L'ouragan des sentiments

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Résumé

Anthony et Emilie sont mariés depuis dix ans, mais ce n'est pas un mariage d'amour, c'est un mariage blanc. Lui préfère les hommes, elle préfère les femmes. Pour échapper à la pression de leurs familles, et étant de très bons amis, ils ont décidé de mettre en place ce faux mariage. La duperie se déroule pour le mieux depuis dix ans, cependant, un nouvel obstacle s'offre à eux : les parents de chacun réclament des petits enfants...

Genre :
Lgbtq/Drama
Auteur :
Joanna Blond
Statut :
En cours
Chapitres :
18
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1


1986


L’aube de l’été. Les cigales qui chantent et le soleil qui brûle le monde. Cela a toujours été la saison préférée d’Emilie, à l’inverse d’Anthony qui préfère l’hiver. L’hiver, c’est plus calme, c’est plus doux, et on peut se cacher des autres en restant à la maison. L’été, c’est plus fort, c’est plus intense, le ciel est d’un bleu profond et le soleil se reflète sur la mer.

Emilie, plantée devant la cuisinière depuis dix bonnes minutes, poussa un soupir long et bruyant. Cet été-là, ne l’enchantait pas comme tous les autres. La fenêtre ouverte, laissait pourtant entrer le chant des cigales mêlé à celui des oiseaux. Mais quelque chose clochait. Un pré-sentiment des plus atroces lui ravageait l’estomac.

— Tony ! Cria-t-elle. J’arrive pas à faire marcher la cuisinière. Elle fait que fumer !

Anthony surgit dans la cuisine tout en laissant la baie-vitrée ouverte. À ses côtés, leur chienne Sunny, un sublime labrador beige, trottait joyeusement, la queue en folie.

— Le four est sûrement mort.

— Mort ? C’est le seul four qu’on a et nos parents vont arriver dans une heure !

Anthony resta silencieux un court instant avant de hausser les épaules.

— Changement de programme ? C’est l’été, on a qu’à leur faire une salade.

— Une salade ? Tu sais à quel point mes parents sont chiants. S’ils n’ont que de la salade à manger, ils vont râler.

— Tu veux que j’aille acheter des apéritifs ?

— Ils râleront même avec des apéritifs, soupira Emilie.

Anthony souffla à son tour et gratta la tête de Sunny. Il fixa sa femme, puis sa chienne, puis le four, et reproduit le circuit trois fois avant d’avoir une idée.

— OK, abandonne ton gratin, je vais sortir le barbecue.

Emilie joignit ses deux mains dans un sourire.

— Excellente idée. Nous sommes sauvés !

Elle sortit le gratin du four et plissa les yeux, contrarié. Ne pouvait-elle rien rattraper ? Allait-elle tout devoir jeter ? Elle se tourna vers son mari qui, à présent près d’elle, ouvrait la fenêtre en grand pour laisser sortir la fumée émanant du four.

— Tony... Y’a rien que je puisse rattraper dans mon gratin ? Ça me fait mal au ventre de tout jeter.

Le jeune homme posa les yeux sur le plat.

— Essaie de sortir les courgettes du plat, on va les faire griller avec la viande.

— Mon génie, sourit-elle en s’exécutant.

Anthony s’esclaffan joyeusement tout en sortant plusieurs morceaux de viande du frigo. Il en donna quelques petits bouts à Sunny qui sautilla avant de les dévorer. Emilie se rapprocha de lui et posa son plat sur la table. Elle commença à sortir de celui-ci les courgettes pouvant encore être sauvées.

— Tu crois qu’ils vont encore nous poser des questions gênantes ? Demanda Anthony après un long silence.

Emilie releva les yeux vers lui tout en léchant la crème présente sur ses doigts.

— Comme quoi ?

— Comme par exemple... Tu sais bien.

— Tony, sérieux, du temps qu’ils nous demandent pas de faire des enfants, tout va bien pour moi.

