Fragments d’un autre moi

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Résumé

Un soir ordinaire, sous la pluie froide de Washington, Lorelai rentre chez elle après une longue journée de travail. Épuisée, elle ne s’attend qu’au silence de son appartement. Mais en franchissant sa porte, une odeur étrange l’arrête net. Quelques pas suffisent pour transformer son quotidien en cauchemar : un corps sans vie gît dans sa cuisine, une flaque de sang s’étendant lentement sur le parquet. En appelant la police, Lorelai ignore encore que cette découverte marquera le début d’une spirale de secrets, de mensonges… et d’une vérité bien plus proche d’elle qu’elle ne l’imagine.

Genre :
Romance
Auteur :
~Lorelai~
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapter 1

Mes yeux clignent plusieurs fois, comme si je pouvais changer d’endroit en les fermant. Mais chaque fois que je les rouvre, je suis toujours là.

Dans ma cuisine. À regarder le cadavre étendu derrière mon plan de travail.L’odeur du sang frais monte jusqu’à mes narines et me serre l’estomac.

Je recule d’un pas, puis d’un autre, jusqu’à heurter le réfrigérateur derrière moi. Mon dos glisse lentement contre la surface froide avant que je n’atteigne le sol.

Assise par terre, incapable de réfléchir, je tente de comprendre ce que je dois faire.Appeler la police.Mes mains tremblent tandis que je fouille mon sac pour attraper mon téléphone.

Mes doigts glissent sur l’écran lorsque je compose le 911.Je porte l’appareil à mon oreille.Quelques secondes passent — ou peut-être des minutes.Puis une voix résonne enfin dans le haut-parleur.

- 911, quelle est votre urgence?

- Il... il y a... il est... Je soupire et serre mon téléphone, énervé de perdre le contrôle de mes mots.

- Madame? M’entendez-vous?

- Oui..oui..je vous entends..

- Êtes-vous en sécurité ?

- Oui… je crois… Je commence à respirer en fermant les yeux, puis à expirer lentement.

- D’accord. Donnez-moi votre adresse.

- D’accord... 2104 4th Street Northeast, appartement 1..

- Très bien. Sortez immédiatement de l’appartement et ne touchez à rien. Les agents arrivent.

- D’accord...

Je me relève doucement, malgré mes jambes flageolantes, mais je réussis tout de même à me tenir debout.

Je souffle doucement, puis me dirige vers la porte d’entrée. Je me traîne vers le trottoir le plus proche, sentant mes jambes fléchir.

Finalement, à bout de forces, je m’affale sur le sol. Le froid du trottoir traverse mon pantalon, mais je ne sens presque plus mon corps.

-Madame, êtes-vous maintenant en sécurité ?

- oui..

- Maintenant que vous êtes en sécurité, pouvez-vous me dire ce qu’il se passe ?

- il... il y a un cadavre... Ma voix se brise légèrement en disant ces mots à voix haute.

- Un cadavre ?... Pouvez-vous me dire où se trouve le corps exactement ?

- le corps est sur le sol... sur le sol de ma cuisine... derrière le plan de travail... Un soupir tremblant s'échappe de mes lèvres.

- D'accord, alors restez dehors. Les secours arrivent. Ils seront là dans 15 minutes. Vous n’avez plus rien à craindre. Restez où vous êtes.

- D’accord.. Ma vision se trouble à force de fixer le bitume. Les sirènes résonnent dans les rues de Washington et se rapprochent, martelant mes oreilles.

Les jeux de lumière bleue et rouge viennent éclairer les façades des bâtiments.Les voisins sortent, curieux, les bras croisés, tandis que d’autres observent par leurs fenêtres.

Mon regard suit le bruit des moteurs : deux voitures de police se garent en trombe, et derrière elles, une ambulance reste en retrait.

Les portières claquent et les policiers sortent rapidement. Deux s’avancent vers l’entrée de mon appartement, et un autre, plus grand, s’approche de moi, silhouette sombre et mesurée, ses pas calmes mais assurés.

