L'ÀGE DE LA PEUR TOME 1

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Résumé

L’intrigue s'ouvre dans la ville de Blackwood, plongée dans l'angoisse après la disparition inexpliquée de trois enfants. Le Capitaine Elias Vance, un policier hanté par l'échec et obsédé par sa montre à gousset, mène une battue nocturne dans un parc municipal noyé sous une brume surnaturelle. Près d'un toboggan, il arrête un suspect : Léo, un adolescent de 17 ans au comportement étrange. Vance découvre avec stupeur que si le corps de Léo est celui d'un jeune homme, son esprit semble être resté celui d'un enfant de 7 ans. Terrifié, Léo ne cherche pas à fuir mais tente de se protéger du « Monsieur Noir », une entité mystérieuse qui exigerait un silence absolu sous peine de « retourner dans le noir ».

Genre :
Horror
Auteur :
stephanefortin12
Statut :
Terminé
Chapitres :
16
Rating
5.0 2 avis
Classification par âge :
13+

L’Ombre du Silence

(L’Ombre du Silence (Tome 2 déjà disponible)

Le linceul de Blackwood

La brume du parc municipal de Blackwood ne se contentait pas de flotter ; elle s’insinuait partout, collante et froide, comme une écharpe de suaire drapant les vieux ormes centenaires. Dans cette petite ville du Vermont, l’air avait le goût du fer et de la peur. Il était dix-neuf heures passées, mais la nuit avait déjà gagné la partie depuis longtemps, étouffant les derniers reflets cuivrés du crépuscule.

C’était cette heure charnière, inconfortable, où les derniers parents pressent le pas sur les trottoirs craquelés pour ramener leurs enfants au chaud, verrouillant les portes à double tour. L’heure où le silence des balançoires vides, oscillant mollement sous le vent, devient un poids insupportable sur la poitrine.

À Blackwood, le silence n’était plus synonyme de paix depuis quatorze jours. Il était devenu le complice de l’invisible.

Le Capitaine Elias Vance ajusta sa lampe de poche tactique, le faisceau halogène tranchant le brouillard comme un scalpel de lumière. Son doigt ganté de cuir glissa sur la montre à gousset cachée dans sa poche de veste — un geste réflexe, presque obsessionnel, qu’il répétait chaque fois que le chaos menaçait de l’engloutir.

C’était son ancre, le seul objet qui le reliait encore à une époque où le monde avait un sens. Trois enfants. Trois disparitions en deux semaines, sans une trace, sans un cri, sans la moindre demande de rançon laissée sur un coin de table. La ville ne respirait plus ; elle attendait un monstre que personne ne voyait, un croque-mitaine moderne né du bitume et des ombres.

— Il est là, Capitaine... murmura l’adjoint Moreau derrière lui.

La voix du jeune officier était si tremblante qu’elle semblait s’effriter dans l’air saturé d’humidité. Moreau tenait son arme à deux mains, les jointures blanches.

— Près du grand toboggan rouillé, dans le secteur des jeux de sable. On a un visuel sur la caravane.

Vance fit un signe de la main sec, impérieux, pour arrêter la progression de la battue derrière lui. Les faisceaux des lampes dansaient nerveusement sur les troncs noirs des arbres. Il fallait approcher avec une discrétion de prédateur, mais le capitaine sentait déjà que la situation allait leur échapper. Sous ses semelles de cuir, le sol saturé d’eau exhalait une odeur de rouille, de fer froid et de feuilles en décomposition.

Dehors, par-delà les grilles en fer forgé du parc, la ville hurlait pour avoir une arrestation, un coupable à jeter en pâture aux caméras des chaînes d’info en continu. Mais ici, sous la canopée oppressante des branches nues, le temps semblait suspendu, prisonnier d’une bulle de stase où chaque craquement de branche sonnait comme un coup de feu.

La rupture du silence

Le calme spectral du parc fut brutalement pulvérisé par le hurlement strident des sirènes et le crissement des pneus sur le gravier mouillé. Pour les adjoints de Vance, nourris à la paranoïa et au café froid, ce n’était plus un suspect qu’ils interpellaient, c’était une proie. Un exutoire pour quatorze nuits d’insomnie. L’ordre de “rester calme” que Vance avait martelé au briefing fut balayé par une vague de frustration pure.

SORS DE LÀ ! LES MAINS SUR LA TÊTE ! hurla Moreau, la voix brisée par l’adrénaline, en braquant son Glock sur la vieille caravane Airstream abandonnée au fond du parc.

