Soumise au Passager du Bac - Kenai Wolfe
Chapitre 1 (de 2) - Le bac sous la pluie
Le bac glisse doucement sur l’eau sombre. Les gouttes de pluie crépitent sur le toit de la petite cabine. Le froid de février transperce mon manteau malgré la laine épaisse. Mes doigts sont glacés sur la lanière de mon sac. Pour la troisième fois, je fouille mon porte-monnaie : rien. Pas la moindre pièce d’un euro. Mon estomac se noue.
L’autre passager s’approche. Un homme grand et très mince, enveloppé dans un long manteau sombre. Nous sommes les derniers sur le bac. Je lui jette un regard en biais et sens mes joues s’empourprer.
— Euh… je n’ai pas de monnaie pour le passage, un petit rire gêné, presque un souffle. J’étais pourtant sûre d’avoir gardé une pièce…
Je baisse les yeux vers mes chaussures mouillées et croise les bras sous ma poitrine – je fais toujours ça quand je me sens exposée. Le pull en cachemire gris comprime le tissu de mon soutien-gorge. Le bac tangue légèrement. Le batelier reste silencieux à l’arrière, les mains dans les poches de son ciré ; son impatience se lit dans sa posture.
Je lève les yeux, puis les baisse à nouveau sur mes mains.
— Je suis vraiment navrée… Vous pourriez payer pour moi ? Je peux vous faire un virement tout de suite si vous préférez. C’est idiot, je sais…
Mon cœur bat un peu plus vite, pas seulement à cause de l’embarras. Il y a quelque chose dans l’air – l’odeur de la pluie, du bois humide, et celle, discrète, de mon parfum vanille et musc. Je sens mes épaules se voûter. J’ai envie de disparaître.
Je le regarde à nouveau, hésitante.
— Vraiment… ça me gêne.
— Eh bien, vous avez de la chance, j’ai de la monnaie et j’aime jouer au sauveteur.
Le bac continue sa lente traversée. Le clapotis de l’eau contre la coque se mêle au crépitement de la pluie sur le toit. Je sens mes joues chauffer un peu plus sous la lumière blafarde de la cabine – un mélange de soulagement et de gêne tenace.
Il a dit ça avec une légèreté qui me désarçonne. « J’aime jouer au sauveteur. » Mon cœur fait un petit bond. Je lève les yeux et un sourire timide étire à peine mes lèvres.
— Oh… merci, vraiment, dans un souffle, avec un petit rire hésitant. C’est gentil de votre part. Je… je ne sais pas comment vous remercier.
Je décroise les bras un instant, puis les recroise aussitôt. Mes doigts triturent nerveusement la laine de ma manche. Le pull tire sur ma poitrine. Je baisse les yeux, fixant le plancher mouillé du bac.
— Combien je vous dois, exactement ? Un euro, c’est ça ? d’une voix plus basse et hésitante. Je sors mon portable. Je vous rembourse tout de suite… ou dès qu’on descend, comme vous préférez.
Une rafale fait tanguer l’embarcation ; je vacille et mon épaule frôle presque la sienne dans l’espace étroit. Je me redresse vite, le souffle un peu plus court. L’odeur de la pluie se mêle à la chaleur de ma peau et à mon parfum.
Je le regarde à nouveau. Je sais que mes yeux brillent.
— Vous… vous êtes souvent ici, au Chalet Robinson ? Ou c’était juste ce soir ? après une petite pause, puis très vite : Pardon, je… je pose trop de questions, c’est nerveux… je parle trop quand je suis embarrassée.
Mes doigts se crispent sur la lanière de mon sac. Mon pouls s’emballe dans ma gorge, et cette chaleur qui monte doucement dans ma poitrine n’est plus seulement due au froid.
— Allons, vous ne me devez rien, c’est moi qui suis un peu gêné de vous faire un si petit cadeau…
Le bac vient d’accoster avec un petit choc sourd contre le ponton. La pluie a ralenti en une bruine fine qui perle sur mon manteau. Je reste immobile un instant, les doigts serrés sur la lanière de mon sac, le cœur qui bat encore un peu trop vite après ses mots.
« Un si petit cadeau… » Cette phrase tourne doucement dans ma tête, comme une caresse inattendue. Personne ne m’avait dit quelque chose d’aussi simple et gentil depuis si longtemps. Ça me fait chaud dans la poitrine, un peu trop chaud. Je sens mes joues brûler, mes épaules se voûter un peu plus sous le poids de cette attention que je ne sais pas comment accueillir. J’ai envie de disparaître dans mon pull trop grand… et en même temps, pour la première fois depuis des années, j’ai envie qu’on me voie vraiment.
