Chapitre 1
L’odeur âcre des désinfectants imprégnait la pièce, se mêlant à celle, métallique, des médicaments. Dans ce bureau à la fois vaste et oppressant, Cho Se Ra fixait le médecin comme si ses paroles avaient perdu tout leur sens. Ses mains tremblaient sur ses genoux, crispées, et sa respiration se bloqua dans sa gorge.
— Quoi… ? murmura-t-elle d'une voix brisée, les yeux écarquillés comme si elle venait de recevoir une gifle.
Le Dr. Han, assis derrière son bureau parfaitement rangé, ajusta ses lunettes avec une gravité qui ne laissait place à aucun doute.
— Une chimiothérapie.
Le mot claqua dans l’air, froid et tranchant.
Se Ra secoua la tête, comme pour rejeter cette vérité.
— Mais… elle n’a que six ans. Six ans ! Comment pouvez-vous espérer qu’elle endure un traitement aussi violent ?
Sa voix monta d'un ton, brisée par l’injustice. Elle sentit les larmes lui piquer les yeux, mais elle les retint, par fierté, par désespoir.
Le médecin soupira, posant sur elle un regard compatissant, mais il ne mit pas de gants pour parler.
— Nous sommes nous-mêmes surpris que la maladie ait mis si longtemps à se déclarer. Mais là… ça progresse trop vite. C’est la seule option.
Une vague de panique submergea Se Ra. Elle déglutit difficilement, ses doigts agrippant nerveusement le tissu de sa jupe.
— Une leucémie… comment est-ce possible ? Sunny… si seulement tu étais encore là…
Le nom de sa sœur disparue lui échappa dans un souffle. Elle serra les dents, refusant de s'effondrer.
— Il doit y avoir une autre solution. Un autre traitement. N'importe quoi !
Le Dr. Han baissa brièvement les yeux vers le dossier médical. Sa voix était ferme, ne laissant aucune échappatoire :
— Le traitement sera standard. L’assistance de l’État ne couvre que les soins palliatifs. Pour la guérir… il en faudra plus. Et son cas est urgent. Très urgent.
Se Ra sentit son cœur battre dans sa poitrine, si fort qu’elle crut qu’il allait exploser. Elle prit une inspiration, puisa dans son courage et posa la question qu’elle redoutait le plus.
— Alors… combien de temps ? Combien de temps…
Le médecin leva les yeux, ses lèvres s'ouvrant sans la moindre hésitation.
— Quatre ou cinq mois, tout au plus.
Le monde de Se Ra s’écroula. Ses épaules s'affaissèrent, ses mains se crispèrent sur la chaise. Elle lutta pour respirer, comme si l’air avait soudain disparu. Ses oreilles bourdonnaient, et les paroles du médecin résonnaient sans fin dans son esprit, impitoyables.
Quatre ou cinq mois…
Un voile tomba sur ses yeux. Elle ne voyait plus la pièce, ni les murs froids, ni le bureau immaculé. Seul ce chiffre résonnait dans sa poitrine comme une condamnation.
Se Ra se leva dans un mouvement presque mécanique, comme si son corps se détachait de sa conscience. Ses jambes semblaient pesantes, ses pas traînaient, mais elle parvint à sortir de la pièce sans s'écrouler. Le bruit de la porte qui se refermait derrière elle résonna comme un verdict.
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Le hall de l’hôpital s’ouvrit devant elle, vaste et animé, saturé par le bruit des pas pressés, des voix fragmentées et des brancards que l’on poussait. L’odeur de désinfectant persistait encore, mêlée à l'arôme du café provenant d’une machine à proximité. Tout semblait trop vivant, trop normal, alors que son monde venait de voler en éclats.
Elle avançait comme une ombre, son regard trouble perdu dans la foule. Elle ressentit un choc contre son épaule, mais sa réaction fut lente, engourdie.
— Oh… excusez-moi, dit-elle sans même lever les yeux.
La personne avait déjà disparu dans le flot des passants, et Se Ra continua vers les portes vitrées. Sa respiration était courte, ses pensées tournaient en boucle : Quatre ou cinq mois… quatre ou cinq mois…
Dehors, l’air frais la frappa. Le parking s’étendait sous un soleil pâle, indifférent à sa détresse. Les voitures passaient, les moteurs vrombissaient, et pourtant, elle n'entendait rien. Chaque pas vers sa voiture demandait un effort surhumain.
