Entre deux frères

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Résumé

Entre passion, trahisons et quête de soi, une femme navigue entre trois hommes qui incarnent chacun une facette de l’amour : l’intensité brûlante, la stabilité rassurante, et le souvenir d’un possible inachevé. Au fil des choix, des renoncements et des retrouvailles, elle explore la frontière fragile entre désir, fidélité et liberté, jusqu’à comprendre que le plus grand courage n’est pas de partir, mais de rester et de s’ancrer dans sa propre vie.

Genre :
Romance
Auteur :
Cathy Woodwine
Statut :
En cours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Mon histoire - Partie 1

J’avais vingt-quatre ans, le cœur encore habité par des rêves doux et d’illusions tenaces, quand Stephen est entré dans ma vie comme une bourrasque chaude. Il avait ce regard bleu acier, ce sourire qui savait séduire sans effort, et cette manière de parler qui donnait l’impression qu’il connaissait déjà la fin de l’histoire. Il disait avoir vingt-neuf ans, mais il en avait trente-quatre. Ce mensonge léger, presque charmant, aurait dû m’alerter. Mais j’étais trop occupée à tomber amoureuse.

Et puis, un jour, il m’a demandé en mariage. C’était à l’aéroport d’Atlanta, dans le tumulte des départs, entre les annonces de vols et les valises qui roulaient sur le carrelage. Il portait son uniforme de pilote, impeccable, avec cette assurance qui le rendait presque irréel. Il m’a prise par la main, m’a conduite devant ses collègues à la porte d’embarquement.

Et là, sans prévenir, il s’est mis à genoux.

Il n’y avait pas de téléphones pour filmer, pas de réseaux sociaux pour immortaliser le moment. Juste nous, le bruit des avions, et quelques regards curieux. Il a sorti une bague, pas une petite bague discrète, non. Une pierre énorme, scintillante, presque indécente. Et il m’a regardée avec ce mélange de tendresse et de théâtre qu’il maîtrisait si bien.

“Cate, I want to keep doing crazy things with you. I want you next to me, in every airport, every city, every storm. Will you marry me?”

Sa voix portait, claire, presque trop forte. Ses collègues ont applaudi, certains ont souri, d’autres ont levé les sourcils. Et moi, prise dans le vertige du moment, dans l’illusion du conte de fées, j’ai dit oui.

Je me souviens de mon cœur qui battait trop vite, de mes mains moites, de ce sentiment étrange d’être à la fois actrice et spectatrice de ma propre vie. Je ne savais pas encore que cette scène, si parfaite en apparence, serait le début d’une relation tumultueuse, une relation qui n’allait jamais me lâcher.

Nous nous sommes mariés en Géorgie, dans une chaleur moite et douce, et j’ai quitté Montréal pour Atlanta. Sa maison est devenue la mienne, son monde, mon décor. Stephen étant pilote.Il volait haut, loin et souvent. Son absence était une constante, une ombre silencieuse qui planait sur notre quotidien. Il partait pour des jours, parfois des semaines, et revenait avec des récits de ciel et de turbulence, comme s’il vivait dans un monde parallèle. Moi, je restais au sol, dans l’attente, dans le manque.

Au début, je trouvais ça romantique. J’aimais l’idée d’un homme qui traversait les continents pendant que je l’attendais, comme dans les romans. Mais très vite, cette absence est devenue un gouffre. Je ne pouvais pas travailler, je n’avais pas de repères. Notre passion, aussi brûlante soit-elle, ne suffisait plus à me faire exister.

Et pourtant, quand il rentrait, c’était comme si le monde s’arrêtait. Il déposait sa valise dans l’entrée, m’attrapait par la taille sans un mot, et m’emmenait dans la chambre comme s’il revenait d’un autre siècle. On se retrouvait avec une urgence douce, une faim contenue. Sa peau sentait encore l’avion, le cuir, le ciel. Il me déshabillait lentement, comme s’il voulait effacer les jours d’absence un à un. Nos corps se retrouvaient dans une danse familière, presque rituelle, faite de soupirs, de gestes précis, de silences brûlants. C’était intense, physique, presque animal. Et moi, je m’y accrochais comme à une preuve qu’il m’aimait encore.

