oui. Juste le stress de la fête. Il y aura tout le monde. Et… je dois être parfaite.

— Tu l’es toujours, tu sais.

— Peut-être, souffla Léana. Mais faut que ça continue.

Un silence retomba, plus lourd que d’habitude.

La maison de Léana, immense et lumineuse, sentait le parfum vanillé et les bougies nouvellement allumées.

Les murs étaient décorés d’immenses photos d’elle : anniversaires, shootings, concours de danse.

Partout, son visage.

Partout, sa présence.

Lucy, comme à chaque fois, eut cette impression étrange :

ici, elle n’était pas invitée.

Elle était une silhouette temporaire, un accessoire entre deux tableaux parfaits.

— Allez, viens ! lança Léana en montant les escaliers à toute vitesse.

Dans la chambre, une avalanche de vêtements avait déjà envahi le lit.

Robes à paillettes, tops scintillants, jupes mini, bottes hautes…

Léana se planta au milieu, bras croisés, mine désespérée.

— Tu vois ? J’ai rien à mettre.

— C’est… beaucoup de choix quand même, répondit Lucy en esquissant un sourire timide.

— Justement ! Je sais pas choisir ! Aide-moi. Comme d’habitude.

Lucy inspira doucement puis s’approcha du lit, triant les tissus entre ses doigts.

Elle adorait ce moment-là, malgré tout.

La mode de Léana l’impressionnait.

Sa beauté aussi.

Et même si elle savait qu’elle ne porterait jamais ces vêtements-là, elle aimait les imaginer sur quelqu’un d’aussi confiante.

— Et ça ? proposa Lucy en levant une robe noire, simple mais magnifique.

— Trop basique.

— Celle-là alors ? Rouge satinée.

— Trop sexy pour une fête de lycée.

— D’accord… celle-ci ?

À chaque proposition, Léana secouait la tête.

Jusqu’à ce qu’un haut tombe du tas et s’étale sur le tapis.

Un haut nacré, blanc cassé, presque magique.

Lucy le ramassa, hésita.

— Et ça ? demanda-t-elle en le tendant.

Léana cligna des yeux.

Longuement.

— Oh.

— Tu l’aimes pas ?

— Si… justement. Je l’adore. Je l’avais complètement oublié.

Un sourire illumina son visage.

— Tu vois ? Je savais que tu me serais utile !

Utile.

Pas indispensable.

Juste… utile.

Lucy sourit quand même.

Plus tard, pendant que Léana se maquillait devant son miroir aux ampoules dorées, Lucy était assise sur le tapis, ses genoux contre sa poitrine.

Elle aimait la regarder se transformer.

Ses gestes étaient rapides, assurés, presque artistiques.

— Lu, t’en penses quoi ? demanda Léana en se tournant.

Lucy observa son visage.

Parfait, comme toujours.

Léana ne cherchait jamais le naturel.

Elle cherchait la version idéalisée d’elle-même.

— Tu es magnifique, répondit Lucy sans hésiter.

Le sourire de Léana se refléta dans toutes les ampoules.

— Évidemment ! Je rigole. Merci, Lu.

Lucy baissa les yeux vers ses propres mains.

Elle n’avait pas de maquillage.

Pas de gloss brillant.

Pas de robe satinée.

Juste elle, simple, invisible.

Elle ne savait pas si ça lui convenait vraiment.

Ou si c’était juste plus facile.

La soirée avança, et Lucy sentit la fatigue lui tomber dessus comme une couverture lourde.

Pendant que Léana faisait des TikToks, changeait de tenue trois fois, appelait ses amies…

Lucy rangeait les vêtements autour du lit, pliant soigneusement ce que Léana laissait tomber.

— Tu veux que je commande à manger ? demanda Lucy.

— Non, j’ai pas faim. Mais prends si toi tu veux.

— D’accord.

Elle aurait voulu dire : Assieds-toi avec moi. Parlons un peu.

Mais ça ne se faisait pas.

Parce que la dynamique était claire, figée depuis des années.

Léana brillait.

Lucy évitait l’éblouissement.

Quand la nuit fut bien avancée, Léana s’écroula sur son lit en riant.

— Je suis morte. Mais je suis parfaite pour vendredi ! Merci, Lu.

— Pas de souci.

Lucy se leva pour éteindre la lampe quand elle remarqua le téléphone de Léana, posé face contre le matelas.

La lumière de l’écran clignotait : une nouvelle notification.

Elle ne voulait pas regarder.

Ce n’était pas ses affaires.

Mais elle vit trois mots clairs à travers la coque transparente :

« T’as entendu la rumeur ? »

Et juste en dessous :

« Sur Lucy. »

Le cœur de Lucy se serra.

Sa respiration se bloqua un instant.

Une rumeur.

Sur elle.

Elle n’en savait pas plus.

Elle ne savait même pas si c’était grave.

Mais dans son ventre, quelque chose se fissura.

Une ombre…

une petite ombre,

commença à trembler.

Elle resta debout quelques secondes, immobile, comme si le sol s’était mis à bouger sous ses pieds.

Puis elle éteignit silencieusement la lampe, s’installa à côté du lit, et fixa le plafond dans l’obscurité.

La nuit était calme.

Presque trop.

Comme si elle retenait elle aussi un secret.

Un secret qui allait tout changer.