Prologue | Mia
C’est fou comme la vie peut basculer en un clin d’œil. Une seule décision suffit à changer tout votre destin.
J’ai grandi avec un père narcissique et violent et une mère qui ne s’occupait pas de moi. À dix-huit ans, j’ai pris la décision de les quitter, exactement comme mon frère Elio l’avait fait quatre ans plus tôt.
Il avait choisi de s’engager dans l’armée pour fuir cet homme... notre père.
À dix-huit ans, j’ai pris la décision d’emménager avec un homme de dix ans mon aîné. Il prétendait m’aimer, mais il m’a forcée à devenir strip-teaseuse pour empocher l’argent.
Il me reprochait ce travail lors de crises de jalousie furieuses. Il me battait à cause de ça.
À dix-neuf ans, j’ai pris la décision de m’inscrire en secret dans une école de mode. C'était un premier pas pour réaliser mon rêve.
Les soirs où j'avais envie de pleurer jusqu’à m’endormir, je m’imaginais en créatrice et styliste reconnue. Je vivais dans un endroit incroyable comme New York, l’une des capitales de la mode.
Je voulais être comme Carrie Bradshaw dans Sex and the City. J’avais découvert cette série un jour où ma mère avait laissé la télé allumée pendant que mon père n'était pas là. Je voulais travailler pour Vogue. Je voulais être fabuleuse.
Je rêvais de tout ça chaque nuit dans mon lit.
Quand j’ai été acceptée dans une école de mode à Los Angeles, à l'autre bout du pays, j’ai choisi de m'enfuir pour de bon de chez mon copain violent. J’ai tiré un trait sur lui et sur mon ancienne vie, comme la première fois.
J'étais l’insaisissable Mia Fiore, une fille sans attaches avec une seule personne à aimer. Mon frère Elio est resté dans l’armée pendant encore bien des années après tout ça.
J’étais seule, mais je ne me suis pas laissé abattre.
C’est quand j’ai déménagé à New York pour rejoindre Elio que ma vie a vraiment changé pour toujours.
J’ai rencontré le mystérieux meilleur ami de mon frère, Domani De Luca. C’était un homme à l’aura sombre et au regard bleu envoûtant. Il me faisait peur, et pourtant, il m’attirait.
J’ai pris la décision de fréquenter Dom. Et ce, même si Elio ne voulait qu’une chose : que nous restions loin l’un de l’autre.
J’ai trahi mon frère pour le charme de cet homme. Je ne pouvais pas lutter. Nous avons tous les deux craqué, jusqu’à ce qu’Elio découvre la vérité. Domani De Luca a alors promis de ne plus m'approcher.
Tout cela est arrivé en même temps qu'une opportunité de travail que Dom m'avait décrochée. Je devais devenir stagiaire pour une styliste très connue. C'était une femme indépendante qui travaillait avec les plus grands noms du milieu.
Je me rapprochais de mon rêve... mais cette offre impliquait un autre choix. Un choix que je devais faire.
Helen Barton m’a demandé de la suivre à Paris pour un stage de six mois. Puisque Dom m’ignorait, c’était le moment idéal pour mettre de la distance entre nous.
Pourtant, les choses ne se sont pas passées comme prévu.
Nos chemins n’ont pas arrêté de se croiser jusqu’à ce qu’on se perde l’un dans l’autre. Il me rendait chèvre avec ses changements d'avis sur notre relation. Il disait que c’était juste physique, même si ses actes prouvaient le contraire.
Après trois mois à Paris, Dom est venu me voir avec un ultimatum surprenant.
Encore une fois, la vie peut changer en un clin d’œil.
Ça a commencé par une discussion et ça s'est fini par Domani De Luca me claquant la porte au nez en partant.
Il me restait trois mois de stage et je voulais les finir. Dom ne voulait pas m’attendre.
Je pense qu’il ne m’a laissé aucun choix. Comme je n’ai pas dit oui tout de suite, il a pris mon envie de garder mon stage et lui pour une réponse négative.
Pour lui, c’était un non.