Elle ouvrit la porte lentement, se glissa sur le siège conducteur et se laissa aller en arrière, la tête basculée contre l'appui-tête. Ses mains tremblaient trop pour insérer la clé immédiatement. Ses yeux se fermèrent, et les larmes qu’elle avait retenues finirent par couler sur ses joues.
— Comment est-ce possible… ? murmura-t-elle, sa voix se brisant dans le silence de la voiture.
Son esprit, malgré elle, la ramena sept ans en arrière :
Une douce lumière filtrait à travers la fenêtre, baignant la salle d’échographie d'une clarté presque irréelle. Sunny, allongée sur le lit, fixait l’écran avec un sourire rayonnant. Le médecin, concentré, désignait l’image d’un geste doux.
— Et voilà, annonça-t-il doucement. C’est une petite fille.
Sunny tourna immédiatement la tête vers sa sœur, les yeux brillants de larmes de joie.
— Se Ra… Tu as entendu ? Une fille… C’est merveilleux !
Se Ra serra la main de sa sœur, son cœur gonflé de bonheur.
— Je suis tellement heureuse… Sunny, elle va être magnifique.
Les deux sœurs éclatèrent d'un rire nerveux, remplies d’espoir.
Puis, son esprit dériva vers le jour où la petite Yoo Na Bi était née :
Le cri de Sunny déchira l’air. Dans la salle d’accouchement, son visage était luisant de sueur, ses doigts écrasaient la main de Se Ra, qui ne lâchait la sienne sous aucun prétexte.
— Pourquoi elle ne sort pas ?! hurla Sunny, à bout de force.
La sage-femme, impitoyable mais encourageante, répondit d’une voix ferme :
— Continuez de pousser ! Vous y êtes presque !
— Tu peux le faire, Sunny ! cria Se Ra, la gorge nouée. Je suis là, vas-y !
Le cri du bébé retentit enfin, perçant et puissant. La sage-femme la souleva, minuscule mais pleine de vie, avant de la déposer sur le ventre de Sunny.
Des larmes inondèrent les joues de la nouvelle maman.
— Elle est… si petite… mais parfaite.
Se Ra, bouleversée, essuya une larme qui roulait sur sa joue.
— Elle est magnifique, Sunny… magnifique.
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Se Ra ouvrit brusquement les yeux, les larmes brouillant sa vue. Ses mains agrippèrent le volant comme si sa vie en dépendait.
— Sunny… si seulement tu étais encore là… Qu’est-ce que je vais faire ? Comment je vais la sauver ?
Un sanglot lui échappa. Elle prit une profonde inspiration, essuya ses joues d’une main tremblante et finit par démarrer le moteur.
Le moteur vrombit. Elle fit marche arrière, les yeux embués, sans regarder derrière elle. Un bruit sourd la fit sursauter : elle venait de heurter une voiture qui passait.
Son cœur bondit dans sa poitrine : pas ça.
L’impact résonnait encore dans ses oreilles. Se Ra prit une grande inspiration avant de claquer sa portière. Ses baskets claquèrent contre l’asphalte alors qu’elle sortait, le visage tordu par la colère.
— Non mais… t’es aveugle ou quoi ?! hurla-t-elle en se dirigeant vers le conducteur de l’autre véhicule. Tu vois pas que j’essayais de sortir ?
L’homme qui descendit devant elle était loin d’être un conducteur imprudent ordinaire. À peine la trentaine, impeccablement apprêté, son costume parfaitement ajusté, ses cheveux soigneusement coiffés. Il avait l’air embarrassé, presque gêné, mais ne perdait rien de son calme.
— Madame, dit-il posément, je suis navré… mais c’est vous qui avez percuté mon véhicule.
Les yeux de Se Ra flamboyèrent. Elle jeta un œil à la bosse : la carrosserie de sa voiture était enfoncée, et la sienne aussi. La douleur dans sa poitrine, accumulée depuis sa rencontre avec le médecin, explosa en rage.
— Et alors ?! lâcha-t-elle d'une voix sèche. Tu veux que je fasse quoi ? Que je te donne mon argent ?
L’homme ouvrit la bouche, mais une portière s'ouvrit derrière lui. Une silhouette émergea lentement, tel un roi daignant descendre de son trône.
Se Ra se figea.
Il était grand, élégant, vêtu d’un costume outrageusement cher. Chaque geste dégageait assurance et arrogance. Ses traits fins mais durs trahissaient l’habitude d’avoir toujours le dernier mot. Ses mains se glissèrent naturellement dans ses poches, comme s’il ne craignait rien ni personne.
