Quand le désir rencontre le devoir

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Résumé

Dans un royaume où les cœurs sont emprisonnés, la princesse Diana, liée par le destin au prince Carlos, se languit d'un amour sincère. Un soir, une étincelle jaillit lorsqu'elle rencontre Arthur, un roturier dont l'âme résonne avec la sienne. Entre le devoir et le désir, Diana est déchirée. Carlos, le fiancé imposé, représente la sécurité, tandis qu'Arthur, l'amant interdit, incarne la liberté. Leur amour naissant défie les ombres de la Cour, attisant les feux de la jalousie et des complots. Diana, tel un rossignol en cage, trouvera-t-elle la force de choisir entre l'or de la couronne et la flamme d'un amour authentique, ou les chaînes du devoir briseront-elles ses ailes ?

Genre :
Romance
Auteur :
Euph0riae
Statut :
Terminé
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Chapitre 1 : Le bal

C'était une grande salle, haute de plafond, avec des lustres en cristal scintillants qui projetaient des mille feux sur le sol poli et brillant. Des colonnes imposantes, ornées de sculptures élaborées, soutenaient le plafond, et des draperies de velours rouge profond s'étendaient des fenêtres aux murs, créant une ambiance de mystère et de romantisme. L'air était frais et chargé d'un parfum subtil de fleurs, tandis que les notes d'un orchestre classique flottaient dans l'atmosphère. La salle était remplie de tables élégamment dressées, recouvertes de nappes blanches immaculées et ornées de centres de table raffinés. Des couples, vêtus de robes de bal chatoyantes et de smokings élégants, tournoyaient sur la piste de danse, leurs rires et leurs conversations mêlés à la musique. L'ambiance était à la fois festive et romantique, et l'on sentait que la magie d'une soirée inoubliable était en train de se jouer.

— Que fait une si charmante princesse, assise seule en ce lieu, durant son propre bal ?

Eleanor Battenberg, fille aînée du duc de Battenberg, venait se rafraîchir lorsqu'elle vit son amie recroquevillée sur elle-même, loin de toutes les agitations de la soirée, le visage pâle et les yeux perdus dans le vide.

— Ne me dites pas que vous êtes entrain de manquer votre propre bal ? s'étonna la jeune fille.

Eleanor était une belle jeune fille, ses yeux en amande, couleur miel, pétillaient d'une intelligence vive et espiègle. Des mèches châtain clair, légèrement ondulées, encadraient un visage fin et délicat. Un sourire malicieux illuminait ses lèvres roses, tandis que ses joues portaient la douce rosée d'un printemps naissant. Sa silhouette longiligne, vêtue d'une robe de bal en satin ornée de rubis, semblait danser au rythme d'une musique intérieure et témoignait d'une force indéniable. Elle avait l'air d'une guerrière, prête à affronter le monde avec courage et audace.

— Eleanor, vous savez fort bien que ce n'est point là mon désir. Ce sont là les volontés du roi.

Diana, bien que moins mince que son amie, possédait une beauté particulière. Dans une société qui valorise la maigreur, ses formes généreuses étaient souvent perçues comme un défaut. Pourtant, ses yeux émeraudes brillaient d'une joie communicative, ses joues rondes et rosées inspiraient douceur et bienveillance, et ses bras, capables d'enlacer le monde avec tendresse, dégageaient une chaleur rayonnante.

Ce soir, elle était élégamment vêtue d'une robe de bal vert émeraude, à traîne longue, qui mettait en valeur ses yeux, illuminant ainsi son visage.

— Voyons, Diana, Carlos n'est pas si mal que cela. Il vous aime beaucoup, vous savez, et permettez-moi de vous dire que je le considère comme un excellent parti.

— Un excellent parti ? Mais qu'en est-il de mon avis ? Père veut me marier avec un inconnu, simplement pour renforcer ses liens avec le roi d'Espagne, le reste lui importe peu. Mon bonheur ne compte guère, tant qu'il fait la une des journaux et qu'il est au centre de toutes les conversations, s'indigna Diana avec véhémence.

Le roi, soucieux du bonheur de sa fille unique, Diana, avait décidé de lui choisir un époux idéal. Il pensait bien faire, mais pour elle, cette décision ressemblait à une insulte. Elle estimait qu'il lui appartenait de choisir avec qui elle voulait partager sa vie, et non à son père. De plus, les paroles de Philip, qui vantait ce mariage comme « l'union de deux royaumes » et « le mariage du siècle », ne faisaient qu'accroître sa frustration. Diana ne voyait dans ce projet qu'une simple affaire de relations et d'argent.

