L'Enfant des ténèbres

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Résumé

Dans les rues détrempées par la pluie, Rain Wilds n'est qu'un fantôme de plus, une survivante solitaire. Jusqu'à cette nuit où elle est enlevée. Se réveillant dans une cage dorée, elle devient l'invitée malgré elle de trois vampires anciens et puissants. Il y a Talon, le roi tourmenté dont la possession froide cache une peur dévastatrice. Lucien, le vaurien au charme vénéneux, dont le contact joueur est à la fois un défi et une caresse. Et Xavier, le doux géant dont la dévotion solennelle lui offre un réconfort qu’elle n’avait jamais connu. Ils l'appellent leur animal de compagnie, leur jouet, leur source de vie. Mais tandis que les jours s'effacent dans les nuits, un lien dangereux et indéniable commence à se tisser. Entre leurs bras, elle découvre un pouvoir insoupçonné et un désir qui l'effraie autant qu'il la consume. Elle n'est plus seulement une captive, mais le cœur de leur famille sombre et fracturée. Cependant, le monde des monstres n'est jamais sûr bien longtemps. Un rival impitoyable ne voit pas en Rain une personne, mais le prix ultime : une créature rare capable de les nourrir sans s'étioler. Lorsqu'elle est violemment arrachée à leur protection, le pouvoir qu'elle libère pour se sauver changera tout. Désormais, elle doit choisir : retourner dans l'ombre ou embrasser les ténèbres en tant que leur reine. Dans un monde de nuit éternelle, une âme mortelle peut-elle devenir ce que trois cœurs immortels recherchent depuis mille ans ?

Genre :
Romance
Auteur :
Ember Wilds
Statut :
Terminé
Chapitres :
20
Rating
5.0 3 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Le froid était une présence physique, une chose vivante qui s’infiltrait à travers le manteau élimé de Rain jusque dans ses os. C’était un froid humide et pénétrant, celui d’une ville où la bruine tombait par intermittence depuis des jours. Il charriait une odeur de béton mouillé, d’ordures en décomposition et de gaz d’échappement. À chaque inspiration, elle avait l’impression d’avaler du verre pilé.

Son estomac n’était plus qu’un vide douloureux, ayant dépassé le stade de la simple faim pour atteindre une sorte de nausée sourde et persistante. Elle s’enlaça, sa silhouette frêle n’offrant aucune protection contre le vent qui s’engouffrait dans l’étroite ruelle. Elle cherchait un endroit où dormir sans mourir. Un pas-de-porte, une bouche d’aération, n’importe quel recoin où les crocs du vent ne pourraient l’atteindre.

Au détour d’un angle, elle trouva son bonheur : une alcôve peu profonde derrière une benne à ordures rouillée, protégée sur deux côtés par des murs de briques. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était mieux que rien. Alors qu’elle se traînait vers l’abri, ses baskets usées laissant des traces humides sur le bitume, le sentiment l’envahit.

Ce n’était ni un son, ni une vision. C’était un picotement dans sa nuque, une immobilité instinctive soudaine dans la partie de son cerveau purement animale, tournée vers la survie. Le sentiment d’être observée.

Rain se figea, son cœur donnant un coup douloureux contre ses côtes. Elle se plaqua contre la brique glacée, tentant de se fondre dans l’ombre. Ses grands yeux violets, seule touche de vie dans cette obscurité, scannèrent l’entrée de la ruelle. Les lampadaires projetaient des ombres étirées et déformées, mais elle ne vit rien. Aucun mouvement. Aucune silhouette tapie dans l’obscurité. Juste le va-et-vient habituel et solitaire d’une ville qui ignorait son existence.

Mais cette sensation ne disparut pas. Elle s’intensifia, se cristallisant en une pression palpable. Ce n’était pas le regard distrait d’un passant. C’était ciblé. Volontaire. C’était l’impression d’être face à un prédateur qui avait déjà verrouillé sa proie, savourant l’instant avant de bondir. Une terreur glaciale, bien plus froide que le vent, la submergea. C’était une autre sorte de froid, qui n’avait rien à voir avec la température, mais tout à voir avec un profond sentiment de danger.

Sa main se leva par un tic nerveux incontrôlable et elle rabattit une mèche de ses cheveux noirs comme l’encre derrière son oreille. Elle ferma les yeux une seconde, puis se força à les rouvrir. Rien.

