La mousse du capitaine

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Résumé

Cassia, esclave en fuite, a embarqué sur un navire pensant qu'il serait la clé de sa liberté. Elle ignorait qu'il s'agissait d'un navire pirate ! Se faisant passer pour le mousse, elle doit duper tout l'équipage pour rester en vie, y compris le séduisant capitaine. Parviendra-t-elle à réprimer ses sentiments et à assurer sa survie ? Ou son secret crush causera-t-il sa perte ?

Statut :
Terminé
Chapitres :
38
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Cassia se tenait sur le quai, les yeux levés vers l'immense navire en bois. Elle dut pencher la tête en arrière pour apercevoir les deux mâts qui s'élevaient vers le ciel. Elle n'avait jamais réalisé à quel point ces voiliers étaient gigantesques. Il faut dire qu'elle n'avait jamais eu de raison de s'aventurer sur les docks. Elle n'avait jamais été assez près pour sentir l'odeur entêtante du goudron et du bois salé, ni pour entendre le craquement des coques qui se balançaient au rythme de la marée.

« Pousse-toi de là, gamin ! »

Le cri retentit juste derrière elle et la fit sursauter. Elle se retourna et vit deux hommes qui portaient un énorme coffre. Elle se trouvait en plein milieu de la coupée, cette passerelle en bois entre le quai et le pont. Elle bloquait tout le passage sans même s'en rendre compte. Elle sauta sur le côté pour les laisser passer.

« C'est bien le Savage Mamba ? » leur demanda-t-elle. Elle n'obtint qu'un grognement en guise de réponse. Les hommes continuèrent leur chemin sur la planche. Un autre homme suivait de près, un sac de marin jeté sur l'épaule.

« Monsieur, est-ce que c'est le... » commença-t-elle, mais l'homme l'ignora royalement. Eh bien, quelle amabilité. Elle grimaça mais finit par lui emboîter le pas. Elle franchit le vide entre le quai et le pont du navire.

Elle se dit que leur manque d'intérêt était plutôt bon signe. Aucun d'entre eux ne l'avait regardée avec surprise. Personne ne se demandait ce qu'une jeune femme faisait à bord. Pour eux, elle n'était que le garçon qu'elle prétendait être.

La nuit dernière, il y a seulement quelques heures, elle avait totalement changé d'apparence. Ses cheveux châtain foncé, qui tombaient autrefois en vagues soyeuses jusqu'au milieu du dos, étaient maintenant coupés court, à la garçonne. Elle avait troqué sa robe contre un pantalon et une chemise trop grande, serrée à la taille par une ceinture. Elle ne ressemblait plus à Cassia, l'esclave en fuite. Elle était désormais Cato, le nouveau mousse.

C'est ça, pensa-t-elle, faites comme si je n'existais pas. Je ne suis qu'un gamin. Circulez, y a rien à voir.

Elle eut un petit sourire en faisant ses premiers pas sur le navire. Le pont était en pleine effervescence. Elle se sentait terriblement déplacée, mais cela ne l'effrayait pas. Alors que le vent ébouriffait ses cheveux étrangement courts, elle ressentit une bouffée d'adrénaline. L'excitation d'être sur un bateau pour la toute première fois. L'excitation de commencer un nouveau chapitre de sa vie. Et surtout, la satisfaction d'avoir réussi son coup. Elle n'avait pas été capturée cette nuit. Elle avait déniché une place sur ce navire marchand et, bientôt, elle serait en sécurité au large.

L'homme qui l'avait embauchée ne lui avait pas vraiment expliqué ce qu'il attendait d'elle. Elle n'avait pas posé de questions non plus. Elle s'était accrochée à cette opportunité comme à une bouée de sauvetage. Elle ne voulait pas tout gâcher en avouant qu'elle n'y connaissait rien. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle devait être le mousse et se présenter au navire avant la fin du chargement. Maintenant qu'elle y était... qu'était-elle censée faire ?