Mais cette intensité ne durait jamais. Elle s’éteignait aussi vite qu’elle s’était allumée. Et je me retrouvais seule, à nouveau, dans une maison trop grande.

Je suis rentrée à Montréal, le cœur en vrac, espérant qu’il me laisserait partir. Il m’a suivie. Stephen a toujours eu ce talent pour se rendre indispensable. Il a immigré, acheté une maison dans ma ville et changé de carrière comme instructeur de vol. Une transition qui lui allait bien. Il aimait enseigner, transmettre, garder le contrôle. Et moi, j’essayais de retrouver le mien.

Nous avons vécu une année magique à Cancún, comme une parenthèse dorée. Mais après le Mexique, les masques sont tombés. Je le soupçonnais de me tromper. Moi aussi, j’avais mes failles. Mais il a franchi une ligne que je n’aurais jamais imaginée : il a mis enceinte sa maîtresse. Et il m’a demandé le divorce, avec cette froideur déguisée en noblesse : “It’s the right thing to do.

Je me suis effondrée. Mon rêve s’était brisé, et je ne savais plus comment recoller les morceaux. Alors j’ai fui. Le Bélize, le Honduras, la plongée sous-marine pour y enseigner, ce que j’avais déjà fait au Mexique pendant notre année d’exile… Mais en fait je ne cherchais pas une carrière… Je cherchais à respirer, à me retrouver.

Et puis j’ai revu Jake.

Le frère cadet de Stephen. Je l’avais rencontré au mariage, et il m’avait troublée dès le premier regard. Silencieux, mystérieux, les mêmes yeux bleu acier, mais une présence radicalement différente. Ancien Navy SEAL, pilote d’hélicoptère, il vivait dans un coin reculé de Floride, dans un bayou qu’il appelait “the beach”. Quand il m’a appelée pour m’inviter chez lui, j’ai dit oui. Je n’avais rien à perdre. Et lui, il avait toujours été là, en filigrane.

Chez lui, j’ai trouvé une paix que je n’avais jamais connue. Le sable, le silence, le sel dans l’air. Il m’a laissé son lit, préparé le café, m’a emmenée pêcher. Il parlait peu, moi trop. Et puis, une nuit, je me suis glissée contre lui. Il a pris mon visage dans sa main, m’a embrassée. Ce fut doux, lent, presque sacré. Le lendemain, il est allé courir, et moi, je flottais dans ses draps, entre apaisement et déséquilibre.

Nous avons vécu des jours suspendus, des nuits pleines de tendresse et de passion. Je suis rentrée à Montréal, le cœur en miettes. Mon divorce était finalisé. Stephen s’était remarié avec l’autre Catherine. J’ai repris mon travail à la Banque. Un poste bien payé, dans les six chiffres. Jake et moi avons continué à nous voir, malgré la distance. Il travaillait sur les plateformes pétrolières du golfe du Mexique, moi à Montréal. Il m’envoyait des textos, pensait à moi, et m’a proposé d’aller en voyage avec lui.

Il est venu me voir au volant de son vieux Land Rover. En le revoyant, j’ai su que je l’aimais. Nous avons fait l’amour dès son arrivée, puis sommes partis en Syrie. Je me suis rendu compte là-bas qu’il parlait parfaitement arabe et ça me fascinait. Mais, la nuit… il se réveillait en sursaut, me serrait fort, parlait dans cette langue étrangère. C’est vrai qu’en Floride, il marchait souvent seul la nuit, regardait le vide. Et le jour, il avait ses démons d’Afghanistan en sourdine.

Malgré tout, dans ses bras, je me sentais en sécurité. Comme si rien ne pouvait m’atteindre. Comme si le monde pouvait s’effondrer autour de nous, et que lui, Jake, tiendrait bon.

