Cette mission-là

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Résumé

En rentrant d'une mission, six personnes font face aux souvenirs troublants de l'un d'entre eux. Entre horreur et passé mouvementé, ils doivent avancer malgré eux. Mais on n'échappe jamais vraiment aux souvenirs... et ils vont l'apprendre à leurs dépens.

Genre :
Drama
Auteur :
Gasprim
Statut :
En cours
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : Le bocage

— Ça me foutait les nerfs. Ridicule, évident, mais on devait le faire.

Un garçon, Elios, avançait sans rien dire. À peine avait-il vingt ans. Il était grand, les yeux couleur miel, une barbe née du manque de sommeil plus que du style. Dans ce bocage, les ronces lui griffaient les avant-bras ; il ne cherchait même plus à les éviter, avançant malgré lui.

— Au moins c'est fait, Elios.

Maria ouvrait la marche. Plus âgée, précise, sérieuse, ses longs cheveux châtains tirés en arrière. Les trente dernières heures, ils avaient conclu une mission. Maintenant, ils marchaient, isolés. Wilson, le chef, appelait ça une « promenade », au grand dam de tous, lui y compris.

Ils étaient six, équipés contre le danger, préparés à revenir chez eux.

Les branchages fouettaient leur visage. La mousse cédait sous les pas. L'humidité s'infiltrait partout, leurs chaussettes étaient poisseuses.

— Attendez.

Marlo s'arrêta. Sa voix, étonnamment aiguë pour ses presque trente ans, transperçait l'air malgré l'épuisement.

— Vous voyez ça ? dit-il.

Au pied d'un chêne, un bouquet orangé fendait la mousse.

— Sérieusement ? demanda Wilson. On n'en peut plus et toi tu jardines ?

— C'est comestible, non ? s'enquit Joséphine.

Un silence.

— Ce sont des girolles, dit calmement le jeune homme.

Tous se tournèrent vers lui.

— Comment tu sais ça ? interrogea William.

Elios haussa les épaules.

— J'allais souvent dans les bois avec mes parents. Cet endroit y ressemble, c'est tout...

Joséphine se réjouit de ce détail. Le groupe en apprit plus sur le cadet, le taciturne. Elios se sentit étrangement à son aise, comme un après-midi en famille. C'est absurde, il le savait. On était loin de tout, ici.

Un bruit sec.

Joséphine venait de glisser sur la mousse. Une entaille à la main, plus de peur que de mal. William l'aida avec soin, comme un chevalier. Maria et Wilson s'amusèrent.

— Trente-cinq et trente-six ans... On dirait des ados.

— Par là, dit Marlo, écartant une branche. On y verra mieux.

L'air était plus léger, plus frais, presque lénitif hors du bois. Devant eux s'étendaient des plaines irrégulières, quelques arbres disséminés, et ce silence vaste qui suit les forêts trop denses.

— Où est-on ? demanda Marlo.

Maria consulta l'appareil qu'elle avait sorti de sa poche.

— Encore deux bonnes heures vers le nord, au bas mot.

Wilson observa le ciel. La nuit ne tarderait pas.

— On risque de coucher ici, dit-il.

Personne ne le contredit vraiment. La Ménade, leur destination, était encore trop loin pour espérer l'atteindre avant la nuit.

Ils continuèrent. La sueur coulait. Un doux parfum de fleurs sauvages emplissait l'air. Tous l'ignoraient, refoulant leur plaisir.

— Là-bas ! cria Marlo. Y a une maison.

Dans un vallon, une bâtisse. Isolée, sans grange, sans champ, sans même une route visible. Malgré tout, l'odeur saline leur confirmait leur direction. Ils longeaient bel et bien la côte.

Alors qu'ils avançaient, Elios, sans savoir pourquoi, avait la gorge nouée. Il prit sa gourde. Un vertige diffus s'installa derrière ses yeux. Sa respiration devenait irrégulière.

— Je ne me sens pas bien, murmura-t-il.

— On y est presque, dit William. Tu pourras t'asseoir là-bas.

La maison devint visible. Bois usé, volets pâlis, toiture légèrement affaissée. Elios s'arrêta net. Son cœur sembla résonner dans tout son corps. L'eau qu'il venait d'avaler lui sembla glaciale. Non, ce n'était pas une simple maison. Plus qu'étrange, elle refroidissait son âme. Quelque chose lui serrait la poitrine. Il retint son souffle puis se surprit de l'avoir fait. Son corps lui disait de ne pas y aller, son esprit n'en connaissait pas la raison.