D'autres hommes montèrent par la passerelle et elle s'écarta rapidement. Eux aussi l'ignorèrent. Ils avaient tous l'air rustre, le visage tanné par des années sous le soleil de l'océan. Ils ne semblaient pas très accueillants. Comme ils n'avaient pas l'air d'humeur à répondre à ses questions, elle ne prit pas la peine de leur en poser.

Elle voulait simplement confirmer qu'elle était sur le bon bâtiment. Elle en était presque sûre, mais il n'y avait pas d'enseigne pour annoncer le nom du bateau en grosses lettres. Elle se dit que leur silence valait confirmation. Si ce n'était pas le Savage Mamba, ils lui auraient au moins dit non, n'est-ce pas ?

Son esprit vagabondait alors qu'elle observait le pont. Elle avait envie de tout explorer. Le navire paraissait encore plus grand ici que depuis le quai. Sur sa gauche, des marches menaient à un pont supérieur. La proue du navire semblait très loin sur sa droite. Elle ne céda pas à sa curiosité car le pont était trop encombré. Des hommes s'activaient partout et elle avait peur de les gêner. Elle ne voulait pas s'attirer d'ennuis dès son premier jour.

Elle ferait mieux de s'éloigner du passage. Elle n'avait pas de bagages à ranger en cale. De toute façon, elle n'avait aucune idée d'où se trouvait sa couchette. Ce n'était sans doute pas très malin de se lancer là-dedans à l'aveuglette, mais avait-elle vraiment le choix ? S'enfuir sur un bateau, déguisée en garçon, c'était sa meilleure option. On allait la chercher sur les routes environnantes. Ils finiraient par lui mettre la main dessus si elle partait à pied ou si elle restait en ville. Jamais ils ne la trouveraient sur un navire.

Elle se dirigea vers les escaliers, s'éloignant de la passerelle et de tout ce remue-ménage. C'est alors que quelque chose attira son attention. Là, sur les marches. Tiens donc, regardez-moi ça.

L'escalier avait une rampe, et cette rampe était ornée d'un serpent. L'animal était sculpté à même le bois, mais le travail était si précis qu'on aurait dit une créature vivante. Son long corps s'enroulait sur toute la longueur de la rampe. Sa queue disparaissait en haut des marches, tandis que sa tête se trouvait en bas, juste devant elle. Sa gueule était ouverte dans un sifflement menaçant. Chaque écaille avait été sculptée avec un luxe de détails impressionnant.

Elle n'aimait pas les serpents, pas du tout même, mais celui-là lui faisait plaisir à voir.

« Un mamba sauvage », murmura Cassia en effleurant l'œil de bois du reptile. Elle n'y connaissait rien en serpents et ignorait si cette sculpture représentait vraiment un mamba. Mais elle savait qu'un mamba était un serpent. Elle était sur le bon bateau.

Une nouvelle vague de confiance l'envahit. Elle se faisait peut-être passer pour un garçon dans un boulot inconnu, mais elle était au bon endroit. Elle passa la paume de sa main sur le dessus de la tête du serpent, lui donnant une petite tape amusée, avant de s'éloigner. Elle se tourna vers le bastingage. De là-haut, elle découvrit une vue de la ville qu'elle n'avait encore jamais vue. Les gens sur les quais paraissaient tout petits. La cité s'étalait devant elle, avec ses rues qui montaient doucement le long de la colline.

Elle s'appuya contre la rambarde et contempla Vendice, la ville où elle était née. C'était un endroit animé, plein de bâtiments en pierre et en bois, où les gens s'affairaient à pied ou à cheval. Les rues étroites menaient à un immense marché. La ville débordait de quais tout le long du rivage. C'était un endroit intéressant à vivre, où il se passait toujours quelque chose de passionnant.

