Ch 1 : Crème sucrée - P1 - Patron sexy, sale caractère
Abigail, Grande Latte Cafe — 21 h 30
Ouf, enfin ! La journée est presque finie. C'est vendredi, ce qui veut dire que j'ai survécu à une semaine de plus. Je soupire de soulagement en me faisant cette réflexion. Je travaille comme barista dans un café branché qui a remplacé une boulangerie en faillite. Depuis, je n'ai plus aucune vie sociale, bordel.
Mon boulot, le Grande Latte Cafe, ferme tous les soirs à 22 h 00 et rouvre à 7 h 00 du matin, sauf le week-end. Keith, mon manager, prétend que les gens doivent avoir une vie en dehors du travail. Il dit qu'il faut sortir, faire la fête ou draguer. C'est carrément ironique, parce qu'il ne s'applique pas ses propres conseils ! Il passe plus de temps ici que nous tous. Parfois, je l'aperçois même dans le bâtiment alors que c'est fermé.
En plus, il traite toutes les employées comme si on n'existait pas, sauf quand on exécute ses ordres. Alors, qu'il me pardonne si je trouve sa philosophie un peu bancale.
L'idée d'une vie loin d'ici me semble irréelle. Entre les horaires à rallonge, le salaire moyen et un connard exigeant comme Keith qui nous agresse verbalement, c'est l'enfer. Il se comporte comme un ex toxique. Ça fait six mois, plus ou moins, que je bosse ici et je déteste ça. Mais je suis fauchée et je n'ai pas d'autre expérience. Alors, j'encaisse.
Heureusement, il y a un détail qui change tout. Keith est super canon ! Je ne parle pas d'un homme mûr séduisant de base. Non, il ressemble à un top model. C'est un dieu piégé dans un corps de mortel, prêt à bondir pour ravager la première demoiselle solitaire qui passe.
Comme nous fermons la boutique ensemble tous les soirs, on se retrouve seuls. Je me surprends souvent à fantasmer sur lui. J'imagine tout ce que j'aimerais qu'il me fasse. Hypothétiquement, bien sûr.
Ça commence par moi, fermant les yeux pour me concentrer sur son odeur. Un mélange de bois de santal et de chêne avec une touche de whisky. C'est le parfum d'un homme d'expérience, raffiné, qui sait ce qu'il veut.
C’est là que mon fantasme prend vie.
Il détache ses épais cheveux châtain clair qui lui tombent sur les épaules. Il libère sa queue-de-cheval et balance négligemment la paperasse sur le côté. Il s'approche lentement de moi, le regard déterminé. Mon corps frissonne à sa présence. Je sais très bien que ses intentions n'ont rien à voir avec le travail.
Ses bras massifs s'enroulent autour de ma taille. Il plaque mon dos contre son torse dur et sculpté. Keith approche ses lèvres charnues de mon oreille. Il murmure : « La journée a été longue, pas vrai, Abby ? »
Je m'agite, me pressant contre lui tandis que son souffle chaud me chatouille le cou. C'est là que je le sens. Énorme, dur et affamé, comme toujours. Je me mords la lèvre et réponds : « O-oui. »
« Mm, je crois qu'il est temps que tu viennes, Abby », croasse Keith en mordillant mon lobe d'oreille. « Qu'est-ce que tu en penses ? »
J'ai un hoquet de surprise et j'ancre mes doigts dans sa superbe chevelure. « Euh, il nous reste encore 30 minutes... »
Keith me fait pivoter brusquement. Il m'assoit sur le bord du comptoir. Ses lèvres couvrent les miennes avec impatience. Nos langues s'unissent dans une danse affamée et passionnée. Mes jambes s'enroulent autour de ses hanches fermes et musclées. Je m'agrippe à lui comme une mante religieuse en chaleur.
Il rompt le baiser. Je gémis, regrettant déjà sa langue experte. Avec un sourire provocateur, il plonge sous le comptoir en jetant mes jambes sur ses épaules. Entre mes cuisses, il murmure : « Tu jouis quand je te le dis, compris ? »
« Fait chier ! » hurle Keith, brisant mon fantasme.
Agacée, je serre les cuisses pour calmer la pression qui montait. Zut, c’était justement le meilleur moment !
Je soupire bruyamment et demande : « Qu'est-ce qui ne va pas, cette fois ? »
Keith me foudroie du regard. Ses narines se dilatent et ses yeux semblent sortir de leurs orbites. Il est furieux, mais pourquoi ? On s'est à peine parlé depuis trois heures, à part pour des trucs de base comme « Pardon » ou « Passe-moi ça ».
C'est quoi son problème, maintenant ?
« Le sol près de la caisse est collant ! » aboie Keith en frappant le sol du pied. « Je croyais que tu avais déjà passé la serpillière ici, Abigail ? »
Je lui sers un sourire poli pour masquer ce que je pense vraiment. S'il s'en souvenait, vers 20 h 30, il m'a dit de ne pas laver le sol avant d'avoir rangé la salle.
Mais visiblement, il a complètement oublié cette discussion. Comme d'habitude.
« Je voulais m'assurer que la salle était prête d'abord », j'explique d'un ton enjoué en bâillant un peu. « Les vitres sont propres, les tables sont faites et les chaises sont empilées. Je vais pouvoir m'attaquer aux sols facilement. Ça vous convient, monsieur ? »
Il plisse les yeux et part vers le bureau en grommelant. Quel sale caractère, celui-là.
