Les Larmes de l'Eau Noire

Dans l’ombre épaisse des roseaux,
Là où le vent ne chante plus,
Une Nixe veille, cœur à fleur d’eau,
Sous un ciel d’orage continu.
Sa peau de lune, pâle et nue,
Scintille à peine sous les cieux lourds,
Et ses cheveux, lianes perdues,
Se noient dans l’onde au fil des jours.
Elle n’appelle pas, elle attend,
Les yeux levés vers l’autre rive,
Espérant qu’un souffle vivant
Traverse sa brume craintive.
Mais nul ne voit, nul ne comprend
La peine qu’elle verse en silence :
Des pleurs de vase, noirs et lents,
Chargés de rêves et d’absence.
Parfois un cœur, trop curieux,
Frôle son monde interdit.
Alors la Nixe, d’un geste soyeux,
Fait du miroir un puits maudit.
Ce n’est pas haine, ce n’est pas rage,
Mais la défense d’un secret,
Un cri muet dans le sillage
De ceux qui l’ont trop approchée.
Et dans la nuit des eaux dormantes,
Quand l’âme humaine se reflète,
On jurerait voir, l’air tremblante,
Une Nixe qui pleure... et s’arrête.
Car si l’eau souffre, elle ne trahit,
Elle enveloppe, elle ensorcelle.
Et dans son cœur noyé d’oubli,
Elle garde le reflet du ciel.