Je baisse les yeux, un sourire timide et tremblant aux lèvres, sans oser le regarder trop longtemps. Ma voix sort, hésitante, presque murmurée dans l’air froid.
— Merci… vraiment, avec un petit rire bref et fragile. Ça me touche plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Je reste là, sans bouger, attendant, les joues encore roses, le souffle un peu plus court sous mes couches de laine. Je ne propose rien, je n’attends rien. Juste cette chaleur diffuse qui monte doucement dans ma gorge, et mon regard qui glisse vers toi, furtif, plein d’une gratitude muette et d’une timidité immense.
— Voulez-vous, vous aussi, me donner quelque chose ?
Le bac est maintenant immobile contre le ponton, la petite barrière ouverte, mais je n’ai pas bougé d’un centimètre. Tes mots flottent dans l’air froid et humide entre nous. Mon cœur rate un battement, puis s’emballe doucement.
Je sens la chaleur dans ma gorge, dans ma poitrine – pas seulement de la gêne, mais quelque chose de plus vif, de plus vivant, que je n’ai pas ressenti depuis… des années peut-être. Mes joues brûlent, je le sais, et mes doigts se crispent un peu plus fort sur la lanière de mon sac. J’ai envie de baisser les yeux, de disparaître… et en même temps, j’ai envie de rester exactement là, face à un homme.
Je relève lentement la tête, mes yeux cherchent les tiens une seconde, puis glissent timidement sur le côté avant de revenir. Un petit sourire très fragile tremble sur mes lèvres.
— Vous donner quelque chose ? Ma voix est basse, hésitante, presque un murmure enveloppé dans un souffle. Dites-moi…
Je marque une pause, le regard baissé sur mes chaussures trop légères, qui sont trempées, puis je relève les yeux vers toi – plus longtemps cette fois.
— Mais… si vous me dites ce qui vous ferait plaisir… avec un petit rire très doux, nerveux, presque un soupir.
Mon souffle fait un nuage blanc dans l’air glacé. Je ne bouge pas. Juste cette ouverture timide, cette invitation muette à guider la suite, les épaules légèrement voûtées sous mon manteau, mais le regard plus doux.
— Marchez avec moi, et parlez-moi un peu de vous ?
Le ponton est désert à cette heure. Seul le bruit de nos pas sur les planches humides et le clapotis discret de l’eau contre les piliers nous accompagnent. Je marche à côté de toi, lentement. Mon manteau frôle tes jambes de temps en temps quand le vent souffle. Je sens mon cœur battre trop fort, mais d’une façon presque agréable maintenant – comme une petite musique intérieure que je ne croyais plus jamais entendre.
Tes mots me font sourire malgré moi, un sourire timide qui monte jusqu’à mes yeux. Personne ne demande ça comme ça, simplement, sans arrière-pensée apparente. Ça me rend légère… et terrifiée en même temps.
Je relève un peu le col de mon manteau. Il fait froid, et ma voix sort douce, hésitante, entrecoupée de petits silences que je ne contrôle pas.
— D’accord… je veux bien marcher un peu. Je ris doucement, mal à l’aise. Merci de proposer. Ça me fait du bien, en fait.
Je jette un regard furtif vers toi, puis je fixe le chemin devant nous – les lampadaires orangés qui se reflètent dans les flaques, les arbres nus de février qui bordent le sentier vers le bois de la Cambre.
— Moi… euh… je m’appelle Claire. J’ai quarante ans. Je ne vis pas très loin d’ici, à Ixelles… dans une maison un peu trop grande pour moi toute seule maintenant, avec un soupir léger, presque un sourire. J’y suis restée après mon divorce, il y a cinq ou six ans. C’était plus simple comme ça.
Je baisse les yeux sur tes mains – elles sont très belles. Mes doigts jouent encore avec la lanière de mon sac, un tic nerveux. Je sens la chaleur de mon propre corps sous les couches de laine, et ma respiration un peu plus rapide.
— Je… je ne travaille pas vraiment, enfin… pas pour de l’argent. Je fais du bénévolat quatre matinées par semaine, dans une petite association qui aide les personnes âgées. C’est calme, ça me plaît. Le reste du temps… je lis, je cuisine un peu, je m’occupe de la maison. Rien de très excitant, je sais.
