Sous le même toit

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Résumé

Lucas veut enfin vivre pour lui. Nouvelle ville, nouvel appart, nouvelle liberté : il est prêt à réécrire sa vie, loin des attentes familiales et des amours compliqués. Quand Maxence devient son colocataire, tout semble soudain plus simple. Calme, attentionné et étonnamment rassurant, il apporte à Lucas une douceur dont il ignorait avoir besoin. Entre repas improvisés, discussions à cœur ouvert et confidences tardives, une complicité naît… presque trop vite. Lucas commence à croire qu’il a enfin droit à quelque chose de beau. Mais Maxence cache un passé qu’il ne dévoile jamais ; un passé qui pourrait tout remettre en question. Et quand s’ajoute Adrien, le boss séduisant et charismatique qui brouille les pistes autant que les émotions… Lucas risque bien de perdre le contrôle de son propre cœur.

Genre :
Romance/Lgbtq
Auteur :
Thory_Tales
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Lucas

La gare de Vannes n’a jamais été un endroit particulièrement passionnant, mais ce matin, elle a des airs de scène dramatique. Peut-être parce que je traîne derrière moi une valise trois fois plus grande que moi. Peut-être parce que j’ai l’impression de tourner une page qui pèse une tonne. Peut-être parce que mon chat, Papyrus, hurle dans sa caisse de transport comme s’il était victime d’une tentative de meurtre.

— Je sais, mon grand, moi aussi, j’ai envie de fuir. Il répond par un miaulement offensé. Traduction : Tu vas le payer.

Je souffle, essuie mes paumes moites sur mon jean et regarde le panneau d’affichage. PARIS-MONTPARNASSE — Voie B.

J’ai un frisson. Ça y est. C’est aujourd’hui que ma vie change. Je laisse derrière moi mon petit appartement près du port, mes habitudes rassurantes, mes rues connues par cœur, mes cafés préférés… … et une version de moi-même que je ne supporte plus.

Le TGV entre en gare avec un souffle chaud qui me colle les cheveux au front. Les portes s’ouvrent, et une vague de passagers en retard me pousse à monter avant d’avoir eu le temps de paniquer. J’arrive à caler ma valise dans un des compartiments à bagage dédié sur la plateforme du wagon et j’entre dans la voiture 11.

Les passagers s’affairent à s’installer. Je trouve ma place dans un carré de quatre. Déjà occupé. Évidemment. Je déteste cet emplacement, mais il n’y a avait plus que ça de disponible lorsque j’ai réservé mon billet.

Coté fenêtre, une femme d’la soixantaine tricote une écharpe moutarde en face d’un type en costume, l’air stressé qui tape frénétiquement sur son téléphone.

En face de ma place vide, une jeune femme lit un manga en sifflotant, les AirPods fixés dans les oreilles.

Je m’installe rapidement, Papyrus sur les genoux. Silence gênant. Le train démarre.

— Il est mignon, votre chat, dit la femme qui lâche son tricot et m’observe comme si elle essayait de retenir le moindre détail de ma tenue.

— Il fait semblant. Il cherche régulièrement à me tuer dans mon sommeil, je réponds en souriant.

Elle rit. Mon chat miaule en signe d’accord. Le traître.

— Vous allez à Paris pour le travail ? demande-t-elle en reprenant son tricot.

Je prends une inspiration. Voilà. C’est à ça que sert ce trajet : annoncer cette nouvelle version de moi, même si pour l’instant, elle ressemble surtout à un type paniqué avec un chat instable émotionnellement.

— J’y emménage. Nouvelle vie. Nouveau départ.

Ma voix tremble un peu. Je prie pour que personne ne le remarque.

La fille au manga lève les yeux, intéressée, et enlève un de ses écouteurs.

Le type stressé lève les yeux aussi, mais seulement parce que son téléphone n’a plus de réseau. Il s’ensuit une danse ou le téléphone voltige devant l’homme à la recherche du précieux sésame à une barre, lui permettant, j’image, de répondre à un des deux cents e-mails qu’il a en attente dans sa messagerie.

— Ah oui ? dit la tricoteuse. À quel moment sait-on qu’il faut changer de vie ?

Je l’observe, dubitatif.

— Quand tout ce qu’on a ne nous ressemble plus, j’imagine. Et, aussi quand on fuit une mère extrêmement envahissante, un boulot qui nous étouffait, et une ville où chaque souvenir pèse autant qu’une enclume. Mais ça, c’est moins glamour à dire.

— Et vous avez trouvé un logement là-bas ? demande la lectrice.

— Pas pour le moment, on va dire que je suis un peu parti sur un coup de tête. Mais j’ai un air BnB qui m’attend à l’arrivée.

— Un quoi ?

— C’est une location. Ce n’est pas Versailles mais ça me permettra de patienter le temps de trouver autre chose.

J’espère. Oh mon dieu, oui j’espère.

— Paris, une location, un chat qui miaule… bon courage, marmonne mon voisin.

— Merci pour l’enthousiasme, je réponds.

La vieille dame reprend la parole sans quitter son ouvrage des yeux.

— Vous savez, parfois la vie change juste parce qu’on a décidé de bouger un peu. Le reste suit.

Je l’observe. J’aimerais tellement y croire.

Le train file à travers la campagne bretonne. Le ciel est clair. Mon doigt passe à travers les barreaux de la cage et caresse la tête de Papyrus qui s’endort enfin, roulé en boule.

Je regarde mon reflet dans la vitre : un gars de vingt-sept ans, cernes légers, mes cheveux châtains en bataille, un sourire timide, mais une flamme de détermination dans le regard.

« Paris, me voilà. Essaie de ne pas me briser davantage. »

Au bout d’une petite heure, la voiture se calme. Le type en costume tapote toujours frénétiquement sur son téléphone qui n’a évidemment pas retrouvé de réseau. La tricoteuse entame une deuxième pelote couleur… maïs ? Beurre fondu ? Je ne sais pas. Et la lectrice de manga s’est endormie, la page collée à sa joue.

Je décide de sortir mon livre : les archives de Roshar de Brandon Sanderson. Oui, je fais partie de ces gens qui déménagent avec une valise d’angoisse et un roman de mille pages comme doudou. J’ouvre mon livre là où un vieux ticket de la FNAC me sert de marque et me plonge dedans.

C’est incroyable à quel point la fantasy aide à faire taire la réalité. Le World building, les intrigues, la magie, les décors… tout me tirent ailleurs. Si la plupart de mes amis aiment le football ou le airsoft, moi je mets mon temps dans la lecture.Je suis tout à fait capable de refuser une soirée car il me reste un quart de mon roman à finir. Et j’assume !

Évidemment, c’est à ce moment que l’homme à ma gauche se lève.

Encore.

Il a déjà fait huit allers-retours depuis Vannes. HUIT. Il se lève, revient, s’assoit, se relève… comme s’il tentait de battre un record personnel.

Je finis par le regarder, innocemment, comme on observe un animal rare.

Il me lance un regard noir.

— Je suis désolé, vous comprenez, le travail…

— Vous inquiétez pas.

Tu parles que je comprends, monsieur le hamster.

Je retourne à Roshar.