L’agent Rayers s’approche de moi. Sa silhouette est imposante, mais il ralentit ses pas et s’agenouille pour être à ma hauteur.

- Madame ? Vous allez bien ?

Je hoche la tête, incapable de répondre. Mes mots ne veulent pas quitter ma langue et mes mains tremblent légèrement à cause du froid glacial de la nuit.

- Je m’appelle l’agent Rayers. Vous êtes en sécurité maintenant. L’agent Rayers s’approche et remarque mes mains qui tremblent légèrement, mes doigts crispés. Il se tourne vers les ambulanciers:

- Apportez-lui une couverture, vite. Une grande couverture bleue est rapidement drapée autour de mes épaules. La chaleur m’enveloppe, mais mon esprit reste encore submergé.

- Puis-je vous poser quelques questions, juste pour comprendre ce qu’il s’est passé ? demande l’agent.

-Oui…. Mon ventre se serre alors que je ressens une remontée acide me remonter l’estomac. Je me lève d’un geste brusque malgré mon manque de force, puis vomis sur le bitume.

- Woh... doucement... Vous êtes sûr que ça va ? Il pose une de ses mains sur mon épaule.

Je relève la tête vers lui, mais maintenant ma vision se trouble. J’entends un bourdonnement dans mes oreilles, puis mes yeux se ferment. Je fronce les sourcils, et puis c’est le noir total.

-Oh non ! Madame ! Il m’attrape de justesse alors que je manque de toucher le sol. Il me tient contre lui et regarde ses collègues : -Il faut l’emmener à l’hôpital ! Occupez-vous du reste !

———

Un bip régulier et insistant me tira d’un sommeil profond, suivi par une douleur lancinante qui irradiait de ma tête.

L’odeur du désinfectant me prit à la gorge dès que j’ouvris les yeux : un plafond blanc, des murs impersonnels… un hôpital, visiblement.

La panique me saisit dès que je repris conscience. Pourquoi étais-je ici ? Qu’était-il arrivé ? Quand soudain, une voix douce et ferme fit appel à mon prénom.

Je tournai la tête et c’est là que je vis ce policier. C’est là que mes souvenirs commencèrent à surgir. Je commençai à me remémorer les derniers instants…

- Lorelai ? Est-ce que vous allez bien ?

- Oui… Je me redresse dans mon lit et me frotte le nez d’un geste circulaire en soupirant.

- comment vous sentez-vous ?

- Bien… je sens mes jambes un peu engourdies et ma tête un peu lourde, mais ça va… Je regarde mes jambes sous la couverture d’hôpital, puis les bouge doucement.

- Je vous ai apporté de l’eau et de quoi vous remplir l’estomac. C’est un sandwich au poulet, j’espère que ça suffira, mais je pense que ce sera assez pour vous remettre sur pied. Si vous n’aimez pas, je peux toujours aller chercher autre chose. Il me tend la bouteille d’eau et la poche en papier contenant le sandwich à l’intérieur.

- Oh, merci… Je prends dans mes mains la bouteille d’eau et le sac. Je pose le sac sur la table de chevet, ouvre la bouteille, puis bois une longue gorgée. Puis, je la referme et la pose sur la table de chevet.

- Alors… vous vous sentez mieux ?

- Oui… merci…

- Bien, c’est le plus important alors.

- Je… désolé, je ne sais pas ce qui m’est arrivé tout à l’heure… Je n’ai pas l’habitude de m’évanouir ou de répondre à des questions. J’ouvre la bouche, puis fais un geste dans le vide avec ma main comme pour m’encourager à continuer, mais rien ne sort. J’ai dit tout ce que j’avais à dire.

- Ne vous excusez pas. C’est totalement normal. Je suppose que vous n’avez pas non plus l’habitude de voir un cadavre chez vous… C’est le stress qui vous a submergé. C’est normal, mais maintenant vous allez mieux, et c’est l’essentiel.