Le jeune homme s’étrangla dans une toux soudaine.

— Ouais ! Ouais, parce que t’embrasser sur les lèvres quand il le faut, je peux, mais te fair un enfant, je suis pas sûr.

— Si ça peut te rassurer, c’est totalement réciproque, mon chéri.

Anthony sourit à ce surnom. L’amour entre lui et Emilie était profond, d’une sincérité rare, seulement, ce n’était pas l’amour dont rêvaient leurs parents. Emilie avait un faible pour les femmes et Anthony une préférence pour les hommes. Sous la pression écrasante de leurs familles, ils avaient tous deux décidé de se marier dix ans plus tôt, pour apaiser les inquiétudes de leurs proches. À leurs yeux, ils étaient un couple tout à fait « normal » et charmant.

— L’ambiance sera comme d’habitude, le rassura Emilie. Il n’y a pas de raisons pour que ça devienne gênant. Ça fait dix ans qu’on apaise leurs craintes, alors tout ira bien !

— J’espère que tu as raison...

Anthony s’accroupit soudainement pour caresser Sunny sous la gorge et la chienne ferma les yeux pour profiter de ses caresses. Emilie sourit tout en continuant de récupérer les courgettes dans son plat à gratin, mais dans son estomac, l’angoisse continua de gronder avec intensité, jusqu’au soir.




— Et donc, quand allez-vous nous faire des petits enfants ?

Anthony et Emilie avalèrent leur boisson de travers. La jeune femme s’étouffa dans une toux monstrueuse tandis que son mari lui caressait le dos pour l’aider à se remettre du choc. Solange, la mère d’Emilie, aussi blonde que celle-ci, souriait de toutes ses dents et laissait voire qu’elle avait attendu des années avant de poser cette question. Jeanne, la mère d’Anthony, renchérit :

— Oh, oui ! Vous avez déjà passé la trentaine ! Il serait temps de faire des enfants et de fonder une famille, non ?

— Mais... On forme déjà une famille tous les deux avec Sunny, répliqua Anthony.

— Tony chéri, ce n’est pas cette chienne qui sera présente lorsque vous serez vieux. Il vous faut des enfants.

— Aaah, parce qu’on fait des enfants pour avoir quelqu’un pour s’occuper de nous quand on sera vieux et séniles, ironisa Emilie, une fois remise de sa toux.

— C’est comme ça qu’est faite la vie, ma puce, intervint Louis, le père de celle-ci.

— Je trouve ça nul, papa.

— Ma puce, il faut bien que vous ayez des enfants, non ? Vous n’en voulez pas ?

Anthony et Emilie échangèrent un regard. Que devaient-ils répondre ? Fallait-il vraiment briser le cœur de leurs parents à cet instant précis ? Anthony n’en trouva pas le courage. Il devança Emilie en répondant doucement :

— Si... Mais... enfin, ce n’est pas un peu trop tôt ?

— Vous avez trente-trois et trente-deux ans. C’est même tard, si tu veux mon avis, fiston, répliqua André, le père du jeune homme.

— Ma chérie, reprit Solange, j’ai toujours voulu être grand-mère...

— Je sais maman, mais...

— Nous allons en discuter avant tout, reprit Anthony.

— N’attendez pas trop longtemps. Ça devient plus dur quand on passe la quarantaine ! S’exclama Louis.

Anthony et Emilie échangèrent un regard gêné. Que pouvaient-ils répondre à ça ? Face à l’impasse, la jeune femme se leva soudainement de sa chaise en souriant.

— Bref ! J’ai fait une superbe salade de tomates pour accompagner la viande et les courgettes, vous allez adorer !

Les parents rirent, impatients de goûter, mais insistèrent à nouveau sur le sujet des enfants durant tout le repas. Les deux mariés échangèrent plusieurs regards de désespoir et prièrent de tout leur cœur pour que la soirée se termine vite.