Même après son départ furieux, j’ai essayé de le contacter. Je ne voulais pas que ça se finisse entre nous. Mais il était tellement en colère que je refuse de lâcher mon stage de rêve pour rentrer à New York.
J’ai envoyé des SMS, j’ai appelé, j’ai demandé partout où était Domani De Luca. Mais il m’avait complètement rayée de sa vie. Il ne m’a plus jamais adressé la parole.
Alors, quand mes trois mois de stage se sont terminés et que je devais rentrer à New York, on m’a proposé une autre chance incroyable.
Cynthia Dupont, du magazine Vogue Paris, m’a proposé de rester six mois de plus comme stagiaire pour elle seule. Helen quittait Paris.
Je ne sais pas ce que j’aurais répondu si j’avais été encore en contact avec Dom. Mais je savais quoi répondre maintenant qu’il était parti.
La réponse était oui.
Il s'est passé beaucoup de choses après ça, et tout est allé très vite. J'ai encore la tête qui tourne en pensant à mes décisions et à leurs conséquences.
Quand notre bail s'est terminé, Sophia est repartie à New York. Comme je ne travaillais plus pour Helen, nous ne pouvions pas garder cet appartement. J'ai déménagé dans un autre, payé par Cynthia.
J’aurais pris un appart avec Sophia si elle avait pu choisir, mais Dom a refusé de payer son loyer pour qu’elle reste ici. Je sais qu’il a fait ça pour m’embêter. Ça m’a fait mal qu’il aille jusqu’à utiliser Sophia pour m’atteindre.
Sophia n’a jamais travaillé de sa vie. Elle vit grâce au compte en banque que Dom remplit chaque mois.
J’adore Sophia et Paris n’est plus pareil sans elle. Mais j’avais de grandes opportunités devant moi... alors j’ai foncé. J’ai vu ma vie se transformer.
C’était inattendu, mais c’était tout ce dont j’avais rêvé.
Avec Cynthia Dupont comme patronne et mentor, j’allais souvent aux défilés. Je faisais aussi tout le sale boulot au bureau avec mon amie Celine, qui était aussi stagiaire.
Ce qui a tout changé, c’est quand j’ai gagné le concours pour la campagne Chanel.
Il fallait présenter notre vision personnelle pour la collection de printemps. J’ai travaillé d’arrache-pied pour dessiner des pièces qui apporteraient quelque chose à la collection.
Apparemment, ils ont aimé. D'un coup, j'ai été contactée par l’homme que j’admirais depuis toujours : Karl Lagerfeld.
C’est le directeur artistique de Chanel et Fendi. C’est aussi un photographe célèbre pour plein de marques et de magazines. Il a même sa propre marque à son nom.
Je ne pensais jamais gagner. C'était l'une des raisons pour lesquelles je ne voulais pas quitter Paris. Et voyez... si j'étais partie, je n'aurais jamais vécu tout ça.
Karl Lagerfeld est connu pour ses costumes, ses lunettes noires, sa queue-de-cheval blanche et ses mitaines en cuir noir. C’est une légende de la mode, doué dans tellement de domaines.
C'est exactement ce que je voulais être : créatrice, styliste et couturière.
Le courant est passé tout de suite. Je l’avais déjà croisé une fois en travaillant pour Cynthia, puis à nouveau chez Vogue.
C’est quand on a commencé la campagne de printemps qu’on a appris à se connaître. Il est étrange, très secret sur sa vie privée, mais vraiment drôle.
Il m’a dit un jour que les gens normaux le trouvaient fou. Moi, je ne vois que du génie.
Voir ses dessins devenir de vrais vêtements portés par des mannequins est une sensation incroyable. Ça me coupait le souffle à chaque fois.
J’ai travaillé avec mon idole pendant des mois. Quand le défilé a eu lieu, j’ai vécu ce que la petite Mia, triste et maltraitée, demandait chaque soir dans ses prières.
Karl m’a dit que j’étais très photogénique. Il a demandé à me prendre en photo et j’ai bien sûr dit oui.
Encore une décision qui a changé le cours de ma vie.
Il a commencé à me prendre en photo tout le temps. D'abord pour s'amuser, puis c’est devenu plus sérieux. J’ai posé pour Chanel et Fendi, les deux marques de Lagerfeld.