- Oui… c’est juste que… tout est arrivé si vite… Rayers hoche la tête, puis sort son bloc-notes et son stylo, prêt à écrire son comportement et sa réponse.

-Bien. Alors, si vous êtes prête à m’expliquer comment ça s’est passé, je vous écoute. Prenez votre temps, et on peut s’arrêter si vous voulez.

- Et bien… comme à mon habitude, je suis rentré chez moi comme un jour comme les autres… Puis, quand j’ai ouvert la porte et senti cette odeur, j’ai senti que quelque chose n’allait pas… Je joue nerveusement avec mes mains.

-Alors, vous êtes rentré chez vous et vous êtes tombé directement sur la victime ?

- Oui. J’ai ouvert la porte en entier et j’ai vu le pied dépasser du plan de travaile… et… et la flaque de sang sur le parquet… alors, mon premier réflexe a été d’appeler le 911…

- C’est un bon réflexe que vous avez eu.

- Oui…. L’agent Rayers reste à mes côtés, sa présence calme et mesurée.

- pouvez-vous me dire si vous connaissez quelqu’un qui aurait pu être ici ?

Je fronce les sourcils, le cœur battant un peu plus vite. Je secoue la tête

- Non….

Il note quelque chose rapidement dans son carnet, mais ne presse pas.

— Très bien, Reposez-vous pour l’instant. Je reviendrai demain pour parler un peu plus calmement.

- D’accord… L'agent Rayers se lève et range son carnet et son stylo. Il ramasse sa chaise, la pose contre le dossier et l’enfile, le tout en silence, semblant calme et un peu inquiet. Puis il se dirige vers la porte, mais avant de la franchir, il me regarde et dit :

- Reposez-vous bien et mangez. Je repasserai demain matin.

Je hoche la tête et le regarde partir. Je soupire et me rallonge dans le lit. Je repasse l’action dans ma tête en boucle, ce qui me donne mal à la tête, alors je me souviens de la voix de Rayers qui me dit de me reposer.

Finalement, je ferme les yeux et tombe dans un profond sommeil, épuisée par toute cette soirée.

———

Rayers poussa la porte du commissariat et regretta immédiatement d’être revenu ici. Le bruit lui vrillait déjà le crâne.

Il traversa le couloir, salua rapidement un collègue, puis retira sa veste en entrant dans son bureau. L’odeur du café froid et du papier humide lui arracha un soupir.

Il posa sa veste sur le dossier de la chaise et s’assit, déjà fatigué par cette nuit qui s’annonçait longue. Il se massa le front, tentant de repousser les mille et une questions qui lui parcouraient l’esprit.

Le grincement familier de la chaise rompit le silence.

Des coups légers frappèrent l’encadrement de la porte entrouverte.

Rayers releva la tête. Un sourire fatigué, presque contraint, apparut lorsqu’il reconnut le colonel.

— T’as une sale tête.

Rayers esquissa un petit sourire.

— Ouais… sans doute parce que je le suis.

— Ne pense pas passer la nuit ici. Rentre dormir après ça.

— J’y pensais justement.

— Ils ont récupéré le corps. Homme vers la quarantaine. Identité demain.

— Il n’avait pas de papiers sur lui ?

— Aucun.

— Une pièce à conviction ?

— Une seule.

— De quoi s’agit-il ?

— Un bracelet de petite taille. Sans doute celui d’un bébé. Peut-être celui de Lorelai. Rayers fronce les sourcils.

— Elle n’a pas d’enfant, non ?

— Non. D’après ce qu’on a demandé à son locataire, elle vit seule. Elle n’a pas de famille, ni même un animal de compagnie.

— Alors, pourquoi dites-vous que c’est à elle ?

— C’est peut-être un objet personnel… peut-être d’une amie ou d’une famille. Il soupire.

— Peut-être. on en saura plus demain de toute façon.

— Lorelai a dit quelque chose ?

— Non… juste que personne n’aurait dû être là. Elle semblait paniquée, perdue dans ses pensées.

— Ton instinct te dit quoi ?