Je le voyais comme un héros. Pas un héros de cinéma, mais un homme qui avait traversé l’enfer et qui, malgré tout, savait encore offrir du calme. Il ne parlait pas de ses douleurs, mais elles étaient là, dans ses silences, dans ses gestes. Et moi, je voulais les comprendre, les apprivoiser, les aimer.

Mais la vie n’est jamais simple.

Stephen n’avait jamais vraiment disparu.

Jake et moi ne lui avions rien dit. Notre relation existait dans les interstices, dans les silences, dans les regards qu’on évitait quand son nom revenait. On savait que c’était risqué. Mais on s’était dit que tant que personne ne posait de question, personne n’avait besoin de réponse.

Mais Stephen savait quand j’avais un autre homme dans ma vie. Il avait ce flair, cette intuition. Un jour, il est passé chez moi à l’improviste, comme il le faisait souvent. Il a ouvert la porte, a posé son regard sur l’entrée… et il a vu.

Les bottes militaires. Celles de Jake. Massives, usées, posées là, comme une évidence. Et juste à côté, son sac de toile. Ce vieux sac kaki, râpé, avec ses sangles épaisses et ses poches qui semblaient avoir traversé des continents. Le sac de Jake. Celui qu’il ne quittait jamais.

Stephen n’a rien dit. Il a juste regardé par terre. Puis il m’a regardée, moi. Et dans ses yeux, il n’y avait ni surprise, ni colère. Juste cette lueur glaciale, ce mélange de blessure et de contrôle. Il est reparti sans un mot, mais quelques jours plus tard, il m’a confrontée. Pas avec rage, mais avec ce calme tranchant qui me faisait toujours vaciller.

“So it’s Jake, huh?” Il n’a pas eu besoin de plus. Il savait. Et moi, je n’ai pas nié.

Il s’est mis à rire. Un rire court, nerveux, sans joie. “Figures. He always wanted what I had.” Puis il a ajouté, presque en murmurant, comme s’il se parlait à lui-même : “He’ll never be able to give you what you deserve.”

Ce n’était pas de la jalousie. C’était du mépris. Il ne supportait pas que Jake couche avec moi. Pas parce qu’il m’aimait encore, mais parce qu’il ne croyait pas que Jake était à la hauteur. Pour lui, c’était une offense à son propre jugement, à son image, à sa supériorité. Et moi, j’étais prise au milieu. Entre deux frères. Entre deux formes de pouvoir. Et je commençais à comprendre que pour lui je n’étais pas un choix. J’étais un territoire.

Jake avait fini par lui dire. Il avait craché le morceau… Stephen l’avait traité de jackass, comme s’il parlait à un ado qui avait fait une connerie. Mais leur lien, leur lien ne pouvait être brisé. Stephen lui avait dit qu’il s’en fichait, qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Mais chaque fois que Jake lui disait qu’il venait à Montréal… Stephen passait la veille. Il me faisait l’amour, comme pour me rappeler que j’étais à lui. 

Il me disait que Jake était instable, dangereux. Mais Stephen lui-même n’était pas un modèle de maturité. Charismatique, manipulateur, il savait toujours se faire aimer. Et moi, dans mes moments de solitude, je l’appelais. Il venait. Il me consolait. Et je me perdais à nouveau.

Je n’avais pas honte de ce que je faisais bizarrement. Il y avait en moi une lucidité étrange, comme si je savais que je naviguais entre deux mondes, deux hommes, deux formes d’amour. Je ne me mentais pas. Je ne me justifiais pas. Je survivais.

Quand Jake était loin, un vide s’installait. Ce n’était pas seulement l’absence physique, c’était comme si son silence me dévorait. Il me disait rarement quand il pensait à moi, ne promettait rien, ne planifiait pas à l’extérieur des voyages que nous faisions deux fois par année. Et moi, je restais là, dans mon condo à Montréal, à attendre un message, un signe, une preuve que j’existais encore dans son monde.

Et Stephen revenait.