Pendant plusieurs minutes, je balaie et lave soigneusement la salle, le couloir des toilettes et l'arrière du comptoir. Je fais bien attention à la zone de la caisse, qui collait à peine.
Tu parles, Keith en faisait encore des tonnes.
En attendant mes prochains « ordres », je commence à astiquer le comptoir, les vitrines et les machines à café. C’est là que j’entends Keith hurler : « Abigail, dans mon bureau, tout de suite !!! »
Je me dirige prudemment vers son bureau. C'est un peu comme entrer dans la cage aux lions. On ne sait jamais ce qui va nous tomber dessus.
Je trouve Keith assis à son bureau Ikea bon marché. Il tapote impatiemment sur le faux bois. « Assieds-toi. »
Pour ne pas l'énerver davantage, j'obéis.
« Il manque 14 dollars dans la caisse », lance Keith en me jetant une pile de reçus. « Et d'après le planning que j'ai fait, tu étais à la caisse toute la journée !! » Il est rouge de colère, ses yeux marron sont presque noirs de rage. Il fait ça tous les jours. Il nous hurle dessus et abuse de son pouvoir en nous traitant comme des moins que rien. Mais aujourd'hui, il va trop loin.
J'en reste bouche bée. Est-ce qu'il m'accuse sérieusement de vol, ce con ? Je suis une employée fidèle et ponctuelle depuis six mois. Je fais tout ce qu'il veut, et pour quoi ? Pour me faire traiter de voleuse ? Qu'il aille se faire foutre.
Je bondis de ma chaise et explose : « Keith, j'en ai ras le bol de ton attitude ! Chaque jour, tu trouves quelque chose à redire. Tu te plains de ce qu'on fait, même quand c'est toi qui as donné les ordres ! Et le pire, c'est que tu n'arrêtes jamais de hurler !! » J'attrape une agrafeuse sur son bureau et je la balance contre le mur. Elle explose sous l'impact. « On dirait que tu détestes tout le monde. Je ne comprends pas ! Est-ce que tu gagnes le salaire minimum, toi ? Non ! Est-ce que tu te tapes des clients snobs qui te jettent des trucs à la figure quand leur commande est ratée ? Toujours pas ! Alors imagine ce que ça fait d'avoir un patron qui accuse son personnel de voler dans la caisse ! » Je suis à bout de souffle. Tout le courage que j'avais s'est évaporé après avoir affronté ce petit démon autoritaire.
« Ça suffit !!!! » rugit-il en se levant brusquement.
Il est à quelques centimètres de mon visage. Il me domine de toute sa hauteur et de ses muscles. Sa présence me terrifie, mais son autorité me rend complètement dingue.
Le silence s'installe dans la pièce. C'est trop calme. Keith va me virer, j'en suis sûre. Merde.
« Si c'est ce que tu penses, alors je te suggère d'aller voir ailleurs, Abigail », déclare-t-il fermement. « Parce qu'en ce qui me concerne, c'est fini pour toi ici. »
« C'est vrai ? C'est tout ce que tu as à dire !? Tu m'accuses de vol sans même avoir vérifié les faits ! J'ai pris ma pause de 30 minutes, c'est Madison qui gérait la caisse pendant ce temps-là ! » je hurle en poussant la chaise contre le mur.
Il contracte la mâchoire, me fixant de son regard intense. « Continue comme ça, et j'appelle les flics. »
Je ricane : « Pour quoi ? Pour m'être plainte de mon boulot de merde ? »
Keith esquisse un sourire méprisant et lève la main. « Pour destruction de matériel ? » Il baisse un doigt. « Ou pour agression verbale ? » Un deuxième doigt descend. « Oh, ou encore mieux : pour vol ? »
Quel connard !
Je lui colle une gifle monumentale. Sa tête bascule sous le choc.
On reste plantés là sans rien dire. Honnêtement ? Je suis trop terrifiée pour ouvrir la bouche. Qu'est-ce qu'il va faire maintenant que je l'ai frappé ? Hurler ? Me jeter un truc ? Me rendre la pareille ?
Il grogne, le visage écarlate, et pointe la porte du doigt. « Dégage. De. Là. Immédiatement !!!!! »
« Avec plaisir !!! » je hurle en retour, lui jetant mon tablier et mon badge à la figure.
Je récupère fissa mon téléphone et mon sac dans la salle de repos. Je ne veux pas rester ici une seconde de plus. Je fonce vers la porte d'entrée, déclenchant l'alarme au passage.
Alors que je m'éloigne en voiture, j'entends Keith hurler : « Espèce de débile, tu as oublié de l'éteindre !!! »
Pendant tout le trajet, j'ai l'estomac noué par le regret. J'ai évité les flics et les emmerdes juridiques, mais je viens de quitter le seul job pour lequel je suis qualifiée. Et en plus, j'ai frappé mon patron super sexy !
Est-ce que cette journée peut encore empirer ?
Mon téléphone sonne. J'active la lecture automatique pour ne pas quitter la route des yeux.
« De : Keith
Je crois qu'on a dérapé et qu'on a dit pas mal de conneries qu'on ne pensait pas.
Tu n'es pas virée, mais prends le week-end pour décompresser.
Reviens en forme lundi. On devra discuter. »