— Kim Jae Hyun. Trente-quatre ans. Banquier, homme d'affaires, milliardaire influent. —
Elle ne le connaissait absolument pas, et elle ne se laissa donc pas intimider par son allure.
Son ton dédaigneux trancha l’air comme une lame :
— Encore un qui ne sait pas conduire.
L’injustice de la phrase mit le feu aux poudres.
— Et vous, qu’est-ce que vous voulez ? cracha Se Ra, furieuse. Que je vous donne mon numéro de téléphone ?
Pendant un bref instant, elle l’observa, sans voix face à son charisme imposant. Mais sa colère remonta, brûlante.
Woo Jin, l’assistant — car cela ne pouvait être qu’un assistant, étant donné son air conciliant — haussa les sourcils, surpris par l’audace de cette femme qui affrontait son patron de front.
Kim Jae Hyun plissa légèrement les yeux, agacé, mais sa voix resta calme.
— Non. Je veux juste que vous vous calmiez… et que vous assumiez la responsabilité des dégâts que vous venez de causer. Seulement, je me demande : avez-vous même une assurance ?
Les yeux de Se Ra s’écarquillèrent, sa mâchoire trembla avant qu’un rire ironique n'éclate.
— Waouh ! Et il m’insulte en plus !
Elle leva les bras au ciel en éclatant d’un rire amer.
— Pour qui vous vous prenez ? Le dieu du ciel et de la terre ? Vous vous croyez au-dessus de tout le monde ? Vous pensez pouvoir me parler comme ça ? Excusez-moi, mais… qui êtes-vous pour me parler sur ce ton ?
Woo Jin s’avança, les dents serrées, sa voix basse comme une supplique :
— Madame, je vous en prie…
— Non ! s’exclama-t-elle en se tournant vers lui, le visage rouge. Il n’y a pas de « je vous en prie » qui tienne !
Elle se retourna vers Jae Hyun, les yeux brillant de rage et de larmes contenues.
— Je vais vous dire ce que vous êtes : un homme arrogant, égoïste et sans cœur !
Un bref silence suivit. Woo Jin jeta un regard inquiet à son patron, mais celui-ci croisa simplement les bras, presque amusé par son audace.
— Vous ne vous souciez de personne, continua-t-elle, la voix tremblante mais pleine de rage. Vous ne pensez qu’à vous et à vos intérêts. Vous êtes l’exemple parfait de tout ce que je déteste dans ce monde !
Un léger sourire effleura les lèvres de Jae Hyun. Son ton était aussi froid que dédaigneux.
— Ah… je vois. Une de ces personnes qui pensent que le monde tourne autour d’elles. Eh bien, laissez-moi vous dire, vous êtes loin de la réalité.
— Comment osez-vous ?! cria Se Ra, les poings serrés.
— Madame… je vous en prie… répéta Woo Jin, de plus en plus tendu.
Jae Hyun ne broncha pas. Son regard se fixa sur Se Ra comme on étudie un insecte fascinant. Puis, il soupira.
— Ahn Woo Jin ?
— Monsieur ? répondit l’assistant, prêt à tout.
— Mon rendez-vous approche. Je vous laisse gérer ça.
Sans un regard de plus, Jae Hyun tourna les talons et se dirigea vers le bâtiment de l’hôpital. Ses pas résonnaient avec assurance.
— Quel homme impoli, en plus ! cria Se Ra, hors d’elle, mais sa voix se brisa.
À quelques mètres de l’entrée, Jae Hyun porta discrètement la main à son oreille. Une minuscule oreillette brillait à peine.
— Je veux savoir qui elle est, dit-il d’un ton bas mais autoritaire.
— Oui, Monsieur, répondit Woo Jin, qui avait fait le même geste en ajustant son oreillette.
Se Ra, de son côté, fixait sa voiture cabossée avec désespoir.
— Je vais devoir dépenser une fortune chez le carrossier…
Woo Jin soupira, sa voix se faisant douce.
— Madame… je m’excuse pour mon patron. Il n’est pas toujours très sociable.
Elle leva les yeux vers lui, le visage crispé par l’embarras. Sa lèvre inférieure tremblait alors qu’elle parlait :
— Je suis désolée… je ne sais pas ce qui m’a pris.
— Ce n’est rien, répondit Woo Jin avec compassion. Vous pouvez y aller.
Elle hocha la tête en silence, remonta dans sa voiture et démarra lentement. Il fit de même, son regard la suivant avec un mélange de curiosité et de pitié.