— Pas encore sûr. Je voulais pas l’embêter juste après son malaise. Elle avait l’air épuisée.

— Donc sincère ?

— Oui…

— Oui… ? Mais quoi ?

— Quelque chose cloche. Pourquoi chez elle ?

— Plusieurs options : quelqu’un essaie de lui faire porter le chapeau, ou alors c’est elle… On verra demain.

— Pas d’effraction ?

— Aucune.

— Bizarre…

— Soit très bien réfléchi… soit…

— Soit quoi ?

— Ça peut être elle. Mais on n’en sait rien. On verra demain, quand elle sera interrogée.

— D’accord.

— Bien. Rentre chez toi maintenant.

Le colonel lui fit un signe de tête avant de quitter le bureau. Rayers sentit dans ce geste toute la familiarité d’un vieux père le rappelant à l’ordre.

Il soupira, s’assit une seconde, puis se leva, attrapa sa veste et l’enfila. Rayers sortit du bureau, la tête baissée, incapable de chasser l’image du bracelet et les questions qu’il soulevait.

———

Le bip régulier du moniteur résonnait dans ma tête. Chaque son semblait amplifier ma fatigue, mes muscles engourdis, mes jambes refusant encore de supporter mon poids.

L’odeur du désinfectant piquait mon nez, mêlée à celle du linge propre et du café froid laissé sur la table de chevet. Je respirai lentement, fermant les yeux pour chasser les souvenirs de la veille.

Les infirmières me posaient des questions simples : mon nom, mon âge, si j’avais mal, si je me souvenais de la chute. Chaque réponse me demandait un effort que je ne savais pas contenir.

Mes mains tremblaient lorsque je les posai sur le drap. Chaque geste me rappelait la fragilité de mon corps et de mon esprit.

— Vous pouvez vous lever, marcher un peu, mais doucement.

dit la médecin, un sourire rassurant sur le visage. Je hochai la tête, inspirant profondément, sentant mes jambes protester à chaque pas que je faisais jusqu’au lavabo.

L’eau froide sur mes mains me réveilla presque complètement.Dans le miroir, je vis mes cheveux noirs emmêlés, mes yeux encore lourds de fatigue.

Je pris le peigne posé sur la table de chevet et commençai lentement à démêler mes mèches. Chaque passage de la brosse me ramenait un peu de contrôle, un peu de calme.

Le silence de la chambre contrastait avec le tumulte de mon esprit.Je savais qu’il viendrait bientôt. L’agent Rayers. Mon cœur battait un peu plus vite à cette idée,

mélange de soulagement et d’inquiétude. Chaque son dans le couloir, chaque grincement de porte me faisait sursauter. Pourtant, je me concentrai sur ma respiration, sur le brossage de mes cheveux, sur chaque sensation, essayant de me préparer mentalement pour ce qui allait suivre.

Un toc discret, presque hésitant. Juste assez fort pour être entendu, mais sans insistance.

Je posai ma brosse sur le lavabo et passai une dernière mèche rebelle derrière mon oreille, me fixant un instant dans le miroir. Je soupirai, serrai doucement les poings, puis les relâchai, essayant de calmer mon cœur qui battait trop vite.Je poussai doucement la porte de la chambre et tombai sur l’agent Rayers. Je reculai légèrement pour le laisser passer, sentant à la fois un soulagement et une tension nouvelle.

Il entra, droit, calme, un léger sourire fatigué sur les lèvres. Je refermai la porte derrière lui et me tournai vers lui, prête à affronter la suite.

— Vous allez bien ?

— Oui… oui, ça va, merci. Et vous ?

Rayers hésita un peu. Il passa sa langue sur ses dents puis inclina légèrement la tête sur le côté.

— Oui, ça va. J’ai appris que les médecins avaient dit que vous étiez apte à sortir ?

— Oui, c’est ça. Je souris timidement, un peu mal à l’aise.

— Vous vous sentez bien ? Vous pensez pouvoir marcher sans difficulté jusqu’au parking ?

— Oui, bien sûr.