Vendice allait sûrement lui manquer. Cette petite maison où elle habitait avec ses parents. Et puis ce recoin derrière la boulangerie qu'elle appelait "chez elle" après ça. L'odeur merveilleuse du pain chaud qui embaumait la rue le matin. Les différents accents des marchands venus de tous les horizons. Oui, tout ça allait lui manquer. Mais elle n'avait pas peur de partir.

Au contraire, elle avait hâte de vivre cette nouvelle aventure ! Elle avait passé son temps à regarder les bateaux entrer et sortir du port en imaginant les pays lointains qu'ils avaient visités. Où celui-ci allait-il l'emmener ? Un nouveau sourire illumina son visage à cette pensée. Elle quitta la rambarde des yeux pour observer le navire qui allait lui rendre sa liberté. On remontait les passerelles. Peu après, elle entendit le cliquetis de la chaîne de l'ancre qu'on hissait à bord.

Des ordres fusaient ici et là, mais chaque membre d'équipage semblait savoir exactement quoi faire. Tout ce monde travaillait en parfaite harmonie pour préparer le départ. Elle les regardait faire des gestes qu'elle ne comprenait pas pour s'éloigner des quais et mettre le cap sur la mer. C'était fascinant de voir comment l'ordre régnait au milieu de ce qui ressemblait à un joyeux bazar.

Elle n'avait jamais imaginé tout ce qu'il fallait faire pour faire marcher un bateau. C'était très différent de voir ça depuis le pont plutôt que de loin. Elle leva les yeux vers les voiles, là où des hommes se tenaient sur des cordages, très haut. Ils étaient si haut qu'une chute serait fatale, et pourtant ils bougeaient comme s'ils n'avaient aucune peur. Une nouvelle excitation l'envahit en voyant les voiles tomber et se gonfler dans un grand claquement de tissu.

Des cordes descendaient du sommet des mâts jusqu'aux flancs du navire. D'autres étaient enroulées au pied des mâts ou autour de taquets sur le pont. Il y avait des cordes partout. Beaucoup plus qu'elle ne l'aurait cru. Comment pouvaient-ils se rappeler à quoi servait chacune d'entre elles ? Allait-elle devoir l'apprendre aussi ? Un mousse n'avait pas besoin de faire ça, si ? Elle n'avait pas peur de se salir les mains et elle était prête pour le travail physique, mais cette mission s'annonçait plus compliquée que prévu.

Elle décida de ne pas s'en inquiéter pour le moment. Elle se faisait passer pour un gamin, pas pour un homme. Elle pourrait peut-être utiliser son « jeune âge » comme excuse si elle ne savait pas tout. Ils n'attendaient sûrement pas d'un mousse qu'il soit un expert de la navigation. C'était un rôle pour les jeunes garçons, alors ça ne pouvait pas être si sorcier.

Tu vas y arriver. Le plus dur est fait. Elle regarda à nouveau par-dessus le bastingage la ville dont ils s'éloignaient. Oui, le plus dur, c'était de sortir de cette cité. Elle l'avait fait. Elle était redevenue une femme libre.

Le Savage Mamba s'éloigna des docks de Vendice. Ils croisèrent d'autres navires dans le port, certains plus grands, d'autres plus petits. Cassia aimait les regarder passer. Finalement, ils se retrouvèrent en pleine mer, avec rien d'autre que l'horizon devant eux. Le vent fraîchissait, apportant une brume qui lui mouillait la peau. Ses cheveux volaient dans tous les sens car ils étaient trop courts pour être coincés derrière ses oreilles. Mais comme ils ne lui tombaient pas dans les yeux, ce n'était pas grave. C'était juste une sensation inhabituelle. Ses cheveux n'étaient pas censés bouger comme ça.

« Écoutez-moi, tout le monde ! Rassemblez-vous pour votre capitaine ! » aboya une voix rauque venant de derrière elle, en hauteur. Elle se retourna et leva les yeux. À la barre se trouvait une grande roue en bois munie de poignées, où se tenaient deux hommes. Le reste de l'équipage se rassemblait sur le pont inférieur. Elle comprit vite qu'elle devait faire comme les autres.

