le fils de la mer

Tous droits réservés ©

Résumé

À Dangou, une ville où la mer ne dort jamais, Dekkilé Ndoye croit connaître sa vie... jusqu'au jour où il croise une femme dont le corps semble flotter comme l'océan et dont le chant fait battre son cœur à contretemps. Qui est-elle ? Une illusion ? Un esprit ? Ou un secret que la mer lui réclame ? Entre mystères ancestraux, légendes lébou et tensions familiales, Dekkilé va découvrir que certains secrets ne s'avouent pas, ils se vivent. Et que le vrai courage ne se mesure pas en force, mais en fidélité à ce que l'on est... et à ce que l'on choisit de devenir. Plonge dans un monde où la mer murmure, les esprits guettent, et chaque choix peut changer le destin.

Genre :
Fantasy
Auteur :
Uncrownedfool
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Illusion


Je n’entendais plus rien, ni le fracas des vagues, ni la brise, ni le bruit des voitures qui passaient. Plus aucune pensée n’encombrait mon esprit : elle s’est vidée dès que j’ai posé les yeux sur “elle”, si je peux l’appeler “elle”. Certes, cette créature avait la forme d’une femme, mais son corps entier était illusoire, ressemblant à la surface d’une mer. “Elle” était triste. Comment le sais-je ? Je l’ignore, mais je pouvais sentir sa tristesse à travers la douce mélodie qu’“elle” chantonnait. Cet air que je n’ai jamais entendu et qui pourtant réveille en moi tant d’émotion.

— Dekkilé, Dekkilé, qu’est-ce qu’il y a ?

– Quoi… rien, je…

– Tu es resté une bonne minute à regarder le vide, complètement perdu.

— Kiné, tu parles comme si c’était son premier coup d’essai, ce rêveur fait ça tout le temps, ricana Wade.

— Donc vous n’avez rien vu ?

— Vu quoi ? Nous étions sur le point de partir, notre pause va bientôt finir, je suis déjà déprimé en pensant à notre cours de SVT, n’en rajoute pas. dit-il en jetant un regard plein de perplexité à Dekkilé

– Nous n’avons rien vu, ajouta Kiné. Je me suis retourné pour te dire de te dépêcher puis je t’ai vu en train de fixer le rivage. C’était quoi ?

– Rien, j’étais juste perdu dans mes pensées.

C’est vrai, moi, Fatou, Kiné et Wade étions venus voir la manifestation qui devait se dérouler près de la plage aujourd’hui et tout à coup j’ai vu cette dame.

— Dépêchons-nous, gloussa Wade, je n’ai pas envie de me faire renvoyer.

– Il a raison. En plus je me demande ce que le prof va dire sur les événements récents.

– Il est vrai que M. Gassama est très engagé pour la cause de notre communauté, Kiné, mais connaissant son professionnalisme, il ne dira rien en classe.

– C’est vrai et c’est pourquoi si nous ne nous dépêchons pas, on risque de ne pas faire son cours, dit Wade en regardant Dekkilé.

– T’inquiète, il n’est que 14 h 42, il nous reste du temps.

Je me nomme Dekkilé Ndoye, vous vous demandez sûrement d’où me vient ce prénom et je ne peux vous répondre puisque je l’ignore. Je fréquente le lycée de Dangou qui se trouve dans la ville du même nom. Une ville côtière avec une forte présence lebboue. Vous me diriez que c’est comme beaucoup de villes dakaroises, cependant Dangou a une particularité. C’est que la communauté lebbou qui s’y trouve est très attachée à la mer : elle lui voue presque un culte.

Il était quinze heures, le soleil brûlait toujours les blocs de béton blanc-beige des bâtiments de trois étages du lycée Dangou, qui avait l’architecture typique des écoles publiques sénégalaises. Dans le bâtiment D, les premières G faisaient leurs cours de SVT avec M. Gassama. Cet homme crâne rasé, qui avait pour seule pilosité faciale son petit bouc, avec son air érudit, n’était pas originaire de la communauté. Cependant, il s’est vite intégré, il a en quelque sorte été adopté par la mer. Comme à son habitude, il faisait son cours du mardi avec la classe de Dekkilé et ses amis. Sur un ton plus sérieux que d’habitude :

– Comme vous le savez, une manifestation a eu lieu sur la plage pour protester contre le projet de complexe hôtelier. environnementaux.