Avait-elle halluciné ? La famine la rendait-elle paranoïaque ? C’était possible. Elle avait déjà vu des choses, des flashs de mouvement au coin de l’œil qui n’étaient que des illusions. Mais là, cela semblait différent. Cela semblait réel.

Elle devait bouger. Rester immobile faisait d’elle une cible. Se décollant du mur, son corps protestant à chaque geste, elle s’enfonça davantage dans la ruelle. Le sentiment d’être observée la suivait comme un manteau lourd et silencieux. Ce n’était pas juste une paire d’yeux, pensa-t-elle avec une horreur grandissante. C’était comme si plusieurs regards convergeaient sur elle depuis différents points : les toits, les ombres de l’autre côté de la rue. Ils triangulaient sa position, jouant avec elle.

Elle atteignit le bout de la ruelle et jeta un coup d’œil dans la rue suivante. Tout aussi déserte. L’envie de courir, de foncer vers l’inconnu sans s’arrêter était irrésistible, mais ses jambes étaient trop faibles, son énergie épuisée. Elle ne pouvait que marcher.

Elle choisit une autre ruelle, encore plus étroite et sombre que la précédente. Les murs semblaient se refermer sur elle, comprimant l’obscurité. Le regard était toujours là, plus proche, plus intime. On aurait dit qu’il caressait sa peau, traçant le contour de sa gorge et la courbe de ses hanches. C’était intrusif, violent, et terrifiant de possessivité.

Finalement, elle n’en put plus. Ses nerfs lâchèrent. Se retournant brusquement, elle lança dans un souffle : « Qui est là ? » Sa voix était un filet sonore, immédiatement avalé par le silence oppressant de l’allée. La seule réponse fut le hurlement lointain d’une sirène et le goutte-à-goutte d’un tuyau défectueux.

Il n’y avait personne. Mais alors qu’elle restait là, tremblante et seule, une nouvelle sensation se mêla aux autres. Une odeur, incroyablement ténue, portée par le vent. Ça sentait le vieux riche, la terre sèche et ancienne, et autre chose… quelque chose de métallique et d’envoûtant, comme l’odeur cuivrée du sang.

Elle était traquée. Et les chasseurs étaient très, très proches. Elle ne le savait juste pas encore. Avec un dernier regard désespéré vers l’obscurité étouffante, elle fit demi-tour et s’enfuit, ignorant qu’elle courait exactement là où ils voulaient qu’elle aille.

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Depuis le toit, la ville ressemblait à une carte électronique faite de lumières éteintes et de vies vacillantes. Talon se tenait immobile, une statue sculptée dans l’ombre et l’impatience, le vent mordant n’étant qu’un désagrément insignifiant pour sa chair immortelle. En bas, la fille, Rain, n’était qu’un battement de mouvement désespéré. Il l’observait depuis trois nuits. Trois nuits à suivre son lent déclin.

À ses côtés, Lucien s’appuyait contre une bouche d’aération crasseuse, son énergie habituelle contenue dans une immobilité vigilante. « Elle est sacrément résistante, je lui accorde ça. La plupart auraient déjà trouvé un coin chaud pour se recroqueviller et crever. »

« La résilience est une bonne qualité », répondit Talon d’une voix grave, dénuée de chaleur. « C’est le signe d’une force vitale intense. Un millésime robuste. » Il ne regarda pas Lucien, ses yeux fixés sur la petite silhouette en contrebas. Il ne s’intéressait pas à son âme ; il s’intéressait à son utilité. Une source d’énergie qui ne se briserait pas dès la première alimentation.

De l’autre côté, Xavier était un monolithe de silence, sa carrure massive semblant absorber la lumière. Les yeux dorés de l’ancien Viking étaient empreints d’une douceur que Talon avait rejetée depuis longtemps comme une faiblesse : la pitié. « Elle est si petite », gronda Xavier d’une voix rappelant des rochers qui se déplacent. « Le froid est cruel avec elle. »

« La cruauté est une fonction de la nature », trancha Talon d’un ton sec. « Nous ne faisons qu’en tirer profit. Ne t’attache pas. Elle n’est qu’une ressource. Un animal de compagnie, rien de plus. » Il utilisa le mot à dessein, un rappel pour lui-même autant que pour les autres. L’attachement était une vulnérabilité. Le contrôle était le seul rempart contre l’agonie de la perte. Il avait appris cette leçon il y a mille ans, sur un champ de bataille trempé du sang de son royaume. Il ne l’oublierait pas.