— Bien. Ce qui veut dire que vous êtes aussi prête à venir au commissariat pour être interrogée ?

— Oui… aussi. Je sentis ma nervosité revenir et remarquai qu’il l’avait devinée. Il croisa les bras.

— Bien… alors on va pouvoir y aller.

— D’accord…. Un soupir tremblant s’échappa de mes lèvres, pour m’encourager moi-même.

— Bien. Vous avez toutes vos affaires ?

— Oui.

— Parfait, alors on y va. Il ouvrit la porte de la chambre et me fit signe de le suivre. Je le suivis dans les couloirs de l’hôpital, croisant les bras pour éviter les regards des patients.Rayers me regarda et leva un sourcil.

— Ça va ?

— Oui… oui…. Il hocha la tête et nous nous dirigeâmes vers l’ascenseur. Il appuya sur le bouton, puis nous entrâmes à l’intérieur. Les portes se refermèrent et il sélectionna le parking.

L’ascenseur démarra dans une légère secousse. Je perdis l’équilibre et manquai de tomber, mais Rayers me rattrapa aussitôt et m’aida à me stabiliser.

— Doucement… je croyais que vous pouviez marcher ?

— Si… je le peux…. Je croisai les bras.

— Vous avez mangé ce matin ? Je grimaçai légèrement.

— Non… pas vraiment.

— Pas vraiment ? C’est-à-dire ? Ils ne vous ont pas nourrie ? Il fronça les sourcils d’un air sévère.

— Non, non… c’est moi qui n’ai pas voulu manger… j’ai… jeté mon assiette dans les toilettes. Je soupirai et relevai la tête. Il semblait mécontent.

— Vous avez jeté votre assiette ? Vous trouvez ça intelligent ? Vous êtes à l’hôpital, vous êtes censée vous reposer et reprendre des forces.

Je fronçai les sourcils, et tourne la tête.

— Je n’aimais pas ce qu’ils avaient préparé… et quand je suis stressée, je vomis. Alors ça ne servait à rien de me forcer à manger.

— D’accord…. Un silence gênant s’installa. Seul le bruit de l’ascenseur qui descendait se faisait entendre. Il soupira puis se tourna vers moi.

— Et maintenant ? Vous êtes toujours stressée ? Je secouai la tête.

— Non…

— Alors vous voulez manger ? J’hésitai avant de hocher la tête.

— Oui.

— Bien. On va s’arrêter à la cafétéria. Je vous poserai les questions là-bas, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

— D’accord.

———

Le signal sonore retentit dans l’ascenseur alors qu’il s’arrête brutalement. Les portes s’ouvrent sur le parking souterrain, baigné d’une lumière blanche et froide.

L’agent Rayers me regarde pour s’assurer que je le suis. L’air frais me frappe immédiatement le visage tandis que nous nous dirigeons vers sa voiture.

Une fois arrivés, il m’ouvre la portière et me fait signe d’entrer. Je lui fais un signe de tête pour le remercier et m’assois sur le siège passager, attachant ma ceinture avec des gestes encore un peu hésitants.

Il ferme la porte, fait le tour du véhicule, puis s’installe côté conducteur. Il met sa ceinture et me regarde.

— Prête à partir ?

— Prête.

— Bien.

Rayers démarre le véhicule en insérant la clé dans le contact. Le moteur ronronne, puis il passe la première vitesse et sort du parking. La voiture rejoint la route et roule en direction de la ville.

Le trajet se déroule dans un calme plutôt agréable. Lorelai semblait perdue dans ses pensées, le regard tourné vers la vitre. Rayers lui lançait parfois des regards furtifs pour s’assurer qu’elle allait bien.

Puis il se racla la gorge.

Je me redressai sur mon siège et me tournai vers lui.

— À quoi pensez-vous ?

— Rien de bien intéressant…

— Ah oui ? À quoi alors ?

Il lui lança un regard rapide avant de se reconcentrer sur la route.

— Eh bien… pourquoi… pourquoi cet homme ? Et pourquoi… chez moi ?