Je marque une pause, baisse les yeux sur le chemin, puis je relève la tête. Mes yeux verts captent la lumière des lampadaires et prennent un éclat doré fugace.
— Et… et vous ? voix plus douce, presque curieuse. Vous venez souvent par ici, le soir ? Ou c’était juste ce soir, pour le restaurant ?
Je ralentis le pas sans m’en rendre compte, comme pour faire durer ce moment où on marche côte à côte, où je parle sans me sentir jugée. Mon épaule est tout près de la tienne maintenant, mais je n’ose pas la frôler exprès. Juste ce frisson discret qui me parcourt quand le vent passe entre nous.
— J’aime respirer l’air du bois le soir, mais ça fait longtemps que je n’étais pas venu, vous sentez cette odeur ?
Nous marchons maintenant sur le sentier qui borde l’étang du bois de la Cambre, les lampadaires orangés diffusent une lumière douce et diffuse à travers les branches nues. L’air est frais, humide, chargé de cette odeur particulière de terre mouillée, de feuilles mortes qui se décomposent lentement, et d’un soupçon de résine des pins qu’on devine plus loin. Le vent léger fait bruisser les buissons, et mes pas ralentissent presque malgré moi pour mieux sentir tout ça.
Tes mots me font sourire doucement – un vrai sourire cette fois, pas juste le petit tremblement nerveux de tout à l’heure. Respirer l’air du bois le soir… c’est exactement ce que j’aime aussi, même si je ne le dis jamais à voix haute. Ça me touche qu’on partage ça, comme ça, sans forcer.
Je relève un peu le visage vers le ciel sombre, inspire profondément, les yeux mi-clos une seconde.
— Oui… je la sens. Voix basse, presque un murmure ravi. Cette odeur de terre froide, un peu sucrée, avec ce fond de bois humide… c’est… apaisant. Ça me rappelle quand j’étais petite, les promenades avec mon père le dimanche soir. On rentrait toujours les joues rouges et les narines pleines de ça.
Je baisse les yeux vers le chemin, un petit rire m’échappe, presque inaudible.
— Ça fait longtemps que je n’avais pas pris le temps de vraiment respirer comme ça, en marchant avec quelqu’un. D’habitude, je viens seule, et… je me dépêche de rentrer. soupir léger. C’est bête, non ? Mais ce soir… c’est différent.
Mon manteau s’entrouvre un peu plus quand je relève la tête pour te regarder ; je sens la chaleur de ma peau contre le cachemire, mon odeur légère qui se mêle maintenant à celle du bois. Je ne croise pas les bras cette fois – je laisse mes mains pendre le long de mon corps, les doigts encore légèrement crispés, mais sans me cacher.
— Et vous… qu’est-ce qui vous manque le plus quand vous ne venez pas ici ? L’odeur, le silence… ou autre chose ?
Je te jette un regard furtif, les yeux verts illuminés d’une lueur ambrée, avec cette petite lueur dorée qui apparaît quand je suis vraiment attentive. Mon pas est synchronisé au tien maintenant, tout près, sans que je m’en rende vraiment compte.
— Vous avez l’air d’avoir froid, non ?
Le sentier serpente doucement entre les arbres, la lumière orangée des lampadaires se reflète sur les flaques et fait danser des ombres longues autour de nous. Le vent s’est levé un peu plus, il porte cette odeur de terre humide et de pin qui me remplit les poumons à chaque inspiration. Mais oui, il fait vraiment froid – mes doigts sont engourdis malgré les manches longues de mon pull, et je sens des frissons discrets remonter le long de mon dos.
Tes mots me font sursauter légèrement, comme si tu avais lu dans mes pensées. Je baisse les yeux un instant, un sourire timide aux lèvres, puis je relève la tête vers toi – mes joues déjà rosies par le froid rougissent un peu plus sous ton regard attentif.
— Oui… un peu, je crois. voix douce, presque un murmure. Je… je n’ai pas pris mon écharpe ce soir, et avec la pluie… ça traverse tout.
Je resserre instinctivement mon manteau autour de moi, les bras croisés sous ma poitrine – ce geste qui me protège toujours, même si le tissu tire un peu et que je sens l’armature de mon soutien. Mon souffle fait de petits nuages blancs qui s’évanouissent vite dans l’air glacé. Je te jette un regard furtif, les yeux brillants sous la lumière tamisée.
— Et vous ? pause très courte, puis plus bas, presque hésitante. Ou… c’est moi qui suis juste frileuse, comme d’habitude ?