Il toquait à ma porte comme s’il n’avait jamais cessé d’en avoir la clé. Il m’embrassait avec cette urgence feutrée pour que je n’oublie pas à qui mon cœur avait été lié, même s’il ne l’étais plus. Nous faisions l’amour dans un mélange de nostalgie et de colère. Il me possédait comme on s’accroche à un passé qu’on refuse de lâcher. Et moi, je me laissais faire, partagée entre le besoin de tendresse et la certitude que ce n’était qu’un jeu d’égo.

Il ne restait jamais. Il partait avant le levé de jour, remettait son jonc de mariage qu’il enlevait par pudeur avant de me prendre et me laissait seule dans des draps froissés, avec son odeur sur ma peau. Et le lendemain, Jake arrivait chez moi. Avec ses silences, ses bras solides, son calme. Et moi, je me taisais. Je souriais, je l’embrassais, je faisais semblant que mon corps n’avait pas été marqué la veille par un autre homme. Par son frère.

Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est qu’ils se tournaient autour depuis toujours. Jake et Stephen. Deux pôles contraires, deux hommes forgés dans la même famille mais façonnés par des vents opposés. L’un brut, l’autre lisse. L’un silencieux, l’autre bavard. L’un qui fuyait, l’autre qui possédait.

Ils ne se disputaient jamais vraiment. Ils s’observaient. Ils se jaugeaient.

Et moi, j’étais née pour être au centre de leur chorégraphie. Une danse lente, tendue, faite de gestes indirects et de phrases à double fond.

Quand Jake m’embrassait, c’était comme s’il défiait son frère sans le dire. Quand Stephen me touchait, c’était comme s’il voulait effacer les traces de Jake. Ils ne parlaient pas de moi. Pas vraiment. Mais je sentais leur guerre dans chaque silence, chaque regard, chaque absence.

Je n’étais jamais certaine s’il savait pour Stephen et moi, pendant ses absences. Je sentais parfois, dans sa manière d’être, une forme de colère. Pas dirigée contre moi, mais contre ce lien qu’il n’arrivait pas à couper. Jake ne posait pas de questions. Il avait cette façon bien à lui de détourner le regard juste avant que la vérité ne devienne trop visible. Comme s’il préférait ne pas savoir. Ou comme s’il savait déjà, mais qu’il n’était pas prêt à l’entendre de ma bouche.

À l’occasion, je surprenais une ombre dans ses yeux quand je parlais de mes journées. Mais il ne disait rien. Et moi, je ne disais rien non plus. C’était une forme de pacte tacite. Un mensonge suspendu entre nous, fragile, mais nécessaire. Parce que s’il savait vraiment, s’il me demandait vraiment, je n’aurais pas pu mentir. Et lui, je crois, n’aurait pas pu rester. S’opposer à ce frère qui le suivait partout, même dans mon lit.

Ils s’aimaient à leur manière. Avec cette loyauté étrange, presque toxique, qui les empêchait de se détruire complètement. Mais ils ne se faisaient pas confiance. Et moi, j’étais là, entre eux. Pas comme un choix. Comme un champ de bataille.

Un jour, Jake m’a dit qu’il voulait que je reste en Floride. Mais il n’a jamais proposé de plan concret. Et puis, juste avant un voyage prévu au Maroc, il a choisi de passer la première semaine avec Stephen, pour aller skier. Il m’a annoncé qu’il attendait la confirmation d’un contrat en France, dans les Alpes, pour piloter des hélicoptères en recherche et sauvetage. Un projet qu’il préparait depuis deux ans.

Nous étions ensemble depuis trois ans. Et moi, j’ai compris. Il ne voulait pas d’une vraie vie de couple. Pas avec moi du moins. J’étais en colère et blessée. Alors, sur un coup de tête, je suis partie chez mon oncle à Barcelone. Sans donner de nouvelles.

Pendant mon séjour là-bas, je n’ai reçu aucun message. Aucun appel. Rien. Le silence de Jake était total, et chaque jour qui passait me confirmait ce que je refusais d’admettre : il ne me cherchait pas. Il ne me retenait pas. Je me souviens du vol de retour vers Montréal. Je pleurais sans retenue, le visage tourné vers le hublot, comme si les nuages pouvaient absorber ma peine. C’était une douleur sourde, une forme de deuil sans cérémonie.