— Je suis certaine que le roi ne souhaite que votre bonheur, Diana. Quoi qu'il en soit, ne restez pas là à vous morfondre, venez donc nous rejoindre. Je ne vous cache pas que je suis déjà à ma cinquième danse avec autant de jeunes gens, chacun plus charmant que le précédent, relata Eleanor en souriant.

— Vous avez bien de la chance, moi je ne parviens jamais à attirer le regard des hommes. C'est tellement absurde que mon père a dû se mêler de tout cela, soupira la princesse en se levant.

— Arrêtez donc, vous êtes magnifique, et regardez ce jeune homme, il vous dévore des yeux.

— Mais c'est Carlos !

— Je voulais simplement vous montrer que vous attirez bien des regards, ma chère.

Diana ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, même si elle tentait de dissimuler ses émotions. Elle prit une profonde inspiration, se redressa et, avec une certaine détermination, se dirigea vers son fiancé. Celui-ci la regardait avec admiration, ses yeux pétillants de fierté et d'affection. Chaque pas qu'elle faisait semblait résonner comme une promesse, et à mesure qu'elle s'approchait, son sourire s'élargissait, illuminant son visage. Elle savait que ce moment était important et que, malgré ses doutes, elle devait se montrer forte et confiante devant lui.

Le parquet craquait sous leurs pas légers, leurs corps s'agitaient en harmonie avec la mélodie qui vibrait dans l'air. Un air de Frédéric Chopin, délicat et envoûtant, emplissait la salle de danse. Les mouvements, répétés à l'infini, étaient devenus une seconde nature. Chaque pas, chaque tour, chaque geste était gravé dans leurs muscles, fluide et précis comme un dessin tracé à main levée. La danse s'épanouissait, libre et joyeuse, une conversation silencieuse entre leurs corps et la musique, une symphonie de grâce et d'énergie.

Les pieds lourds, la jeune fille quitta la piste de danse. Deux heures de valses et de mazurkas avaient épuisé ses forces, mais un besoin urgent la tiraillait vers son père. Elle traversa la salle, ses yeux scrutant la foule jusqu'à ce qu'elle aperçoive le roi Philip, assis à une table ronde, un cocktail à la main, en conversation animée avec quelques vieux amis. Elle s'approcha, un sourire figé sur ses lèvres, et lui fit une révérence profonde.

— Père, murmura-t-elle, d'une voix tremblante, Voudriez-vous m'accorder un moment ?

Philip, toujours courtois, s'excusa auprès de ses compagnons d'un geste de la main et se leva.

— Certes, ma fille, répondit-il, un sourire bienveillant éclairant son visage. Il la suivit, laissant derrière lui la table animée et le murmure des conversations.

Leur chemin vers la sortie fut semé d'embûches. La piste de danse était encore bondée, les couples tournoyant avec une énergie qui semblait inépuisable. Ils durent se frayer un passage parmi les robes tourbillonnantes et les costumes craquants, la musique s'abattant sur eux comme une vague. Enfin, ils atteignirent la porte et sortirent dans la nuit.

Le ciel était chargé de nuages noirs, occultant la lune et plongeant le château dans une pénombre épaisse. Seuls les réverbères, alignés le long des murs, diffusaient une lumière jaunâtre, créant des zones d'ombre profonde dans la cour. La brise douce, mêlée du parfum subtil des fleurs en pleine floraison dans les jardins, caressait leurs joues avec délicatesse.

C'était cette période charnière à Wentworth, le quartier le plus huppé de Londres, où le printemps, dans toute sa splendeur, s'apprêtait à céder la place à l'été. Un contraste saisissant avec la blancheur immaculée des façades, vestiges de l'hiver qui s'était doucement retiré.

— Père, je vous prie de m'excuser de vous déranger, mais je désire rentrer. Je suis d'une extrême fatigue et mes talons me font souffrir, se plaignait Diana, espérant convaincre son père de la laisser partir avant la fin du bal.

Le parfum enivrant des lys et des roses, la musique entraînante du violoncelle, la lumière scintillante des lustres... Tout cela, pourtant, ne parvenait pas à dissiper l'ennui qui la rongeait. Dans la haute société, quitter un bal avant la fin, surtout le sien, était un affront impardonnable. Mais ses pieds, comprimés dans des chaussures trop étroites, hurlaient de douleur. Son corps, las de danser depuis plus de deux heures, réclamait le repos.