Mes yeux étaient remplis de confusion et de peur.

— Eh bien, on travaille justement dessus pour comprendre pourquoi.

— Oui… mais pourquoi chez moi ?

Ma voix se brisa légèrement. Rayers soupira. Son emprise se resserra sur le volant. Il me regarda du coin de l’œil, puis reporta son attention sur la route en se mordant la langue.

— Y a-t-il des personnes à qui vous devez des comptes ou avec qui vous avez des désaccords ?

Je fronçai les sourcils.

— Quoi ?… Non.

— Vous êtes sûre ? Réfléchissez, Lorelai.

Je serrai les poings et soupirai, puis secouai doucement la tête.

— Non… personne…

Je regardai l’agent Rayers, qui semblait déçu par ma réponse. Il hocha doucement la tête.

— Bien… gardez votre énergie pour tout à l’heure. Nous sommes bientôt arrivés. Reposez-vous pour le moment.

— D’accord…

Je le regardai une dernière fois, puis tournai la tête vers la vitre. Je m’installai plus confortablement sur le siège et fermai doucement les yeux.

Rayers me lança un regard furtif pour s’assurer que j’allais bien, puis se reconcentra sur la route. Il soupira et passa une main dans ses cheveux blancs. L’inquiétude se lisait dans les traits de sa mâchoire serrée. Il réfléchissait tellement que cela lui provoqua une douleur à force de contracter les dents. Il passa une main sur son menton avant de se garer sur le parking de la cafétéria.

Il tourna la tête vers moi.

— Nous sommes arrivés…

Je me redressai sur le siège et soupirai doucement en étirant mes mains. Je détachai ma ceinture et ouvris la portière. Il fit de même, puis quelques minutes plus tard, nous étions assis à l’écart, à une table du fond.

L’agent Rayers soutenait sa tête d’une main tandis que, de l’autre, il lisait un document. Devant lui, un café noir fumant. De mon côté, je mangeais doucement un éclair au café, accompagné d’un café au lait posé devant moi.

Finalement, il posa le document sur la table et me regarda.

— Alors, Lorelai. Vous vivez seule, c’est ça ?

— Oui. Je vis seule.

— Ça a toujours été comme ça ?

— Oui…

J’hésite doucement, pas sûre d’avoir compris la question.

— Pourquoi semblez-vous hésiter ?

— Parce que… je vis seule depuis que j’ai déménagé du Texas…

Rayers écarquille les yeux.

— Le Texas ? Pourquoi avoir déménagé si loin ?

Je baisse la tête et prends une grande inspiration avant de soupirer.

— Parce que je voulais couper les ponts avec ma famille.

Rayers hoche la tête, plus attentif maintenant.

— Pourquoi cela ? Vous aviez des conflits familiaux ?

— Non… c’est personnel…

— Personnel ? Qu’entendez-vous par personnel ?

— Nous n’avons pas le même mode de vie… c’est tout…

Rayers soupire. Il se frotte la mâchoire puis me regarde droit dans les yeux. Son regard devient presque personnel.

— Écoutez, Lorelai. Je cherche à vous aider. Vous êtes la première personne sur la liste des suspects. Alors, si vous voulez que je vous aide, il va falloir coopérer et être franche avec moi. Pouvez-vous faire ça ?

Je sens une boule dans ma gorge descendre difficilement. Je finis par hocher la tête, le visage stoïque, prête à répondre plus sérieusement aux questions.

— Bien… Alors, vous avez déménagé depuis combien de temps ?

— Il y a six ans. J’ai déménagé ici à l’âge de dix-neuf ans.

— Seule ? Sans votre famille ?

— Oui. J’ai décidé de quitter ma famille adoptive car, peu importe les choix que je faisais, ils n’étaient jamais satisfaits… Ils m’avaient choisie comme leur enfant, alors pourquoi me mépriser ? J’ai voulu partir. Loin d’eux.

— Votre famille adoptive ? À quel âge avez-vous été adoptée ?

