Zone de silence
Sasha franchit le seuil de ce lieu et un frisson lui parcourut l'échine.
Derrière les grilles, des murmures fusaient, des regards insistants s'attardaient, tranchants comme des lames invisibles.
Une fille ricana derrière elle, un sourire cruel qui n'en était pas un. Sasha sentit ses épaules se raidir, ses mains se serraient sur son sac.
Les murs, gris et fissurés semblaient absorber chaque murmure.
Ici, l'air lui-même pesait lourdement, tout semblait oppressant et oppressif.
Ici, chaque silence pouvait cacher une attaque, chaque sourire un piège effrayant. Elle comprit, sans qu'on ait besoin de le lui dire : ce lieu n'avait pas d'amis, seulement des ennemies à mesurer, jour après jour.
Elle sentit immédiatement que cet endroit n'était pas seulement une prison : c'était un monde où le temps et la solitude se confondaient, elle venait de franchir une "zone de silence.
Sasha Van heerden éteignit son mégot en toute discrétion et balaya de sa main l'odeur prononcée du tabac froid afin d'éviter une énième punition de la part des surveillantes du centre pénitentiaire de Ashgate.
Elle avait prétexté un mal de ventre comme à chaque fois qu'elle voulait fumer tranquillement. Une des filles d'Ashgate la fournissait en clopes, alors en échange, Sasha lui apprenait à lire.
La jeune fille avait adopté cette mauvaise habitude derrière les murs de cette prison, où, elle allait devoir passer une année pour violence et voie de faits aggravée.
Et brutalement, tout lui revint à l'esprit, le silence de la salle d'audience pesait plus lourd que n'importe quelle porte de cellule. Elle avait serré les poings en entendant le verdict, sentant son coeur battre à tout rompre.
Devant elle, le juge lisait les faits, et chacun de ses mots sonnaient comme un coup de marteau.
Un murmure parcourut la salle, la peine était tombée froide et immuable.
Un an
Sasha inspira profondément, essayant de retenir ses larmes devant ce juge pour mineurs qui se montra implacable et insensible face à l'orpheline qu'elle était.
Prison ferme pour elle alors que Tom échappa à l'incarcération, en écopant de 200 heures de travaux d'intérêt général. Lors de sa comparution, il n'eut pas le même juge que Sasha.
Tom avait eu un juge compréhensif, patient, indulgent. Elle avait eu un juge sans pitié, sec, qui semblait décidé à faire d'elle, un exemple.