L’engin, autrefois brillant, n’était plus qu’une carcasse d’aluminium piquée par la corrosion, une verrue métallique au milieu de la végétation morte. À l’intérieur, dans l’obscurité du cadre de la fenêtre brisée, on ne vit d’abord que deux mains. Des mains pâles, fines, presque translucides, qui sortirent avec une lenteur de somnambule. Elles tremblaient comme des feuilles mortes sous l’orage.

Pour les policiers, c’était la reddition d’un criminel acculé. Pour Vance, qui observait la scène à quelques mètres, le cœur serré par un pressentiment atroce, quelque chose clochait. La posture, la fragilité des doigts... ce n’était pas la gestuelle d’un ravisseur d’enfants.

Avant même que Vance puisse ouvrir la bouche pour calmer le jeu, deux agents se ruèrent sur la portière grinçante. Ils saisirent le suspect par le col de son manteau trop grand pour lui et le projetèrent littéralement hors de la caravane, comme on vide un sac de détritus.

Le choc fut sourd. Le suspect s’écrasa au sol, le visage frappant la boue et le gravier.

RESTE À TERRE ! NE BOUGE PLUS, ORDURE !

Moreau s’abattit sur lui, écrasant un genou pesant entre les omoplates du garçon pour lui entraver les poignets. Le clic métallique des menottes résonna dans le froid comme un couperet. C’est à ce moment-là que le cri monta.

Ce n’était pas un cri de rage, ni une insulte crachée par un prédateur endurci. C’était un hurlement aigu, déchirant, une plainte d’une pureté enfantine. Le cri d’un petit garçon qui vient de tomber de vélo et qui appelle sa mère dans le noir.

La prison de chair

Vance fendit la foule de ses hommes, écartant Moreau d’un geste si brusque que l’adjoint faillit perdre l’équilibre.

— Laissez-le ! éructa le Capitaine. Bordel, retournez-le !

Quand ils relevèrent le suspect, le projecteur principal de la voiture de patrouille frappa le visage du garçon en plein fouet. Vance sentit son sang se glacer. Une nausée soudaine lui tordit l’estomac.

« My God… » souffla-t-il intérieurement.

Le suspect avait le corps sec et élancé d’un adolescent de dix-sept ans, mais son visage... son visage était décomposé par une terreur primitive, une détresse que l’on ne trouve que dans les cours de récréation. Ses lèvres tremblaient violemment, laissant s’échapper des bulles de salive mêlées de sang, et ses yeux — des globes immenses et vitreux — cherchaient désespérément un point d’ancrage dans ce cauchemar de gyrophares.

— J’ai pas fait exprès… j’ai cassé le jouet… murmura le suspect entre deux sanglots convulsifs, alors que son nez saignait abondamment sur le gravier. Monsieur, s’il vous plaît… je veux rentrer. Il fait trop noir ici. Maman va me gronder.

Vance resta pétrifié, sa lampe de poche tremblant légèrement dans sa main gauche. Il s’était préparé à affronter un monstre, un pervers aux yeux froids, un tueur méthodique. À la place, il avait devant lui un enfant de sept ans piégé dans une prison de chair d’adulte. Le décalage entre la carcasse physique et la détresse mentale était si violent qu’il semblait déchirer la réalité même du parc.

— Capitaine, on l’embarque ? demanda Moreau, dont le visage ne montrait qu’une incompréhension totale face au malaise de son chef. On tient notre homme. C’est lui, j’en suis sûr. Il est complètement taré.

Vance ne répondit pas tout de suite. Il fixait les menottes qui entamaient la peau fine des poignets du gamin. Des menottes pour adultes sur des mains qui semblaient encore vouloir serrer un doudou ou un camion de pompier en plastique. La pluie commença à tomber, une pluie fine et glaciale qui lavait le sang sur les joues du suspect.

— Embarquez-le, finit-il par dire d’une voix sourde, presque hantée. Mais écoutez-moi bien. Personne ne le touche. Pas un mot, pas une bousculade. Si je vois une seule autre ecchymose sur lui en arrivant au poste de Blackwood, je vous retire vos insignes et je vous colle au rapport. On n’a pas arrêté un homme, Moreau. On a arrêté un mystère.

Alors que les portières de la voiture de police claquaient, Vance sortit sa montre à gousset. Le tic-tac régulier de l’objet était la seule chose qui lui permettait de ne pas hurler. Il regarda la caravane sombre. Quelque part, au fond de lui, il savait que les trois enfants disparus n’étaient que le début d’une vérité bien plus sombre que la brume du Vermont.