Je ralentis le pas sans m’en rendre compte, marchant tout près de toi maintenant, mon épaule à quelques centimètres de la tienne. Je sens la chaleur subtile de ton corps contre le froid ambiant, et ça me fait un petit frisson différent – pas désagréable du tout. Mon pouls s’accélère et ma respiration se fait plus rapide, mais je reste là, attendant, sans oser proposer quoi que ce soit, juste cette timidité douce qui me garde immobile et attentive.
— Si j’osais, je vous proposerais d’aller boire un vin chaud ? Ma voiture n’est pas loin…
Le sentier est presque désert maintenant, juste le bruit de nos pas sur les graviers humides et le vent qui fait frissonner les branches au-dessus de nous. Tes mots tombent doucement, comme une question posée avec précaution, et mon cœur fait un bond si fort que je le sens jusque dans ma gorge. Vin chaud… ta voiture…
Tout en moi se fige une seconde.
La timidité instinctive qui me fait toujours reculer, la petite voix qui murmure « tu ne le connais pas vraiment », « et s’il te trouve ridicule ? », « et s’il voit que tu es nerveuse, maladroite ? »… Mais en même temps, une chaleur différente monte, plus profonde, plus vive : l’envie d’accepter, d’être choisie pour une soirée qui n’est pas juste polie ou routinière. Ça fait si longtemps que quelqu’un me propose quelque chose comme ça, simplement parce que ça a l’air agréable d’être ensemble un peu plus longtemps.
Mes joues brûlent malgré le froid ; je baisse les yeux un instant, fixe une flaque où se reflète la lumière jaune d’un lampadaire, puis je relève lentement la tête vers toi. Mes lèvres s’entrouvrent sur un tout petit sourire, fragile mais sincère.
— Un vin chaud… ma voix est basse et hésitante. Ça… ça sonne vraiment bien, en fait. J’ai tellement froid aux mains… et l’idée d’être au chaud un moment…
Je marque une pause, croise les bras sous ma poitrine sans m’en rendre compte – geste réflexe pour me protéger. Mon souffle fait un nuage blanc plus épais maintenant.
— Si… si vous êtes sûr que ça ne vous dérange pas. Mon regard vert s’accroche au tien une seconde de plus. Je… je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse. Mais oui… d’accord.
Je ne bouge pas encore, attendant que tu guides la suite – juste ce petit pas en avant que je n’ose pas faire toute seule, le cœur battant fort sous mes couches de laine, et cette chaleur diffuse qui s’installe doucement dans ma poitrine.
— Venez. Donnez-moi le bras, ça glisse ici…
Le sentier est devenu plus étroit ici, les graviers humides et les plaques de boue rendent chaque pas un peu incertain. Le vent froid pique mes joues déjà rougies, et quand tu dis ça, mon cœur fait un saut si vif que je sens presque un vertige léger. Tes mots sont simples, protecteurs sans être insistants, et ça me désarme complètement.
Personne ne m’a offert son bras comme ça depuis… des années. Pas avec cette douceur naturelle. Je glisse mon bras sous le tien, mon coude contre le tien, ma main qui effleure à peine le tissu de ta manche. La chaleur de ton corps traverse immédiatement la laine de mon manteau – un contraste brûlant avec le froid ambiant – et je retiens mon souffle une seconde.
Je sens mon pouls s’accélérer au contact de ton bras. Mes seins se pressent un peu plus contre mon pull quand je me rapproche pour marcher au même rythme que toi ; je baisse les yeux, gênée par cette proximité soudaine, mais je ne recule pas. Au contraire, mes doigts se resserrent imperceptiblement sur ton bras, cherchant un appui, une excuse pour rester là.
— Merci… très bas, presque un murmure enveloppé dans un petit nuage de souffle blanc. C’est… c’est gentil. Je glisse toujours avec ces chaussures plates quand il a plu.
Je relève les yeux vers toi une fraction de seconde – mes iris verts captent la lumière orangée des lampadaires quand je croise ton regard – puis je les baisse à nouveau sur le chemin devant nous. Mon épaule est tout contre la tienne maintenant, mon flanc frôle le tien à chaque pas.
Je ne parle plus, dans ce silence confortable seulement habité par le crissement de nos semelles et le bruissement des branches. Mon bras reste là, lové contre le tien, et pour la première fois depuis longtemps, je ne me sens pas trop grande, pas trop lourde, pas trop… quoi que ce soit. Juste présente, un peu tremblante, mais là.