— Très jeune. J’étais encore un bébé… J’avais… deux mois… non… quatre, je dirais…

— Un bébé, vous dites ?

Je hoche la tête. Rayers soupire doucement.

— En parlant de bébé, il y a quelque chose dont je voulais vous parler.

Je fronce les sourcils.

— Heu… oui ?

— Sur la scène de crime… plus précisément dans votre cuisine, nous avons retrouvé quelque chose. Pensez-vous savoir ce que c’est ? Quelque chose que vous auriez perdu ou laissé traîner ?

— Non… mais de quoi s’agit-il ?

Il sort un dossier, puis une photo du bracelet. Il la pose sur la table et la fait glisser vers moi. Je semble surprise.

— Quoi… ? Non… c’est impossible.

L’agent Rayers me lance un regard entendu.

— Qu’est-ce qui est impossible, Lorelai ?

— Ce bracelet… je ne le porte plus depuis longtemps… depuis au moins mes neuf ans… normalement, il est rangé dans mes affaires personnelles, dans l’une de mes boîtes…

— Vous êtes sûre ? Alors pourquoi était-il juste à côté du cadavre ?

— Peut-être que quelqu’un l’a mis ici pour me faire accuser…

Je panique un peu.

— Impossible. Aucune effraction n’a été commise.

— Mais je le jure ! Je ne l’ai pas porté depuis mes neuf ans !

Les gens nous lancent des regards curieux et désagréables. Rayers baisse la voix et se rapproche doucement.

— Lorelai… gardez votre calme… cela ne fait qu’empirer la situation, d’accord ? Continuez plutôt comme vous faisiez…

J’hoch e doucement la tête et reprends mon calme.

— D’accord… pardon.

— Pas de problème… Bon. Vous dites que la dernière fois que vous avez porté ce bracelet, vous aviez neuf ans, et qu’il est rangé dans l’une de vos boîtes, c’est bien ça ?

— Oui… violette, même.

— Violette ? D’accord. Vous avez cette boîte depuis longtemps ?

— Oui. Elle appartenait à mes parents biologiques. Mes parents adoptifs me l’ont offerte à mes neuf ans.

— Et que représente ce bracelet pour vous ?

— Je ne sais pas… je l’ai toujours interprété comme un cadeau venant de mes parents biologiques et adoptifs.

— Bien. Qui pourrait être au courant de cette boîte violette ?

— Ma mère adoptive.

— Vous avez des frères et sœurs ?

— Non.

— Donc seule votre mère connaît le contenu de cette boîte ?

— Oui. C’est même elle qui m’a rappelé de ne pas l’oublier avant mon départ…

— Quand avez-vous contacté votre mère pour la dernière fois ?

La gêne me monte aux joues.

— Il y a six mois…

Rayers réfléchit puis incline la tête.

— Avez-vous un double des clés de votre appartement ?

— Oui… mais pas sur moi. Je dois les redemander à la propriétaire si je les ai perdues ou cassées. Il faut une signature à mon nom.

— Pensez-vous que quelqu’un ait pu s’en emparer pour entrer chez vous et prendre votre bracelet ?

— Quoi ? Non… personne… pourquoi ?

— Pour tuer quelqu’un et vouloir vous voir derrière les barreaux.

Mon sang se glace.

— Mais… qui ?

— Je vous pose la question. Avez-vous des amis ? Un petit ami ? Une ex ?

— Non…

— Donc votre mère adoptive est la seule à connaître ce bracelet ?

— Oui… pourquoi ?

— Quelle était votre relation avec elle ?

Mon cœur se serre.

— Assez ambiguë… on se disputait souvent…

— Bien. Finissez de manger et rejoignez-moi dans la voiture. Nous irons chez vous vérifier quelques éléments. Vous avez fait un excellent travail.

— D’accord…

L’agent Rayers se lève, me fait un signe de tête puis quitte la cafétéria, me laissant seule avec cet éclair à moitié mangé et mes pensées remplies de questions sur ma mère…