Elle jeta un regard furtif vers son père, dont le visage était à peine éclairé par un réverbère. Son expression était impénétrable, son silence pesant. D'habitude, le roi de Wentworth, réputé pour son caractère colérique et sa verve, était un bavard invétéré. Son silence, en revanche, demeurait un mystère, une énigme qui nourrissait l'inquiétude de Diana.

Elle guettait ses moindres mouvements, espérant déchiffrer ses pensées, comprendre le secret qui se cachait derrière ce mutisme inhabituel. Son esprit, tourmenté par le désir de fuir cette soirée étouffante, se perdait dans une rêverie où son lit douillet lui offrait enfin un sommeil réparateur.

— Père, je vous en prie, daignez m'accorder un peu d'attention, insista la jeune fille.

— Très bien Diana, je te comprends. Je vais faire venir un de mes cochers.

Diana ne put réprimer un haussement de sourcils, un léger mouvement d'incrédulité qui trahissait sa surprise. Philip, connu pour son entêtement, avait accepté sa requête sans la moindre objection. Le voir adhérer aussi facilement, sans même qu'elle ait eu le temps de lui exposer tous ses arguments, la laissa toute perplexe.

— Ne vous déplaise, père, je souhaite rentrer seule. La nuit est douce, et je désire profiter de la fraîcheur qui s'en dégage, dit-elle en esquissant un sourire.

Le roi la dévisagea d'un regard pénétrant, un léger sourire espiègle aux lèvres.

— Mais ne disais-tu pas que tes talons te faisaient souffrir ?

Diana releva la tête, un sourire plein de malice illuminant son visage.

— Certes, mais le palais n'est qu'à une dizaine de minutes d'ici, je saurai tenir le coup.

Le roi, affichant un air de scepticisme, plissa légèrement les yeux et scruta le visage de sa fille, cherchant à déceler la moindre trace de mensonge ou d'hésitation dans ses paroles. Elle, de son côté, se redressa avec grâce, esquissant une révérence empreinte de respect et de détermination, avant de se retourner. Sa silhouette s'effaça peu à peu dans l'obscurité croissante qui enveloppait le jardin, comme si la nuit elle-même voulait la dissimuler aux regards inquiets.

Philip, observant la scène avec un mélange d'admiration et d'inquiétude, se détourna finalement pour rejoindre ses amis, un sourire aux lèvres, mais son esprit demeurait préoccupé par le départ de sa fille.

Pendant ce temps, Diana poursuivait son chemin, pressant le pas pour s'éloigner de l'atmosphère pesante qui l'entourait. Elle ressentait un besoin urgent de liberté, de s'échapper des attentes et des jugements qui pesaient sur ses épaules. Les ombres dansaient autour d'elle, et chaque craquement sous ses pieds résonnait comme un écho de ses pensées, l'incitant à avancer plus vite, à se libérer des chaînes invisibles qui l'entravaient.

Le cœur battant un peu plus vite, elle s'approcha du grand portail, ses yeux scannant l'obscurité du jardin. Soudain, un bruit sec et rauque la fit sursauter. Un grincement de métal ? Un frottement de fourrure ? Elle se disait que c'était probablement un renard, elle en avait déjà vu plusieurs dans ce coin-là. Elle continua d'avancer, mais le bruit se répéta, plus fort cette fois, et un frisson lui parcourut l'échine.

— Qui se trouve donc là ? demanda-t-elle, sa voix tremblante, se retournant sur ses talons pour sonder les buissons et les arbres environnants.

Un craquement sec, semblable à celui d'une branche d'arbre qui se brisait, répondit à son appel. Elle sentit alors un vent de panique l'envahir. Avant même qu'elle ne puisse pousser un cri, une main se referma sur sa bouche, l'étouffant. Une pression puissante la plaqua contre un corps massif.

Elle se débattit avec une énergie désespérée, tentant de se libérer de cette étreinte qui la tenait prisonnière. Ses poings frappèrent dans le vide, ses pieds cherchant un point d'appui. Mais tout cela était vain. Elle ne pouvait rivaliser face à cette force inconnue.

— Calmez-vous, ma chère princesse, calmez-vous.