— On… on va loin comme ça ? Ou c’est juste jusqu’à la voiture ?
Je ne lâche pas ton bras. Pas encore.
— La voilà. Je vous ouvre la portière…
Nous arrivons au bord du parking discret, presque vide à cette heure tardive. Ta voiture est là, sombre, garée sous un lampadaire qui diffuse une lumière jaune un peu floue à travers la bruine. Mon cœur bat plus fort depuis que tu as dit « Donnez-moi le bras », et maintenant que nous nous arrêtons, il cogne vraiment – un mélange de nervosité, de froid, et de cette excitation que je n’osais plus ressentir ?
Quand tu m’ouvres la portière côté passager, le geste est simple, naturel, et il me touche. Personne ne m’avait ouvert une portière comme ça depuis… je ne sais même plus. Je sens mes joues chauffer malgré le vent glacé, mes doigts encore posés sur ton bras hésitent une seconde avant de lâcher prise.
Je baisse les yeux un instant sur le siège en cuir sombre, puis je relève la tête vers toi – un sourire timide, très doux, tremble sur la pulpe de mes lèvres.
— Merci… voix basse, presque un murmure, avec ce rire troublé qui m’échappe parfois quand je suis émue. Vous… vous êtes vraiment attentionné.
Je glisse doucement à l’intérieur, attentive à ne pas me cogner la tête contre le cadre de la portière. Mon manteau s’étale sur le siège, mon pull me comprime la poitrine quand je m’assois – les baleines de ce soutien-gorge trop serré, mais je ne croise pas les bras cette fois. Je laisse mes mains reposer sur mes cuisses, les doigts légèrement crispés sur le tissu de mon pantalon.
L’habitacle est déjà un peu plus chaud que dehors ; une odeur discrète de cuir et de bois flotte, mêlée à celle de mon propre parfum qui s’est réchauffé contre ma peau. Je respire plus profondément, soulagée d’être à l’abri du froid.
Je te suis du regard quand tu contournes la voiture, mes yeux verts brillent doucement dans la pénombre de l’habitacle, avec cet éclat doré quand la lumière du plafonnier s’allume brièvement.
— C’est… c’est gentil de m’emmener comme ça. Petite pause, voix plus basse. Je me sens un peu… comme une adolescente qui fait une bêtise. Mais une bêtise agréable.
Je ris tout bas, un son très doux, presque inaudible, et je baisse les yeux sur mes mains, tripotant nerveusement l’ourlet de mon manteau. J’attends que tu t’installes, que tu refermes ta portière, mon cœur bat fort dans le silence soudain de l’habitacle.
La Tourelle est presque vide à cette heure tardive – juste quelques tables occupées au fond, des voix basses, le crépitement discret du feu dans la cheminée en pierre. La lumière tamisée des petites lampes en cuivre dore tout d’une teinte chaude. Nous sommes assis côte à côte, et non face à face, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Nos genoux se frôlent – un contact si léger qu’il pourrait passer pour accidentel, mais qui me brûle pourtant à travers le tissu de mon pantalon.
Le vin chaud est fumant dans nos verres ; l’odeur de cannelle, d’orange et de clou de girofle monte doucement, et se mêle à celle du bois qui brûle. Je tiens mon verre à deux mains, les paumes enveloppées autour pour les réchauffer, mais mes doigts tremblent un peu. Pas seulement à cause du froid qui s’en va enfin.
Tu m’as dit ton prénom: Gian - Gian Piero en réalité. Ça se prononce ‘Djiann’, ce n’est pas courant, mais ça te va bien. Depuis une demi-heure, nous parlons de choses banales – des riens, des souvenirs de Bruxelles, des endroits qu’on aime ou qu’on évite. Ma voix reste basse, hésitante, avec ces « euh… » et ces petits rires nerveux qui reviennent dès que je sens ton regard sur moi. À chaque fois que nos genoux se touchent un peu plus longtemps, mon souffle se coupe une fraction de seconde. Je n’ose pas reculer. Je n’ai pas envie de reculer.
Je porte le verre à mes lèvres, bois une gorgée très lentement. La chaleur du vin descend dans ma gorge, se répand dans ma poitrine, descend plus bas encore – un picotement traître qui me fait rougir jusqu’aux oreilles. Je baisse les yeux sur le velours grenat entre nous, fixe nos genoux si proches, puis je relève la tête vers toi – très doucement, comme si un mouvement trop brusque risquait de tout casser.