L’attention des élèves fut vite saisie.

— Ce n’est pas de mon habitude de parler de mes activités extrapédagogiques et cela ne changera pas. Ce qu’on va faire, c’est plutôt un cours sur les dangers environnementaux.

que cela implique.

Wade avait un air amusé et fier à ces mots ; il se tourna vers son ami assis juste derrière lui.

– C’est juste une excuse comme une autre. Je t’avais dit qu’il ne manquerait pas l’occasion de nous enrôler dans cette lutte.

— On ne l’est pas déjà ? répondit Dekkilé, d’un air indifférent, visiblement habitué à son attitude.

— Ce n’est pas si évident, il y a des habitants de Dangou qui voient cet hôtel comme une opportunité pour notre petite ville.

— C’est vrai, j’ai un oncle qui me disait qu’il pourrait me trouver un poste après la construction. Annonça Dekkilé, conservant son ton imperturbable.

Wade était interloqué.

— Tu pourrais me recommander auprès de ton oncle ? demanda-t-il à moitié sérieux.

Je pensais que tes ambitions surpassaient un poste de réceptionniste ou de préposé, railla silencieusement Dekkilé.

— Non et je n’accepterai pas ce travail non plus.

— Tu es toujours aussi peu fan du népotisme, répondit Wade qui s’y attendait. Si j’étais toi, je n’aurais eu aucun scrupule à profiter de ses avantages.

Les deux tombèrent dans le silence, craignant que le prof les surprenne dans leurs petites discussions.

Fatou Kiné n’était pas dans la même classe que ses deux amis mais elle prenait toujours le soin d’attendre Dekkilé pour rentrer avec lui, puisque les deux habitaient la même rue. Elle était comme une sœur pour lui.

— Que t’est-il arrivé à la plage ? s’enquit-elle avec une voix douce mais ferme, comme si elle lui en voulait.

— Tu parles comme s’il y avait eu mort d’homme, lança Dekkilé en essayant d’étouffer ces flammes naissantes.

Elle se calma et poursuivit aussi fermement

— C’est juste que ton regard avait l’air si peiné.

Elle est visiblement chamboulée, c’était si grave ? Je lui dois des explications, mais comment expliquer ce que j’ai vu, senti, cette “femme” ? Je me sens mal pour elle mais c’est mieux de ne pas en parler.

— Tu t’es fait des idées. J’étais juste un peu à l’ouest. répondit Dekkilé avec un sourire.

Kiné voulut insister mais elle s’est tue.

— Tu te souviens que demain, notre classe organise un pique-nique à la plage ? Ne l’oublie pas.

Dekkilé acquiesça.

Les deux ont continué leur chemin, soulevant de temps en temps quelques discussions ordinaires.

Le soir, Dekkilé est resté seul dans sa chambre, repensant à ce qui est arrivé plus tôt. Il vivait avec ses deux parents, son grand-père et un cousin. Ses parents n’avaient malheureusement eu qu’un seul enfant. Il n’avait pas dîné et comptait profiter de la nuit pour parler avec son grand-père maternel, le vieux Massamba. C’était un homme septuagénaire qui, malgré tout, conservait une grande vitalité. Il était connu dans tout Dangou comme un grand expert en mysticisme. D’ailleurs le père de Dekkilé, qui est un homme de science, a peu de sympathie à son égard mais, chose curieuse, il n’a jamais remis en question sa place dans la maison. Profitant de la nuit, Dekkilé a traversé le couloir du premier étage jusqu’à l’escalier, puis est monté sur la terrasse où se trouvait la chambre de son grand-père.

Il toqua.

– Entre Dekkilé, dit une voix rauque.