Une voix rauque, presque un murmure, s'insinua dans son oreille. Diana, toujours sous le choc, poursuivit ses efforts avec une fureur désespérée. Ses mains s'agitèrent dans le vide, cherchant à saisir quelque chose, n'importe quoi, pour se libérer de l'étreinte qui la retenait prisonnière. Mais l'homme ne bougea pas, son emprise restait aussi ferme que l'acier.

— Dès que vous vous calmerez, je vous relâcherai, murmura-t-il de nouveau, sa voix à peine plus qu'un souffle près de son visage. Je ne puis me risquer à ce que vous vous mettiez à crier.

Diana sentit son corps trembler, sa respiration devenir saccadée. Elle avait besoin d'air, de comprendre ce qui se passait. Par-dessus tout, elle désirait connaître l'identité de ce « voyou » qui osait l'attaquer de la sorte. Elle cessa de lutter, laissant tomber ses bras le long de son corps.

— C'est fini, je vous relâche... je vous relâche.

Une bouffée d'air frais emplit ses poumons, la délivrant de l'étau qui l'étreignait. Elle tourna lentement la tête, ses yeux se posant sur l'homme qui la maintenait captive. La lumière du portail, qui illuminait une partie du jardin, projetait des ombres sur son visage, rendant ses traits difficiles à discerner. Mais même à travers le voile de l'obscurité, elle sentit le regard intense qui la fixait.

Elle ne le reconnaissait pas. Jamais auparavant elle n'avait vu ce jeune homme. Pourtant, elle vivait dans cette ville depuis toujours. Mais, à vrai dire, ses sorties du palais étaient toujours encadrées par sa femme de chambre ou son garde du corps. Elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de faire la connaissance de nouvelles personnes.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, sa voix vibrante d'une colère à peine contenue.

Le ton sec et tranchant de sa voix ne laissait aucun doute sur sa détermination à obtenir des réponses. Un sourire narquois éclaira le visage du jeune homme, qui passa devant elle sans lui adresser un regard. Son allure simple, ses vêtements sans prétention, contrastaient fortement avec le faste du palais, laissant deviner qu'il n'était pas issu de leur monde. Pourtant, quelque chose dans son attitude, une arrogance subtile, une pointe de mépris, piquait Diana au vif.

— De quel droit osez-vous vous détourner d'une princesse ? lança-t-elle, d'une voix sévère et pleine de reproche.

Le jeune homme s'arrêta brusquement, comme surpris par sa réaction. Il se retourna lentement, ses yeux perçants se fixant sur Diana. Il s'inclina profondément, un geste exagéré qui n'arrivait pas à cacher l'ironie qui brillait dans son regard.

— Votre Altesse, je vous prie d'agréer mes humbles excuses, je vous en supplie, dit-il, sa voix à la fois respectueuse et moqueuse.

La princesse sentit le sang lui monter aux joues. Elle détectait la moquerie dans sa voix, un jeu malsain qui l'irritait.

— Je répète, qui êtes-vous ?

— Arthur, ma famille possède plusieurs propriétés dans cette ville.

Diana fronça les sourcils.

— Que faîtes-vous ici ?

— Je venais simplement regarder le bal, répondit-il, son sourire s'élargissant légèrement.

Diana sentit un frisson de méfiance la parcourir. Quelque chose dans son attitude lui semblait faux, une intention dissimulée derrière ses paroles. Elle avait l'impression de ne pas être au bout de ses surprises.

Cette fois, c'était la princesse qui le dépassait. Elle ne voulait pas rester là, à discuter avec cet inconnu si arrogant. D'un geste brusque, elle se tourna et s'avança d'un pas décidé, comme pour fuir cette situation désagréable. Sa robe de bal glissait sur le sol, ses talons claquaient sur les dalles du jardin, marquant un rythme précipité qui traduisait son impatience.

Elle traversa le portail, le monde extérieur l'accueillant avec un vent frais et la promesse d'une échappatoire. Mais, derrière elle, cette même voix la fit s'arrêter net.

— Ne me connaissez-vous donc pas, princesse Diana ? La voix, empreinte d'une ironie amusée, résonna comme un écho derrière elle. Nous sommes presque voisins, et nos chemins se sont croisés maintes fois.

Diana s'arrêta, son corps tendu, son regard furieux se tournant vers la source de cette voix. Elle se demandait comment il osait la poursuivre ainsi, la harceler de ses remarques insolentes.

— Je ne suis point intéressée par vos connaissances, répondit-elle d'une voix ferme. Et je ne vois point en quoi nos rencontres passées justifieraient votre audace.

Puis, sans un mot de plus, elle s'éloigna.