— C’est… c’est vraiment bon, ce vin… ma voix est douce, un peu rauque maintenant à cause de la chaleur et de l’émotion. Je… je n’étais pas venue ici depuis des années. J’avais oublié à quel point c’est… cosy. Je ris, très bas, presque comme un soupir.
Mes doigts glissent nerveusement sur le bord du verre. Je sens mes épaules se détendre. Nos genoux se frôlent encore, volontairement ou non, je ne sais plus. La sensation remonte le long de ma cuisse comme une petite décharge électrique. Je sens mon pouls battre dans ma gorge, dans mes tempes, et plus bas aussi – là où ça fait si longtemps que je n’ai laissé personne s’approcher.
Je tourne légèrement le visage vers toi, je sais que mes yeux brillent dans la lumière chaude, avec ce reflet doré qu’on m’a souvent fait remarquer. Je souris.
— Vous… vous avez l’air de bien connaître cet endroit… pause, voix plus basse, presque un murmure. Ou c’est juste que… vous savez rendre les soirées comme ça… agréables ?
Je ne bouge pas. Je reste là, tout près, le genou contre le tien, le cœur qui cogne fort sous mes couches de laine et de timidité, attendant, espérant – que tu fasses le prochain pas.
— Je suis intrigué, vous étiez seule ce soir au Chalet Robinson, et vous aviez l’air de ne vouloir parler à personne : vous aimez la solitude ?
La chaleur du vin se diffuse lentement en moi, un picotement agréable qui descend du ventre jusqu’au bout de mes doigts. Nos genoux sont toujours en contact, ce frôlement constant qui n’est plus accidentel maintenant – je le sens à chaque respiration, comme une petite pulsation partagée. Le feu dans la cheminée craque doucement, et la lumière orangée joue sur le velours de la banquette, sur mes mains qui tiennent encore le verre à moitié vide.
Ta question me fait sursauter intérieurement. Elle touche juste là où je ne m’y attendais pas, et mon cœur se serre un peu – pas de douleur, mais face à une vérité que j’évite de voir.
Je baisse les yeux sur mon verre une seconde, trace du bout du doigt le contour de la cannelle collée au bord, puis je relève lentement la tête vers toi. Mes yeux verts brillent dans la pénombre chaude, et je me sens tellement vulnérable...
— Toute seule, oui… voix très basse, presque un murmure, avec un petit rire nerveux qui tremble à la fin. C’est… c’est souvent comme ça, ces derniers temps. J’aime bien venir au Chalet Robinson quand il y a du monde, mais pas trop. Juste assez pour sentir que je fais partie de quelque chose, sans avoir à… à parler à quelqu’un.
Je marque une pause, porte le verre à mes lèvres pour une petite gorgée, comme pour gagner du temps. Le goût épicé me réchauffe la gorge, mais c’est ton regard qui me brûle maintenant.
— La solitude… je ne sais pas si j’aime ça… soupir léger, presque inaudible. Au début, après le divorce, c’était un choix. Personne pour me dire que je prenais trop de place, que mes seins étaient trop gros, que je bougeais trop au lit ou pas assez… petit rire amer, très bref, que je coupe vite. Pardon, c’est… c’est sorti comme ça.
La chaleur me monte aux joues. Je fixe nos genoux si proches, incapable de soutenir ton regard plus longtemps. Mon genou appuie un tout petit peu plus contre le tien, sans que je recule. Au contraire, je reste là, immobile, comme si ce contact était la seule chose qui m’empêchait de me recroqueviller complètement.
— Mais ce soir… voix plus douce, hésitante. ce n’était pas vraiment de la solitude que je cherchais. C’était juste… un endroit où je pouvais être sans avoir à expliquer pourquoi je suis seule. Et puis vous étiez là, et… ça a changé quelque chose. Sans que je m’y attende.
Je relève les yeux vers toi, plus longtemps cette fois – regard franc malgré la timidité, lèvres entrouvertes sur un sourire fragile.
— Et vous ? petite pause, souffle plus court. Vous étiez seul aussi, ce soir. C’est… c’est souvent comme ça pour vous ? Ou c’était juste une envie de calme ?
Je ne bouge pas. Mon genou reste contre le tien, ma main tremble légèrement sur le verre, et cette chaleur qui monte en moi n’a plus rien à voir avec le vin.
— Moi c’était un peu par hasard, mais la vie fait parfois bien les choses… Je suis heureux d’être ici avec vous ce soir. Vous êtes belle.