Quand j’ai dit à Karl que je voulais rester concentrée sur la création, il m’a répondu : « La création, c’est pour toujours. La beauté se fane. Sois mannequin maintenant, le reste suivra. »
Et je l’ai cru.
Cela fait neuf mois que Domani De Luca a franchi ma porte pour s'en aller... Je me rappelle encore la douleur dans ma poitrine quand j’essayais de l’appeler. Quand j'ai compris qu'il ne voulait plus de moi.
J’ai pleuré bien des nuits en pensant à ce bonheur que j'avais presque touché du doigt.
Il m’a brisé le cœur. Mais je n’ai eu d’autre choix que de tenir bon et de travailler dur pour réaliser mon rêve.
Pendant neuf mois, je me suis jetée à corps perdu dans le travail. J'essayais de ne plus penser à cet homme beau et dangereux qui hantait mes pensées au début.
Les trois premiers mois, avec Sophia encore là, c’était très dur. Ses yeux bleus me faisaient penser à lui. Parfois, elle laissait échapper son nom par erreur.
À chaque fois, je ressentais une brûlure intense. Quand je rêvais de lui, je me réveillais toute chamboulée.
Après le départ de Sophia pour l’Amérique, c’était toujours difficile, mais j’ai arrêté de pleurer.
Au bout de six mois, j'ai espéré que Dom craquerait et me parlerait enfin, mais j'ai dû me faire une raison. Je devais l'oublier.
En travaillant pour Karl, j’ai rencontré Julien, son chargé de relations publiques. On s’est bien entendus. On était amis, mais c’était le premier homme qui m’attirait un peu.
Julien est franco-américain. Il est beau. Pas d'une beauté diabolique, mais vraiment beau gosse, si vous voyez ce que je veux dire.
Sa barbe est taillée de près, tout comme ses cheveux. Il a de courtes boucles sur le dessus et un dégradé impeccable sur les côtés. Il a des dents parfaites. C’est un homme élégant.
Julien a la peau mate. Il n’a pas de tatouages, mais il a des abdos. Il adore le sport et en fait dès qu’il n’est pas trop occupé par le travail pour Karl Lagerfeld.
Je remarque des petits détails chez lui, ce que je n’avais plus fait pour un homme depuis Dom. Par exemple, il adore les costumes bleus, qui lui vont à ravir. Il n’est pas toujours en costume comme Domani De Luca.
Je sais que je dois arrêter de les comparer.
Julien s’est montré très dragueur au début. J’ai décidé d’être honnête et de lui parler de Dom. Je lui ai dit que je n’étais pas prête pour une relation.
Après huit mois de silence radio de la part de Dom, j’ai fini par écouter mes besoins sexuels. J’ai commencé à coucher avec Julien, sans engagement. On est surtout amis, mais je ne peux pas nier qu’il est beau et qu’on se plaît.
Ce n’est pas une attirance étouffante ou effrayante comme j’ai pu en connaître. C’est simple. C'est amusant.
Il m’a fallu huit mois entiers pour effacer la trace des mains tatouées et dangereuses de Domani De Luca. Et un mois de plus à faire l’amour avec un homme qui est son total opposé.
Et pourtant... mon stage avec Cynthia se termine cette semaine. Ça veut dire que je rentre à New York. Je vais à nouveau entrer sur SON territoire.
Je risque de le croiser. J'ai beau me dire que je ne suis plus triste à cause de lui, je suis en réalité terrifiée à l'idée de rentrer.
Neuf mois de silence complet. Il a disparu sans laisser de trace. Même quand je suis allée à New York entre mes deux stages, juste avant les fêtes.
J’ai passé Noël et le Nouvel An avec mon frère, et Dom était comme un fantôme. Presque une invention de mon imagination... si son souvenir ne m'avait pas marquée aussi profondément.
Même quand Elio est venu me voir à Paris, je n’ai rien appris sur lui. J’avais trop peur de poser directement la question à Elio.
Après tous ces changements, j’ai l’impression d’être une nouvelle personne. Je rentre à New York, et bon sang, ça me fout la trouille.