Elle quitta rapidement les escaliers pour se faufiler dans la foule. Elle était beaucoup plus petite que tous les hommes autour d'elle. Même le plus petit d'entre eux la dépassait, car elle ne mesurait qu'un mètre soixante. Elle avait vraiment l'air d'un gamin qui n'avait pas fini sa croissance.

« Très bien, pour ceux qui viennent d'arriver, je suis le Capitaine Malko. Et ce chien galeux ici présent, c'est mon second, Alaric », annonça l'un des hommes à la barre. Ses paroles déclenchèrent un tonnerre d'acclamations de la part de l'équipage, sans doute de ceux qui étaient déjà sous ses ordres.

Cassia fut fascinée par son allure. Elle ne l'avait pas remarqué pendant tout le remue-ménage du départ. Mais en le regardant maintenant, elle le trouva étonnamment séduisant.

Il lui arrivait de croiser de beaux marins en ville, mais la plupart étaient usés et plutôt laids à son goût. Même l'homme à côté du capitaine n'avait rien de spécial. Mais le Capitaine Malko les éclipsait tous. Il avait des traits d'une beauté frappante. Cette mâchoire carrée avec une barbe de quelques jours. Cette crinière de cheveux sombres qui tombaient sur ses épaules. Cette carrure imposante et cette posture pleine d'assurance. Waouh, il était magnifique.

Certes, il avait l'air brut de décoffrage, comme les autres. Ses cheveux semblaient ne jamais avoir vu l'eau. Il portait quelques cicatrices blanches sur sa peau tannée. Mais elle trouvait que ce côté sauvage le rendait encore plus attirant. Il avait l'air d'un homme capable de surmonter n'importe quelle épreuve. Elle s'en sortait très bien toute seule, mais elle ne serait pas contre l'idée d'être serrée dans les bras d'un homme pareil.

Un nouveau cri de la foule la tira de ses pensées. Elle regarda autour d'elle et se sentit soudain idiote. Pourquoi était-elle restée scotchée sur le physique de cet homme ? Ça ne lui ressemblait pas. Allez, ma fille, concentre-toi. Le capitaine parlait et c'était sans doute important. Elle avait raté tout ce qu'il avait dit après les présentations, mais elle s'efforça d'écouter la suite.

« On va mener le Savage Mamba tout le long de cette côte. On va dégoter chaque ville qui a les poches pleines et chaque navire qui transporte des richesses. Et on va tout rafler jusqu'à la dernière pièce ! On pillera autant qu'on voudra, et si quelqu'un ose se mettre en travers de notre chemin, on l'enverra par le fond ! » lançait Malko pour galvaniser ses troupes. Ça marchait. L'équipage hurlait, tout le monde criait sa joie et levait le poing en l'air. Cassia, elle, était pétrifiée.

Attendez une seconde. C'était un bateau pirate ?! Ce bel homme là-haut était un capitaine pirate ?!

L'angoisse la gagna alors qu'elle observait les autres avec un nouveau regard. Les hommes autour d'elle n'étaient pas de simples marins un peu rudes. C'étaient tous des pirates. Des voleurs, des violeurs et des meurtriers. Ça ne lui plaisait pas du tout. C'était censé être un navire marchand ! Un bateau sûr !

Que pouvait-elle faire maintenant ? Elle regarda par-dessus le bastingage. La terre était bien trop loin pour y aller à la nage. Elle était coincée sur ce bateau. Avec une bande de pirates. Dans quel pétrin s'était-elle fourrée ?

« Qui est avec moi ?! » hurla Malko. L'équipage hurla plus fort que jamais. On entendait des cris d'approbation et d'excitation de tous les côtés. Mais pour Cassia, l'excitation du début s'était envolée. Elle était complètement anéantie.