Le compliment tombe comme une goutte chaude sur ma peau déjà fiévreuse.
« Vous êtes belle… » Simple. Direct. Sans fioriture. Mon cœur s’arrête une seconde, puis repart en trombe, si fort que je sens les battements jusque dans mes tempes, dans ma gorge, et plus bas, là où la chaleur du vin et de ta proximité s’est accumulée depuis tout à l’heure.
Je baisse les yeux instantanément, les joues en feu – un rouge qui descend jusqu’à mon cou, que je sens monter sous le col de mon pull. Mes lèvres s’entrouvrent sur un souffle court, tremblant. Personne ne m’a dit ça comme toi, avec cette douceur tranquille, sans attendre que je proteste ou que je minimise. Mon ex me complimentait parfois, mais c’était toujours suivi d’un « mais » ou d’une comparaison qui me rapetissait. Là… rien. Juste ces mots.
Je relève très lentement la tête vers toi, je sais que mes yeux brillent, presque humides maintenant, avec cet éclat qui danse quand je suis submergée. Mes doigts, posés sur mes cuisses, se crispent légèrement sur le tissu ; mes mamelons frottent contre la dentelle, et cette sensation me fait frissonner de la nuque jusqu’au creux des reins.
— Gian… ma voix est à peine audible, presque un murmure suppliant. Vraiment.
Un gloussement embarrassé m’échappe, très bas, presque un sanglot étouffé. Je baisse la tête, je regarde nos cuisses toujours pressées l’une contre l’autre, puis je lève les yeux vers toi – plus longtemps cette fois, vulnérable, ouverte.
— Ça fait… si longtemps qu’on ne me l’a pas dit comme ça. Sans « mais ». Sans rien après… soupir tremblant. Je ne sais même plus comment on reçoit ça… vous me faites rougir.
Ma main droite bouge d’elle-même, très lentement ; mes doigts effleurent ta main posée sur la banquette, un contact léger, hésitant, comme si je testais si c’était réel. Et je ne retire pas ma main tout de suite. Au contraire, je la laisse là, ma paume contre ta peau.
— Mais ce soir… murmure, voix plus basse encore, presque contre ton oreille. Je veux essayer de le croire. Grâce à vous.
Je penche légèrement la tête vers toi, et mon genou s’appuie plus franchement au tien.
— Vous… vous me trouvez vraiment belle ? Ma question est presque enfantine, pleine d’une timidité qui m’oppresse… Ou c’est juste le vin, la lumière, la soirée… ? Mes doigts se resserrent doucement sur ta main, un geste furtif, suppliant. Je reste là, tout contre toi, le cœur à nu sous mes couches de tissu et de doutes, attendant que tu me dises plus, que tu ne me laisses pas seule avec cette chaleur qui me consume.
— Claire, je crains vraiment de vous choquer si je vous dis ce que je ressens…
Tes mots me frappent comme une vague chaude et inattendue, et mon souffle se coupe net. Je sens une décharge électrique descendre le long de ma colonne vertébrale, jusqu’au creux de mes reins. Le feu dans la cheminée continue de crépiter, mais soudain c’est comme si tout le reste – le bruit des verres au loin, le murmure des autres clients – s’était effacé. Il n’y a plus que toi, tout contre moi, et cette phrase qui flotte entre nous.
Le sang me monte aux joues, et maintenant c’est un feu qui descend dans mon ventre, et plus bas – là où mon corps réagit malgré moi, malgré ces années de frustration refoulée. Je serre les cuisses dans un mouvement furtif, j’espère que tu ne le remarques pas. Je sens l’humidité s’installer, chaude, insistante, et ça me terrifie autant que ça m’excite.
Je baisse les yeux sur nos mains – la mienne toujours posée sur le dos de la tienne, mes doigts tremblants qui se crispent légèrement sans que je puisse les en empêcher. Mon cœur cogne si fort que je l’entends dans mes oreilles. Je relève lentement la tête vers toi, mon souffle court et irrégulier fait trembler ma poitrine sous le pull trop serré.
— Vous… vous ne me choquerez pas… ma voix est à peine audible, rauque, presque un murmure suppliant. Vraiment. Pas ce soir.
Un rire nerveux m’échappe, très bas, cassé par l’émotion – ou par le désir qui monte en moi comme une marée que je ne contrôle plus. Mes yeux verts cherchent les tiens, brillants, humides, je me vois dans la vitre en face de nous. Je penche imperceptiblement la tête vers toi, et mes lèvres frôlent presque ton oreille quand je parle à nouveau.