Et puis, à mon retour, Stephen m’attendait. Il m’a regardée avec cette expression ambiguë entre compassion et triomphe. Il m’a dit que ma relation avec Jake était terminée. Que Jake était parti en France pour commencer sa nouvelle vie. Sans douceur, sans détour. Juste les faits. Et moi, je suis restée là, figée, incapable de répondre. Je ne savais pas ce qui me faisait le plus mal : le départ de Jake, ou le fait que ce soit Stephen qui me l’annonce.

Après ça, ma relation avec Stephen s’est intensifiée. Il venait me voir plusieurs fois par semaine. Toujours entre deux obligations, entre deux rôles à jouer. Il était responsable de sa nouvelle famille, de sa femme, de ses enfants. Et moi, je devenais son refuge, son échappatoire. Mais les week-ends, je les passais souvent seule, à me morfondre dans mon condo, à attendre un signe, un appel, une visite. Parfois il venait. Parfois non. Et je me perdais dans cette attente, dans cette dépendance affective que je connaissais trop bien.

Puis un matin, comme un éclair de lucidité, quelque chose s’est brisé en moi. Ou peut-être que quelque chose s’est réveillé. Je me suis dit : assez. J’ai appelé des amis. J’ai recommencé à sortir, à bouger, à respirer. Je me suis remise à fond dans le sport. Il y avait quelque chose de pur dans l’effort du corps. Et c’est là que j’ai rencontré Simon.

Il avait vingt-cinq ans. Moi, trente-six. Il était jeune, oui, mais il avait cette maturité tranquille, ce calme qui me rappelait Jake. Taciturne, mais enjoué. Une énergie de gamin. Il avait déjà accompli des projets extraordinaires et ça me fascinait. Il parlait peu, mais chaque mot semblait pesé, juste. Il avait les cheveux longs, des mèches blondes qui brillaient au soleil, une musculature bien dessinée, puissante sans être ostentatoire. Je le trouvais terriblement sexy.

Après un week-end à rire, à partager des moments intenses, je l’ai invité chez moi. Et je lui ai fait l’amour. Avec l’expérience de la trentaine, avec le désir assumé, avec la tendresse aussi. Il était peu expérimenté, maladroit parfois, mais sincère. Et je crois que je lui ai fait peur. Pas par ce que j’étais, mais par ce que je représentais : une femme libre, intense, qui savait ce qu’elle voulait.

Je n’ai pas eu de nouvelles tout de suite. Et je me suis dit que c’était peut-être mieux ainsi. Mais quelques jours plus tard, il m’a réinvité pour un week-end. Et quelque chose en moi s’est remis à vibrer.

Rapidement, il m’a intégrée à toutes ses activités. Il voulait que je sois là, partout, tout le temps. Il me présentait à ses amis, jeunes et moins jeunes, avec une fierté discrète mais sincère. Quelques sourcils se sont levés en découvrant notre différence d’âge. Mais je m’en fichais. J’ai toujours paru plus jeune que mon âge, et certains commençaient même à penser que j’étais encore dans la vingtaine. Je me sentais revivre. Une nouvelle jeunesse s’ouvrait à moi, inattendue, presque insolente.

Mais au début de ma relation avec Simon, je continuais à voir Stephen. Il n’avait jamais vraiment lâché prise.

Simon ne disait rien. Il ne posait pas de questions. Le problème c’est qu’entre nous, quelque chose clochait. Sur le plan sexuel, il était toujours très enthousiaste, presque trop. Il avait cette fougue, cette envie de bien faire, mais il n’arrivait pas vraiment à me satisfaire. Il ne connaissait pas encore les subtilités du corps, les rythmes qui ne s’apprennent pas dans les livres. Et moi, au lieu de le guider, de lui ouvrir les portes de mon monde, je me suis refermée.

Je cherchais satisfaction ailleurs. Dans les bras de Stephen. Dans le souvenir de Jake. Dans cette zone floue entre infidélité et liberté, entre ce que je voulais et ce que je n’osais pas demander.