Chapitre 1
La grille a cédé sous leurs mains comme si elle avait attendu ce geste depuis des années. Alex, 13 ans, a glissé son téléphone dans la poche et a rallumé sa lampe torche : un cône de lumière tremblant qui déchirait la nuit. Autour, le collège semblait respirer à peine — des affiches jaunies pendaient aux murs, les lettres des anciennes expositions se désintégraient en poussière, et une odeur de craie humide remontait de l’entrée.
Ils ont avancé à pas mesurés sur le dallage craquant. Lila murmurait, la voix trop haute pour la folie qu’ils faisaient ; Tom riait pour masquer le tremblement dans ses mains. Alex avait l’impression d’être l’unique personne au monde à voir vraiment l’endroit : des traces de peinture sèche sur le sol, une chaise renversée dont le dossier portait encore un petit autocollant en forme d’étoile, comme si on avait interrompu la répétition d’une vie scolaire en plein milieu.
Au premier étage, la bibliothèque ouvrait sa bouche d’ombre. Les étagères, vides, dessinaient des silhouettes noires, et quelque chose, là-bas, a fait tinter une horloge qu’ils n’avaient pas vue. Un froissement, puis un souffle — ou une porte que l’on referme très loin. Alex a senti une goutte d’adrénaline dans sa nuque. Sur une table couverte de poussière, un cahier au cuir craquelé attirait la lumière de son téléphone : une couverture déchirée, des griffonnages qui formaient un petit cercle rayé.
« Vous avez vu ça ? » a chuchoté Lila.
Avant qu’Alex ne réponde, une voix — basse, comme un papier froissé — a prononcé son prénom. Pas un écho, pas un jeu de vent. Son prénom, exactement comme l’avait appelé sa mère ce matin-là, mais venu du cœur même du collège.
Alex a aperçu, à travers la fenêtre du couloir, une fenêtre du deuxième étage où une silhouette semblait se tenir immobile, comme si on l’avait oubliée là. Le cercle de lumière du téléphone a vacillé. Le sol, soudain, a paru moins solide. Tu c'est mon bouquin