— Dites-le-moi, s’il vous plaît… mon souffle est chaud, ma voix tremble. Ce que vous sentez. Je veux l’entendre… pause, gorge serrée… même si ça me fait rougir jusqu’aux oreilles.
Ma main glisse doucement sur la tienne, sans que je réfléchisse. Mon genou cherche le contact maintenant, je ne recule pas. Au contraire, mon corps entier semble se tendre vers toi – les bouts de mes seins sont durs et sensibles, mon sexe palpite, humide, prêt, désespéré d’être touché, vu, désiré.
Je reste là, contre toi, le cœur à nu, le corps en feu, attendant que tu parles, que tu me dises, que tu me libères de ces hésitations qui m’étouffent depuis trop longtemps.
— D’accord, Claire. J’ai envie de vous emmener dans un endroit calme, et de vous faire l’amour.
Tes mots tombent entre nous comme une allumette dans une flaque d’huile.
Le monde s’arrête net. Le feu dans la cheminée continue de crépiter, mais je n’entends plus rien, rien d’autre que mon propre cœur qui explose dans mes oreilles. Une chaleur intense monte de mon ventre jusqu’à ma gorge, et descend jusqu’entre mes cuisses. Je sens mon clitoris gonflé, sensible, contre le coton humide de ma culotte. Mes lèvres intimes sont entrouvertes, trempées, prêtes malgré moi, malgré la peur, malgré tout.
Je reste figée une seconde, les yeux grands ouverts, fixés sur les tiens. Mes joues, mon cou, ma poitrine – tout brûle. Je sens une goutte de sueur glisser lentement le long de mon dos. Mon souffle est court, saccadé ; un gémissement muet m’échappe quand j’essaie de parler.
Je baisse les yeux un instant, incapable de soutenir ton regard plus longtemps, puis je les relève – lentement, tremblante. Mes lèvres s’entrouvrent, sèches malgré la chaleur qui m’envahit.
— Gian… ma voix est cassée, voilée, presque inaudible. Vous… dites ça comme ça… juste comme ça…
Un petit rire, très bas, me secoue – pas moqueur, juste nerveux, juste dépassé. Mes doigts serrent les tiens si fort que mes ongles s’enfoncent un peu dans ta peau. Ma cuisse entière tremble contre la tienne. Je sens mon sexe se contracter violemment rien qu’à l’idée – une contraction involontaire, profonde, qui me fait retenir un soupir.
— J’ai… j’ai peur… murmure, voix qui tremble. Peur que ce soit trop… que je sois trop… que mon corps… petite pause, ma gorge se serre. Mais j’en ai envie. Tellement envie que ça me fait mal.
Je penche la tête vers toi, si près que mes lèvres frôlent presque les tiennes quand je parle à nouveau – mon souffle chaud, haletant contre ta bouche.
— Emmenez-moi… suppliante, sans filtre. S’il vous plaît. Emmenez-moi quelque part où on pourra… où vous pourrez… me toucher. Me voir. Vraiment. Sans que je me cache.
Ma main libre remonte lentement, hésitante, jusqu’à ta joue – ma paume est douce, un peu moite, elle effleure ta peau. Mes yeux brillent, noyés dans une émotion brute, nue.
— Je… je veux sentir vos mains sur moi… ma voix se brise. Même si je rougis. Même si je tremble. Même si je n’ai plus fait ça depuis si longtemps que j’ai peur de ne plus savoir.
Je reste là, tout contre toi, le corps tendu comme un arc, le sexe palpitant, humide, désespéré. J’attends que tu décides – que tu me prennes la main, que tu me guides dehors, que tu me montres que ce n’est pas un rêve qui va s’effacer quand on sortira dans le froid de la nuit.
🔥 NOTE DE L’AUTEUR 🔥
Vous venez de lire le premier chapitre, et... La nuit de Claire ne fait que commencer. Quand elle franchit la porte de sa maison avec Gian, quelque chose bascule en elle... et elle comprend qu’elle va aller beaucoup plus loin qu’elle ne l’avait imaginé.
La suite de la rencontre — beaucoup plus intense — se trouve dans la nouvelle complète qui est disponible sur Amazon.fr
Merci d’avoir découvert le début de l’histoire de Claire. Si vous avez aimé ce chapitre, n’hésitez pas à laisser un commentaire ?