Il la regarda trouver le pas-de-porte en retrait. Un choix prévisible. Son esprit fonctionnait encore à un niveau primaire, cherchant un abri. Il pouvait sentir le battement faible et frénétique de son cœur d’ici, un tambourinage de vie contre le bourdonnement indifférent de la ville. C’était un chant de sirène pour son espèce.

Puis, ses mouvements s’arrêtèrent. Elle l’avait senti. Évidemment. La proie sentait toujours le prédateur avant de le voir. Talon laissa une parcelle de son pouvoir se déployer, un tentacule psychique d’une intention pure et ciblée. Il n’avait pas besoin de la voir pour connaître sa réaction : le pic de peur, l’écarquillement de ces yeux violets remarquables. Il pouvait le goûter dans l’air, tranchant et électrique.

Lucien se décala, une avidité de prédateur dans sa posture. « Elle est vive. Elle nous sent déjà. »

« Je ne masque pas notre présence », affirma Talon froidement. « Je veux qu’elle le sente. Je veux que sa peur marine, qu’elle en rehausse le bouquet. Un cœur terrifié bat plus vite. L’énergie est plus riche. » C’était là tout l’art de la chose. La chasse n’était pas qu’une question de capture ; c’était une question de préparation.

Il la vit se plaquer contre le mur, créature pathétique et fragile essayant de ne faire qu’un avec la pierre. Il vit le geste révélateur : sa main montant pour rabattre ses cheveux derrière son oreille. Il avait catalogué ses tics nerveux. Il cataloguait tout. C’était ainsi qu’il gardait le contrôle. En connaissant chaque variable, il pouvait prédire chaque résultat.

« Elle cherche », murmura Lucien avec un sourire dans la voix. « Elle ne nous verra pas. »

« Non », approuva Talon. « Elle verra seulement le vide là où nous nous trouvons. C’est une terreur en soi. » Il laissa son regard l’envelopper. Il l’imaginait ressentir cela comme un contact physique, une main glacée sur sa nuque. Il était le maître de ce domaine, le roi invisible de cette jungle de béton, et elle était son sujet. Cette fille affamée était son monde entier en cet instant, un puzzle à résoudre, un trophée à conquérir.

Quand elle finit par bouger, ce fut avec une démarche saccadée et désespérée. Il pouvait sentir son épuisement, le tremblement de ses membres. Le moment était proche.

« Sa volonté faiblit », nota Xavier, la voix empreinte de cette même lassante compassion.

« Bien », coupa Talon. « Cela simplifie l’acquisition. » Il passa une main dans ses cheveux noirs. Un éclair de l’ancien stress, le spectre d’un roi qui avait tout perdu, fit surface avant qu’il ne l’écrase au fond de son être. C’était différent. Ce n’était pas un royaume qu’il pouvait perdre. C’était une possession.

Il la regarda tourner dans la ruelle suivante, encore plus sombre. Un piège parfait.

« Maintenant », dit-il d’une voix tombée à un murmure presque inaudible. « Lucien, au bout. Bloque sa retraite. Xavier, tu entreras par le côté rue. Je veux qu’elle se sente enfermée. Je veux qu’elle comprenne qu’il n’y a aucune issue. »

Alors que les autres se déplaçaient avec la vitesse silencieuse et impossible de leur espèce, Talon resta sur place. Il était l’axe de sa terreur. Il la regarda pivoter sur elle-même, sa voix fluette appelant dans les ténèbres. Un geste futile, mais adorable.

Il la laissa goûter au poids total de trois regards ancestraux. Il la laissa humer sur le vent la promesse de quelque chose d’antique et de puissant. Il la laissa courir, car sa fuite n’en était pas une. C’était un chemin, et il menait droit à lui, vers le foyer qu’il lui avait préparé. Il n’était pas un monstre. Il était un collectionneur. Et son nouvel animal de compagnie était enfin prêt à être intégré au troupeau.